RÉPONSE DE BOSSLET A LA QUESTION ENVOYÉE PAR M. LÉVÈQLE DANGERS
Sur les expressions delà Profession de foi de Pie IV, qui concerne l invocation des saints.
Il n'est pas permis de changer les termes de la Profession de foi de Pie IV, qui e>t reçue et jurée dans toute l'Eglise, et qu'on y a toujours proposée à ceux qui se convertissent. Elle s'accorde très-bien avec le concile de Trente.
Ces principes, invocandus, amandus, ve-
an dessein qu'avait dom Muguet; religieux nfrandus (W. souvent ne «içtftat autre ujuja{.4s-*a. i~ a- iS—'j. «?-•, chose que ce qui serait exprimé par ces au-
A M. DE RANCÉ, ABBÉ DE LA TRAPPE
Il l'entretient des difficultés qui s'opposaient
Bénédictin de la congrégation de Saint Maur, de se fixer à la Trappe, et lui propose d'excellentes vues pour instruire et consoler ce religieux.
Les lettres que je reçois de vous, Monsieur, me donnent tant de consolation, qu'elles ne sauraient jamais être trop fréquentes.
très mots : invocabilis, amabilis, venerabilis. Il est certain que ces participes n'emportent pas toujours un commandement ni une obligation de précepte : les bienséances, les convenances, les grandes utilités s'expliquent souvent en cette manière.
Il en est de même de ces termes français. Celle que vous écrivez au Père général le II faut faire, il faut aller, il faut invoques ; doit disposer favorablement pour le pauvre ou de ces autres : l'on doit faire, l'on doit P. Muguet, dont l'accident est étrange, aller, l'on doit invoquer. On a en latin et eu Dieu donne souvent des mouvements dont français, des manières de parler plus fortes il ne veut pas l'exécution • il faut adorer ses et plus précises, pour expliquer un comconseils impénétrables. Ce bon Père a con- mandement et un devoir d'obligation étroite sommé son sacrifice, quand il a fait tant et formelle.
d'efforts pour accomplir ce qu'il croyait ve- J'ai vu des Rituels où l'on a traduit, invonir de Dieu. Il a maintenant un autre sacri- candos esse; « les saints sont à invoquer; » lice à accomplir, qui est d'une profonde bu- et les paroles suivantes, eorum reliquius esse miliation ; et s'il sait bien avaler ce calice, venerandas, « leurs reliques sont à honorer;» il n'aura pas peu de part à celui du Fils de et ainsi des autres semblables. Je ne crois Dieu. point nécessaire d'introduire dans la profes-
Qui sait si tout ceci ne se fait pas pour siondefoi une façon de parler peu naturelle 'enfoncer davantage dans l'humilité? Quel- à la langue : peut-être qu'on pourrait tra-
quefois il se mêle un orgueil secret, et je ne sais quel dédain pour les autres, dans les pas que l'on fait pour embrasser une vie plus austère et plus parfaite. Jésus-Christ est venu pour révéler les secrets des cœurs; et peut-être fera- t-iJ sentir à ce bon Père qu'il doit apprendre dorénavant à s'anéantir d'une autre sorte que celle
duire : les saints sont dignes, ou méritent d'être honorés et d'être invoqués; ou, il esl à propos d'invoquer les saints. Mais jour moi je m'en tiens à la manière la plus ordinaire, dont on traduit en français les participes en dus, qui est celle de les rendre par : Il faut ; et c'est aussi celle dontje vois qu'on se sert presque partout. Au reste la Profes-
qu'il avait cherchée. En tout cas, le voilà sion de foi ne s'éloigne en aucune soi te ,,e
désabusé*par sa propre expérience, comme l'esprit du concile. 11 est porté dans ce même
vous le remarquez; et, libre d'une tentation décret : Sanctorum corpora vencrandu esse,
si délicate, il n'a plus à songer qu'à se sanc- imagines habendas et retin endos, eisque debi-
titier dans l'état où il est. Vous ne devez pas lum cultum et r encrât ionem impertiendam :
vous repentir des pas que vous avez faits; « Il faut honorer les reliques des saints, avoir
vous avez assurément accompli la volonté leurs images et les garder, leur rendre le
de Dieu ; et pour moi j'ai beaucoup de con- culte et l'honneur qui leur est dû ; » paroles
solalion du peu que j'y avais contribué. qui sont transcrites dans la Profession de
Je retournerai à Paris à la lin du mois foi. Or personne n'a jamais cru que les Pè-
pour quelques affaires, si Dieu le permet ; rés de Trente voulussent par ces paroles im-
et nous lâcherons làde mettre en train l'im- poser aux particuliers plus de nécessité de
(26-2) Elles parurent cette année, sois ce tilre : Eclaircissements sur quelques difficultés que ion a formées sur le livre De la sainteté tt des devo'rs de la vie moiustique.
