DE M. OBRECUT, PRÉTEUR ROYAL, AL SENAT VS, STRASBOLRG
Sur les changements que les luthériens ont faits dans la Confession d'Augsbourg, et ce qu'ils alléguaient pour s'en justifier.
Je réponds un peu tard à celle que Vo.r& Giandeur m'a fait l'honneur de m'écrire, du 20 de mars; parce qu'elle m'a été rendue dans un temps que j'étais surchargé d'affaires plus qu'à l'ordinaire, et qu'ayant changé de maison, je n'ai pas pu si tôt transporter ma bibliothèque, qui est encore actuelle ment dans la dernière confusion. Cependant, je m'étais déterminé d'abord de satisfaire Votre Grandeur sur ce qu'elle désire de savoir touchant la diversité des éditions de la Confession d'Augsbourg.
C'est une matière qui a été bien battue et rebattue en Allemagne, et on en a fait des livres tout entiers, tant pour accuser celte diversité que pour la défendre. Celui qui l'a traité avec le plus d'étendue est Laurentius Forerus, dans plusieurs traités qu'il a publiés en
du prélat, si elle n'eût pas élé donnée dans YHist. de Bossuet, liv. vin, II. 6. (Edit. de Versailles.)
(555) Uliic Obrecbt, savant distingué né à Strasbourg le 25 juillet IbiG, avait été élevé dans la religion protestante. U lit abjuration entre les mains de Bossuet en 108i, et mourut le G août 1701. On trouve des détails intéressants sur sa vie ci ses travaux dans Vllisl. de Bossuet , Pièces justificatives, du liv, vil. {Kdit. de Versailles.)
OEUVRES COMPLETES OE KOSSl'KT.
|'an 1028, 1629, 1630. Mais, comme il a vu que ces raisons n'avaient pas tout le poids
l'olles devaient, a cause qu'étant parties de Ki plume d'un Jésuite, les luthériens curent moyen de les faire attribuer à la passion et a ui haine mortelle qu'il y a entre eux et cet Ire, il les reproduisit quelques années après, revêtus d'un nom illustre, dans lo Spcculum veritatis BtandenBwrgicce, du marquis Christian-Guillaume, imprimé en l'an 1633 : suivant en cola les traces de Pis tori us, qui avait traité la même matière sous le nom de Jacques, marquis de Kaden, dans les motifs de sa conversion publiés en 1591. M. le cardinal de Blesse la lit aussi éplucher par Thomas Benrici, dans un ouvrage intitulé Antonio, Augustnnœ confessionis. Et loui nouveliemeiit, M. l'évêque de Neustadt a fait ramasm r, dans un traité qui a pour litre, Auguêtana et Anti-Augustina confessio, tout ce qui a été dit autrefois à ce sujet : et M. l'électeur de Saxe a fait répondre par un professeur de Leipsick, appelé Valentinus Alberti. L'un et l'autre de ces deux ouvrages sont écrits en allemand, aussi bien que la plupart de ceux qui les ont précédés.
A ce (pie je me souviens, on reproche aux luthériens principalement les changements qui paraissent dans l'édition qui a été faite île la Confession d'Augsbourg, à Virtemberg en l'an 1540, et la diversité qu'il y a entre cette édition et toutes celles qui lui sont antérieures, depuis celle de l'an 1530. En outre, on leur objecte que de plusieurs exemplaires allemands, même des plus authentiques, comme sont ceux qui sont dans [a bibliothèque de l'empereur, et dans les archives de 1 empire à Mayence, il n'y en a pas deux qui se ressemblent, non plus que l'édition allemande de 1530, et celle de 1628, dont ils font le plus de cas ; et que les exemplaires iatins en diffèrent encore davantage. Le nombre des passages où on leur montre cette discrépance est presque infini, de plus grande et de moindre importance.
Les luthériens, dans leurs réponses, commencent par rejeter entièrement l'édition de Virtemberg de Tan 1540. ils disent qu'elle est un effet de la faiblesse de Mélanchton , qui s'est voulu accorder par là avec les Suisses, qu'elle n'a jamais été reçue parmi eux ; qu'au contraire, l'auteur en a été repris sévèrement au nom de l'électeur de Saxe, par son chancelier, nommé Ponianus, et qu'il a été obligé de l'abandonner entièrement aux colloques de Worrns et de Ratisbonne.
