DIROIS, DOCTEUR EN SORBONNE
// lui marque les qualités que doit avoir la traduction du livre de l'Exposition, qu'on voulait faire à Rome , en italien.
J'ai su, par M. le curé de Saint-Jacques du Haut-Pas, ce que vous lui avez écrit touchant l'impression de mon livre (110), que Mgr le cardinal Sigismond Chigi a dessein de faire faire à Rome, et je vous suis fort obligé des soins que vous offrez pour avancer cet ouvrage. Cela sera de trèsgrande conséquence pour Jes huguenots de ce pays, qui n'ont presque point d'autre réponse à la bouche , sinon que Rome est fort éloignée des sentiments que j'expose. Ils ont une si mauvaise et si fausse idée de l'Eglise romaine et du Saint-Siège, qu'ils ne peu* veni se persuader que la vérité y soi! approuvée : rien par conséquent ne peut leur être plus utile, que de leur faire voir qu'elle y paraît avec toutes les marques de I approbation publique
J'accepte donc, Monsieur, les soins que vous m'offrez pour cette édition, à laquelle je me promets que vous vous appliquerez d'autant plus volontiers , qu'outre l'amitié que vous m'avez toujours témoignée, vous y serez encore engagé par l'utilité de toute l'Eglise.
Il faut prendre garde à deux choses : la première, que la version italienne soit exacte : et pour cela il est nécessaire qu'un théologien français s'en mêle ; parce qu'il faut joindre les lumières de la science à la connaissance de la langue , pour rendre toute la force des paroles. Personne ne peut mieux faire cela que vous. M. de Blancey , à qui Mgr le cardinal Sigismond s est ouvert de son dessein , et à qui même il a confié une lettre du révérendissime Père maître du sacré Palais, sur le sujet de ce livre , pour me l'envoyer , m'écrit que Mgr le cardinal d'Estrées lui a dit qu'il voulait bien prendre la peine de revoir luimême la traduction. 11 n'est pas juste que son Kniinence ait toute cette fatigue, parmi tant d'occupations : mais j'espère qu'elle voudra bien que vous lui fassiez rapport des endroits importants'; afin que cette justesse d'expression et cette solidité du jugement , qui est son véritable caractère, donne à cette version toute l'exactitude que désire l'importance de la matière. La lettre du révérendissime Père maître du sacré Palais n'est pas moi nécise i l'approbation : eue po
pressentent qu'il donnera toutes hs facultés nécessaires pour l'impression, sans changer une seule parole dans mon Exposition. Cela est absolument nécessaire; car autrement on confirmerait ce que disent les huguenots touchant la diversité de nos sentiments arec Rome, et l'on détruirait tout le fruit de mon ouvrage.
J'espère qu'il en fera de plus en plus do très-grands, si celle édition se fait dans l'imprimerie la plus autorisée , comme, s'il se peut, dans celle de la Chambre apostolique; si elle se fait avec soin, et d'une manière qui marque qu'on affectionne l'ouvrage; enfin si elle paraît avec les approbations nécessaires, de la manière la pius authentique ; et c'est la seconde chose que j'avais à désirer.
Je vous supplie de conférer de ces choses avec M. de Blancey, avec lequel vous pourrez voir Mgr le cardinal Sigismond, et savoir ses volontés. Je vous prie surtout de demander de ma part à Mgr le cardinal d'Estrées, la grâce qu'il veuille bien être consulté sur ce qui sera à faire pour le mieux, et de lui déclarer que je lui soumets tout avec un entier abandonnement; assuié non-seulement de sa capacité, mais encore des bontés dont i'I m'honore. Je vous prie de m'avertir de ce qui se passera, et de croire que je conserve l'estime qui est due à votre mérite, avec la reconnaissance que je dois à votre amitié. Je suis, etc.
A Versailles, ce 8 septembre 1672.
LETTRE XIII
AU MARÉCHAL DE BELLEFONDS
Il lui détaille les raisons qui Vont porté à accepter l'abbaye de Saint-Lucien de lieaucais ; lui marque l'usage qu'il prétend faire de ses revenus; se justifie sur ce qu'on a blâmé dans sa conduite; lui parle de la conversion de M. de Troisville; l'entretient des heureuses dispositions de M. le Dauphin, et des dangers auxquels il est exposé, et lui témoigne combien il espère d'heureux effets de son livre de l'Exposition.
Je commencerai ma réponse par où vous avez commencé votre lettre du 28 août. Je ne m'attends à aucune conjouissauce sur les fortunes du monde, de ceux à qui Dieu a ouvert Jes yeux pour en découvrir la vanité. L'abbaye que le roi m'a donnée me tire d'un embarras et d'un soin qui ne peut pas compatir longtemps avec les pensées que je suis obligé d'avoir. N'ayez pas peur que j'augmente mondainement ma dépense : la table no convient ni à mon état ni à mon humeur. Mes parents ne proliteront point du bien de l'Eglise. Je payerai mes dettes le plus tôt elles sont, pour la plupart,
que je pourrai ins judicieuse, qu'elle est nette et contractées pour des dépenses nécessaires, pour l'approbation : elle porte ex- même dans l'ordre ecclésiastique ; ce sont
(■108) L'institution des Pères de l'Oratoire, où M. cardinal d'Estrées, chargé des affaires du roi en de Troisville s'était retiré. celte cour.
(109) Il élait alors à Ruine, à la suite de M. le (110) L'Exposition de la doctrine catholique.