‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 170 sur 458 · V M. DIROIS, DOC.TE1TU DE SOUBONNE · texte numérisé non relu

V M. DIROIS, DOC.TE1TU DE SOUBONNE

Sur les différents objets qui devaient se truiter dans l'assemblée actuelle du clergé de France.

J'ai reçu, Monsieur, dans voire lettre du V, des éclaircissements considérables sur la matière de l'épiseopat.

Je conviens avec vous qu'il y a beaucoup do distinction à faire entre la puissance qu'ont les évoques de juger de la doctrine, et celle qu'ils ont de juger leurs confrères en première instance: l'une est fondée sur leur caractère, et en est inséparable de droit divin; l'autre est une affaire de discipline, qui a reçu de grands changements.

OFl'VRES COMPLETES OK BOSSUET.

J'ai toujours jugé, i "in ne vous, que Ger- - m a rail mal parlé (224), <-i nous avons repris M. Gerbais de lavoir suivi, La doctrine

G< rson n'a vicu de conforme à l'ancienne tradition, el c'est une pure imagination de

M dO( leur.

Le droit qu'ont les évêques de juger des matières de doctrine est toujours sans difficulté, sauf la correction du Pape: et môme en certains cas extraordinaires, dans des s fort débattues, et où il serait à craindre que l'épiscopat ne se divisût, le Pape, pour prévenir ce mal, peut s'en réserver la connaissance, et le Saint-Siège a usé avecJbeaacoup de raison de cette réserve , r les matières de la grâce.

Quant au jugement des évoques, j'ai toujours été convaincu que le concordat supposait que leur déposition était réservée au Pape. Le chapitre De concubinariis m'a toujours paru le supposer, et la discipline en est si constante depuis six cents ans, qu'à peine peut-on trouver des exemples du contraire durant tant de siècles. Mais l'assemblée s'en tiendra à ia délibération du clergé de l'assem-

blée de 1650, et a la protestation qui fut faite alors, semblable au fond à celle que le cardinal de Lorraine avait faite a Trente sur le chapitre Causa criminafrs (225)."

Sur cela nous pouvons prétendre aulro chose que de maintenir notre droit, en attendant qu'on puisse convenir d'une manière équitable- et fixe de juger les évoques ; les papes n'y ayant rien laissé de certain, et ayant môme dérogé en beaucoup d'occasions, nommément en celle de M. de Léon (226) , et de M. d'AIbi (227), au concile de Trente.

Vous savez les arrêts du parlement dans l'affaire du cardinal de Châtillon (228). Lutin nous demanderons seulement qu'on nous laisse prétendre, et qu'on ne condamne pas une prétention qu'on a eue à Trente même, et depuis en ces occasions, sans la condamner.

Pour ce qui est du surplus des difficultés, qui sont celles de Charonne et de Toulouse (229}, nous n'avons rien à dire sur la forme et nous n'avons à établir aucune maxime dont Rome ne soit d'accord avec nous.

Quant à la régale, je ne crois pas, au train

[224] Il paraîtrait que ce que Bossuet improu- %;mi ici dans Gerson était d'avoir cru que les évêques doivent nécessairement et de droit divin êire jugés par le concile de la province, en première insliime, et que Ton reprenait également M. Gerbais comme ayant suivi en cela ce docteur. La distinction que fait ici Bossuet, entre la double puissance qu'ont les évoques déjuger de la doctrine et de juger leurs confrères, ponei ait à croire que tel est le point que le prélat a ici en vue. Mais il n'avait garde de reprendre ni Gerson, ni Gerbais, dans ce qu'ils disent de la puissance q n'ont les évêques de juger de la doctrine; puisqu'il reconnaît que ce pouvoir est fondé sur leur caractère, et en est inséparable de droit divin.

(225) Le chapitre Causœ criminelles, qui détermine la manière dont les évêques doivent être jugés, est ainsi conçu : « Que le Souverain Pontife i.eul connaisse des causes criminelles qui seraient intentées contre des évêques, même pour raison d'héresle, ce qu'a Dieu ne plaise, et qui exigeraient la déposition ou la privation de leur étal, et que lui seul les décide. Si la cause est de nature à demander absolument que l'on nomme des commissaires hors de la cour romaine, qu'on ne la confie qu'à des métropolitains, ou des évêques choisis par le Pape. Que celle commission soit spéciale, signée de la main du Saint-Père, et qu'elle ii'alli ibue aux juges que l'instruction du procès, qu'ils enverront aussitôt au Pape, en lui réservant le jugement définitif. ( Concil. Trident., sess. 24, De reformai., cap. O.;

Le cardinal de Lorraine , lorsqu'on lut le décret que nous venons de rapporter, déclara que, dans la congrégation du jour précédent, ce décret avait été conçu Ue manière qu'il ne nuisait point aux privilèges et aux droiis du royaume, ainsi qu'aux constitutions des anciens conciles : Lt chrislianissimi Francité ;-egni privilegiis, juribus, et sacris conslilulintiibus nihil prœjuilicii adjeral ; conditions qu'il désuait beaucoup pour l'approuver : et il demanda, tant en son nom qu'en celui des évêques de France, que sa décla ration lût inse.ite dans lea actes du concile. Les ambassadeurs du roi très-chrétien s'exprimèrent plus clairement, et dirent sans détour qu'ils ne pouvaient approuver le chapitre qui c.unin.-uç.iit par ces mots : Cumœ criminales, attendu qu'il Uo:uu l iiilei te aux d oiis du roi et aux pri-