Quant aux autres éditions, ils disent qu'il y en a qui ont été corrompues par les imprimeurs, et qu'ils ne reconnaissent que celles qui ont été données par autorité publique , "•mine sont celles de l'an 1G2G, in pupillu A. G'., et celle de 1580, in formula concordiœ. Ils avouent que le texte latin n'est pas tout a fait conforme à l'allemand, quant aux paroles; mais qu'il retient pourtant le même sens : que la Confession a été traduite de 1 a lemaud en latin, et Y Apologie du latin en allemand; que dans l'une et dans l'autre, il taut examiner la traduction sur l'original, et
non pas combattre l'original par la traduction ; que, dans les exemplaires qui se trouvent dans les bibliothèques et dans les archives, il y a ^l^ variétés, mais qui la plupari n'importent rien, et n'allèrent pas lu sens; que s'il y a des changements, des additions, des omissions, c'est pour donner, non pas une doctrine nouvelle, mais plus nette et plus claire.
A ces fails ils ajoutent les réflexions suivantes : Que, dans l'Eglise chrétienne, il a toujours été permis de changer les symboles et les confessions de loi ; que cela a été remarqué même dans le Symbole des apôtres, dans celui de saint Athanase, et principalement dans celui de Constanlinople, où l'Eglise latine a cru avoir la liberté d'ajouter le Filioque, qui n'était pas dans le grec; que l'Eglise romaine leur peut d'autant moins reprocher leurs additions et changements, qu'elle-même s'est servie d'une grande liberté à changer, par exemple, l'édition Vulgale, selon l'aveu de Clément VIII dans sa préface, le canon de la Messe, la profession de fui, où ils soutiennent que la foi du concile de Trente est altérée par dos additions, comme, par exemple, de jurer l'obéissance au Pape; et par des changements, comme doit être celui de l'article de l'invocation des saints, que la profession veut faire passer pour nécessaire, quoique le concile ne l'ait proposée que comme utile; que la doctrine du concile de Constance a été changée par celui de Latran, touchant l'autorité des Papes sur les conciles ; qu'il ne sert de rien de dire que leur Confession a été changée dans les diverses éditions, attendu qu'ils ont toujours publié hautement qu'ils se tiendront inséparablement à l'exemplaire qu'ils ont présenté à Charles V, et qu'ils n'ont jamais refusé de laisser juger leur doctrine selon cet exemplaire-là, sans se prévaloir d'aucun des changements qu'on leur oppose.
J'espère que M. Le Correur aura fait son devoir : il y a déjà du temps que je t'en ai averti. Il demeure rue Montmartre, visà-vis de la Jussieune, chez M. le commissaire Eleury.
J'ai reçu les excellents ouvrages que VTotre Grandeur m'a envoyés par le coche, et j'ai rendu les exemplaires où ils étaient destinés. En mon particulier je lui en ai une obligation infinie, et ne souhaite rien au monde si passionnément que d'avoir l'occasion de témoigner réellement avec combien de vénéra Lion et de respect je suis, etc.
Obrecht.
A Strasbourg, ce icr mai 168o\
LETTRE CLXXXIIL
DU MÊME
Sûr les principes des prolestants touchant la polygamie, et l'usage qu'ils en avaient (ait à l'égard du landgrave de liesse.
Je réponds un peu tard à la lettre que Voire Grandeur m'a fait l'honneur de m'éerire, du 6 du mois passé ; parce qu'elle m'a été
ip.O-
PART. XIV. LETTRES DIVERSES
rendue lorsque j'étais occupé à instruire quelque procès de conséquence que la ville
do Strasbourg a au conseil souverain d'Alsace, et qui doivent encore être jugés avant les vacances. J'espérais en outre de trouver ici les deux derniers (ornes de M. de Varillas, où il doit avoir mis les deux pièces où Votre Grandeur me demande quelque éclaircissement. Mois comme nos libraires ne les ont pas encore apportés, je n'en pourrai don ner que des conjectures.