(itîôj Hei r Arnauld, fore du cé'èbre docteur de
ce nom. Il mouiut à Angers le S juin 1G92 àg^ ■!<: qua ie-\ingi qui1 ze ans. Nous i,\,Vuih p<s la ht r<s qu il écrivit po.r pro.oserla quesliou à laquelle
lïo-suet répoii'l.
rit>4) Soss *2o, decr. De imocai. sanct., etc.
OEUVRES COMPLETES DE BOSSl I T.
lai ri» ces choses que d'invoquer les saints:
de sorte que toul cela, selon l'espril du con-
oil réduire au bonum et utile, qui
ss tu commencement du décret comme
le rondement de toul ce qui suit.
On In aussi ces mots dans le concile : 11l t 9*ro qui negant sanctos invocandos esse...,
pie sentir* : « qoe c'esl un sentiment impie, (io nier qu'on doive invoquer les saints : » ce qui a douné lieu de duc dans la Profession de foi : Sanctos invocandàs essef « qu'il faut invoquer les saints;» parce qu'il est impie de le nier, il esl sans donte pieux et \, pilai le de le dire. Mais cela esl toujours
alifau bonum et utile, mis pourfondement; « i le concile, selon sa coutume, ne fait ici que condamner la contradictoire de la proposition affirmative qu'il avait faite d'abord.
Eu tout cas, les ternies du concile, qui sont clairs, déterminent ce qui est douteux dans la Profession de foi; el quand on voudrait s'imaginer dans ces mots, sanctos invocandos esse, quelque espèce de nécessité ou d'obligation, il ne s'ensuivrait pas qu'elle fût pour tous les lidèles en particulier. Il suffirait de dire, avec les docteurs, que l'invocation des saints e^t de nécessité pour toute l'Eglise en général, et lorsqu'elle agit en corps; puisque la tradition de tous les siècles lui enseigne à la pratiquer môme dans son service.
Si on demande comment l'Eglise en général est obligée à celle pratique, et si elle en a reçu un commandement exprès, je ne le crois pas; et je crois au contraire, qu'il s'en faut tenir, tant pourebaque Qdèleen particulierquepour l'Eglise en général, aux termes choisis par le concile : « 11 est bon et utile d'invoquer les saints.» C'estassezque l'Eglisese fasse une loi d'une chose si utile et si bonne, et qu'elle se sente obligéeàpratiquerencommun non-seulement ce qui est.de commandement, mais encore ce qui esl utile et convenable; alin de que vous en avez un grand à m'en faire , donner en tout un bon exemple à ses enfants, j'espère tout de vos soins.
sur la terre, cette répugnance ne serait pas innocente : non qu'il combattit directement aucun précepte; mais parce qu'il aurait do l'éloignetnenl d'une chose qui très-oonstniuinent est aussi facile que bonne.
Il esl aisé déjuger par là de la pratique de prier les saints, et je no crois pas qu'il puisse rester aucune difficulté dans la question proposée.
Fait à Meaux, lo 10 avril 1G85.
A M. DIROIS, DOCTEUR 1>K SORRONNE.