vilèges de l'Eglise gallicane : qui ne permettent pas qu'aucun Français, même quand il y consentirait, puisse être traduit hors du royaume, bien loin qu'il puisse y être condamné : Ca>ul quod incipit. Causée criminales, non placet, aversalur enirn antiquissimo juri régis, ei Lcclesiœ gallicanes privilegiis, (/tribus cavetur ne qui s, eiiam volens , extra regnum a quoquam, ex quacunque causa, in jus vocari , nedum condemnari possit. Ce sont ces délauts qui ont empêché la Fiance de recevoir indéfiniment les décrets du concile de Trente : et quoique le clergé ait l'ail en différents temps des démarches pour obtenir la publication de ce concile, il a cependant toujours déclaré que ce serait à (ondilion que les libertés de l'Eglise gallicane n'en souffriraient aucun tort. C'est ce que porte en particulier l'arrêté qu'il lit de l'assemblée des états généraux tenus à Paris en 10U. i Le roi, dit le clergé, sera iiès-humbleroeni supplié d'ordonner que le saint concile de Trente soit publié et gan'é en son royaume, sitôt après qu'il aura plu à Sa Sainteté d'agréer que ladite publication soit laite sans préjud ce des droits de Sa Majesté et de sa couronne, paix , icpos , et tranquillité de sou Etat, des franchise», libertés et immunités de l'Eglise gallicane.

(220) Kené de Kieux de feourdéac, évêque de Saint-Pot de Léon, fut déposé par des commissaires du Pape, au mois de mai 1035, comme coupable d'avoir favorisé l'évasion delà reine mère. (Voy. sur l'évêque de Léon, loin. II, col. 527, note 1965, et col. 529, noie 1907.)

(227) Alphonse d'Elbène, évêque d'AIbi, déposé par les mêmes commissaires, en 1634, pour avoir pris part à la révolte de Gaston de France, lière de Louis X 111.

(228) OJtt de Coligny, cardinal de Châtillon, d'abord archevêque de Toulouse, ensuite évêque de H-, au vais, abjura en 15021a lot catholique. H mourut à liampton, en Angleterre, le 2 niai 1571, empoisonné par sou valet de chambre.

[Tl\)j L'affaire de Charonne, dont il devait être question dans l'assemblée de 1082, avait pour objet un monastèie de filles situé à Charonne, dans le faubourg Saint-Antoine à Paris.

L'affaire de Toulouse regardait les brefs que le Pape avait écrits à l'archevêque de celle ville, Joseph de Montpezat de Carbon, touchant les urbanistes rt lu légale. Les urbanistes étaient de» religieuses de

l'AKT. XIV. LETTRES DIVERSES

qu'on a pris, qu'on doive entier dans le fond ; si on y entrait, je ne croirais pas que le concile de Leplines (230) pût faire voir autre chose qu'une sage condescendance de l'Eglise à tolérer ce qu'elle ne pouvait empocher, et à faire sa condition la meilleure qu'elle pouvait.

Je ne conviendrais pas aisément que les biens donnés aux églises puissent être tellement sujets à la puissance temporelle, qu'elle les puisse reprendre sous prétexte de certains droits qu'elle voudrait établir : ni que l'Eglise, en ce cas, n'eût pas droit de se servir de son autorité. Mais j'avoue que nous ne sommes point dans le cas d'en venir là : il faut sortir par des voies plus douces d'une affaire si légère dans le fond.

Je serais assez d'avis qu'on n'entamât point de matières conlentieuses : je ne sais si tout le monde sera de môme sentiment. Mais, quoi qu'il en soit, j'espère qu'if ne sortira rien de l'assemblée que de modéré et de mesuré.

Je vous prie de rendre ma lettre à M. de laFageo!e;je vous l'envoie tout ouverte, afin que vous vous joigniez à mes sentiments.

J'ai fait partir un paquet de douze exemplaires de mon livre, comme vous l'avez désiré : je donne ordre qu'on vous les rende à Rome, où vous en ferez la distribution selon votre prudence et lesordresède SonEminence.

Je vous enverrai bientôt mon sermon (231) imprimé. Je suis pénétré des bontés de Mgr le cardinal Ricci : je vous prie de lui marquer ma reconnaissance. Plût à Dieu que nos affaires fussent entre ses mains I

A Paris, ce 29 septembre 1681.

LETTRE XCI1J

AU MÊME

Sur la distribution de quelques-uns de ses ouvrages, dont il lui envoie plusieurs exemplaires.

Je prends la liberté, Monsieur, d'envoyer à Son Eminence quelques exemplaires de mon sermon; j'en enverrai encore autant par le prochain ordinaire. Je vous prie d'entrer avec Mgr le cardinal dans le détail de ceux à qui je le supplied'en donner, et de déchiffrera Mgr le cardinal Ricci non-seulement mon écriture, mais mes intentions, si je puis parler en ces termes, vous qui êtes si bien instruit de nos manières et de nos maximes.

J'ai fait partir, il y a près de trois semaines, une douzaine d'exemplaires du Dis-

Sainte-Claire, établies à Toulouse, qui jouissaient, depuis environ quatre cents ans, du droit d'élire leurs supérieures. On peut voir sur les affaires dont il e*l parlé dans celte lettre, les Mémoires et les Procès-verbaux du clergé, et les histoires du temps. O.t trouvera aussi quelques détails à ce sujet dans l1 Histoire de Bossuet, 1. vi. {Edition de Versailles.) (130) Ce concile fut assemblé par Carlotnan, et

cours sur l'histoire universelle; je vous prie d'entrer dans la distribution sous les ordres de Son Eminence : vous n'oublierez pas M. l'abbé Nazzari. M. l'abbé Gradi m'a autrefois demandé mes ouvrages et pour lui et pour la bibliothèque Valicane : je l'ai promis, et je vous prie de [n'acquitter de cette dette. Enfin vous les donnerez à qui vous croirez qu'ils seront agréables, sans oublier ce que je vous dois, et à votre tendre amitié.