Je présume donc que ce seront les mômes que celles que l'eu M. l'électeur palatin Charles-Louis a déjà fait publier autrefois, pour couvrir ou autoriser en quelque façon le concubinage dans lequel il vivait avec la damedeDeyenfeld. C'est dans un livre qu'il fil écrire en allemand par un de ses conseillers, et qu'il envoya lui-même à la plupart des cours, comme aussi aux savants d'Allemagne. 11 m'en adressa aussi un exemplaire avec un paquet pour feu M. le Prince : mais il me défendit fortement de mander d'où m'était venu ledit paquet. Cet ouvrage a pour litre : Considérations ou Réflexions consciencieuses sur le mariage, en lant quil est fondé dans le droit divin et en celui de nature; avec un éclaircissement de questions agitées jusque} présent touchant V adultère, la séparation, et particulièrement la polygamie. 11 a élé publié en l'an 1679, sous le nom emprunté de Daphnœus Àrcuarius, sous lequel est caché celui de Laurentius Baager ; parce qu'Arcw signifie en allemand Bognu.
Dans la quatrième partie, chapitre i, l'auteur ayant proposé La question si dans le temps de la nouvelle alliance il y a eu des docteurs qui aient permis la polygamie, et après avoir fait dire au cardinal Bellarmin qu'il s'étonnait de ce que les luthériens reprochaient au Pape Grégoire III d'avoir permis à un mari, dont la femme était malade, de prendre une seconde femme, puisque Luther avait été dans le môme sentiment : il fait semblant de vouloir embrasser la défense de Luther, et de le vouloir purger de cette doctrine; mais insensiblement il tourne la phrase, et le charge de preuves si convaincantes, qu'il n'en laisse aucun doute au lecteur; et conclut, à la lin du chapitre, que Luther a effectivement enseigné ce qu'on lui impose, et fait voir que c'est à tort qu'on le veut excuser, en disant que ce n'a été que vers le commencement de sa réforme, comme s'il avait changé de sentiments dans ses derniers écrits.
Entre autres, il produit aussi en allemand et en latin l'Avis doctrinal sur le dessein du landgrave, aussi bien que le contrat de mariage : l'un et l'autre sont autorisés des mêmes notaires queVolre Grandeur me marque. Mais quant à l'avis allemand, que je liens pour l'original, il n'est signé que de Luther, de Mélanchlon et de Bucer ; et je crois que les autres théologiens n'ont signé le latin que quelque temps après. L'allemand est indubitablement du .style de Mélanchlon ; mais
h* latin me paraît être sorti de la plume de llélander. Arcuarius assure que ces pi< ont été tirées des archives d'un prince d'Allemagne, qu'il ne les publie que parce qu'il esl pleinement convaincu de leur autorité. I1 ajoule en outre l'instruction que le landgrave a donnée à Bucer pour négocier cette affaire auprès de Luther et de Mélanchlon , et pour obtenir d'eux un avis favorable.
Votre Grandeur ne me marque pas si M.
de Varillas a aussi donné cet aclc, qui est assurément la pièce principale, et qui fait voir les ressorts que le landgrave a remués, pour arracher de ces messieurs une décision telle qu'il la souhaitait. Elle n'est qu'en allemand : mais si Voire Grandeur la désire, je la ferai traduire, et la lui enverrai au plus tôt.
Bu reste, il ne faut pas s'étonner si les historiens de ce temps-là ne parlent pas avec plus de détail de ce mariage : car, en conséquence de l'avis, on avait [iris de si belles précautions pour le cacher, que personne n'en a jamais rien su qu'à demi. Il est vrai qu'on l'a reproché à Luther aussi bien qu'au landgrave môme, dans des écrits publics : mais l'un et l'autre, dans leurs réponses, se sont tirés d'affaire en habiles r!,étoriciens : de sorte que, quand on a lu ce qu'ils en disent, on est aussi savant qu'auparavant : c'est-à-dire, qu'en ne rien avouant, ils ne nient néanmoins rien.
« Vous me reprochez, écrit le landgrave contre Henri le jeune, duc de Brunswick, apud Hortlederum, Decausis belli Germanici, anno 1540, qu'il a éclaté de moi comme si j'avais pris une seconde femme, la première étant encore vivante : sur quoi je vous déclare que si vous, ou qui que ce soit, dit que j'aie contracté encore un mariage non chrétien, ou que j'aie l'ail quelque chose qui ne convienne pas à un prince chrétien, il me l'impose par pure calomnie. Car, quoique envers Dieu je me reconnaisse pour un pauvre pécheur, je vis pourtant en ma foi et en ma conscience devant lui d'une telle manière, que mes confesseurs ne me tiennent pas pour un homme non chrétien, el que je ne donne scandale à personne, et suis avec la princesse ma femme en bonne intelligence, amilié el concorde, » elc.
