‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 184 sur 458 · A UN RÉFUGIÉ · texte numérisé non relu

A UN RÉFUGIÉ

// lui montre le tort qu'il a de regarder comme une raison légitime de son changement la persécution qu'il prétend que l'Eglise fai't souffrir aux protestants; répond à ses difficultés sur l Eucharistie , el lui prouve le besoin f[ue les Chrétiens ont d'une autorité vivante et parlante qui termine leurs contestations.

Je continue à vous écrire, sans me rebuter de la réponse que vous avez faile à ma première lettre. J'y ai trop reconnu un caractère étranger et un style de ministre pour vous l'attribuer : en un mol, j'ai senti qu'elle ne venait pas d'un esprit comme le vôtre : mais quand elle en serait venue, je ne cesserais pas pour cela de vous inviter au retour.

J'ai vu, dans une lettre que vous écrivez à. Mlle de V**, que la vraie Eglise ne persécute pas. Qu'entendez-vous par là, Monsieur?

ml donnée dans le petit ouvrage dont lions avons emlu coinpie plus haut, La séduction éludée, p. 2a

on

et suiv.

9fi5 rÀîlT. XiV. LETTRES DlYfcllSl ! ' ;

Entendez-vous que l'Eglise par elle-même déjà six cents ans, quand Rérenger 1rs é.iuil: ne. se sert jamais de la force? Cela est 1res- et .si vous révoquez en doute le jugement vrai; puisque l'Eglise n'a que dos armes qui a été rendu contre lui, les antres doutesp:riluelles. Entendez-vous que les princos, ront avec autant de raison de ions les rnnqui sont enfants de l'Eglise ne se doivent ciles précédents; et nous voilà à examiner jamais servir du glaive que Dieu leur n mis de nouveau tout ce qui a été décidé, comme en main pour abattrç ses ennemis? L'oseriez- si nous commencions à être Chrétiens, et vous dire contre le sentiment de vos docteurs que tout ce que nos pères ont résolu ne sermon.es, qui ont soutenu par tant d'écrits vit de rien. Cela veut dire, on un mot, que que la république de Genève avait pu et dû si les Chrétiens, quand ils ne seront pas condamner Servet au feu, pour avoir nié la d'accord sur le sens de l'Ecriture, no recondivinilé du Fils de Dieu ? Et, sans me servir naissent nue autorité vivante et parlante h des exemples et de l'autorité de vos docteurs, laquelle ils se soumettent; l'Eglise chrétienne dites-moi en quel endroit de l'Eciiture les est assurément la plus faible de toutes les hérétiques et les sehfsmatiques sont excep- sociétés qui soient au mon le, la plus expo- ' lés du nombre fie ces malfaiteurs, contre sée h d'irrémédiables divisions, la plus abanlesquels saint Paul a dit que Dieu même a donnée aux novateurs et aux factieux. C'est orné les princes. (Rom. xni, k .) Et quand à quoi vos ministres, avec toutes leurs suhvous ne voudriez pas permettre aux princes tildes, n'ont jamais pu trouver aucune récbréliens de venger de si grands crimes en ponse; et ils se contentent de nous apporter tant qu'ils sont injurieux a Dieu, ne pour- des exemples, où ils prétendent que les conraient-ils pas les venger, en tant qu'ils eau- ciles n'ont pas toujours bien décidé, tous sent du trouble et des séditions dans les exemples faux ou n al allégués. En un quart Etats? Ne voyez-vous pas clairement que d'heure de temps, vous qui avez de l'esprit, v us vous fondez sur un faux principe? Et vous en seriez convaincu; et vous recevez s'i! était véritable, c'était donc les ariens, les ces choses avec trop de crédulité, sans les nestoriens, les pélagiens qui avaient raison avoir jamais pu examiner. contre* l'Eglise; puisque c'était eux qui Mais, sans vous jeter dans ces discussions, étaient les persécutés et les bannis, et que considérez seulement s'il est vraisemblable les princes catholiques étaient alors ceux que Dieu, qui a permis qu'il y eût tant de qui persécutaient et" qui bannissaient : et a profondeurs dans l'Ecriture, et que de là il présent encore les Catholiques qu'on punit soit arrivé tant de schismes entre ceux qui de mort en Suède, et en tant d'autres rovau- font profession de la recevoir, n'ait laissé mes, auraient raison contre ceux qui se aucun moyen à son Eglise de les pacifier; de disent évangéliques. Chacun à son lour.au- sorte qu'il n'y ait plus dp remède aux ci «virai l raison et tort; raison en un endroit, et sions, que de laisser croire chacun à. sa fantort en un autre; et la religion dépendrait taisie, et conduire par là insensiblement les de ces incertitudes. Mais c'en" est trop sur esprits à l'indifférence des religions , qui est celte matière, pour convaincre un aussi* bon le plus grand de tous les maux. Songez, esprit que le voie. Connaissez seulement Monsieur, songez à cela-, écoutez votre boa que lorsqu'il plaît à Dieu de nous abandon- scns, et non pas les subtilités des 'minisires, ncr à nos propres pensées, les meilleurs qUfj à quelque prix que ce soit, veulent esprits seul touchés par les moindres appa- défendre leurs préjugés, et ne passer pas rences. • pour des docteurs de mensonge. C'en est

