‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 17 sur 458 · SUT. M · texte numérisé non relu

SUT. M

\o\ a red'Ilaliesousprélextedi châtier Gênes, len lai< nt, en effet, à fane Louis empereur.

Les n éniliens lui ayant confirmé la même chose, Maximilien prit feu, ei convoqua aussitôt une diète à Constance, où il éclata conlre le roi en paroles fulminani.es. 11 traitait le roi de rebelle à l'empire, et c'était à cause du duché de Milan qui en relevait. Il écrivit au Tape el aux cardinaux, que, comme avocat du Saint-Siège, il viendrait à leur secours , sans èlre appelé, avec une ; rince à laquelle ni l'Italie, ni la France, liguées ensemble, ne pourraient pas résister.

Cependant Louis s'avançait à Gênes sans s'émouvoir. Les Génois firent quelque résistance, mais ils furent bientôt vaincus. Il lit son entrée clans la ville, monté sur un coursier tout noir, armé de toutes pièces, précédé et suivi d'une infinité de gens de guerre; tout le peuple alarmé était à ses pieds : les femmes et les enfants, révolus de blanc, criaient miséricorde.

Ce prince, bon et clément, l'ut touché de ce spectacle, et, après avoir châtié les plus coupables, il se contenta pour les autres de trois cent mille ducats, qu'on employa en partie à construire une forteresse pour tenir en bride ce peuple rebelle; aussi tut-elle appelée la Bride.

Il rétablit le gouvernement comme il était avant le tumulte ; et, sans rien ôler au peuple de ce qu'il avait accordé quand il se donna à lui, il voulut seulement qu'ils eussent à titre de privilège ce qu'ils avaient auparavant par convention; ensuite, pour faire cesser les bruits que le Pape et Maximilien répandaient dans un temps où il élait assez fort pour tout entreprendre, il résolut de s'en retourner en France ; et, laissant Gênes paisible el l'Italie en repos, il lit admirer à tout le monde sa vigueur, sa modération et sa clémence; mais son retour fut retardé de quelques jours par l'entrevue proposée enlre lui et Ferdinand.

Il avait perdu depuis quelques mois le roi Philippe, son gendre. Ce prince, selon les Mémoires de du Bellai, donna, en mourant, une grande marque de la confiance qu'il avait en Louis, en lui laissant J'éduca ion de son fils Charles, plutôt qu'à Maximilien et à Ferdinand, grands-pères de ce jeune prince. Jeanne, femme de Ph lippe, outrée de douleur, acheva de perdre l'esprit, qu'elle avait déjà un peu faible ; l'administration de Ja Casiille revenant par ce moyen à Ferdinand, il s'en retourna en Espagne, et il vint, en repassant, visiter Louis, qui s'avança à Savone pour le recevoir.

On ne peut pas faire les honneurs de meilleure grâce ni avec plus de magnificence qu'il les fil. Ferdinand aussi n'avait rien omis de ce qui pouvait lui plaire, et même, passant à Gslie, il ne voulut jamais voir le Pape, parce qu'il élait brouillé avec Louis, à qui il ne vou!ait point donner d'ombrage. Le jour qu'il devait arriver, le roi se trouva au port, et aussitôt que la galère fut à bord, il y entra sans précaution, suivi seulement

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de deux hommes, témoi ;nant une joie eitrême de voir chez lui Ferdinand et la roino sa nièce. A la descente, il la prit cr: croupe, selon la mode du temps, sur son cheval superbement harnaché, et les seigneurs de la cour en firent autant au\ dames.

