‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 136 sur 458 · AU M ÉMIS · texte numérisé non relu

AU M ÉMIS

Il lui annonce le prochain dépari de Mina de la Vallière pour les Carmélites, h~i marque quelle est son ardeur pour la pénitence et les austérités du cloître, et en prend occasion de lai témoigner de grands sentiments d'humilité

Je vous envoie une lelire de Mme la duchesse delà Vallière, qui vous fera voir quo par la grâce de Dieu, elle va exécuter

OLIVULS COMPLETES DE BOSSUKT.

le d sein que le Saint-Esprit loi irait mis

dans le cœnr. Toute la cour est édifiée et

le de vt tranquillité et de sa joie, qui

Qgmente h mesure que le temps approche, i rérité, ses sentiments ont quelque chose de si divin tjue je ne puis y penser Sire an de continuelles actions de grâ- : la marque du doigl de Dieu, c'est !a

ce el l'humilité nui accompagnent toutes ^ - pensées : c'est I ourrage du Saint-Esprit, ges afl lin - se sont disposées arec une facilité merreilleuse : elle ne respire pins que la pénitence, et sans être effrayée de l'aust 'nié île la rie (in'olle est prête d'embrasser, elle en regarde la lin avec une consolation qui ne lui permet pas d'en craindre la peine. Cela me ravit et me confond : je [tarie, et elle l'ait ; j'ai les discours, elle a les œuvres. Quand je considère ces choses, j'entre dans le désir île n:e taire et de me cacher : et je ne prononce pas un seul mot, où jo no croie prononcer ma condamnation.

Je suis bien aise que mes lettres vous aient édifié. Dieu m'a donné cela pour vous; et vous en profiterez mieux que moi, pauvre canal où les eaux du ciel passent, et qui n peine en retient quelques gouttes. Priez Dieu pour moi sans relâche, et demandezlui qu'il me parle au cœur.

A Versailles, ce 6 avril 167i.

AU MÊME

// lui demande des instructions sur la cause de sa nouvelle disgrâce, et le porte à prendre les moyens convenable* pour l'empêcher, s'il est encore temps (110.)

Quels que soient les ordres et les desseins de la divine Providence sur vous, je les adore, et je crois que vous n'avez point de peine à vous y soumettre. Le christianisme n'est pas une vaine spéculation : il faut s'en servir dans l'occasion ; ou plutôt il faut faire servir toutes les occasions à la piété chrétienne, qui est la règle suprême de notre vie. Je ne sais que penser de votre disgrâce : elle est politique; et cependant vous commandez encore l'armée, et j'apprends que vous avez ordre de faire un siège. Pour la cause, autant que j'entends parler, on dit que vous avez manqué par zèle, et à bonne intention : personne n'en doute; mais personne ne se p-^ye de cette raison. Je voudrais bien avoir vu quelqu'un qui me pût dire le fond : mais ici nous n'entendons rien que ce qui paraît en public. Si vous avez quelque occasion bien sûre, donnezmoi un peu de détail: mais je crains que

- occasions ne soient rares.

Quoi qu'il en soit, je vous prie, s'il y a quelque ouverture au retour, ne vous abandonnez pas : fléchissez , contentez le roi;

(118) Celte speonde disgrâce du maréchal de Belleloiids fui .,<;. abonnée par sa fermeté à défend. e quelques places qr'il avait reçu ordre d'évacuer. I i m nu s eiant présenté pour les occuper, i! fat-

faites qu'il soit en cepos sur votre obéissance. Il y a des humiliations qu'il faut souffrir pour une famille: et quand elles ne blessent pas la conscience, Dieu les lient faites à lui-même. Je vous parlerais plus en détail, si j'en serais davantage. Je prie Dieu qu'il vous dirige, et qu'il vous affermisse de plus en plus dans son saint amour.

À Dijon, ce 21 mai 1674.

AU MÊME

Sur la conduite admirable de Dieu à l'égard de ce maréchal, la malignité du monde, et la persévérance de Mme de la Yallicre.

C'est trop garder le silence; a la fin, l'amitié et la charité en seraient blessées: car encore que je vous croie dans le lieu où vous avez le moins besoin des avis de vos amis, étant immédiatement sous la main de Dieu, il ne faut pas laisser de vous dire quelque chose sur votre état présent.

J'adore en tout la Providence ; mais je l'adore singulièrement dans la conduite qu'elle tient sur vous. Elle vous ôte au monde, elle vous y rend ; elle vous y ôte encore : qui sait si elle ne vous y rendra pas quelque jour? Mais, ce qui est certain, et ce qu'on voit, c'est qu'elle prend soin de vous montrer à vous-même, afin que vous connaissiez jusqu'aux moindres semences du mal qui reste en vous. Elle vous montre le inonde et riant el rebutant. Vous l'avez vu en tous ces états, déclaré en faveur, déclaré en haine : vous l'avez vu houleux, afin que rien ne manquât à la peinture (pie Dieu vous en fait par vos propres expériences. Que résulte-l-il de tout cela, sinon eue Dieu seul est bon, et que le monde est mauvais, el consiste tout en malignité, comme dit l'apôtre saint Jean ï(IJoan.v, 19.)

Vivez donc, Monsieur, dans votre retraite, travaillez à votre salut; priez pour le salut et la conversion du monde. Oh I qu'il est dur! oh, qu'il est sourd ! car c'est trop peu de dire qu'il est endormi: oh 1 qu'il sent peu que Dieu estl

Mme de la Vallière persévère avec une grâce et une tranquillité admirable. Sa retraite aux Carmélites leur a causédes tempêtes : il faut qu'il en coûte pour sauver les âmes. Priez pour moi, Monsieur; je m'en vais vous offrir à Dieu.

A Versailles, ce 5 août 1674.

Page 1