La crainte que vous avez qu'on ne vous assez; pesez ces choses, fasse adorer du pain a, dans votre prévention, Excusez les endroits où mon écriture vous

plus de vraisemblance. Considérez cepeu- paraîtra un peu brouillée: il vaut mieux

dant, sans entrer dans cette controverse, qui que vous voyiez la simplicité d'un frère qui

passe les bornes d'une lettre; considérez, cherche à gagner -son frère , que la politesse

dis-je, que c'est une crainte pareille qui fai- d'un discours étudié.. Venez, et assurez vous

sait dire aux ariens et aux disciples de Paul que je ferai tout pour votre personne, que

de Samosate, quMIs ne voulaient pas rendre j'estime cl qui m'est chère, et que je buis

les honneurs divins à un homme, à un en- cordialement, etc. tant, à une créature, pour parfaite et privi- A Meaux, ce 3 avril 1G86. légiée qu'elle fût. C'était la raison humaine,

c'était les sens, c'était la prévention qui leur inspirait ces vaines terreurs. Prenez garde

LETTRE CXXVlll.

que voire religion naît, à leur exemple, A M HERMANT> docteur de soukonne. et

trop appelé les raisonnements et les suis chanoine de beau vais. humains à son secours, et que votre peine

ne vienne de l'habitude à les suivre. J'ai reçu, Monsieur, voire lettre du au, ei

Quoi qu'il rn soit, vous voyez que vos ré- je vous en suis très-obligé. Je lirai brotius ,

formateurs n'ont fait autre chose que de les notes du P. Quesnel sur saint Léon, et

renouveler des querelles terminées , il y a Forbesius (2S4). J'ai lu Cassander et les Me-

m-k) Plusieurs protestants de ce nom ont écrit ligion, l'ouvrage intitulé : Consideràliones modesiœ

sur La conlroverse .Guillaume Forées ou Forbesius. ci pacifie* conlroverstarum , de )"*1<I<C""°"C: ,''".'; premier cvêque d'Edimbourg, mon «mi 1654, a eoiu-

|«iS<;, dans ki \ue de.» concilier les différends de re-

gaterio, invovalione sanclorum, Chrtsto medtalore, el Eucliarislia. Ce livre fut imprime après ta mort

moires concernant le concile de Trente. Je

\ i'i-.-ii Martel, si vous croyez que cela - >'it forl utile. Mais comme je n'ai pas dessein de i ' r dans de longs discours, mais <lo

mettre en main des bien intentionnés quel-» q ne chose de serré et de précis, je ne me 1,11 que de ce qui scia absolument saire el décisif. Je tâcherai de profiter \ s lumières. J'attends ce que vous prenez la peine de recueillir ; el après vous avoir

mandé |>ar. ion de tant <lr peines que je \ us donne, je vous dirai néanmoins que vous !)'• devez pas trouver surprenant si, persuadé comme je suis de votre capacité, de votre zèle, et de l'amitié dont vous m'honorez depuis si longtemps, je vous donne do Semblabh s l'alignes. Je suis, avec toute l'estime possible, etc.

A Versailles, -22 mai 1G86.

A I>OM TUIEnRY RDINART, RELIG1ELX BÉNÉ- DICTIN.

// le prie de faire des recherches pour lui sur une leçon de la Vie de saint Ambroise.