Louis céda le château au roi d'Aragon, cl donna la moitié de la ville, pour le logement de sa suite, qui était de mille quatre cents gentilshommes. Il lui lit prendre partout ia première place, quoique Ferdinand n'oubliât rien pour s'en défendre, et répétât souvent au roi qu'il se sentait obligé do lui céder. 11 y eut un grand festin, où Louis lit l'honneur au grand capitaine de le faire mettre à table avec Ferdinand et Germaine, et lui donna da^ éloges, dont il ne fil guère moins touché que de ses victoires Ferdinand, de son côté, rendit visite à Aubigny, qui avait la goutte; et il semblait que les deux rois se disputaient, à l'envi l'un de l'autre, à qui honorerait plus la vertu. Pour entretenir l'ordre, Louis défendit aux Français, sur peine de la vie, de faire aucune querelle aux Espagnols. Il y eut durant trois jours plusieurs conférences entre les deux rois, et entre Ferdinand et le cardinal d'Amboise. Ce qui parut du résultat fut que Ferdinand promit du secours à Louis contre l'empereur, en attendant qu'il les eût réconciliés, pour tous trois ensemble attaquer les Vénitiens, dont ils étaient également mal satisfaits.

Après que les deux rois eurent juré la paix sur l'Eucharistie, Louis prit le chemin de France par Milan, et Ferdinand alla en Espagne gouverner le royaume de son petitfils. Ce jeune prince était dans les Pays-Bas, où il croissait en vertu, sous la conduite de Philippe de Crouy, seigneur de Chèvres, que Louis lui avait donné pour gouverneur.

La diète de Constance, que Maximilien avait échauffée contre Louis, se ralentit quand elle le vit licencier ses troupes et retourner dans son royaume : elle promit cependant à Maximilien une armée assez considérable, et aussitôt après il tenta d'entrer en Italie pour faire la guerre, disait-il, dans le Milanais; mais le roi eut soin de munir et ce duché et la Bourgogne, et il envoya aussi quelques troupes aux Vénitiens.

Ceux-ci, qui dans l'entreprise de Maximilien craigsiaient pour eux-mêmes, lui offriront le passage, pourvu qu'il entrât désarmé; et sur le refus qu'il en fit, ils ne voulurent pas lui permettre de passer sur leurs terres. L'argent lui manqua bientôt; et les troupes de la diète s'assemblaient si nonchalamment, (ju'il ne vit jamais six mille hommes ensemble. Pour comble de malheur, les Vénitiens, avec le secours qui leur fut envoyé de France, le battirent dans le Frioul, et Alviane, leur général, triompha de Jui dans le Trévisan. Il fut sensible à cet affront; mais il n'avait point assez de forces pour en tirer raison. Cependant les Vénitiens, assez contents d'avoir empêché son passage, tirent une trêve d'un an avec lui, sans la participation du roi.

— II. lliS'I. DE l'RA.v K. i.iv. m y

Il n'est pas croyable combien ' • m\ fut louché de ce mépris; et dès lors il non-seutement de les attaquer do toutes

forces, mais encore de joindre contre eux louies la^i puissances de l'Europe. La république de Venise avait tous ses voisins pour ennemis, à cause des places qu'elle avait usurpées sur leurs Etats : elle en avait du Saint-Siège, entre autres Uavenne; elle en avait du duché de Milan, que le roi, occupé a d'autres affaires, n'avait pas encore jugé à propos de redemander; elle en avait dans la royaume de Naples, que le vieux Ferdinand avait engagées. Maximilien voulait ravoir celles qu'elle avait ôlées à l'empire et à la maison d'Autriche. On peut croire qu'une république qui s'était ainsi agrandie aux dépens de ses voisins, et qui alors ne songeait encore qu'à continuer ses usurpations, leur devait être fort odieuse.

Il lui était donc aisé de se venger des Vénitiens et de leur susciter de puissants ennemis; mais un grand intérêt s'opnosajr h ce dessein : car Jules, .Maximilien et Ferdinand avaient une éternelle jalousie de sa puissance, et ne songeaient qu'à le chasser d'Italie, où les Vénitiens, l'eussent vu avec moins de peine, pourvu qu'il voulût bien no les pas troubler.