Je ne vous parle plus des affaires delà régale, ni des résolutions de notre assemblée, qui sont publiques : on peut juger aisément de ce qui reste à faire par ce qui a été fait. Je souhaite que dans les autres affaires nous ne donnions point lieu à de nouvelles difficultés , et c'est à quoi tous les gens de bien doivent s'appliquer.

J'attends le Mémoire de M. l'abbé de la Fageole, à qui je vous prie de faire tous mes compliments. Tout à vous.

A Saint-Germain, ce 26 janvier 1652.

AU MÊME

Sur l'origine et les fondements de la régale.

Je suis bien aise, Monsieur, que nous convenions de tout sur l'épiscopat. Pour ce qui est de la régale, il n'est plus question d'en discourir. Vous verrez, par la lettre que nous écrivons au Pape, que la matière a été bien examinée, et si je ne me trompe, bien entendue. Nous n'avons pas cru pouvoir allerjusqu'à trouver bon le droit du roi, surtout, comme on l'explique à présent: il noussulTit que le nôtre, quelque clair que nous le croyions, est contesté et perdu; et ainsi que ce serait être trop ennemi de la paix, que de le regarder tellement comme incontestable, qu'on ne veuille pas même entrer dans de justes tempéraments, surtout ceux où l'Eglise a un si visible avantage. Nous serions ici bien surpris qu'ayant trouvé dans le roi tant de facilité à les obtenir, la difficulté nous vint du côté de Rome, d'où nous devons attendre toutes sortes de soutiens.

Au surplus, je suis bien aise que vous persuadiez la régale à Rome de la manière que vous me l'expliquez. Mais pour moi, je vous avoue, sans faire trop l'évêque, comme Son Eminence nous le reproche agréablement, que je ne la puis entendre de celte sorte. Le concile de Leptines, qui me parait être votre principal fondement , ne regarde qu'une subvention accordée dans de grandes guerres, à peu près de la nature de celles qu'où accorda, dans les guerres des huguenots, par des aliénations. Ces sortes de

tenu le 2 mars 7-15, à Leptines ou Liplines, maison royale, aujourd'hui Lesttnes dans le Cambrés) . Saint Bonîface, archevêque de Maycnce. y présida avec un évoque nommé George, et Jean Sacellaii-. tous deux députés du Pape. (Von. Labb., Conci!., t. VI. col. 1557, 1558.) (-251) Son sermon Sur l'uniW de l'Eglise.

m.i NUIS COMPLETES l>K BOSS1 ! i

subventions sonl fondées, non sur le droit de régale, droit particulier à la France, mais -m- le droit commun de Ions les ro/aumes . partie doit concourir ;\ la conservation du tout. Je contiens bien que les

rois peuvent obliger les églises auxquelles - donnent, à tout ce qui leur plaira, et

no aux charges communes des. laïques.

La question est de Irourer ces réserves dans

donations ou dans la pratique ancienne,

les bontés de Mgrle cardinal Ricci, pourlequel j'ai le dernier respect et tout l'attache* ment possible.

Je suis bien aise que vous approuviez notre lettre (2:»2), et surtout «pic vous jugiez qu'on n'en peut tirer aucun avantage contre nous; car c'est ce que vous craigniez. M. de Reims sera très-aise de savoir vos sentiments sur cela. Je suis très-persuadé de vos bonnes intentions sur le procès-ver-

el d'y trouver nommément la jouissance du- bal, et je n'oublierai rien pour les faire conrant les vacances, que je ne trouve établie naître à M. de Reims. Au surplus, je n'ai

ouï parler en aucune sorte des plaintes qu'il fait de vous : je n'ai pas su qu'il eût rien appris de vos sentiments, et je n'en ai su moi-môme que ce que vous m'en avez écrit.

par aucun droit ancien ; sans néanmoins un prouver celui qui a été introduit de quelque façon que ce soit, par une possession dont il n'est plus question d'examiner l'origine.

Je ne conviens pas non plus quo celte jouissance, durant la vacance, ait été établie à la place du droit qu'on exigeait pour le service de la guerre, puisque je vois durer te droit longtemps après cette jouissance reconnue. Tous ces droits ont donc leurs raisons et leurs origines particulières : les uns se sont soutenus, les autres ont été négli-

s ; et il s'est fait de tout cela des usages différents, dont on ne peut dire aucune raison précise : de sorte qu'il n'y a rien de certain que la possession, ni à vrai dire, d'autres règles pour fonder des jugements justes. Et quanta la probabilité que vous voudriez du moins qu'on avouât, je ne puis vous avouer que la seule probabilité extrinsèque tout au plus ; parce que je ne puis pas dire que les sentiments que je crois les seuls véritables, ne soient pas contestés par u'autres : et qu'il y ait une probabilité intrinsèque, et par des principes, je n'y en vois point. Je tiens encore l'effet des investitures tout différent de celui que nous appelons la régale. Mais il faudrait faire des volumes, pour dire sur cela tout ce qu'on pense de part et d'autre; et je trouve après tout, que le seul moyen est d'en sortir par expédient. Dieu veuille que Sa Sainteté entre dans cet esprit.