Je vous suis Irès-obligé des remarques que vous m'avez envoyées. Je vous prie de faire ore pour moi une reclierche dans la Vie de saint Ambroise, à l'endroit où il est parlé de la communion que saint Honorât de Verc. il lui donna à l'heure de sa mon, au rapport de Paulin. Je trouve dans cette Vie, < imme (die est dans Surius et dans quelques c filions de saint Ambroise, le mot dcglutivil , que semble marquer la seule espèce solide : mais je n'ai pas trouvé ce mot dans t-utes les éditions de cette Vie; et j'en ai vu une (je ne me souviens pas bien laquelle c'est) où ce mol n'est point, mais seulement recepit. Vous me ferez plaisir d'assurer la vraie leçon par les manuscrits; et môme, si vous n'avez pas la cliose présente, d'en communiquer avec vos Pères qui travaillent sur saint Ambroise. Je me suis si bien trouvé de vos remarques, que je ne crains point de vous donner encore la peine défaire celleci : je vous en serai très-obligé. Je suis avec une estime particulière, etc.

A Meaux, ce 11 juin 16SG.

de l'auteur, dont le fils s'est fait Catholique. Jean Forbcs a donné des I a&tituliones historico-llieologicœ, réimprimées avec ses autres ouvrages, à Ainsleidam, en I70">, 2 \ol. in-fol.

i"28ô) Les remarques que ilonl Thierry Ruinait avait envoyées à Bossuel regardent toutes la même matière : ce sont des extraits de différents auteurs, qui prouvent combien l'usage de la communion sous une se::le espèce est ancien dans l'Eglise. Doni Ruinait accompagna ces extraits de la lettre suivante, «pu no.Ua fait voir avec quel soin les ouvriers que, Bossuet niellait en œuvre le secondaient dans ses travaux, et ((nubien le prélat aimait l'exactitude daus les recherches. ,« Voici ce que j'ai pu rainasï i de divers auteurs, sur le ifesseïh que Votre '* ur, ;| louchant la communion sous, une seule

• J aurais souhaité que mou recueil eût élé alouUjhil , parce m'il aura t été ptus digue

RÉPONSE DEOOU lUINAKT.

fl ïî

Je me suis Acquitté, avec le plus d'exactitude qu'il m'a été possible, de la commission dont Voire Grandeur a bien voulu m'bonorer touchant la I te de suint Ambroise écrite par Paulin. Nos Pères qui travaillent à donner les ouvrages de ce saint avaient déjà neuf manuscrits de conférés sur celle \ ie. J'en ai trouvé outre cela cinq dans noire bibliothèque, que j'ai examinés ; et dans tous généralement on y lit: Quo accepta, ubi glutivit emisil spiritum. Les plus anciennes éditions ont la môme ebose. Celle de 15:29, donnée à Paris par Cbevallon, qui est d'Erasme tout pur, a ces paroles : mais celle de 1507, donnée à Bâle, quoiqu'elle soit marquée comme donnée sur celle d'Erasme, n'a que, quod ubi accepit, einisit spiritum: ce qui l'ait croire que Cosserius, chanoine régulier d'Anvers, qui en est l'auteur, a le premier rie tous changé cette leçon. Toutes les éditions qui ont paru depuis l'ont imité: au moins n'ai-je point vu d'autres leçons dans toutes telles qui sont ici depuis ce temps. Ceux qui ont donné les Vies des saints se sont tenus à l'ancienne leçon. Les deux éditions de Surius 5 Cologne, dont la première est de 1578, et la seconde beaucoup augmentée en 1018 , ont le mot de glulivit comme les manuscrits, aussi bien que Monbiilius, qui est le premier de tous qui ait donné les Vies des saints, et peut-êlre le plus" fidèlement. Comme il était de Milan', on pdul croire qu'il a eu de bons manuscrits de celte illustre Eglise, touchant cette Vie. Au reste, tous les manuscrits et les meilleures éditions ayant le mot de glulivit, nos Pères restitueront cet endroit; et je m'en suis assuré d'eux-mêmes , après leur avoir fait remarquer celle uniformité si grande des manuscrits et des bonnes éditions.

Voire Grandeur ayant eu assez de bonlé pour bien recevoir les remarques que je lui envoyai dernièrement (285) , j'ai cru qu'elle me permettrait bien d'y ajouter encore deux endroilsdesainlCyprien, que j'ai cru pouvoir confirmer quelques endroits des remarques précédentes. C'est au même lieu d'où l'on tire cette célèbre histoire de la petile fille qui ne put avaler le sang de Jésus-Christ,