[1508] Quoique Louis écoutât beaucoup son ressentiment, il mit pourtant, selon si coutume, l'affaire en délibération dans son conseil; mais comme il avait déclaré son inclination, la délibération ne fut qu'une grimace, et chacun entra dans ses sentiments par complaisance. Le seul Etienne Poncber, évêque de Paris, soutint qu'il n'y avait aucune apparence que le roi s'alliât à ses ennemis naturels, et rompît avec ceux aont il pouvait faire de plus tidèles alliés. Louis ne s'offensa point de sa liberté; mais il conclut la ligue avec Maximilien.

L'assemblée, pour la résoudre, se tint h Cambrai, sous prétexte d'accommoder la querelle entre Charles, roi de Caslille, et le due de Gueldres, que le roi avait autorisé sous main. Là, il fut arrêté que le Pape, l'empereur, le roi très-chrétien, et le roi catholique, feraient la. guerre aux Vénitiens; que Louis commencerait l'attaque (car les Français prenaient aisément ce partage); que l'empereur agirait quarante jours après; que, pour lui donner prétexte de rompre la trêve, le Pape le sommerait de les secourir, comme défenseur du Saint-Siège, contre les usurpations des Vénitiens, et les admonesterait en même temps, sur peine d'excommunication, de rendre toutes les places qu'ils avaient prises au Saint-Siège et à l'empire. Celles qui devaient être rendues à chaque prince éiaient spécifiées, et la guerre devait commencer le 1er avril.

Outre cela, l'empereur devait donner à Louis, moyennant 100,000 ducats, l'investiture du duché de Milan, pour lui, son successeur et ses descendants mâles, Voilà quel fut le traité de Cambrai, qui fut tenu si secret, que les Vénitiens ne le savaient pas; ef il n'en parut autre chose que la confirma tio*

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•le la patx entra l'empereur el Louis, i ■• Pape et Ferdinand n'eurem joint de pari à délibération; mais elle leur étail si avan- . |u*on ne doutait pas qu'ils ne l'approuvassent, i lanl le Pape hésita, par h répugnance qu'il avait de se joindre a\ ne ratifia le traité qu'a l'extrémité, liant cependant d er les Vénitiens, (jui furent ess< i liera pour le refuser. Au temps convenu, Louis, qui voulait son armée en personne, s'approcha «le Milan, ci iii d'abord entrer Chauu), .ut. avec un pe.til corps, dans les terres .1.- Vénitiens, afin d'engager l'empereur. Chaumont, après avoir pris Trévi, vint rendre le roi à Milan; et le Pape envoya son moniloire aux Vénitiens, pour la restitution - I lares, les chargeant de toutes sortes lécrations s'ils refusaieut d'obéir, ils tirent publier partout, et dans même, un appel de cette senteni e au concile, et, au défaut du concile, à Jésus-Christ munie et à la vérité. Les Tapes exposent les excommunications à île grands mépris, quand ils les emploient à leurs intrigues el à leurs intérêts politiques, qui ne doivent guère êlre défendus par de telles armes.

\ l'approche du roi avec son. armée, les Vénitiens, contre l'avis d'Alviane, qui voulait qu'on se contentât de lui empêcher lo passage de l'Adde, résolurent de rassiéger Trévi. Quoique le roi se pressât pour la secourir, il y arriva trop lard; mais en récompense il passa l'Adde sans aucun obslacle. Les généraux vénitiens avaient ordre de ne point combattre; et le roi, pour les y forcer, gagnait un poste où il pouvait leur couper les vivres. Ce dessein obligea les Vénitiens à déloger pour le prévenir, et, dans la marche, le combat s'engagea près d'un vilige nommé Agnedel.

[1509] Alviane se crut posté avantageusement, étant dans des vignes, où notre cavalerie pouvait à peine se développer : el en effet noire avant garde plia. Si le roi ne fût survenu avec le corps de bataille, les atî'aires étaient perdues. Elles lurent rétablies à son arrivée; mais la victoire ne laissa pas d'être douteuse durant trois heures. A -la tin, les Vénitiens ne purent soutenir i'etlort de la gendarmerie, animée de la présence d'un roi qui faisait tout ensemble' le devoir de soldat et de capitaine. Leur infanterie fut taillée en pièces; Alviane eut un œil crevé. L'armée en déroute porta la terreur et la consternation à Venise, et en quinze jours le roi reprit toutes les places qui lui appartenaient par le traité, à la réserve du ohâ- '> -au de Crémone, qui se rendit peu do temps après.

