A M. NICOLE
Il parle des raisons qui le déterminaient à préférer (es notes courtes aux longues dans ses explications de l'Ecriture sainte; veut continuer de prendre pour modèle Jansénius sur les Evangiles ; témoigne être disposé à traduire son Supplément sur les Psaumes, et fait mention de quelques fautes qui s'étaient glissées dans les Notes sur Salomon.
Je m en tiendrai, Monsieur, 5 votre décision: j'avoue que j'ai été fort partagé entre les notes courtes ou longues. Pour les courtes, j'avais les raisons que vous avez si bien exposées dans votre lettre; pour les longues, j'avais le grand nombre, qui est composé ordinairement de gens médiocres et impatients, qui sont offensés pour peu qu'on les obligea s'appliquer, et qui ne veulent plus lire quand on leur explique tout, h causo de la longueur qui les accable. Comme donc j'ai été persuadé qu'on n'en dit jamais assez pour ceux qui ne sont point attentifs, et que j'en ai dit assez pour ceux qui le sont, j'irai mon train, et je continuerai à prendre pour modèle Jansénius d'Ypres sur les Evangiles , dont la juste et suffisante brièveté m'a toujours plu.
Je vous prie de me décider encore une autre chose. Plusieurs croient qu'à cause des mauvais critiques qui réduisent à rien les prophéties, c'esl-dire le fondement principal de la religion, il sera utile de traduire le Supplément sur les Psaumes. Si vous le trouvez à propos, je le ferai ou le ferai faire ; et en ce cas j'étendrai les notes encore un peu davantage en faveur du commun des lecteurs. Je vous fais mille remercîments très-sincères.
Il y a des fautes dans le Salomon qui me font de la peine, entre autres une transposition qui gâte le sens(/Jrot>. xx, 1), où sipera, qui esta la fin, doit être mis avant id est, vinum. Je vous prie de corriger cet endroit. Encore une fois, Monsieur, je vous rends grâces, et suis tout à vous. Je prie Notre- Seigneur qu'il vous conserve.
AMeaux, ce 17 août Î093.
LETTRE CLXViîJ.
A MIL0RD PERTH (324)
Sur la liberté qu'il avait de sortir d'Angte-
524) JnsqitVi nous avons vu un Lien plus grand que, comme nous l'avons remarqué, la jMparhfe Doiiibrv de lettres de miloid que de Bossue* ; parce celles du dernier ont péri dans les rcYolauciis ar-
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PART. XIV. LETTRES DIVERSES
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terre et des grâces que Dieu lui avait faites dans sa prison.
J'ai Appris avec une extrême joie que vous aviez la liberté do sortit de la Grande-Bretagne, et qu'on pouvait espérer de recevoir de vos lettres : j'en ai une grande impatience. Je ne doute pas que, pendant votre prison, Dieu, qui n'abandonne jamais ceux qui soutirent pour sa cause, ne vous ai fait de grandes grâces; et ce me sera une particulière consolation d'en apprendre quelque chose de vous-même. Donnez-moi donc celte joie; et croyez, Milord , que vous m'avez toujours été présent. J'attends qu'on sache où vous êtes, pour vous écrire plus amplement. Soyez cependant persuadé du respect, de la cordialité et de la tendresse avec laquelle je suis, etc.
A Mcaux, ce 5 septembre 1693.
LETTRE CLXIX.
Il dépeint au naturel le litfrt de Richard Simon, et le caractère de cet écrivain.
11 est malaisé de vous définir le livre de M. Simon : vous en connaissez le génie (325.) On apprend dans cet ouvrage à estimer G rôti us et les unitaires plus que les Pères; et 'il n'a cherché dans ceux-ci que des l'autes et des ignorances. Il donne pourtant contre eux plus de décisions que de bons raisonnements. C'est le plus mince théologien qui soit au monde, qui cependant a entrepris de détruire le plus célèbre et le plus grand qui soit dans l'Eglise (32G.) Il ne l'ait que donner des vues pour trouver qu'il n'y a rien de certain, et mener tout autant qu'il peut à l'indifférence. L'érudition y est médiocre, et la malignité dans le suprême degré.
A M eaux, ce 22 octobre 1G93.
t)E M. DE LA BROUE (327) , ÉVÊQUE DE
MinÉPOix.
Sur des éclaircissements que demandait liossuet touchant les albigeois, sur les erreurs de M. Dupin, et sur M. de Saint-Pons.