d'être présenté à Votre Grandeur, et j'ai de la confusion de ce que je ne remplis pas assez l'obligation à laquelle je nie suis engagé. Néanmoins je n'ai rien négligé de ce que je croyais pouvoir servir à ce dessein. J'ai vu lous les auteurs dans lesquels je soupçonnais y devoir rencontrer quelque cliose qui y tùt du rapport : mais j'ai bien remarqué que des yeux plus cl .inoyanls que les miens y avaient dejj passé. Je n'ai pas cru cependant devoir laisser échapper les endroits que j'ai marqué dans ce pel.t recueil ; afin d'avoir au moins la consolation d'avoir témoigné à Voire Grandeur que j'ai fait tout mon possible pour lui donner quelque satisfaction. Je n'ai lien marqué que je n'aie tiré ou conféré avec l'original ; et je me persuade que si Votre Gianùcur n'y trouve pas ce qu'elle souhaite, elle aura néanmoins assrz de bonté pour nf excuser, étant avec un profond respect, » etc.

PART. XIV. LE l TRES DIVERSES.

où saint CvpHen cxprimo par le mot d'Eu- (haristia l'espèce du vin : ce qui se prouve non-seulement par le mot de cali.v qui précède, mais encore par celui de potus qui suit : De sacramcnto calicis infud.it... In corpore afque oreviolalo Eucharislia permanere non polttit. Sancti/icatus in sanguine Domini potus, de pollutis visecribus erupit (286).

L'autre est à l'occasion do ce qui est marque dans la Vie de sairUe Eudocie, que l'Eucharistie se changea en feu; ce qui semble étrange. Cependant saint Cyprien rapporte un même changement immédiatement après l'histoire précédente. Une femmeayanllenté d'ouvrir avec des mains impures un coffre ( ù le corps du Seigneur était renfermé, elle fut tout à coup arrêtée par la flamme qui s'éleva du milieu de ce coffre : Cum quœdam arcam suam, in qua Domini Sanctum fuit, manitous indignis tenlasset aperire , igné inde surgcnle deterrila est (287) Et un autre qui, ayant reçu le saint Sacrement en mauvais é at, ne put ni toucher ni manger le corps du Seigneur, et qui ne trouva que de la cendre dans ses mains : Sanctum Domini ?dcre et conireclare non potuit; cinercm fere se iperiismanibus,invcnit (288). Les auteurs de la dernière édition d'Angleterre avouent ici :pi'on gardait I Eucharistie ; mais prétendent inverser la transsubstantiation, ne croyant >as qu'on puisse admettre que Jésus-Christ lit pu être changé en cendre, en supposant aussement que l'Eglise croit que la subsance du corps de Jésus-Christ fût devenue ?ft celte occasion de la cendre. J'ai cru que Votre Grondeur ne trouverait pas mauvais juç j'ajoutasse ici cet endroit; étant avec jii très-profo.d respect et une soumission ml 1ère, etc.

De l'abbaye de Saint-Germain des Prés, à ?aris, ce 14 juin 1086.

LETTRE CXXXÏ (289).

DE MILOKD PERTII.

mr l'état des affaires de la religion dans les trois rogaumes, et particulièrement en Ecosse.— Combien le lord estimait les écrits de Bossuet, et révérait sa personne.

Je sais qu'il n'y a point d'excuse qui puisse >araitre suffisante sur ce que j'ai été si longemps h vous répondre, après avoir reçu de rous une lettre si obligeante et si excellente. >utre toutes les autres raisons que vous iviez d'attendre de moi une prompte réponse ;t de très-humbles remerciments, j'y étais wlicuiièreinent obligé par le respect que je ■ous dois, ayant l'honneur d'être votre (ils. >3ais permettez-moi de vous rendre compte l'une partie des occupations que j'ai eues huant ce dernier mois; et j'espère qu'au

(286) Lia. ris lapais, p. . 189, édil. Balui. ('287) [but*

(288) Ibid.

(289) Celle lettre en suppose une que Bossu; t ivait écrite au (lue de Penh, mais qui ne nous est "fini pârvgàue. La Mire do lord ne marque pas ajiiiée où clic. .; c:é envtiycc : toutefois il est clair

lieu d'être en colère contre moi, vous serez louché de quelque compassion.

Je ne doute pas que vous ne connaissiez le naturel inquiet de mes compatriotes, particulièrement lorsqu'ils peuvent couvrir leurs brouillerics du prétexte spécieux de l.j

religion.