Il n'y eut point d'autre capitulation, poulies nobles Vénitiens qui se trouvèrent dans les places prises, que de se rendre prisonniers de guerre, et il eût été aisé au roi de prendre les autres places réservées à l'empereur; mais il fut fidèle aux traités, jusqu'au point de lui renvoyer les magistrats Vérone, qui lui apportèrent les clefs. A ..'. faveur de s< ?, le Pape prit Rayenne

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et quelques autres places de la Romagne; et 1rs généraux de l'empereur, avec i\c\*\ ou trois mille hommes qu'ils avaient, firent quelques progrès dans, le Frioul. Dès lors les Vénitiens, accablés d'une si grande puissance, désespérèrent de conserver leurs Etats île terre ferme, et. se réduisant h ieurs Iles, ds abandonnèrent leurs autres places, d'où même ils retirèrent leurs magistrats. Ainsi , Maximilien et Ferdinand n'eurent qu'à se remettre en possession de leurs pays, qui ne leur avaient coûté que la peine d attendre

.Maximilien, selon sa coutume, s'était donné en Allemagne beaucoup de mouvement sans grand fruit; mais Ferdinand, qui voyait de loin où les choses pouvaient aller, demeura en repos; et avec une petite flotte qu'il tenait tranquillement dans ses ports, il profita des travaux et des victoires de Louis.. Un peu après, les Pisans furent enfin reconquis par les Florentins, qui avaient mis dans leurs intérêts les rois de France et d'Aragon par de grandes sommes données à eux et à leurs ministres.

Quand les conquêtes des confédérés furent presque achevées, Maximilien, qui ne voyait qu'à regret Louis seul armé en Italie, vint à Trente, et se mit à proposer de grands desseins. 11 ne projetait rien moins que de prendre Venise et de renverser cette république par les fondements; mais ce n'était pas l'intention du roi, qui, toujours porté à croire trop lot les affaires faites, retourna en France avec son armée, pour se décharger de la dépense qu'elle lui faisait en Italie.

[loiO] Cependant Maximilien, qui ne parlait que de prendre de nouvelles places, gardait si mal celles qu'il avait recouvrées, que les Vénitiens lui enlevèrent Padoue. Il résolut de la rassiéger; mais l'argent lui manquait, et il n'avait pas même assez de forces pour s'opposer aux paysans qui lui tuaient ses soldats Ainsi le roi, qui avait lanl voulu éviter la dépense, y fut obligé plus que jamais; el pour ne point laisser tomber le parti, il fallut secourir Maximilien d'hommes et d'argent.

Avec ce secours, il mit le siège devant Padoue; mais comme les Vénitiens avaient repris cœur, loute leur jeune noblesse se jeta dans la ptace, résolue ou de la sauver ou de s'enterrer sous ses ruines. En effet, après la brèche faite, ils soutinrent l'assaut avec tant de vigueur, que Maximilien fut contraint de lever honteusement le siège. Maximilien, dans ce désordre de ses affaires, avait plus que jamais besoin de secours, et d'autant plus qu'il n'était pas en bonne intelligence avec Ferdinand.

Le sujet de leur division venait de ce que Ferdinand ne lui donnait pas, durant l'administration de la Caslille, la moitié des revenus, comme ils en étaient convenus ; mais le cardinal d'Amboise , toujours possédé de sa fantaisie de la papauté, et flatte de f espérance que lui donnait Ferdinand, de l'assister dans ce dessein, réconcilia ces 'deux

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princes , quoique; leiW désunion fut plus ulile à sou maître.