« On reproche au landgrave, écrit Luther, (336), que c'est un polygame. Je n'en ferai pas beaucoup de paroles ici. Le landgrave es! assez fort et a des g"ns assez savants pour se défendre. Quant à moi, je connais une seule princesse ou landgravine de Hesse, qui est et doit être nommée la femme et l.t mère en Hesse; et il n'y en a point d'autre qui puisse porter ou engendrer de jeunes landgraves, que la princesse qui est tille do George, duc de Saxe. » Car effectivement il était assez pourvu par le contrat de mariage que la nouvelle épouse n'aurait pas la qualité de landgravine, el que ses enfants ne seraient point landgraves. L'instruction donnée à Bucer est admirable sur ce sujet.
(aoo)
Ton). Vil, Jeiic;
s. Germai!., fol. -ï-'o.
Quant à l'élévation de l'Eucharistie, je ne crois pas qu'on puisse trouver la moindre chose dans les liturgies des Eglises nrotestantes d'Allemagne, qui en fait de eérémo-
aiessonl tout à l'ait stériles, outre que l'on sait que l'élévation a été abrogée par Luther même, en Tan 1543 ; et cela en faveur du même landgrave, pour lequel il avait passé le dogme de ta | oiygimie. .l'en ai fait copier l'extrait ci-joint de l'histoire de Peucerus,
M. de Seekendorff a rendu son travail désagréable, même à ceux de soi parti, pour avoir suivi pied a pied l'histoire du IV Maimbourg. Ainsi il est facile de deviner lo sort qu'aurait quiconque le voudrait imiter.
11 m'a toujours paru que pour tirer de l'Histoire du luthéranismo l'avantago que nous devons chercher en l'attaquant, et qui ne peut tendre qu'à détromper ceux qui y
gendre de Mélanehton, qui a été témoin SOnt engagés présentement, il faudrait se
oculaire des choses qu'il écrit
le lis l'oraison funèbre (337) que Votre Grandeur m'a l'ait la grâce de m'envoyer par la voie de ML de Chamilly : je vois déjà qu'elle est entièrement proportionnée à In grandeur de son sujet, et à la réputation de son auteur.
Je suis avec un profond respect, etc.
De Strasbourg, ce 20 juin 1687.
DU MÊME
Sur le même sujet.
Ce mol n'est que pour accompagner l'instruction que votre Grandeur m'a bien voulu demander. C'est une pièce bien plate, et qui
retrancher à examiner le but que les luthériens eux-mêmes veulent que les auteurs et les premiers protecteurs de leur Réforme se soient proposé, et de le confronter avec l'état présent de leur Eglise, qui en doit être le fruit. Ils prétendent (et c'est la, si ma mémoire ne me trompe, l'unique dessein du grand ouvrage de M. de Seekendorff) que les uns et les antres n'ont agi que par un pur motif de piété, et dans la vue de rétablir la pureté primitive du christianisme , en corrigeant les erreurs et en retranchant les abus qu'ils attribuent à l'Eglise romaine.
Je n'ai jamais trouvé à propos de contester avec eux là- dessus : mais, lorsqu'ils me le disent, je leur allègue les sociniens, les anabaptistes, les puritains, etc.; et je leur pourrait suffire toute seule pour dépeindre fais insensiblement avouer que l'on peut se exactement le génie du landgrave. Je 1 ai tromper en se proposant une pureté ima-
fnit traduire mot pour mot, alin que si votre Grandeur a peut-être le dessein d'en donner une traduction française, elle puisse entrer d'autant plus facilement dans le vrai sens de l'auteur. Je me suis souvenu, depuis ma dernière lettre, que la Consul talion de Luther est aussi dans ses ouvrages, tome VU de l'édition allemande d'Altenbourg, signée de lui seul; mais tellement tronquée, qu'il est impossible d'y rien comprendre : et à la regarder au dehors, on dirait qu'il a élé d'un sentiment contraire : mais en la considérant attentivement, on voit d'abord les endroits où elle a élé falsifiée.
Je suis avec un très-profond respect, etc.
A Strasbourg, ce 14 juillet 1G87.