J'envoie encore une demi-douzaine d'exemplaires de mon sermon, pour achever les présents dont j'avais parlé dans mes précédentes. Je suis à vous de tout mon cœur.

A Paris, ce 6 février 1682.

AU MÊME

Sur la lettre et le procès-verbal de l assemblée, touchant la régale, et sur la manière dont on se proposait de traiter les points de morale dans cette assemblée.

J'ai vu, Monsieur, par votre lettre du 23 février, ce que vous pensez de mon sermon, et ce que vous faites pour le faire valoir. Je vous en suis très-obligé, et surtout de tout le soin que vous prenez pour me conserver

(232) La lettre de l'assemblée au Pape, sur la régale.

i 5) Il élail Josui'e, et il a eu un frcie dans l'Omuire, qui a éié évêque de Grasse.

Car encore que vous m'ayez mandé plusieurs fois qu'en écrivant du procès-verbal et autre chose au Père Verjus (233), vous m'aviez expressément excepté dans le secret que vous exigiez, ce Père ne. m'a rien dit, ni fait dire par qui que ce soit, et je ne me suis informé de rien. Ainsi vous voyez, Monsieur, que si la chose est venue à la connaissance de M. de Reims, il faut que le Père Verjus se soit fié à quelqu'un qui ne lui ait pas gardé la fidélité.

Au reste, la contradiction qu'on ohjecle à M. de Reims dans son procès-verbal est aisée, ce me semble, à expliquer. Il n'y a qu'à distinguer ce qu'il dit comme de luimême, et ce qu'il dit comme cru par les officiers du roi. C'est aussi ce qu'il a suivi dans la lettre : et nous avons cru qu'il importait qu'on sût à Rome les maximes des parlements; parce que, sans les approuver, les ecclésiastiques les doivent regarder comme invincibles dans l'esprit de nos magistrats, et chercher sur ce fondement les tempéraments nécessaires pour ne point porter aux extrémités une matière si contentieuse.

Je souhaiterais bien avoir quelques conversations avec vous sur les matières de morale que notre assemblée va traiter (234-). Vous avez tant travaillé sur ce sujet., et il me reste tant d'estime de la manière dont vous l'avez traité dans les ouvrages que vous m'avez communiqués, que je souhaite encore, au dernier point, de les revoir. Je, me souviens en gros que nous convenions des principes; et vous pouvez être certain que nous irons très-modérément; tâchant de parler de sorte que le Saint-Siège puisse confirmer ce que nous ferons, et changer en bulles les décrets de l'inquisition, dont l'autorité, comme vous savez, ne fait pas loi ici : de sorte que notre intention est de préparer la voie à une décision qui nous donne ici la paix, et y affermisse éternellement la règle des mœurs. Je suis tout à vous.

A Paris, ce 6 mars 1682.

(234) Les séances ayant été, depuis celte lettre, fort interrompues, ei l'assemblée s'étanl séparée, par ordre du roi, an mois de juin suivant, elle ne put exécuter ce projet.

Rt3

A M. DE UANCK, AIJUÉ DE LA -TKAI'PE.

Il parle d'un ouvrage de cet abbé, déplore la corruption du siècle, et témoigne de grands sentiments de religion.

PART. XIV. LETTRES DIVERSES-, DU

surées. Nous prétendions par là donner une pleino instruction à nos prèlres contre ces damnables doctrines, dont presque tous les livres de morale sont infectés dcpujg près do cent ans. Notre intention était d'envoyer le. tout au Pape, principalement la censure, >ur en demander la confirmation h Sa Sain-

On a mis, il y a déjà assez longtemps, en- Ire mes mains, l'ouvrage (235) dont vous me parlez, Monsieur. L'assemblée m'avait chargé de l'examen de la morale ; et une occupation si importante, et d'ailleurs si vpste, remplissait tout mon temps. Depuis la séparation de l'assemblée j'ai commencé celte lecture ; et j'avoue, qu'en sortant des relâchements honteux et des ordures des easuistes, il me fallait consoler par ces idées célestes de la vie des solitaires et des cénobites. J'espère achever dans peu cette lecture: je la fais avec une sensible consolalion.

Je ressens avec vous notre siècle trèséloigné et peut-être très-peu capable de ces instructions célestes, si naturelles au christianisme, si éloignées de l'esprit des Chrétiens d'aujourd'hui. Oui sait si ce n'est point, dans un siècle si corrompu , jeter les perles devant les pourceaux, <pie de montrer au siècle, et môme aux religieux d'aujourd'hui, ces maximes évangéliques, que vous avez recueillies pour l'instruction de vos frères ? Qui sait aussi si ce n'est point le conseil do Dieu, que ce levain renouvelle la masse .corrompue ? Je vous en dirai mon sentiment en toute sincérité, quand j'aurai tout lu ; et comme je reprends, après la séparation de l'assemblée, le dessein que vous aviez agréé ;!e vous a-ller voir, nous pourrons traiter tout cela ensemble.

Priez Dion qu'allant tout de boncommencer mes fonctions dans mon diocèse, je commence une vie chrétienne et épiscopale,'et que je ne scandalise pas du moins le troupeau dont je devrais être la forme et le modèle. Je suis en la charité de Notre-Seigneur, Monsieur, etc.

A Paris, ce 8 juillet 1682.

A M. DIKOIS, DOCTEUR DE SOllBOiMNE.