(Cependant Maximilien , dans le besoin qu'il avait d'argent, vendit à Louis les places reprises sur les Vénitiens; mais plus le crédit et la puissance de Louis augmentaient, plus la jalousie du Pape s'échauffait contre lui ; en sorte qu'il d'éclara assez hautement qu'il le chasserait d'Italie. C'était une chose étrange de voir un Pape qui avait reçu , étant cardinal, une si grande protection de la France, se déclarer si ouvertement contre elle.

Ce Pape n'oublia rien pour lui susciter des ennemis : il reçut très-bien Matthieu Schiner, évoque de Sion, et lui donna de l'argent pour animer les Suisses contre lui , comme il avait déjà commencé par ses invectives sanglantes, il excitait aussi Henri VIII, roi d'Angleterre, jeune prince qui désirait signaler son avén.ement à la couronne par quelque action d'éclat, et qui était déjà porté contre la France par Ferdinand, dont il avait épousé la seconde fille , nommée Catherine, veuve d'Arthus son frère aîné; enfin, pour rendre son parti plus fort, il donna l'absolution aux Vénitiens, et s'accorda avec eux , malgré Maximilien et Louis. ■

Cependant, par les artifices de l'évêque de Sion, les Suisses s'aigrissaient contre le roi : ils demandèrent une augmentation de leurs pensions ordinaires, qui en soi n'était pas considérable ; mais l'arrogance avec laquelle ils faisaient cette'demande, obligea le roi au refus, joint qu'd s'était allié avec les trois ligues des Grisons et ceux du Valais , pour moins dépendre des Suisses, qui devenaient importuns. Ce refus et l'argent du Pape donna moyen à l'évoque de Sion d'irriter ces peuples et de leur faire jurer une ligue avec le Pape, sous le nom glorieux de défenseurs du Saint-Siège.

Ce fut alors que Jules, qui croyait que tout le monde devait trembler devant lui, devint plus fier que jamais : il avait renoncé au traité de Cambrai, et ne cherchait qu'un prétexte de faire querelle au roi ; il en prit une faible occasion d'un traité fait avec la duc de Ferrare , dans lequel ce prince lui donnait le sel à meilleur marché que le Pape, pour son duché de Milan: Jules, sans autre raison, menaça le duede l'excommunier, s'il ne rompait son traité , et même lui défendit de faire du sel.

Sur son refus, il entra à main armée dans son pays, où il prit quelques places; mais il fallut bientôt rabattre de sa fierté, à cause de la hauteur avec laquelle l'empereur le traitait, et plus encore parce que Chaumont, non content d'avoir repris dans le Ferrarais ce que le Pape avait gagné [1511] , était entré dans les terres des Vénitiens, et les avait rejetés dans leurs premières terreurs. Tout réussissait à Louis , h qui l'empereur engagea Vérone, place si importante pour le duché de Milan ; et cependant il faisait toujours des propositions équitables que le Pape semblait vouloir écouter.

En ce temos, le cardinal d'Amboise mou-

rut, Irês-regretfcé du roi et de toute la France .- ii était sans avarie»;, sans ostentation, sage, bon, équitable, assez modéré, pouf n'avoir jamais voulu qu'un seul bénéfice,

qui fut 'l'archevêché de Rouen. Il eût été plus heureux, et eût passé pour plus grand nomme, sans ce désir de la papauté, qui tourmenta toute sa vie, et lui fit Montrer tant de faiblesse. Ceux qui l'excusent assurent qu'il n'aspirait à celte grande dignité, que pour avancer en Italie les affaires de son maître, qui furent pourtant troublées oar ses prétentions.

Comme on le croyait le seul objet do l'aversion du Pape, on espérait qu'après cette mort sa haine se ralentirait; mais, au contraire, elle n'eut point de bornes, après qu'il n'eut plus en tête un homme qu'il appréhendait. Aussitôt après, il donna 5 Ferdinand l'investiture du royaume de Naples, sans exiger les quatre cent mille éens que les rois deNaplesavaient accoutumé de donner au Saint-Siège, en l'obligeant seulement à lui donner trois cents lances quand il en aurait besoin. Il résolut de plus d'assiéger Cènes par mer et par terre, d'entrer de nouveau dans le Ferrarais, quoique le duc lui offrît de faire tout ce qu'il voudrait touchant le sel. Ce duc prit Modène, qu'il fut bientôt obligé d'abandonner.