Chacun peut juger si jamais gens de tête légère et de sang chaud ont eu de plus beaux moyens de pousser leurs mauvais desseins aux dernières extrémités et à la violenct . Un prince actif, zélé, hardi à entreprendre, et qui, par ce qu'il a souffert constamment pour sa religion, a convaincu le monde de sa sincérité et de l'intérêt qu'il prend à l'avancement de la religion catholique, est monté sur le trône. Un royaume (290), des trois qui lui sont soumis, est présente i.cnt presque tout catholique. Dans le plus grand (291) et le plus florissant des trois, le nombre des Catholiques n'est pas tout à fait méprisable. Notre pays (292), qui est le moins étendu et le moins fertile, a néanmoins un grand nombre d'hommes hardis, et attachés a leurs sentiments au delà de ce qu'on peut dire, uuand ils sont une fois convaincus de quelque chose. Les quartiers les moins accessibles, où les peuples sont plus belliqueux, sont la plupart convertis ; ou bien il y a lieu d'espérer que lorsque la vérité leur sera proposée, elle y fera de grands progrès avec la bénédiction de Dieu ; parce que le roi est maître de toutes les terres de la comté d'Argyle, et que les autres appartiennent la plupart au duc de Gordon, qui y a de grands biens, au comte de Stafford, et à moi. Les épiseopaux ne sont pas fort violents, et les affaires paraissent assez bien disposées pour triompher de l'erreur.

Ces choses inspirent une espèce de rage aux presbytériens, qui font la secte la plus nombreuse d'Ccosse, quoiqu'elle soit subdivisée en plusieurs autres branches de fanatiques. Elle est telle qu'ils ne se contenteraient pas de couper la gorge à tous les Catholiques, s'autorisant sur le commandement que Dieu fit autrefois de détruire les Amaléeites; mais qu'ils seraient aussi capables de tremper ieurs mains sacrilèges dans le sang de leur souverain, et de réitérer dans la personne du fils le parricide barbare qu'ils commirent en la personne du roi son père. Us se tiennent en repos au logis, parce qu'ils n'osent faire autrement; mais ils tachent d'exciter l'Angleterre. Ce royaume est moins facile à émouvoir; parce que, considérant ses lois, qui sont assez favorables aux sujets, les peuples y sont plus soigneux à ne pas passer les bornes que ces mêmes lois donnent aux devoirs des sujets envers leur;* rois. Ainsi ils ne se laissent pas aisément émouvoir par des suggestions mal fo idées

qu'elle doit être de 1586; cari) est rail mention do la Lettre pastoïale sur la communion, i(iie le prélat avait adressée celte aimé' aux nouveaux couve, lis.

1 290) Le royaume d'Irlande.

| 91J Celui d'Angleterre.

ri'J-; L'Ecosse.

do crainte et de jalousie, pour commencer une rébellion de laquelle les : ssais espéni un si gi ind avantage. Néanmoins, poui • «ver si ceux qui onl dessein <io faire leur devoir, en servant les Catholiques, peudéluurnés de bien foire, ils meti -il! eu n;i o toutes sortes de menaces; el

s disenl que s'il arrive quelque notable

c angemenl aucun Catholiqtie n'é happera ;

parce que, selon les lois, entendre la Messe

el er à convertir quelqu'une la foi

• sonl crimes de hante trahison.

I < < clio^c* riaient en cet état, lorsque lo roijug .-i à proj os de convoquer son parlement d'Ecosse ; aGn que, par son moyen, il put al roger les lois contre les Catholiques, et leur assurer au moins ainsi leurs biens el leurs vies. J'étais d'un avis contraire, et je m'opposais h celle convocation par des raisons qni n'ont encore été réfutées par personne. Je savais que le roi, par ses prér igalives, avait assez de pouvoir pour faire plus qu'il ne demandait au parlement: qu'un acte du parlement déciderait ce qui était actuellement en question; et que tous les actes qui établiraient seulement quelque repos aux Catholiques, et rien davantage, étaient autant d'exceptions par lesquelles la

» ; ! VRES COMPLETES Itè BOSSU ET. : 0

vais h faire le lendemain. J'ai eu à ré| oudre. à toutes les nbjecl ions proposées contre nous, el adonner tous les ordies nécessaires. C'est pourquoi il m'a été impossible, avant ce temps-ci, d'avoir l'honneur de m 'acquitter de ce que je voua dois.

