DE BOSSUET A SAINT VINCENT DE PAUL
il lui apprend avec quel respect les lettres de la reine avaient été reçues à Metz; lui marque la violence exercée par les protestants de cette ville, à l'égard d'une servante catholique, malade à r extrémité; et lui fait connaître les artifices de ces hérétiques.
J'ai été extrêmement conso.lé que celui de vos prêtres, qui est venu ici, ait été M. de Monchy : mais j'ai beaucoup de déplaisir qu'il y ait fait si peu de séjour. 11 pourra, Monsieur, vous avoir appris que les lettres de la reine ont été reçues avec le respect dO à Sa Majesté, et que M. l'évêque d'Auguste et M. de la Contour ont fait leur devoir en cette rencontre.
Je rends compte à M. de Monchy de l'état des choses depuis son départ ; et je me remets à lui à vous en instruire, pour ne pas vous importuner par des redites : mais je me sens obligé, Monsieur, à vous informer d'une chose qui s'est passée ici depuis quelque temps, et qui sera bientôt portée à la cour.
Une servante catholique, qui est décédée
trouvée dans le même recueil, nous avons cru devoir l'insérer ici.
PART. XIV. LETTRES DIVERSES
cliez un huguenot, marchand considérable et accommodé, a été étrangement violcntéo dans sa conscience. Il est constant, par la propre déposition de son maître, qu'elle avait fait toute sa vie profession de la religion catholique : il paraît môme certain qu'elle avait communié peu de temps avant que de tomber malade. Elle n'a jamais été aux prêches, ni n'a fait aucun exercice de la religion prétendue réformée. Son maître prétend que, cinq.jours avant sa mort, elle à changé de religion ; il lui a fait, dit-il, venir des ministres pour recevoir sa déclaration, sans avoir appelé à cette action ni le curé, ni le magistrat, ni aucun Catholique qui pût rendre témoignage du fait. Le jour que celle pauvre fille mourut, un Jésuite, averti par un dos voisins de la violence qu'on lui faisait, se présente pour la consoler. On lui refuse l'entrée; et il est certain qu'elle était vivante. Il retourne, quelque temps après, avec l'ordre du magistrat, et il la trouve décédée dans cet intervalle. Tous ces faits sont constants et avérés : il y a même des indices si forts qu'elle a demandé un prêtre, et les parties ont ^-i fort varié dans leurs réponses sur ce sujet-là, que cela peut passer pour certain.
Je ne vous exagère pas, Monsieur, ni les circonstances de cette altàire, ni de quelle conséquence elle est ; vous le voyez assez de vous-même, et quelle est l'imprudence de ceux qui, ayant reçu, par grâce du roi, la liberté de conscience dans son état, la ravissent dans leurs maisons à ses sujets leurs serviteurs. Certainement cela crie vengeance ; cependant les ministres et le consistoire soutiennent cette entreprise; et M. de la Contour m'a dit aujourd'hui qu'un député de ces messieurs avait bien eu le front de lui dire que cet homme n'avait rien fait sans ordre. Bien plus, ils ont ajouté qu'ils allaient se plaindre à la cour, de la procédure qui a été faite par le lieutenant général : le tout, sans doute, à dessein, Monsieur, d'évoquer l'affaire au conseil; afin de la tirer du lieu où l'on en a plus de connaissance, et de l'assoupir par la longueur du temps. Dieu ne permettra pas que leur mauvais dessein réussisse ; et je vous supplie, Monsieur, d'employer en cette rencontre tous les moyens que vous avez, pour empêcher qu'on n'écoute pas ces députations séditieuses, et faire que les choses demeurent dans le cours ordinaire de la justice, selon lequel ils ne peuvent pas éviter d'être châtiés de cet attentat conlre les édits et la liberté des consciences. La reine, étant en cette ville, a témoigné tant do piété et tant de zèle pour la religion, que je ne doute pas qu'étant avertie de cette entreprise, elle ne veuille que la justice en soit faite.
Outre cela, Monsieur, le roi leur ayant accordé, de grâce, deux pédagogues pour leurs enfants, à condition que ces maîtres seraient Catholiques, ils vont demander des gages pour eux. Cela n'a ni justice ni apparence, et ils veulent en charger cette pauvre ville. Mais comme ils savent qu'apparemment on
ne leur accordera pas leur demande, je me trompe bien fort si leur dessein n'est d'obtenir que, si on ne veut pas les gager, on leur donne la liberté de les mettre tels qu'il leur plaira, et par conséquent de leur religion. La reine seule empêcha ici qu'on ne leur donnât celle permission, et je ne doute pas qu'elle ne continue dans ce bon dessein. Je no vous dis pas, Monsieur, maintenant ne que vous avez à faire sur ce sujet : c'est assez que vous soyez averti ; Dieu vous inspirera le reste. J'attends avec impatience les excellents ouvriers qu'il nous envoie par votre moyen, et suis, avec un respect très-profond, Monsieur, votre très-humble et Irèsobéissant serviteur,
Bossu et, prêtre ind.
A Metz, ce 1" février 1658.