LU MÊME
Sur le dessein qu'avait Bossue t de combattre en particulier le luthéranisme, la manière de le faire, et différents ouvrages propres à ce dessein.
Je viens de recevoir la lettre que votre
Grandeur m'a fait l'honneur de m 'adresser que le public ne recevra pas avec moins
par la voie de M. le marquis de Chamilly, d'avidité que ceux qui ont été produits par
du 22 du mois passé. J'ai d'abord loué Dieu, M. de Seekendorff. Mais comme ils sont la
et remercié M. le landgrave de Hcsse dans plupart en allemand, je supplie Votre Gran-
raon cœur, d'avoir inspiré à Votre Grandeur deur de me mander si elle a des personnes
le dessein de combattre en particulier le lu- à la ma n qui entendent assez ladite langue
ginaire, c'est-à-dire , en voulant réformer ce qui n'a pas besoin ou qui ne souffre point, de réforme. Et en venant ensuite à l'état présent de leur Eglise, je leur demande : Avez-vous une doctrine plus pure que n'est, celle de l'Eglise romaine sur les articles sur lesquels vous avez fait schisme? Etes-vous parvenus à ce culte purement spirituel, et détaché de toutes les traditions et inventions humaines? Votre discipline est-elle entièrement conforme à celle de l'Eglise primitive? Avez-vous trouvé le secret de changer en or, ou en quelque matière moins sujette à la fragilité, les vases de terre dans lesquels l'Apôtre dit que portent le trésor de la connaissance de Dieu ceux qui sont constitués pour éclairer les autres ? etc. Cette méthode peut mener à épuiser tout ce qu'il y a d'essentiel dans la controverse, el a néanmoins cela de commode, qu'en Ja suivant l'on se peut donner une carrière aussi longue et aussi courte que l'on veut.
Si votre Grandeur méfait la grâce de m'indiquer le plan qu'elle se sera formé, je pourrai peut-être lui fournir des mémoires.
théranisme; et j'en prévois effectivement trop bien les fruits pour ne pas tout quitter afin d'y contribuer de tout ce que je pourrai avoir acquis de connaissance en cette matière.
pour les traduire, ou si elle désire que je les fasse traduire ici : auquel cas je prierai le révérend P. d'Aubenîon , recteur du collège des Jésuites en celle ville, d'y employer quelques-uns de ses régents ; et si Voire
(oji) L'oraison funèbre de Louis de Bourbon, prince de Condé.
um
PAUT.XIV. LETTRES DIVERSES
iir.o
Grandeur lui (n écrivait aussi un mot, cela servirait è avancer la besogne.
L'ouvrage de Horllederus n'est qu'un recueil d'actes publics , aussi en allemand. Ainsi il faudra se réduire au même secours à l'égard des pièces dont Votre Grandeur aura besoin. Les Annales d'Abrabamus Seul te tus ne peuvent servir que par quelques extraits de lettres, qu'il y a insérées, et qui n'ont pas été publiées ailleurs : je les chereberai chez nos libraires, aussi bien que Yiam pacis Dionysii capucini. Un livre dont Votre Grandeur pourra difficilement se passer est, Vita Mclanchtonis, per Camerarium. Ja ne doute pas que Votre Grandeur ne l'ait lu : mais , pour lo pouvoir employer utilement à l'exécution de son dessein, il a besoin de quelques éclaircissements, que j'écrirai à la marge d'un exemplaire que je me donnerai l'honneur de lui adresser par la première commodité; n'ayant rien tant à cœur que de témoigner avec combien de respect je suis, etc.
A Strasbourg ce 10 mai 1G92.
DU MÊME
Sur différents ouvrages des protestants , relatifs aux matières que Jiossuet avait dessein de traiter.