Si je vous rends compte de tout le détail des occupations que j'ai eues ces derniers mois, c'est «pie je suis sûr que personne de ceux qui me connaissent n'aurait cru que j'eusse pu soutenir un si grand fardeau d affaires aussi fâcheuses, ni en venir à bout parmi la contradiction et la malice des uns, jointe à la négligence cl aux fourberies des autres. Car si on en excepte le duc de Gordon en Ecosse, et en Angleterre mon frère, qui est votre très-humble serviteur, je n'ai eu aucun secours de personne. Mais, espérant que ce que je vous ai dit servira à justifier mon silence, je commencerai a vous rendre de Irès-humbles grâces du souvenir charitable que vous avez eu d'un pauvre malheureux comme moi. Je vous ai déjà dit, et je ne puis le répéter assez souvent, que vous ne pouvez me donner de plus grandes marques de votre bonté que de prier souvent I our moi, et de me donner votre bénédiction avec un cœur aussi plein de tendresse : ce

ègle était confirmée de plus en plus, en tous qui m'est tellement cher, que je ne puis

les points qui n'étaient pas compris dans vous l'exprimer.

(2%) que vous m'avez envoyée; parce que

Je n'ai pas encoie reçu votre excellente

lettre pastorale (293), ni l'oraison funèbre

cette même exception : qu'un prince protes tant renverserait bientôt un acte semblable; au lieu qu'aucun prince n'était propre à disputer si l'usage que quelqu'un de ses prédécesseurs avait fait de quelque point contesté de ses prérogatives royales était légitime ou non ; parce que la possession en est trop douce pour être abandonnée comme n'étant d'aucune utilité. Ainsi je ne fus pas fâché, lorsque le parlement refusa de consentir à ce qui lui était proposé. Présentement le roi est convaincu de la vérité de ce que je lui disais; et l'Ecosse est effrayée de voir que Sa Majesté fait beaucoup plus que ce que le parlement lui a refusé.

Je vous rends compte de tout ce détail, afin de vous faire voir en quel état j'étais lorsque j'ai reçu votre lettre. Depuis ce

temps-là, jusqu à présent que le roi mon en effet personne ne vous peut connaître, maître m'a mandé pour recevoir ses ordres, sans avoir pour vous une estime qu'il n'est touillant le gouvernement du royaume pour pas possible d'exprimer, l'avenir, mon emploi a été b<aucoup au- Je suis fâché de ne pouvoir encore vous dessus de mes forces. Car ruilord grand com- envoyer quelques mémoires de ce qui s'est inissaire étant un homme peu versé dans les passé ici, dans la naissance de l'hérésie, paraffaires de celte nature, et ayant plus de ré- mi notre nation. Le chevalier Robert Silpulalion par son zèle pour le service du roi bald, qui a un excellent recueil de tous ces que par sa capacité ; l'avocat du roi, qui est mémoires, en partie par mon moyen, est chargé de soutenir les intérêts de Sa Majesté retombé dans son erreur, qu'il avait quittée dans les débats et conférences du parlement, avec tanl de zèle. Je crains qu'il ne fasse ayant, par sa mauvaise conduite, obligé le difficulté de me donner ces papiers, qui toi de lui ùter sa charge; milord greffier, autre officier très-nécessaire, et le principal homme d'affaire pour. Sa Majesté étant tombé malade, je me suis trouvé chargé du poids de toutes les affaires : ainsi je me suis vu obligé d'étudier toutes les nuits ce que j'a-

e paquel étant trop gros pour la poste, il a été envoyé par une autre voie, et qu'il n'est pas encore arrivé. J'ai néanmoins à présent la lettre en anglais : elle m'a donné une grande joie et une pareille édification. Je l'ai déjà fait imprimer à Edimbourg; car tous vos ouvrages font un tel effet sur moi, que je ne suis pas en repos jusqu'à ce que je les aie rendus publics pour l'avantage des autres. Si tous ceux qui les lisent y profilent autan! que j'ai fait, j'aurai une grande joie de les avoir fait publier, par plusieurs raisons ; entre autres, parce que votre grand, mérite el vos rares qualités seront ainsi parmi nous en grande vénération : comme

fournissent un grand argument contre luimême. J'avais dessein de vous rendre compte ici de la malheureuse apostasie de ce misérable; mais vous en serez informé parfaitement dans quelques semaines par le précepteur de mon fils, à qui j'espère que vous

(-95) Aux nouveaux conveilis sur lo communion pascale.

(29 5) Probablement colle -le Michel le Tèllier. chancelier de France, prononcée le 25 janvier lt>8U.