Sur le projet decensurc et le corps dedoclnne, qu'il avait été chargé de dresser par rassemblée et sur la manière dont ou devait procéder à l'égard des différentes propositions qui méritaient d'être censurées.

Comme je sais, Monsieur, que M. l'archevêque de Reims a envoyé à Mgr le cardinal d'Estrées les propositions (pie nous devions censurer, je ne doute point que vous ne les ayez déjà vues ; et je suis bien aise de vous dire quel était notre projet.

On m'avait chargé, dans la commission, de faire un projet decensure, et un de doctrine pour l'opposer aux propositions cen-

poi

teté, et la supplier de nous la donner ; ou en tout cas de censurer les propositions par une bulle en forme, que nous eussions reçue avec toutes les marques de respect qu'on peut jamais rendre au Saint-Siège. Nous avions réduit en chapitres les propositions, pour une plus grande commodité. Les qualifications projetées étaient fortes, mais modérées, et, sans rien outrer, soutenues presque toutes par des passages précis de l'Ecriture, et par une doctrine qui eût éclairé l'esprit; c'était du moins iedessein : le corps de doctrine eût achevé ce que la censure seule n'aurait pas pu faire.

Parmi les propositions condamnées, nous avions mis toutes celles qu'Innocent XI a proscrites ; et de celles comprises dans la censure d'Alexandre VII, nous n'en avions omis que quelques-unes, ou qui n'étaient point de nos mœurs, ou que nous ne jugions pas à propos d'étaler ici aux hérétiques , qui en auraient fait des sujets de raillerie : mais nous eussions expressément déclaré que nous ne les improuvions pas moins que les autres. Ainsi on eût censuré sans hésiter toutes les propositions déjà censurées par les Papes ; et les mots Propositions examinandœ n'allaient pas à révoquer en doute la condamnation de ces propositions , mais seulement à examiner les qualifications do chacune d'elles. Celles de la probabilité sont construites de manière qu'on en renversait premièrement les fondements ; ensuite on l'attaquait en elle-même; puis on en réprouvait les conséquences. Les qualifications eussent expliqué le sens précis dans lequel on les condamnai tt et eussent découvert la malignité de chaque proposition.

Par exemple, sur la règle In dubiis indus, on eût déclaré qu'on ne condamnait pas le mépris du tutius, en tant qu'il enchérit simplement sur le lutum; mais en tant qu'il lui est opposé : Ainsi on niellait à couvert la doctrine de saint An ton in dont on abuso, et on établissait le vrai sens de la règle, selon la doctrine des Papes et des docteurs approuvés; et même celle de saint Antonio, dont les auteurs de la probabilité ont non-seulement détourné le sens, mais encore fajsilié et tronqué le texte. On n'eût pas pu s'empêcher de marquer qu'on désirait sur ces matières un décret dans une autre forme que celle du décret qui a paru; car vous sa qu'on ne peut jamais reconnaître i> i le tribunal de l'inquisition ; maison l'eût fait ai ne lout le respect convenable, et seulement pour ne point donner un litre contre nous. Par égard pour un décret d'Alexandre VU (236), on se serait abstenu de qualifier la

(L25S) Le livre De ta sainteté et des (lavoirs de la suivant?. ne; mouatiiqve, t\m M. de Kan.cé publia l'année (23G) Ce décret esi du 5 is. ai 1007, cl le Pape y

B Mi

I roposHioo qui rejette de ht pénitence le

nmencement d'amour : mais on aurait lare1 qu'on embrasse le sentiment contraire, y on aurait supp|ié Sa Sainteléde censurer la doctrine qui nie la nécessité de . el amour.

Voilà le projel qui apparemment eût été suivi ; puisqu'on en était déjà convenu avec II, de Paris 237 . el avec les meilleures tôles de l'assemblée. C'esl de quoi j'ai cru devoir voua instruirai «'<tin que vous puissiez en rendre comptée Son Eminence, et tous servir de ce dessein, autant que vous ie pourrez, pour exciter les prélats de la cour de Rome a achever l'ouvrage d'Alexandre VII • t d'Innocent XI. Car encore que ce qu'ont fait ces deux Papes soit grand, ce n'est rien taire que «le laisser soupirer encore la probabilité, déjà entamée, à la vérité, mais toujours venimeuse, quoique traînante, et qui bientôt se rétablira si on ne l'achève. Ce n'est rien aussi de censurer par des décrets conçus dans l'inquisition : une bulle en forme comblera de gloire Innocent XI, et J'oii verra, par la manière dont elle sera reçue, que le clergé de France, quoi qu'on puisse dire, sait bien rendre le vrai respect au Saint-Siège, et s'en fait honneur; et que si l'on se réserve quelque liberté dans des cas extraordinaires, qu'on espère qui n'arriveront jamais, on sait bien connaître quelle autorité il y a dans la chaire de saint Pierre, et qu'on la veut élever aussi haut qu'elle l'ait jamais été par les plus grands Papes, et par les décrets du Saint-Siège les plus forts. £n voilà assez, Monsieur, sur cette matière.

Je vous remercie de ce qu'enfin vous m'avez envoyé le Mémoire de M. l'abbé de la Fageole. Je voudrais bien avoir su par la même voie à qui il veut que je rende ici l'argent qu'il a déboursé; et, en tout cas, je chercherai les moyens de le faire tenir à Home à la première occasion. Mandez-nous les nouvelles courantes sur la paix (238) : nous souhaitons qu'elle soit prompte, et qu'on n'ait jamais besoin de nous rassembler pour de si malheureux sujets. Je suis à vous de tout mon cœur.

