‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 186 sur 458 · LETTRE C XXX VII · texte numérisé non relu

LETTRE C XXX VII

A M. LÉVEQLE DE SAINTES.

H répond à différentes questions sur 1rs protestants qui ne reviennent point sincèrement à l Eglise.

Première Proposition. — Si nous pouvons consentir qu'on amène par force aux mystères, c'est-à-dire à la Messe, des gens qui disent tout haut qu'ils ne la croient pas.

Réponse. — Je crois, comme vous, qu'avec une tel le déclaration, il faudrait plutôt les chasser de l'Eglise que les y faire venir ; mais quand ils ne disent mot, et qu'ils son? contraints d'y venir par une espèce de police générale pour empêcher le scanda e des peuples, encore qu'on présume et même qu'on sache d'ailleurs qu'ils n'ont pas la bonne croyance, on peut dissimuler par prudenfu ce qu'on en sait, tant pour éviter le scandale que pour les accoutumer peu à peu à faire comme nous.

IIe Prop. — Si on peut donner les sacrements à ceux qui, avant toujours dit qu'ils ne croient rien de la religion catholique, veulent bien pourtant se confesser, mais non

PTI

OEUVRES COMPLETES DE fiOSSl IET.

m mmunier près de la mort, pour éviter les peines de l'ordonnance, ne répondant jamais

sur leur foi que par équivoque.

Hu'ovm. !i est certain déjà qu'on no leur peut j-;is donner l'absolutioa doiit ils sont ^capables : pour la communion, on suppose qu'ils ne la demandent cas; reste donc a examiner pour l'extréme-onction.

j • réponds que, s'il parait qu'ils Tout demandée, et que depuis ils n'aient rien fait contraire! s'ils viennent à perdre la connaissance, on ne leur peut refuser ce sacrement. La raison e>t que ce serait déclarer l'incapacité qu'un' a reconnue par la confession , i e qui n'est pas permis. Que si, étant en pleine connaissance, ils refusent la communion, ce refus doit être réputé un acte contraire à la demande de l'exlrême-onction , puisque c'est une marque d'incrédulité. On pourrait douter si la confession faite par un nomme qui déclare à son confesseur qu'il ne croit pas la religion catholique oblige au secret, puisqu'en effet c'est plutôt une moquerie qu'une confession. Mais, premièrement, un homme pourrait se confesser en celle manière .- Je voudrais bien pouvoir croire; mais je n'en puis venir a boul, et je m'accuse de cette faiblesse. Secondement, quoiqu'il soit vrai qu'un incrédule qui ne veut jamais s'expliquer que par équivoque, et qui, dans la confession, vous déclare qu'il ne peut ni ne veut croire, en effet, ne fait pas une confession, et qu'au fond on ne lui doive aucun secret; néanmoins il faut agir avec beaucoup de prudence, et respecter en quelque sorte même l'apparence de la confession, pour ne point rendre un sacrement si nécessaire odieux aux infirmes.

Quant à ceux qui veulent bien recevoir l'extrême-onclion avec connaissance, et ne veulent pas s'expliquer précisément sur la foi, on ne peut point la leur administrer sans participer à leur sacrilège.

IIIe cl IVe Prop. — Si l'on peut recevoir parrains et marraines ceux qui ont ces sentiments, et qui ne les dissimulent pas, ou qui répondent avec équivoque, et si on peut les recevoir à se marier.

Réponse. — Je ne h s reçois ni à l'un ni à l'autre dans mon diocèse : car on ne peut recevoir parrains et marraines que ceux qui seront capables d'instruire l'enfant dans les sentiments de l'Eglise, et le Rituel même prescrit qu'on leur fasse faire profession de la foi catholique; et, pour le mariage, ils sont trup certainement en mauvais état pour être capables de recevoir ce sacreiuent.

Y' Prop. — S'ils se fiancent, et après cela habitent ensemble sans la bénédiction nuptiale, est-il à propos de procéder contre eux par censure?

Réponse. — Il n'y a nul doute, en ce cas, qu'B faut procéder par censure, implorer le ours du magistral comme contre un scandale public.

| \ 1e P-uop. — Pour les sépultures, on donne 1 extrême-onction , et on enterre en terre sainte ceux qui ont toujours parié comme protestants, et n'eni fait aucun acte de Ca-

tholique, pourvu qu'à IVxli émilé ils aient appelé un prêtre; ce qu'on sait qu'ils font par intérêt , dans la crainte des peines de l'ordonnance : cela est-il canonique?

Réponse. — La règle que je donne dans mon diocèse h l'égard de la sépulture en terre sainte, est de la donner ou de la refuser aux nouveaux Catholiques dans le même cas qu'aux anciens. Si I Ancien Catholique n'a pas satisfait au devoir pascal, et qu'il soit surpris par la mort sans avoir fait aucun acte, je lui fais refuser la terre sainte : de même au nouveau Catholique, quoiqu'en co cas il n'encoure point la peine de l'ordonnance, cl qu'il n'y ait à s'adresser au magistrat que pour éviter les inconvénients d'avoir recelé sa mort. Que si on rapporte que l'ancien Catholique a demandé un prêtre, je présume fort facilement pour le mort : et j'en fais autant pour le nouveau Catholique , quelque présomption que j'aie au contraire, parce que la présomption de la pénitence étant la plus favorable, c'est celle qu'on doit suivre.

En général j'évite, autant que je puis, do donner occasion à la jusiiee de sévir contre le mort, parce que je ne vois pas que ce suoplice fasse un bon effet. Il me |>araît, au reste, non-seulement que c'est la raison que les évoques se rendent maîtres de toutes ces choses, mais encore que c'est tissez la disposition de la cour.

A Versailles, le 26 février 1768

LETTRE CXXXVMI.

A M. DE RANCÉ, ABBÉ DE LA TRAPPE

Sur le chantre de l église de Meaux, quivoulail se retirer à la Trappe contre l avis tic Bossuet.

Celui qui vous rendra cette lettre, Monsieur, est le chantre de mon Eglise, nommé M. de Vilry. C'est un des meilleurs sujets de tout ce clergé, et peut-être un des meilleurs prêtresqu'on puisse connaître. Il désire avec passion de communiquer avec vous, et il a même des de-seins de retraite où je n'entre pas; car je suis persuadé que de bons prêtres comme lui ne sauraient mieux faire que do servir dans la milice cléricaleetde mourir sur labrèclie. 11 s'expliquera davantage à vous, si vous lui faites la grâce de l'entendre, comme je vous en supplie. J'aurai une singulière consolation qu'il vous rapporte ici dans son cœur et dans ses discours en attendant que j'aille vous voir, ce qui sera, s'il plaît à Dieu, de meilleure heure que l'année passée et plus longtemps. C'est une des joies de ma vie, et personne assurément, Monsieur, n'est plus à vous que moi, etc.

A Meaux, ce 6 avril 1687.

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