[)H PART. HV. LETTRES DIVERSES, <G

voudrez bien donner voire bénédiction , (|ui j'ai la plus grande vénération, qui sont lorsqu'il adra l'honneur de vous aller baiser saint Charles Borromée, saint François de les mains : c'est pourquoi je ne vous ira- Sales, et dora Barthélémy des Martyrs : nortunerai pas de ce récit. J'ajouterai seule- quoiqu'à la vérité, à l'égard de ces demi meni que le roi a résolu de me donner assez ii y ait de la différence a faire en ce qui rej 'a u lu ri lé eu Ecosse, et des ordres si précis garde la science et la force de l'exprès ioû, pour avancer la religion catholique, qu'il y qui est plus grande dans les premiers. i sujet d'espérer que les affaires iront assez Si je pouvais vous informer de quelque lien. Vous serez informé de temps en temps chose de ce pays-ci qui lut digne de vous \e nos difficultés et du .progrès que nous être mandé et dont vous ue fussiez pas informerons. Je serai souvent obligé, dans mes mé par (Je meilleures mains, je le ferais tif'sicines, d'avoir recours à votre charité, pour volontiers : mais ce serait une chose inutile mus demander vos avis, vos prières et votre de vous en fatiguer ; parce qu'on est assez jénédiction, que je vous demande présen- bien informé par les avis publics. J'ajouterai eurent, prosterné à vos pieds. Quoique je seulement (pie ce que le roi a fait en met- <ois indigne de cet honneur, je suis néan- tant en commission l'office de vicaire génénoins votre fils, et je n'oublierai jamais l'o- rai, et en chargeant de celte commission di^ation que je vous ai, de ce que vous avez l'archevêque de Cantorbéry, les évêuues de ail tomber de dessus nies yeux les écailles Durhaai et de Roches 1er, le chancelier, le Je l'ignorance, des préjugés et de la préven- trésorier, le président du conseil et le chef ion. Je reconnais qu'après Dieu je vous de justice, alarme extrêmement les évèques Jois nia conversion ; et je comprends tous et les ministres protestants. Ce que Sa Macs jours de plus en plus le prix de cette bé- jesté a aussi fait, en mettant dans son <onlédiction. Je prie Dieu que ma vie [misse seil d'état le comte de Pow.is, niilor.i Àrundre une continuelle expression de grali- del, Bellasis et Douer, est encore une détude envers sa divine Majesté. J'espère aussi marche qui ouvrira la porte à un nouvel jue je ne manquerai jamais d'avoir tous les avantage pour les Catholiques. Avant ce lenlimcnts de reconnaissance h votre égard ; le:nps-là, mon frère milord Melford et moi d j'en ai le cœur tellement rempli, que je avions pris séance dans le conseil; mas le trouve point de paroles pour les ex- nous y étions entrés étant encore protestant : rimer. au lieu que ceci esl clair, et que c'est un

Cependant, Monseigneur, je m'aperçois exercice du pouvoir de dispenser des lois,

ju'en vous faisant des excuses de mon si- dont on parle tant : de sorte que, selon mon

ence, je tombe dans une autre extrémité, avis, les protestants seront convaincus par

d que je dois vous demander pardon de ce là que le roi est résidu d'achever son ou-

jue je dérobe au public autant de votre vrage. Enfin, Monseigneur, je n'ajouterai

emps précieux, que vous en perdrez à lire plus rien à celte longue lettre que de très-

ine si longue lettre. Je vous déclare sincè- humbles prières, pour vous supplier de me

euienl que si j'étais maître de moi, et que continuer vos bonnes grâces et votre clia-

ii la placé dans laquelle la divine Providence rite, comme à celui qui est, etc.

n'a attaché ne m'engageait pas à une rési- De Windsor, ce 25 juillet.

lence nécessaire, j'achèterais avec joie trois __

icures de conversation avec vous, en allant LETTRE CXXXII

îu-nieds jusqu'à Mcaux, et demandant mon ' , ' J

tain durant tout le chemin. Car de toules a m. ne rance, abbé de la tkappe

es instructions que j'ai pu avoir, aucune ne Su). ((l promotion de M. le Camus, évêque

«présente les choses si clairement, ne les de Grenoble, au cardinala', et sur quelque

établit -et ne les persuade si fortement, et ne autres sujets. iissipe plus parfaitement les ténèbres de

'ignorance, que vos admirables écrits. Cha- Toute la compagnie, Monsieur, arriva

me lettre que je reçois de vous est un joyau mercredi à Versailles, en bonne santé. I.>

mur moi : j'en recois du profit et du plai- première chose que j'y appris fut la promu-

dr, et elle m'échauffe dans mes bonnes ré- tion ; et vous pouvez juger de la joie qu ■

solutions; de sorte que non-seulement je j'ai de celle de notre ami M. de Grenoble.