A Versailles, ce 13 juillet, 1682.

P. S. J'oubliais de vous dire que c'est de propos délibéré, que, parmi les propositions nous n'en avons mis aucune qui regarde l'ignorance invincible : cela nous aurait jeté dans des disputes, et d'ailleurs ne nous servait de rien ; puisque nous trouvions de quoi condamner la fausse probabilité, sans nous embarrasser de ces questions : mais nous eussions dit sur cette matière ce qu'il eût fallu dans la doctrine, et sans nousjeler '.ans les contentions.

AU MEME

/• a nés tes conséquences de la décision que Rome

défenda t de condamner la doctrine qui rejette la né<:es>iié d'un commencement d'amour de Dieu, P:,t,r être réconcilié avec lui dans le sacrement de pcnii nce.

projetait en faveur de {infaillibilité des

Papes. - Combien il est nécessaire de condamner sans réserve fontes les propositions que l'assemblée devait censurer. — En quoi consiste la véritable grandeur du Saint- Siège.

Je reviens, Monsieur, d'un assez long voyage que j'ai fait en Normandie ; et la première chose que je fais eu arrivant, avant même d'entrer à Paris, où je serai ce soir, c'est de répondre à votre dernière lettre.

Elle me fait une peinture de l'état présent de la cour de Home, qui me fait trembler. Quoi 1 Bellarmin y tient lieu de tout, et y fait seul toute la tradition 1 Où en sommesnous si cela est, et si le Pape va condamner ce que condamne cet auteur? Jusqu'ici on n'a osé le faire ; on n'a osé donner celte atteinte au concile de Constance, ni aux Papes qui l'ont approuvé. Que répondrons-nous aux hérétiques, quand ils nous objecteront ce concile, et ses décrets répétés à Bûle avec l'expresse approbation d'Eugène IV, el toutes les autres choses que Rome a faite en confirmation ? Si Eugène IV a bien fait en approuvant aulhentiquement ces décrets, comment peut-on les attaquer ? et s'il a mal fait, où était, diront-ils alors, celte infaillibilité prétendue? Faudra-t-il sortir de ces embarras, et se tirer de l'autorité de tous ces décrets, et de tant d'autres décrets anciens et modernes, par des distinguo scolastiques, et par les chicanes de Bellarmin? Faudra-t-il dire aussi, avec lui et Baronius, que les actes du concile vie, et les lettres de saint Léon II, sont falsifiés? Et l'Eglise, qui jusqu'ici a fermé la bouche aux hérétiques par des réponses si solides, n'aurat-elle pi us de défense que dans ces pitoyables tergiversations ? Dieu nous en préserve I Ne cessez, Monsieur, de leur représenter à quoi ils s'engagent el à quoi ils nous engagent tous. Je ne doute pas que Son Eminence ne parle en cette occasion avec touie la force, aussi bien qu'avec loute la capacité possible : il a le salut de l'Eglise entre ses mains.

J'ai fait grande réflexion sur ce que vous me dites, que Borne, loin d'être adoucie par ce qu'on lui accorde, le prend pour un aveu de ses droits, et s'en sert pour aller plus loin. Je. l'ai bien compris; mais à cela je n'ai autre chose à dire, sinon que des évêques qui parlent doivent regarderies siècles fulurs aussi bien que le siècle présent, et que leur force consiste à dire la vérité telle qu'ils l'entendent.

J'ai un peu de peine à concevoir comment vous croyez que le quatrième article de notre Déclaration puisse s'accorder avec la doctrine des utlramonlains : nous n'avons pas eu ce dessein, quoique d'autre part nous ayons bien vu que quoi qu'on enseignât en spéculative, en pratique il en faudrait tou-

(237) De Ilarlay.

(238) Avec la cour de Rome, loin haut l'affaire île la régale.

917 PART. XIV. LETTRES DIVERSES. Il

jours revenir à no mettre la dernière et irrè- qu'elle devient la plus sûre pour le commun vocable décision que dans le consentement des hommes, par sa bénigne condescende l'Eglise universelle, à laquelle seule nous «lance? C'est laisser le mal en son entier, attachons notre loi dans le Symbole. Je ne que de ne |>as aller jusque-là. Il n'en faut puis m'imaginer qu'un Pape si zélé pour la pas faire à deux fois ; et si l'on reut^ mettre conversiondes hérétiques, et pour la réunion une bonne fois la main au plaies de l'Eglise, des schisma tiques, y veuille mettre un obs- il faut tout d'un «oup aller jusqu'à la racine tacle éternel, par une décision telle que celle d'une doctrine qui repousse tout entière en dont on nous menace. Dieu détournera ce un moment, pour petite que soit la fibre coup; et, pour peu qu'on ait de prudence, qu'on lui laisse.

on ne se jettera pas dans cet inconvénient. Quant à la proposition 118, je la crois la

Pour la morale, je conçois bien que ce plus nécessaire de toutes; parce que lu

n'est pas le temps d'en parler à Home ; il fondement le plus clairet le plus essen-

faut vider les autres affaires auparavant, tiel contre la nouvelle morale, c'est qu'elle

Mais pour ce qui est des réflexions que vous est nouvelle, n'y ayant rien déplus contraire

médites que des gens sages ont faites sur à la doctrine chrétienne que ce qui est nou-

nos propositions, j'en suis étonné. Ils disent veau et inouï. On aurait pourtant expliqué

que parmi les propositions condamnées par que les modernes doivent être ouïs, lorsqu'il