Je me suis enfin acquitté de vos deux commissions, Monseigneur : j'ai fait votre présent des Notes sur Salomon à M. de Bas vil le, et je lui ai parlé de ce que vous souhaitez avoir de M. de Graverol. Il a déjà écrit pour cela, et prétend qu'il peut \0!;s donner encore de nouveaux éclaircissements, par des registres d'interrogatoires qui ont été faits à Carcassonne, et qui sont à présent à Mont-
tivées en Angleterre. Désormais on n'en trouvera pins qu'une de ni i tord PerlU; parce (|ue apparemment Bossuel ou ceux qui ont recueilli ses papiers n'ont pas eu autant de soin de nous conserveries lettres que ce seigneur lui a écrites depuis sa sortie d'Angleterre.
(325) Nous ignorons à qui cette lettre était adressée : le nom de la personne n'est point marqué sur «a minute que Bossùet avait conservée.
pellier. Il croit que, pour y chercher plu5; utilement, il serait bon que vous prissiez la peine de dresser un petit mémoire des erreurs qui peuvent servira prouver que albigeois étaient manichéens. Je me suis offert a faire ce mémoire en attendant : mais comme les registres ne sont point ici. et qu'avant qu'on soit à Montpellier on peut avoir reçu votre réponse, il sera beaucoup mieux qu'on en ail un de votre faeon.
Je vous supplie de me donner des nouvelles de votre ouvrage. Je suis très- mécontent de M. Dupin sur les extraits de saint Jean Chrysostome et de Cassien. Je suis fort trompé s'il ne croit pas qu'on peut être semi-péîagien sans cesser d'être Catholique: je souhaite qu'il vapule dans votre ouvra,:'' comme il le mérite. Je ne sais si je n'irai point bientôt voir ce que vous avez déjà fait : j'attends de savoir si M. le marquis de Mirepoix viendra ou ne viendra point dans la province cet hiver, et j'espère de le savoir incessamment. Si M. l'archevêque de Toulouse avait eu la bonté dose souvenir de moi, j'aurais été député a l'assemblée des bois, et cela me convenait h cause de mon procès.
Au reste, avez-vous donné un exemplaire des Notes sur Salomon à M. l'évoque de Saint-Pons? I! me semble qu'il vous donnait ses ouvrages, et qu'il vous consultait même avant de les donner au public. Je mets l'abbé de Calellan sous votre protection : je ne sais comment il réussit au pays où il est. Je vous supplie de lui donner tous les avis dont il aura besoin ; il sera soigneux de vous lesdemander. Je suis toujours très-respectueusement, etc.
A Narbonne, ce 29 novembre 1693.
DE LEIBNIT*.
Sur l'essence des corps.
Quanta l'essence des corps et le sujet de l'étendue, il semble que ce sujet contient quelque chose, dont la répétition même esl ce qui fait, l'étendue, et i! paraît que vous ne vous éloignez pas de ce sentiment. Ce sujet contient les principes de tout ce qu'oi peut lui attribuer, et le principe des opérations est ce que j'appelle la force primitive Mais il n'est pas si aisé de satisfaire la-dessus ceux (jui sont habitués aux idées seules de Gassendi ou do Descartes, et il faudrait prendre la chose de plus haut. M. Pellisson m'envoya quelques oi j' étions contre ce que j'avais d.t de la force et de la nature du corps : je tachai d'y satisfaire. Il me disait
(32G) Saint Auges-tin.
(327) Connue nous avons une suite de lettres de Bossu (H et d*J M. île La ftroue, nous donnons ici fa première, qui est de ce dernier été-fuc, quoique ta leitre «le liossuet nous manque; parce que nous ptaçons ordinairement parmi les n-iires lie ce prélat toutes celles des personnes à qui il peut avoir écrit, lorsque nous avons un nomhre de lettres de Uossuei à ces meules personnes.
qu'elles venaient «l'une personne de grande asideralion, sans s'expliquer davantage.
\ ayant pensé depuis, jai du penchant à croira qu'elles étaient venues de ML Arnauld: car j'ai remarqué depuis, qu'il y avait quelque cliose qui ne pouvait presque ôlre mi que de lui, à eanse des lettres que nous Avions échangées autrefois sur des matières approchantes. Je ne sais, Monseigneur , si rousavex vu celte objection el ma réponse, tussi bien que ce que j'ai donné depuis peu, et autrefois dans le Journal des savants louchant l'inertie naturelle îles corps.