J'ai été bien aise d'apprendre par celle que Votre Grandeur m'a faitl'bonneur de m'écrire qu'elle a approuvé mon projet, et que le sieur Rehm lui a remis laViedeMélanchton , qneje lui avais confiée. J'avais cru en trouver un exemplaire cbez nos libraires, poury ajouter mes remarques : mais cela m'ayant manqué, j'ai pris le parti d'adresser à Votre Grandeur celui dontje me suis servi autrefois, etauquel j'ai fait écrite alors celles qui y paraissent, et quisont la plupart tirécsdesmémoiresdeCasparCruciger, intime ami de Mélancbton. J'ai mis depuis au coche deParis, qui doit arriver à Meaux dimanche prochain, l'ouvrage de Hutterus contre Hospinien, contenant l'histoire de la Formule de concorde, sous ce titre :Concordia concors; comme aussi Supplementum Historiée ecclesiasticœ, tiré des lettres de mes aïeux, et publié par le sieur Fecht, mon beaufrère, qui est présentement le premier professeur en théologie à Rostock, et surintendant comme ils les appellent, du duché de Meckeloourg; et en (in l'A pologiede la Faculté de théologie à Virlemberg, contre l'histoire écrite par Peucerus, gendre de Mélancbton , qu'il me semble avoir vue chez Votre Grandeur : cependant, si elle ne l'avait point, je pourrais la lui fournir. Les Annales Abraham i Seulteti ne se trouvent point ici : mais j'espère de les avoir de RâMe, où j'ai écrit pour cet effet. Quant à Holtingcrus, qui a écrit plusieurs volumes sur l'histoire de l'Eglise, je suppl.e Votre Grandeur de me mander lequel de ces ouvrages elle désire.
(338) fl est connu par plusieurs ouvrages, mais principalement par son Explication littérale et fiiskriijue des cérémonies de V Eglise , en -i vol. in 8°,
Du reste, j'ai commencé à donner de l'occupation au P. d'Aubenlon, en lui remettant l'original do l'écrit de Rucer, signé de sa main et des principaux ministres d'ici, que M. de Seckendorff rapporte en son dernier volume, page 539 , qui pourra servir d'exemple que I on ne doit pas trop se fier à ses extraits. Car en venant aux chefs de la doctrine, après avoir remarqué la distinction, inter capita necessaria et non necessaria, il poursuit : Singulatim porro disserit de justificuiione, fide et bonis operibus ; insinuant par là sans doute que Rucer a tenu ces chefs pro necessariis ; mais il ne dit pas que tout le raisonnement de Rucer ne tend qu'à montrer qu'après les éclaircissements que l'on s'était donnés de part et d'autre, il ne restait plus de contestation déjà alors entre les parties sur ces articles; établissant de son côté tout haut la nécessité des bonnes œuvres.
Quant au dessein de Votre Grandeur, jo ne doute pas qu'elle n'ait remarqué que pour prouver que l'on enseignait et croyait dans l'Eglise catholique ce qu'il y a de bon dans la Réforme, les rituels ou agendes des Eglises particulières d'Allemagne, dont on se servait en ce temps-là, sont d'un grand secours. J'en ai vu quelques-uns à Paris dans la bibliothèque de feu M. l'abbé Dufort, qui ont passé depuis, à ce qu'on m'a dit, en celle de M. l'archevêque de Reims. Le livre de Flaccus Illyricus, qu'il a intitulé Calalogus testium veritalis , peut encore être utile au même but : et quant à la prétendue divinité de l'esprit de Luther, on ne manquera pas de bons mémoires pour la rabattre. Je m'y emploierai de mon mieux, étant avec uiî très •'profond respect, etc.
A Strasbourg, ce 10 juin 1G02.
LETTRE C.LXXXVJI.
DE DOM CLAUDE DEVERT, TRÉSORIER DE l'aB- BAYE DE CLUNY (338).
Sur la communion sous une seule espèce.
J'ai reçu ici la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire de Germigny; mais n'ayant point avec moi les paroles du manuscrit de Gorbie, je vous prie de vouloir bien attendre jusqu'à ce que je retourne au lieu où est la copie que j'en ai faite, pour vous l'envoyer aussitôt. Je ne pense pas qu'on retrouve celui de Saint-Den s, l'ayant fait chercher exprès depuis six mois; mais vous pouvez compter que c'est la même chose que celui de Corbie, l'ayant vu cl lu moi-même; et je suis d'autant plus eroyab'e sur cela, que je n'ai recherché tous ces manuscrits que dans la vue d'y trouver de quoi confirmer l'opinion de ceux qui cru cnl la consécration de l'espèce du vin par le mélange de celle du pain : sur quoi, si vous
dont les deux derniers n'ont été publies qu'apies sa mort, arrivée le i")<Mir de mai 17'JS.
(Kl VUES COMPLETES DE BOSSl ET.