Alexandre VII et Innocent XI, il y en a qui s'agit d'expliquer denouvelles lois qu'aurait

ne font pas matière de bulle, comme celle- laites l'Eglise. Mais cependant on poserait

ci, « Qu'on peut satisfaire au précepte de comme un fondement certain, que lorsqu'il

l'Eglise par un sacrilège : » mais au con- s'agit d'expliquer les principes de la morale

traire, s'il y en a une qui mérite d'être fou- chrétienne et ses dogmes essentiels, tout eu

droyée, c'est celle-là : car. l'Eglise ne faisant qui ne paraît point dans la tradition de tous

dans ses préceptes qu'appliquer et exécuter Jessiècles, et principalernentdans l'antiquité,

ceux de Jésus-Christ, il faut obéir à Jésus- est dès là non-seulement suspect, mais rnau-

Christ pour obéir à l'Eglise ; et l'on se (latte vais et condamnable ; et c'est le principal

en vain d'obéir à l'Eglise, par une action qui fondement sur lequel tous les saints Pères,

est un outrage sacrilège contre Jésus-Christ : et les Papes plus que les autres, ont con-

autrement, contre sa parole, Quivous écoute damné, les fausses doctrines, n'y ayant ja-

m'écoute {Lac. x, 16), il faudra dire qu'on mais eu rien de plus odieux à l'Eglise

pourra écouter son Eglise sans l'écouter lui- romaine que les nouveautés. S'il fallait tou

même, ou qu'on écoute Jésus-Christ en fai- jours trouverdans l'Ecriture et dans les Pères

saut un sacrilège. Pour moi, je crois au des passages contraires aux doctrines qu'on

contraire qu'il faut définir, que le fondement voudrait condamner, ce serait donner troj

de l'obéissance qu'on doit à l'Eglise étant d'avantage à ceux qui inventent des choses celle qu'on doit à Jésus-Christ; pour obéir dont on ne s'est jamais avisé, et qu'on n'a à l'Eglise, qui déterminel'exécution des pré- garde par conséquent de trouverc.omballue-< ceptes de Jésus-Christ il faut entrer premiè- dans les anciens : de sorte qu'il n'y a rien rement dans l'espritque Jésus-Christ a près- de plus nécessaire que de les rejeter précicrit ; sans quoi l'on peut bien éviter les sèment comme nouvelles et inouïes ; lavécensures qui ne foudroient que les crimes rite ne pouvant jamais l'être dans l'Eglise. qu'on connaît, mais non pas satisfaire au C'est pourquoi les propositions 11 V et les fond à l'intention de l'Eglise, ni par consé- suivantes, jusqu'à 119, ne peuvent être Cliquent à ses préceptes. bliées sans prévariquer. La 119 attaque di- Pour ce qui est de la probabilité, si l'on rectement la source du mal, qui vient unine veut qu'effleurer les choses, comme on a quement de ce qu'on a cru qu'il était permis fait jusqu'ici, il ne faut en effet frapper que de consulter la seule raison dans les niatièsur trois ou quatre propositions : mais si res de morale ; comme si nous étions encore l'on veut attaquer le mal dans tout son venin dans l'école des philosophes, et non pas dans intérieur, le détruire dans sa racine, le celle de Jésus-Christ.

poursuivre dans ses pernicieuses consé- Voilà, Monsieur, les raisons que nous quences, et en mettre au jour la malignité, avons eues de mettre tant de proposien faisant voir tant la fausseté des principes lions (239); et le concile de Trente, qui en que l'absurdité des inconvénients, on ne a tant condamné, nous a montré l'exemple trouvera riend'inutiledansuos propositions; d'attaquer l'erreur en elle-même, dans ses et si l'on avait vu les qualifications que nous principes et dans ses conséquences, c'est-àavions projetées, on en tomberait d'accord, dire, en un mot, dans toute son étendue. Que servirait de dire, par exemple, ce que de peur qu'elle ne revive par aucun cuvons marquez, qu'on a trouvé bon qu'il faut droit.

suivre l'opinion la plus probable et la plus Je donnerai ordre, en arrivant, qu'on resûre, aux termes marqués dans les proposi- mette entre les mains de M. de la Bruyère tions 128 et suivantes, si on laisse après les soixante pistoles tpie M. l'abbé de la l''acela la liberté de dire que la doctrine en- geôle a déboursées pour moi, dont je lui seignée par la plupart des modernes, ou rends grâces de tout mou coeur. même par un seul, est la plus probable, ou Je vous remercie aussi, Monsieur, avec la

(-250) Les propositions donl Bossuel parle dans ee>(c lettre sont, pour la plupart, les mciue* qui fiuviit condamnées dans fasseiub'ée de ITOU. *

VRES COMPLETES Ut BUSSUET.

même affection, du soin que fous prenez de

«enter si bien l'étal de Rome. Il est

i den être instruit: je profilerai, autant

.[iif je le pourrai, de oe que vous m'en

dit

j> prendrai la liberté denvoyer a Sun Eminence deui petits traités (2M>), que j'ai u mis au jour oontre nos hérétiques; alin de joindre l'instruction aux édits iiar lesquels le roi les rend attentifs; on les donnera à M. île la llruyère pour l'ordinaire prochain.

Je ne vous recommande point la discrétion; quoique je vous écrive sans précaution, vous saurez bien nie ménager. Je suis à vous de tout mon cœur. A Versailles, ce 28 octobre 1G82.

