‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 202 sur 458 · OI«J · texte numérisé non relu

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devait recevoir ce malin le viatique. H l'avait d ijè reçu quand je suis arrivé chez lui, qui était sur les liuit benrea cl demie. On m'a dil qu'il m'avait demandé, et il a témoigne être birn aise de me voir. Je lui ai trouvé la poitrine fort engagée, grande ditlicullé de parler et môme d'ouïr; mais la connaissance entière, et les sentiments trèschrétiens. Je lui ai dit quelques paroles de saint Paul, sachant qu'il le méditait continuellement, et quelques versets des Psaumes, surtout In domum Domini ibimus : sur ()iioi il a témoigné une grande consolation de pensera la sainte cité et a la bonne com- ; ignie que l'on y trouvera. J'ai continué h lui dire quelques paroles de l'Ecriture, de temps en temps; et j'ai vu comme il le goûtait, parce qu'il ajoutait de lui-même. 11 a voulu reposer ; et j'ai été aux Filles de Saint- Thomas, où j'ai dit la Messe pour un malade à l'extrémité. Le médecin était venu, qui n'en attendait plus rien, et jugeait toutelois qu'il irait jusqu'au soir. Cependant j'avais envoyé quérir M. Hourret, notaire, (■arce qu'il voulait faire son testament, 'eu de temps après, voyant qu'il s'affaiblissait, j'ai proposé d'envoyer quérir rextrème-onction. Les notaires sont venus, et il a eu encore assez de liberté d'esprit pour leur expliquer lui-même ses intentions. Comme ils achevaient d'écrire, M. de Cornouaille est venu avec les saintes huiles, et a trouvé le malade si bas qu'il a commencé par les onctions. Il a toutefois eu encore le temps de dire les prières, puis tout de suite celles des agonisants, pendant lesquelles il a expiré, un peu avant midi. Il a philosophé jusqu'à la lin, demandant pourquoi la maladie s'appelait un mal, et pourquoi tant de gens s'assemblaient autour de lui, paraissant alarmés de son état. Jusqu'à la fin il a témoigné une giande confiance en Dieu, quoique mêlée de quelque légère crainte qui passait vite.

M. Pessole et M. Clément ont envoyé quérir aussitôt, d'un côté M. l'abbé de Saint- Luc, et de l'autre M. de La Chapelle. Cependant je m'en suis allé dîner chez M. l'abbé Kenaudot, pour ne pas m'éloigner en cas qu'on eût besoin de moi. M. l'abbé de Saint- Luc est venu, qui nous a conté ce qui s'était passé, et comme M. de La Chapelle s'était chargé des clefs, suivant Tordre qu'il avait de M. de Louvois : ainsi, n'ayant plus rien à faire à la bibliothèque, je n'ai pas cru devoir y retourner. J'espère aller demain à l'enterrement, et m'en retourner samedi à Villeneuve, où M. le contrôleur général doit être encore huit jours. Après cela j'espère vous aller trouver, si vous ne- m'ordonnez le contraire.

-M l'abbé Kenaudot se réveille vivement en cette occasion, et remue toutes les machines dont il se peut aviser. Vous le verrez par cette lettre de M. le Prince. Je l'ai assuré qu'elle était fort inutile, et que vous étiez autant bieu disposé à son égard qu'il I" pouvait souhaiter. Toutefois, puisqu'elle est écrite, il a lallu vous l'envoyer. M. l'abbé

de Saint-Luc lui a offert très-honnêtement les bons offices auprès de M. l'archevêque de Reims, et lui en doit écrire dès aujourd'hui. Pour moi, Monseigneur, si on me faisait l'honneur de me demander mon avis, vous savez ce que je vous en ai dit plusieurs fois; et que pour le bien de la chose, sans aucun égard des personnes, je n'en vois point qui convienne mieux à cet emploi que lui. Au reste, la dazelle ne l'occupe pas autant ipie je pensais. Une laisse pas d'étudier beaucoup d'ailleurs : ce qu'il écrit en l'ait foi; elle commerce qu'il a avec tous les savants, dedans et dehors le royaume, ferait honneur à ceux qui le choisiraient. Je ne manquerai pas d'en dire ma pensée à M. le contrôleur général.

31. rabbédeVaresal'avant.aged'ôlre regretté de tout le monde. M. l'abbé Galois m'en )arla avec de grands sentiments d'estime, a dernière fois que je le vis; et prévoyant ce malheur, il le regrettait par avance. Le pauvre. M. Clément, quoiqu'il eût eu les petits chagrins que vous savez, ne laisse pas de le regretter, craignant de trouver pis. Il est étourdi de ces changements, et mérite que l'on prenne soin de le conserver. Le pauvre M. Pessole me fait grande compassion, et je ne sais ce qu'il deviendra, ni ce qju'on pourra faire pour lui. Mais il est inutile, Monseigneur, de vous représenter tout cela : vous le voyez comme moi ; et personne ne pénètre mieux que vous toutes les conséquences de cette mort. Pour moi, je voudrais bien en tirer des conséquences qui me fussent utiles, et il me semble que cet exemple venant tout à coup su-r celui de M. d'Amboile, devrait bien m'apprendre à mépriser la vie et tout ce que l'on y appelle établissement, pour ne songer à en faire que dans le ciel. Vous m'y aiderez, Monseigneur, par vos bonnes instructions et vos bons exemples, et encore plus par vos prières, que je vous demande avec votre sainto bénédiction.

Flelry.

A Paris, ce jeudi 28 septembre 1684.

LETTHE CLXXX.

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