Sur l'affaire (/ue l'ecclésiastique dont il a déjà été' parlé avait à la Pénitencerie ; sur un projet de défense de la Déclaration du clergé; et sur les lettres du cardinal Vbaldini, opposées aux sentiments de Bcllarmin.
L'affaire que je croyais terminée, Monsieur, par le bref de la Pénitencerie que vous avez obtenu, va encore repasser h Rome, à cause des clauses de ce bref. Je vous en envoie copie, et en même temps deux suppliques qui vous feront connaître les difficultés de l'affaire, sur lesquelles on a encore recours à l'autorité du Saint-Siège. Les deux suppliques regardent la même personne : on en a fait deux parce qu'on a cru qu'on ne pouvait sans embarras comprendre le tout en une seule. Je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien encore donner vos soins à cette affaire, et m'aider à tirer un homme trèsutile à l'Eglise d'un embarras de conscience, d'où vous seul pouvez le tirer par l'application que vous aurez à faire entendre les choses. Je vous supplie aussi d'y employer, s'il le faut, l'autorité de Son Eminence, et défaire qu'on en sorte cette fois : vous me ferez un plaisir sensible ; et comme je sais
il en est de la pratique de demander aux sainls le secours de leurs prières, comme de celle de le demander aux lidèles qui sont sur !a terre. L'Eglise ci i t publiquement dans le Confiteor : Je prie la sainte Vierge, saint Jean-Baptiste, les apôtres saint Pierre et saint Paul, tous les saints, et vous, mon Père ; ou, et vous, mes frères, el le Pater, et vos praires, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu. On demande des prières aux uns comme aux autres ; et il n'y a que cette seule différence, que les prières des saints sont les plus agréables.
Les particuliers qui assistent à celte prière ne sont pas pour ceia tenus de la faire expressément, ni de demander des prières à leurs frères qui sont encore en celle vie : il suffit qu'ils approuvent la demande qu'on leur en fait, el qu'ils y consentent; et s'ils le refusaient, iis improuveraient ce que l'Eglise juge bon et utile. 11 faut pourtant avouer qu'on ne peut guère s'abstenir de
Si l'on faisait difîieullé d'accorder à cet ecclésiastique la permission de retenir les bénéfices qu'il a, vous pouvez assurer qu'il n'en a que deux avec sa prébende, qui ne sont que du revenu de cent, soixante-dix livres chacun; qu'il n'y a point d'incompatibilité de ces bénéfices entre eux, ni avec la prébende, et que la prébende ne vaut pas plus de neuf cents livres de revenu : de sorte que les trois ensemble ne valent pas plus qu'il ne faut pour la subsistance d'un ecclésiastique qui est en place, où. Ja bienséance veut qu'il vive honnêtement.
Après vous avoir parlé de cette affaire, il faut maintenant vous dire un mot du projet que vous m'avez envoyé en dix assertions, d'une défense de la Déclaration du clergé. L'exécution de ce projet ne' peut êlre qu'avantageuse h l'Eglise; et si vous croyez que le tour que vous y donnez à cette matière puisse apaiser la cour (Je Rome, je n'y vois en France aucune difficulté. Je vous
l'aire une chose que l'on croit bonne et utile, prie de me mander en quel état est cet ou-
quand d'ailleurs elle est si facile et même vrage.
m consolante : et si quelqu'un répugnait à Ce que vous m'écriviez aussi des lettres
demander des prières à ses frères qui sont du cardinal Ubaldini est très-considérable.
PART. XIV. LETTRES DIVERSES
Il faudrail tâcher d\v< ir des copies do ers lettres, qui fussent assez autorisées pour obtenir créance. Car s'il paraît que le traité do Du val, imprimé en 1614, contre Richer, a été concerté avec Rome; cl que cela résulte du témoignage de ce cardinal, qui était alors nonce en France, il s'ensuivra très-bien que Rome se contentait qu'on défendît l'infaillibilité, sans taxer ni d'hérésie, ni d'erreur, ni même de témérité la doctrine opposée : ce qui montre que les censures du cardinal Bellarmin ne passaient pas pour certaines, cl ne faisaient pas une loi à Rome, comme il semble qu'on en veut faire une à présent.