A Gênes, ses intelligences lui ayant manqué, ses desseins s'évanouirent. Une seconde entreprise sur la même ville lui réussit assez mal. Les Suisses, qui voulaient entrer dans le Milanais, furent arrêtés par Chaumont; et, malgré ces mauvais succès, on voyait le Pape, à l'âge de soixante et dix ans, s'opiniûtrer à la guerre, jusqu'à traiterd'espion et faire mettre à la question l'ambassadeur de Savoie, qui lui offrait la médiation de son maître.

Dans cette résolution , tout cassé qu'il était, il s'avança à Bologne pour veiller de plus près à la guerre de Ferrare. Il commença par excommunier le duc, et Chaumont, quoiqu'il épargnât, selon les ordres du roi, les terres de l'Eglise, n'en eutpas meilleur marché. Cependant le Pape tomba malade, et jamais ne put être persuadé par les siens de retourner à Rome, ni même de relûcher'tanl soit peu l'allention qu'il donnait aux affaires de la guerre; il disait qu'il était destiné à délivrer l'Italie : c'est ainsi qu'il s'exprimait, lorsqu'il parlait de chasser les Français d'un pays où il les avait introduits pour se délivrer de l'oppression où gémissait sa patrie; mais alors il avait besoin d'eux et n'était pas en colère.

[1511] Il aurait eu tout loisir de se repentir de sa haine contre la France, si Chaumont avait poursuivi un dessein qu'il avait commencé : il marcha à Bologne , dans le temps que le Pape s'y attendait le moins, suivi des Bentivoglie, qui y avaient leurs intelligences, et espéraient faire révolter la ville : à son approche tout fut en alarme, excepté le Pape qui, après avoir fait poftei à Florence ce qu'il avait de plus précieux, eut recours aux artifices ordinaires des plu

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Pendant le- allées el les venues, le P Introduisit dans Bologne un grand secours , en i artie île Turcs à la solde des \ niiiens, el se mo |oa de Chaumont. A| - retraite, le Pape, quoique sa maladie fût

tgmeutée, repril la guerre avec plus d ardeur que jamais, gea la Mirandole au eu u: de l'hiver, el se lii poi 1er au siège pour avancer les travaux . toul accablé <iu'il était nuées el (I ■ maladies; il se logea d'abord à la | du canon, el l'impatience de jm ; i place lit qu'il s'approcha plus près encore: la vjlie se fendit enGn, et lé Pape ne icu.ii pas Je se faire porter dedans par la brèche. Quoique le roi n'oubliai rien pour le contenter, il demeura inflexible, et osa Pieu exiger qu'il lui fil rendre Ferrare, c'està-dire qu'il ruinât un prime qui n'était alors dans la peine que parce qu'il avait été tle ses amis.

Le roi manda à Cbaumont de ne plus rien ménager, et ce général marcha de nouveau vois Bologne, d'où il obligea le Pape à se retirer a Bavenne. Sur ecs entrefaites Chauinoot mourut; et dans les approches de la mort , effrayé de l'excommunication, il envoya demander l'absolution au Pape, qui la lui^ donna et en tira grand avantage. C'est ce qu'ont de fâcheux les guerres qu'on ;i à soutenir contre l'Eglise : elles font naître des scrupules, non-seulement dans les esprits faibles, mais même, en certains moments, dans les plus forts.

Louis avait prévu cet inconvénient: ce prince, attaqué injustement par le Pape, avait fait d'abord tout ce qu'il avait pu pour avoir la paix; ensuite, pour rassurer ses peuples, il assembla à Tours les prélats de son royaume, pour les consulter sur ce qu'il pouvait faire dans une occasion si fâcheuse, sans blesser sa conscience : là il fut dit que le Pape é ant agresseur injuste , el même, ayant violé un accord fait avec le roi, devait êire traité comme ennemi, et que le roi pouvait, non-seulement se défendre, mais même l'attaquer sans craindre l'excommunication; ne trouvant pas encore cela assez fort, il résolut d'assembler un concile contre le Pape.