Je voudrais, Monseigneur, que vous eussiez vu ce que j'avais envoyé à feu M. Pel lisson, sur ce qu'il a trouvé bon de faire communiquer mes raisonnements de dynamique à l'Académie royale des sciences. Mais ce papier ayant été mis au net et envoyé a l'Académie, y demeura là, el on me dit maintenant qu'il est sous le scellé de feu M. Thévenot. Il est vrai que M. Thévenot- me manda que l'Académie l'ayant considéré, avait témoigné de l'estime; mais qu'on n'avait pu convenir du sens de quelques endroits. Je demandai qu'on me marquât ces endroits ou ces doutes; mais M. Thévenot mourut là-dessus. Je no sais si M. Pellisson en a gardé une copie : il me semble qu'il la voulait donner à lire à M. de La Loubère. Si M. de La Loubère l'a, il pourrait vous en informer à fond. Il me semble aussi (pie M. des Villétes, qui était des amis de M. Pellisson, el qui l'est particulièrement de M. le duc de Roannez, avait lu ou peut être eu mon mémoire: mais en loulcas je le pourrais tirer derechef de mon brouillon. Car comme vous êtes juge compétent de tout cela, je souhaiterais que vous fussiez informé du procès. M. Pellisson avait parlé de cela avec M. l'abbé Biguon, qui a l'intendance de l'Académie de la part de M. de Pontchartrain : mais la moit de M. Thévenot a arrêté noire dessein. On m'a mandé que M. l'abbé Bignona un excellent dessein, qui est d'établir une académie des arts: cela sera d'importance; mais il sera bon qu'il y ait de 1'tntelHgence entre la sœur aînée et Ja cadette
Vous laites trop d'honneur, Monseigneur, à une épigramme aussi médiocre que celle que j'avsis faite sur les bombes : mais c'est apparemment parce que voire philosophie vous fait désapprouver les maux que les hommes s'étudient de se faire. Plût à Dieu que ces sentiments de charité fussent plus généraux ? Je suis, etc.
luîtt. LEIBMTZ.
REFLEXIONS DE LEIBMTZ.
Sur l avancement de la métaphysique réelle , el particulièrement sur la nature de ba substance expliquée par la force (HiS).
Je vois que la plupart de ceux qui se plai-
(ôïîv Nous donnons ici \es différents écrits de Letbcitz relatifs .à cette matière, que nous avons trouvés en original parmi les manuscrits de Bossue*.
senl aui sciences mathématiques n'ont point de goûl pour les méditations métaphysiques ; trouvant des lumières dans les unes , et des ténèbres dans les autres , dont la cause principale pareil ôlre que les notions générales qu'un croit les plus connues, sont devenues ambiguës el obscures par la négligence des hommes, et par leur manière inconstante de s'expliquer; et il s'en faut tant que les définitions vulgaires expliquent la nature des choses, qu'elles ne sont pas même nominales. Le mal s'eat communiqué aux autres disciplines, qui sont sous-ordonnées en quelque façon à cette science première et archilectoniquc. Ainsi, au lieu de définitions claires, on nous a donné de petites distinctions; cl au Jieu des axiomes universels, nous avons des règles topiques, qui ne souffrent guère moins d'instances qu'elles ont d'exemples. Et néanmoins les hommes sont obligés d'employer ordinairement les termes de métaphysique, se flattant eux-mêmes d'entendre ce qu'ils soin accoutumés de prononcer. On parle ton-jours de substance, d'accident, de cause, d'à tion, de relation ou rapport, et de quantité d'autres termes, dont pouitant les notions véritables n'ont pas encore été mises dans leur jour : car elles sont fécondes en belles vérités; au lieu que celles qu'on a sont stériles. C'est pourquoi on ne doit pas s'étonner si cette science principale, qu'on appelle la première philosophie, et qu'Arislote appelait la désirée, Ç«r8u//évw, esl cherchée encore.
Platon est souvent occupé dans ses Dialogues à rechercher la valeur des notions, et A ri s tôle fait la môme chose dans ses livres qu'on appelle métaphysiques : mais on ne voit pas qu'ils aienl fait de grands progrès. Les platoniciens postérieurs ont parlé d'une manière mystérieuse , qu'ils ont portée jusqu'à l'extravagance ; et les aristotéliciens scolasliques ont eu plus de soin d'agiler les questions que de les terminer. Ils auraient eu besoin ue (iellius, magistrat romain, dont Cicéron rapporte qu'il offrit son entremise aux philosophes d'Athènes, où il était en charge, croyant que leurs différends se pouvaient terminer comme les procès. De notre temp>, quelques excellents hommes ont étendu leurs soins jusqu'à la métapltysiqu : mais le succès n'a pas encore élé fort considérable. Il faut avouer que M. Descartes a fait encore en cela quelque chose de considérable; qu'il a rappelé les soins que Plalon a eus de tire.- l'esprit de l'esclavage des sens, et qu'il a fait valoir les doutes des académiciens. Mais étant allé trop vile dans les affirmations, et n'ayant pas assez uislinguô le certain de l'incertain, il n'a pas obtenu son but. Il a eu une fausse idée de la nature <lu corps, qu'il a mis dans l'étendue toute pure, sans aucune preuve : et il u'a pas vu le moyen d'expliquer l'union Ue
et sur lesquels ce prélat portera bientôt s<>n jugement.