P. S. J'oubliais l'un des articles principaux, qui est celui de l'indépendance de la temporalité des rois. 11 ne faut plus que condamner cet article pour achever de tout perdre. Quelle espérance peut-on avoir de ramener jamais les princes du Nord, et de convertir les rois infidèles, s'ils ne peuvent se faire Catholiques sans se donner un maître, qui puisse les déposséder quand il lui plaira? Ce pendant je vois par votre lettre, et par toutes les précédentes, que c'est sur quoi Home s'émeut le plus. Au reste, je voudrais bien que vous me disiez comment vous conciliez cet article avec ce qui a été fait contre les empereurs, par les Papes et dans les conciles; afin de voir si les moyens dont je me sers pour cela sont les mêmes que vous employez, et pouvoir profiter de vos lumières.

On m'a dit que l'inquisition avait condamné le sens favorable à celte indépendance, que quelques docteurs de la Faculté de théologie de Paris avaient donné au serment d'Angleterre (241). On perdra tout par ces hauteurs: Dieu veuille donner des bornes à ces excès. Ce n'est pas par ces moyens qu'on rétablira l'autorité du Saint:Siége. Personne ne souhaite plus que moi de la voir grande et élevée: elle ne le fut jamais tant au fond que sous saint Léon, saint Gré- : aire et les autres, qui ne songeaient pas à une telle domination. La force, la fermeté, la vigueur, se trouvent dans ces grands Papes; tout le monde était à genoux quand

-iO) La Conférence avec le ministre Claude, et la Iléponae à un écrit de ce ministre, avec le Traité de la communion sous les deux espèces, qui partirent en 1682.

(241) C'est le nouveau serment que Jacques Ier exigea' des Catholiques, après la conjuration des poudres. La formule en lut dressée par BanCroft, anhevêque de Cantorbéry, qui se lit aider dans ce travail par un Jésuite apostat, nommé Pcrkins. Elle renfermait non -seulement une protestation d'obéiss-anci; et de (iléli é au roi, mais encore une déclaralioa positive contre le pouvoir attribué aux Papes de déposer les rois, et de délier leurs sujets de la lid liié qu'ils leur doivent. On y déclarait aussi qu'on detes ait comme impie et hérétique la doctrine • ni tnseigie que les princes excommuniés ou déposée p i le Pape peuvent èlre déposés ou tués par 1 urs sujets. Il n était qnesti.ui, en aucune sorte, ca.,s cciic formule, ni de la suprématie que les rois

ils parlaient: ils pouvaient tout dans l'Lglise, parce qu'ils mettaient la règle pour eux. Mais, selon que vous m'écrivez, je vois bien qu'il ne faut guère espérer cela. Accommodons-nous au temps; mais sans blesser la vérité, et sans jeter encore de nouvelles entraves au siècle futur.

La vérité est pour nous: Dieu est puissant, et il faut croire, contra spem insjicm, qu'il ne la laissera pas éteindre dans son Eglise.

A U. DE RANGÉ, ABBÉ DE LA TRAPPE

Sut Vouvrage de cet abbé, les deux oraisons funèbre:; du prélat, et les fâcheuses disposidu Pape.

Je pars pour Meaux à l'i nstnnt. J'ai écrit à M. de Grenoble: j'ai laissé le livre (242), bien empaqueté, en mains sûres, avec bon ordre de l'envoyer à Grenoble aussitôt que nous aurons l'adresse de ce prélat. Quand nous saurons son sentiment, nous procéderons à l'impression sans retardement, et je mettrai l'affaire en train. Je vous enverrai de Meaux toutes mes remarques. On ne peut avoir un plus grand désir que celui que j'ai de voir publier tant de saintes et adorables vérités, capables de renouveler l'ordre monastique, d'enflammer l'ordre ecclésiastique, et d'exciter les laïques à la pénitence cl à la perfection chrétienne , si nous n'endurcissions volontairement nos cœurs. J'ai laissé ordre pour envoyer la Conférence (243), et en môme temps pour envoyer à M. Maine deux oraisons funèbres (244), qui , parce qu'elles font voir le néant du monde, peuvent avoir place parmi les livres d'un solitaire ; et qu'en tout cas il peut regarder comme deux têles de mort assez touchantes.

Les affaires de l'Eglise vont très-mal : le Pape nous menace ouvertement de constitutions foudroyantes, et même, à ce qu'on dit, de formulaires nouveaux. Une bonne intention avec peu de lumières, c'est un grand mal dans de si hautes places. Prions, gémissons. Ne m'oubliez pas; je vous porte dans le fond du cœur, et suis, Monsieur, plus que je ne puis vous le dire, etc.

A Paris, ce 30 octobre 1682.

d'Angleterre se sont attribuée, ni de la juridiction spirituelle. Jacques l'r ne voulut pas qu'on en lit inenuon, et il déclara que son intention était unique-! ment d'obliger les Catholiques à une obéissance civile, sans loucher à la religion. Cependant, ce serment fut parmi eux une occasion de longues disputes. Le Pape Paul V donna en 1000 et 1007 deux brefs qui défendaient aux Catholiques de faire le serment exigé; et il en \int jusqu'à déposer l'aichiprctrc lilaekwell, parce qu'après avoir prêté le serment de (itléliié, il persévérait à en soutenir la légitimité.

(242j II s'agit de l'ouvrage intitulé De la sainteté el des devoirs de la vie monastique, qui fut pubhé l'année suivante.

(245) Avec le ministre Claude.

(244) De Henriette de France, reine de la Grande- Bretagne, et de Henri. 'lie d'Angl terre, duchesse d'Orléans.

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