\ totici bieti que je visse ce que roua ré-
. ,,. , neul-ôlre Irouveriox-vous en
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i lepuis buil jours a M, de
i un endroit d'un pontifical que j'ai
is, que je ne doute point qu'il il tait tenir, il est visible par ces paroles que quoique les enfants oe communiassent que sûua l'espèce du vin, on néanmoins qu'ils recevaient le corps .; puisqu on leur disait : Corpus eu» i uin« Domini nostri Jesu Christi cudiat, etc., mettant même le corps in recto, seulement in obliqao.
rois qu'il Faut lire dans le concile de • m armario, et non in imaginario of~ . ainsi que je l'ai lu en plusieurs endroits, El en effet ce fut à peu près en ce loin ps- là qu'on cessa de réserver dans les armoires, au moins en quelques endroits, les hosties pour les malades; et qu'on les exposa sur l'autel dans les tabernacles suspendus, au-dessous néanmoins de la croix, qui étail toujours plus élevée , comme nous le voyons encore dans quelques cathédrales, s'ub crucis litulo. Je suis avec res- { cet, etc.
DliVERT.
Au prieuré de Saint-Pierre d'Abbcvilie, ce 20 juillet. 1G86.
LETTRE CLXXXVIU.
DU MÊME
Il lui envoie l'extrait d'un ancien Cérémonial de Corbie, qui prouvait qu'on ne communiait le vendredi saint que sous une seule espèce.
Voilà la copie du manuscrit de Corbie, c'est-à-dire, la Rubrique du vendredi saint : celui de Saint-Denis, qui est égaré , porte précisément les mêmes termes. Je crois qu'on vous aura fait voir ce que j'ai extrait d'un Pontifical romain, louchant la communion des enfants. Je suis avec un profond respect, etc.
Abbeville, ce 1G août 1G8G.
«Composilo corpore Domini in corporali super allai e, et incensato, dicet dominus abbas : Confileor, et incipiet canlare Oremus : Prttceptis salularikus moniti, et Pater noster, «•t Libéra nos, quœsumus, Domine. F radio fiel; et posi fraetioneoa dicet secundo, Ver omnia sœcula sœculorum : Conventus respondebit, A.,ien. Pax iJomini, et Agnus Dci, et Uœc sacrosancla commislio, non dicenlur; sed fruslum fractionis sinet cadere infra calicein, nibil dicendo. Domine Jesu Chrisle, Corpus Domini, quod ore sumpsimus, dicenlur: sed sanguia non nominabitur. Placeat tibi non dieetur. Omnibus communicalis, capietquisquo <ie vino per tistulam, et poat bibet, cal i- "Ijus ante majus aliare paralis. De corpore Domini nihil debebit remanere. Omnibus communiions, et domino abbale devestito,
nabuntur vesperi, et dicenlur.»
Cette autorité est précise pour marquer qu'on ne croyait pas dans Corbie, il y a huit cents ans, non plus qu'à Saint-Remi en France, que le vin le vendredi saint devînt le sang de Noire-Seigneur par le mélange du pain; puisqu'il est dit expressément qui; sanguis non nominabitur, et ensuite que ce qu'ils prenaient par un chalumeau était du vin. On peut observer ici, en passant, qu'ils faisaient ce vendredi-là la mémo cérémonie que s'ils eussent communié sous l'espèce du vin : puisqu'ils prenaient ce vin avec le chalumeau, cl dans des calices préparés sur l'autel, quoiqu'ils crussent pourtant que co n'était que du vin. La même cérémonie se pratiquait aussi à Cluny au commencement de ce siècle encore : c'est-à-dire, on prenait du vin dans des calices ce jourlà, et avec le chalumeau, quoique les Missels do notre ordre nous marquent précisément que ce n'était que du vin: et par là on répond au raisonnement de ceux qui concluent que l'on croyait que c'était le sang de Noire-Seigneur; parce qu'extérieurement on donnait les mômes marques de respect que si effectivement ce l'eût été. On voit encore par laque le vin que l'on donno encore aujourd'hui à l'ordination, et aux grands jours en quelques églises, après la communion, n'est point, comme on le croit, une ablution, ni pour aider à avaler les espèces; mais une suite de l'ancienne communion sous l'espèce du vin, c'est-à-dire qu'on a continué la même cérémonie, quoique ce ne fût plus que du vin.