-Mais vous marquez une chose que je ne me souviens pas d'avoir aperçue dans Duval ; savoir, que les décisions du Pape ne sont [.as de foi , jusqu'à ce que le consentement de l'Eglise soit intervenu. Je vois assez que Duval ne tenant pas l'infaillibilité du Pape comme de foi, il rsl mené à celte conséquence; mais je ne me souviens pas qu'il l'ait dit expressément ; et cela est d'une ex-, treme importance. Si vous vouliez bien me eiter le lieu où Duval parle ainsi, vous me sauveriez la peine de chercher une chose dont il est bon d'être informé.
Je vous suis, Monsieur, très-obligé de toutes vos bontés: continuez-les moi, je vous en conjure, puisqu'on ne peut être plus que je le suis, etc.
A Germigny, ce 30 avril 1G85.
P. S. Nous allons bientôt tenir notre assemblée provinciale pour députer à la générale. Je ne crois pas qu'il se parle de rien dans l'assemblée générale : en tout cas je n'y serai pas, et je m'en rapporte à ceux qui y seront.
LETTRE CXYTI.
A DOM MABILLON, RELIGIEUX BÉtNKDICTIN.
Sur l'affaire de Molinos , l'ordination des Anglais, et le rétablissement de la coupe en Angleterre et en Allemagne.
J'ai reçu avec joie les marques de votre amitié, et vous ne devez pas douter que je n'y sois aussi sensible que j'ai d'estime pour votre vtrtu. Je prends vertu dans tous les sens du pays où vous êies (205). J'ai été ravi d'apprendre qu'on vous y ouvrait les bibliothèques plus qu'on n'a jamais fait à personne ; ce qui nous fait espérer de nouvelles découvertes, toujours très-utiles pour confirmer l'ancienne doctrine et tradition de la mère des Eglises. Nous attendons l'événement de J'affaire de Molinos (200), qui n'a
pas [>3ii surpris tout le monde, el parlicn • lièrement ceux qui l'avaient connu à Ro J'en counais de si zélés pour lui, qu'ils veulent croire que tout ce qui se fait contre lui esi l'effet de quelque secrète cabale, <■ qu'il en sorlira ù son honneur : mais ce qua nons voyons n'a pas cet air.
Pour l'affaire d'Angleterre, outre la difficulté des premiers évoques, auteurs du schisme, il y en a encore une grande du temps de Cromwell, où l'on prétend (pie la succession de l'ordination a été interrompue. Les Anglais soutiennent que non : et pour la succession dans le commencement du schisme, ils soutiennent qu'il n'y a aucune difficulté ; et il semble qu'ils aient raison en cela. Cela dépend du fait; et le Saint-Siège ne manquera pas d'agir en celle occasion avec sa circonspection ordinaire.
A ce propos, il me vient dans l'esprit qu'il y aurait une chose qui pourrait beaucoup, selon toules les nouvelles que nous recevons, faciliter le retour de l'Angleterre et de l'Ai - Jemagne : ce serait le rétablissement de la coupe. Elle fut rendue par Pie IV dans l'Autriche et dans la Bavière; mais le remède n'eut pas grand etfet, parce que les esprits étaient encore trop échauffés. La même; chose, accordée dans un temps plus favorable, comme celui-ci où tout parait ébranlé, réussirait mieux. Ne pourriez-vous pas en jeter quelques paroles, et sonder un peu les sentiments là-dessus? Je crois, pour moi, que par cette condescendance, où il n'y a nul inconvénient qu'on ne puisse espérer de vaincre après un usage de treize cents ans, on verrait la ruine entière de l'hérésie. Déjà la plupart de nos huguenots s'en expliquent hautement.
Pour nos Articles f2G7), c'est une matière plus délicate; et je crois que sur cela nous devons nous contenter de la liberté. Je salue dom Michel de tout mon cœur, el suis avec une parfaite cordialité, etc.
A Germigny, ce 12 août 1083.