ne vois très-bien informé pour ce qui re- Je trouvai ses frères qui venaient faire de sa

carde L'entendement; mais je sens ma vo- part au roi un compliment de soumission,

ionlé déterminée de plus en plus au service qui fut bien reçu, el ils lui ont dépêché ui\

le Dieu, et à avancer les intérêts delà sainte courrier, pour lui dire que SaMajesté agréait

E.r|iSQ# qu'il acceptât le bonnet. J'ai appris que

Il faut aussi que je vous dise que, quoi- certaines gens n'ont pu tout à fait dissinm-

pie j'aie toujours eu, même durant mon 1er leur mécontentement. Quelques uns

ignorance et dans l'hérésie, un profond res- croient que le nouveau cardinal vieudia

i.ect pour le ministère apostolique des évè- ici : pour moi, je le souhaite par rapport a

jues, vous l'avez tellement augmenté par la ma satisfaction : du reste, hors qu on ne le

manière admirable dont vous vous acquittez mande, à quoi je vois peu de disposition, ou

de tous les devoirs de l'épiscopat, que je qu'il n'y ail quelque raison que je ne sais

crois remonter jusqu'à saint Cyprien, saint pas, je crois qu il doit demeurer, et qu'il le

Augustin et saint Anibroise, ou au moins tera ainsi ; attendant (pie les occasions de

aux trois évêques des derniers siècles pour s nir l'Eglise lui viennent naturellement.

COMPLF

le Yftos prie de vouloir bien diroèM. de ni Lhois que jp n'ai pas manqué de dire

\. de Louvois l'étal i ù y l'ai trouvé à la Trappe, et combien il était touché de ses bontés. Cela a été bien reçu : je n'ai posera devoir en dire davantage pour cette fois. Dans le peu de temps que j'ai été à Versail-

s, je n'ai pas eu occasion de parler de vous du'roi, et je n'ai pas rencontré MM. "lo Saint-Ponangp. Mais je. me charge de bon cœur de la solli< italien de la pension dans le temps, dont je le prie de m'avertir.

j'espère aller demain coucher à Rfesnx, (ù j'apprendrai toujours avec joie des nouvelles' de votre santé. Mais surtout, quand il iraura la moindre chose à l'aire pourvoira service, vous ne sauriez nie faire un plus sensible plaisir que de m'en donner la commission. Je suis à vous, Monsieur, comme vous savez, et je prie Dieu qu'il vous continue ses bénédictions. M. Pellisson a été fort touché de vos bontés ; et M. le contrôleur général très-ravi d'apprendre la continuation de votre amitié et de vos prières.

A Paris, ce IV septembre 1686.

LETTRE CXXXIII

A M. l' YBIiÉ NIC VISE, CHANOINE DE LA SAINTE- CIIAPELLE DE DIJON.

Ii lui parle de quelques auteurs et de différents ouvrages.

Vous m'avez fait grand plaisir, Monsieur, de m 'envoyer les Louanges de Mgr le cardinal !e Camus, et je les ai trouvées digues de lui. Il y a beaucoup de bonne latinité, et un style fort coulant dans ces poésies, avec de beaux sentiments.

Je ne savais pas que l'auteur des Idylles fût M. de Longepicrre (295), de notre pays. Je prends beaucoup de pana la gloire qu'il peut attirer à la patrie, et je souhaite seulement que son cœur ne se ramollisse pas en écrivant des choses si tendres.

Je n'ai rien vu encore de la Bibliothèque historique (296), et je n'en verrai rien que je n'aie appris de quelque homme judicieux si la chose en vaut la peine, car on perd beaucoup de temps en ces bagatelles.

Les écrits tle M. Jurieu sont du dernier emportement ; et il ne les faut voir que quand on y est forcé pour défendre la cause cie l'Eglise. Jesuis avec toute l'estime possible, etc.

A Germigny, ce 7 octobre 1686.

(-$■•>) Hilaire Bernard de Reqticleyne, seigneur de Longepierrc, secrétaire des commandements de M. lo duede Béni, et depuis gentilhomme ordinaire de M. le duc d Orléans. Il donna eu 1684, 1086 et 1688, «les remarques sur Auacrcon et sur Sapho, Bion, Moscbus, et sur les Idylles de Théocrile, avec une traduction en veYs de tous ces poètes En Il 90, il publia encore un recueil d'idylles, qui forme un »oI. in-12. Il est auteur de plusieurs autres ouvrages du même genre; mois Ton assure que les sages lé-

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