PAUT. XIV. LETTRES DIVERSES
loin
l'âme avec le corps. C'est faute de n'avoir point connu la nature de la substance en général : car il passait par une manière de saut à examiner les questions difiieiles, sans en avoir expliqué les ingrédients. Et on no saurait mieux juger de l'incertitude de ses méditations (]ue par un petit écrit où il les voulut réduire en forme de démonstrations, à la prière du P. Mersenne ; lequel écrit se trouve inséré dans ses réponses.
Il y a encore d'autres habiles hommes qui ont eu des pensées profondes: mais il y manque la clarté qui est pourtant plus nécessaire ici que dans les mathématiques mômes, où les vérités portent leurs preuves avec elles : car l'examen qu'on en peut toujours faire est ce qui les a rendues si sûres. C'est pourquoi la métaphysique, au défaut de ces épreuves, a besoin d'une nouvelle manière de traiter les choses, qui tiendrait lieu du calcul, qui servirait de fil dans le labyrinthe, et conserverait pourtant une facilité semblable à celle qui règne dans les discours les plus populaires?
L'importance de ces recherches pourra paraître par ce que nous dirons de la notion de la substance. Celle que je conçois est si féconde, que la plupart des plus importantes vérités touchant Dieu, l'âme et la nature du corps, qui sont ou peu connues oii peu prouvées, en sont des conséquences. Pour en donner quelque goût, je dirai présentement que la considération de la force, à laquelle j'ai destiné une science particulière, qu'on peut appeler dynamique, est de grand secours pour entendre la nature de .'a substance. Cette force active est différente de la faculté de l'école, en ce que la faculté n'est qu'une possibilité prochaine pour agir; mais morte pour ainsi dire, et inefficace en elle-même, si elle n'est excitée par dehors. Mais la force active enveloppe une enlétéchie ou bien un acte; étant moyenne entre la faculté el l'action, et ayant en elle un certain effort, conatum : aussi est-elle portée d'elle- mémo à l'action sans avoir besoin d'aide, pourvu que rien ne l'empêche. Ce qui peut être éelairci par l'exemple d'un corps pesant suspendu, ou d'un arc bandé : car bien qu'il soit vrai que la pesanteur et la force élastique doivent être expliquées mécaniquement par le mouvement de la matière éthérienne, il est toujours vrai de dire que la dernière raison du mouvement de la matière est la force donnée dans la création, qui se trouve dans chaque corps, mais qui est comme limitée par les actions mutuelles des corps. Je liens que celle vertu d'agir se trouve en toute substance, et même qu'elle produit toujours quelque action effective, et que le corps même ne saurait jamais être dans un parfait repes : ce qui est contraire à l'idée de ceux qui le mettent dans la seule étendue. On ju-
gera aussi, par ces méditations , qu'une substance ne reçoit jamais sa force d'une autre? substance créée: puisqu'il en provient seulement la limitation ou détermination qui fait naître la force secondaire, ou ce qu'on appel le force mouvante, laquelle ne doit pas être confondue avec ce que certains auteurs appellent impetus, qu'ils estiment par la quantité du mouvement, et le font proportionnel à la vitesse, quand les corps sont égaux : au lieu que la force mouvante, absolue et vive, savoir celle qui se conserve toujours la même, est proportionnelle aux effets possibles qui en peuvent naître. C'est en quoi le mouvement se conserve dans les rencontres des corps. Et je vois que M. Huygens est de mon sentiment là - dessus , suivant ce qu'il a donné , il y a quelque temps , dans Y Histoire des ouvrages des savants, disant qu'il se conserve la même force ascensionnelle.
Au reste, un point des plus importants» qui sera éclairci par ces méditations, est la communication des substances entre elles, et l'union de l'âme avec le corps. J'espère que ce grand problème se trouvera résolu d'une manière si claire, que cela même servira de preuve pour juger que nous avons 'trouvé la clef d'une partie de ces choses ■ et je doute qu'il y ait moyen de donner une autre manière intelligible, sans employer un concours spécial de la première cause, pour ce qui se passe ordinairement dans les causes secondes. Mais j'en parlerai davantage une autre fois, si le public no rebute point ceci, qui ne doit servir qu'à sonder le gué. Il est vrai que j'en ai déjà communiqué, il y a plusieurs années, avec des personnes capables d'en juger. J'ajouterai seulement ici ma réponse à des difficultés qu'un habile homme a faites sur ma manière d'expliquer la nature du corps par la notion de la force (329).