DE M. L'ABBÉ DE SAINT-LUC
Sur le même sujet.
Vous aurez appris, Monseigneur, par les lettres de Pessole-et de M. Fleury, la triste nouvelle de la mort de notre pauvre ami M. de Vares. Vous n'en aurez pas été surpris : car vous me marquiez dans votre dernière lettre que vous n'en espériez plus rien: et j'ai vu que vous en étiez vivement louché. En vérité, Monseigneur, je ne saurais me consoler de cette perte ; elle me paraît irréparable pour tous ses amis. Il est rare d'en trouver de ce mérite, et d'une société si douce et si agréable. On n'a pas assurément d'affliction plus sensible en cette vie, et rien ne doit plus servir à nous en détacher. Je l'avais été voir avant-hier, et j'y menai M. Duchêne, qui le juge? en grand pé-
PART. XIV. LETTRES DIVERSES
ril. Je lui en dis quelque chose dans la conversation : il nie parut qu'il m'entendait assez. En effet, il s'est disposé 5 ce dernier moment comme un homme bien pénétre des vérités delà religion, qu'il méditait toujours pendant sa maladie, et a eu le bonheur de mourir entre les bras de M. Fleury. Je suis arrivé un moment trop tard : j'ai trouvé le pauvre Pessole fort désolé, et incertain de ce tju'il devait faire des clefs dont il était chargé. M. de la Chapelle, averti par Clément, est venu aussitôt, et a dit que M. de Louvois lui avait donné ordre en partant de se rendre à la bibliothèque dès qu'il saurait la mort, de mettre son cachet à toutes les serrures, et de prendre les clefs. Je lui ai conseillé de les remettre avec le registre, et de donner avis de tout à M. de Reims. Je ne doute pas que vous n'ayez la bonté de lui recommander fortement ce pauvre garçon, qui perd tout son appui : son affection et sa tidélité méritent qu'on fasse quelque chose pour lui, outre qu'il est assez intelligent et fort exact.
L'abbé Renaudot espère aussi que vous écrirez en sa faveur. M. de Fleury et moi sommes convenus que l'on ne pouvait trouver un meilleur sujet, et plus capable de cet emploi, par son érudition et le cumrcerce qu'il a avec tous les gens de lettres. La Gazette ne l'occupe pas assez, pour s'empêcher de s'y donner tout entier : d'ailleurs il a du bien, et ne cherchera pas à faire son proiit aux dépens du service. Vous connaissez la disposition où est M. de Reims à son égard; et je crois qu'il vous sera aisé de faire encore celui-là, qui en sera très-reconnaissant. Je suis, avec un attachement inviolable, absolument à vous.
L'abbé de Saint-Luc.
A Paris, ce 28 septembre 108'»-.
DE M. LAUBÉ FLEURY.
Sur la mort de M. de Cordemoy.
Eh bienl Monseigneur, il a plu à Dieu de frapper encore ce terrible coup, et de nous ôler M. de Cordemoy. Il me semble que je ne vois plus que des morts, et à peine saisje si je suis en vie moi-même : du moins sais-je bien que, si j'ai tant soit peu de raison, je ne dois pas me promettre un moment de vie. Quatre amis de cette force perdus en deux moisi Mais il n'est point question de lamenter : il faut songer aux vivants, et avoir soin de la pauvre famille de notre ami. li m'a passé par l'esprit que peut-être ne erait-il pas impossible de
(535) L'Histoire de France, M. de Cordemoy avait écrit celle des deux premières races, qui a elé publiée après sa mort , en deux volumes in-folio. Louis XIV, connue le désiraient les amis du défunt, chargea sou (ils de continuer celle histoire. 11 avança beaucoup celle de la troisième race ; mais son travail n'a pas été donné au public.
(334) Nous aurions placé ici une lellre du grand Coudé à Bossue», sur la mort de plusieurs des amis
conserver la charge ou la pension pour le Bis, qui est a Lyon, et de l'engager à continuer l'histoire (333). Je crois qu'en un an ou deux, laborieux comme il est, avec un fort bon esprit, il aurait bien autant d'avance que le père pouvait en avoir, vu la jeunesse, la fraîcheur et la mémoire, et qu'il n'aurait aucun autre soin. Un de ses jeunes frères l'y pourrait aider ; et je crois que ces deux jeunes hommes se donnant tout entiers à cet ouvrage, ils y réussiraient plutôt que quelqu'un des savants que nous connaissons ; ou plutôt, je n'en connais point que je puisse indiquer pour cet ouvrage. Je crois bien que cela sera dillicile à obtenir; mais quand on n'obtiendrait qu'une partie de la pension, ce leur serait toujours un grand secours. Peut-être cette affaire mériterait bien que vous fissiez un tour à Fon.ainebleau ; car elle aura besoin d'être puissamment sollicitée : et vous savez mieux que moi que si ces sortes de grâces ne s'obtiennent sur-le-champ, et par la compassion d'une mort récente, il n'y a rien a faire ensuite. Je sais bien, monseigneur, que je ne hasarde rien de vous dire toutes mes pensées. Il m'importe seulement de savoir votre résolution, afin que, si vous demeurez à. Meaux, je me rende incessamment auprès de vous. Cependant je vous demande, avec un profond respect, vos prières et votre sainlo bénédiction (33V).
A Paris, ce 15 octobre 16Si.