Le concile général était désiré de toute l'Eglise dès le temps de l'élection de Martin V, au concile de Constance; car, encore ■ ce concile eût fait un grand bien , en

tlant fin au schisme qui avait duré quarante ans, il n'avait pasachevéce qu'il avait projeté, qui était la réformation de l'Eglise is son chef et dans ses membres; mais , pour faire un si saint ouvrage, il avait ordonné, en se'séparant, qu'il se tiendrait un nouveau concile.

En exécution de ce décret, le concile de Bàle avait été assemblé ; mais le succès n'en avait point été heureux : celui de Florence n avait travaillé qu'à la réunion des Grecs , fans parler de la discioline ecclésiastique.

Cependant tous les unis de bien en déploi en! le dérèglement, qui consistait principalement dans les abus de la cour de Rome ; el à chaque conclave on obligeait le Pape qui serait élu à tenir le concile pour une œuvre si désirée.

Jules l'avait promis comme les autres; mais, comme les autres, il ne s'était point soucié de l'exécuter. Sur ce prétexte, le cardinal d'Àmboise, toujours possédé de son désirdela papauté, avait proposé de faire un concile pour 3 déposer le Pape et se faire élire; après sa mort , le roi avait repris ce dessein, de concert avec l'empereur, pour humilier le Pape et balancer son pouvoir : le cou ile devait se tenir à Pise, si le Pape refusait des conditions équitables; el en ce cas, les (lc\n princes s'étaient obligés par traité à se joindre contre lui.

Après la mort de Chaumont, le roi avait donné le commandement de l'armée à Trivulce, maréchal de France ; mais il eut ordre de no rien entreprendre, parce qu'on voulut auparavant entreprendre les voies de douceur : Ferdinand s'était entremis de l'accommodement, el à sa sollicitation Maxim ilien était convenu que les ministres des princes s'assembleraient à Mantoue. Louis y consentit avec peine, et envoya à Mantoue Poncher, évêque de Paris, pour se joindre à Matthieu Langer, ambassadeur de Maxiruilien.

Le fruit qu'attendait le Pape de ces conférences n'était autre que de détacher l'empereur d'avec le roi, el pour cela il attira auprès de lui l'évêque de Gurck, qu'il espérait de. gagner. Il avait fait huit cardinaux, entre lesquels étaient l'évoque de Sion, et l'archevêque d'York, ambassadeur d'Angleterre ; il avaitréservéun neuvième chapeau, avec lequel il voulait tenter l'évêque de Gurck ; il s'était même avancé jusqu'à Bologne comme pour aller au-devant de lui.

L'évê ;ue, à qui l'empereur avait donné avec la qualité d'ambassadeur, celle de son vicaire en Italie, le portait fort haut ; et malgré les civilités du Tape, dans la visite qu'il lui rendit, il le traita avec une fierté qui approchait de l'arrogance : quand le Pape lui envoya des cardinaux pour parler d'affaires avec Jui, il envoya de son côté quelques-uns de ses gentilshommes, et jamais ne parla lui-même qu'avec le Pape en personne; il tint ferme pour l'union de son maître avec Louis, malgré les propositions que le Pape faisait pour les diviser.

L'assemblée s'étant rompue sans rien faire, Trivulce eut ordre d'agir ; il prit Concorde, répandit la terreur dans Bologne, ef, obligea le Pape à prendre la fuite. Les amis des Bentivoglie soulevèrent le peuple; le cardinal de Pavie, que Jules avait laissé dans la place, fut contraint de se retirer; le duc d'Urbin, neveu du Pape et général de son aimée, prit l'épouvante et s'enfuit. Trivulce chargea l'armée, prit le canon et le bagage, mit en déroule la gendarmerie vénitienne et dissipa toute l'infanterie, tant des Vénitiens que du Pape.

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