Votre Grandeur pourrait en passant dire un mol de la communion du vendredi saint, qui était commune à tout le monde, et non au prêtre seulement, comme elle l'est aujourd'hui. Elle ne trouvera pas un ancien cérémonial ni missel qui n'en fasse mention : Omîtes communicant, c'est toujours ainsi qu'ils s'expriment. J'ai une dissertation toute prête là-dessus : mais quand Votre Grandeur en aura dit un mot, ce sera encore une autorité pour moi. Cela se fait encore en plusieurs monastères de Cluny, et on rétablit cette communion partout.
LETTRE CLXXXiX.
DU MÊME
Sur la communion sous une seule espèce, et quelques difficultés qui y ont rapport.
Voire lettre du 22 juillet ne fait que de m'êlre rendue; ce que j'impute à la fausse adresse. J'eus pu en co temps-là me donner l'honneur de vous aller joindre à Al eaux ou à Paris; présentement quelques commissions importantes de M. le cardinal de Bouillon me retiennent en ce pays-ci. Cela n'empêche point, si vous le souhaitez, et s'il est encore temps, que je ne vous envoie ce que je pense et ce que je sais de la consécration par le mélange : et comme cette question me parait de la dernière conséquence, si vous le désirez, j'en ferai une matière de dissertation, où je lâcherai de faire tout entrer; et
PART. XIV. LETTRES DIVERSES
à laquelle, si vous voulez bien vous donner la peine de répondre, comme je saîsque vous le ferez aisément, vousaurcz satisfaite tout, et détruit par conséquent tout le livre du ministre, qui ne roule cpie là-dessus.
Je crois que vous aurez reçu une seconde fois l'extrait du manuscrit de Corliie, que j'ai adressé, i! y a près de deux mois, à votre hôtel à Paris. A l'égard de celui de Sentis, il me paraît au contraire qu'il esta souhaiter qu'il soit moins ancien , les protestants, ce me semble, ne doutant pas que les enfants n'aient autrefois communié sous la seule espèce du vin, mais disant, comme le ministre La Roque, qu'on n'en saurait donner des preuves depuis lo xii" siècle. Voici ce que j'ai lu autrefois dans un Ordinaire manuscrit de l'Eglise de Soissons , qu'ils appellent le Mandat um ; vous verrez, si cela vous accommode encore, Communicato episcopo, communie et infantes baptizatos de sanguine sacrato, dicens : Sanguis Domini noslri Jesu Christ i custodiat le in vilain œternaml Amen. Ce manuscrit est de la fin du xnc siècle, ou du commencement du xiiic, qui est le temps de la vie de Philippe- Auguste et d'Isabelle sa femme, qui y sont nommés dans la prière Christus vincel, aussi bien que l'évoque Nivelo, qui vivait aussi en ce temps-là.
Autrefois, dans l'Eglise d'Amiens, en communiant les enfants nouvellement baptisés, le samedi saint, sous la seule espèce du vin, on leur disait : Corpus et sanguis, etc., ce qui appuie le manuscrit de Senlis.
Je suis impatient de voir voire ouvrage, qui sera d'une grande utilité. Il y a des gens que je sais que vous estimez beaucoup, et qui ne sont pas éloignés du sentiment de la consécration par le mélange : ils méritent bien votre application pour les détromper. Le ministre La Roque est visiblement de mauvaise foi en plusieurs endroits. Il ne sait ce qu'il dit quand il interprète les paroles d'Innocent icl de la communion comme du sacrifice : car on a toujours communié à Rome le vendredi saint, ei l'Ordre romain y est précis. Je crois comme lui que Yabsque sanguine Domini ne se rapporte pas à communicent, mais à oblatas servandas... absque sanguine Domini. Je suis, Monseigneur, avec tout le respect possible.
Au prieuré de Saint-Pierre d'Abbe ville, ce 26 septembre 168G.
DE MÊME
Sur un ancien cérémonial de V abbaye de Saint-Denis, conforme, pour la communion du vendredi saint , à celui de l'abbaije de Corbie.
On m'a dit que Votre Grandeur travaillait actuellement à répondre au ministre La Roque sur la communion sous les deux espèces ; et comme il m'a paru que je vous avais lait plaisir de vous envoyer un endroit du cérémonial de Corbie sur la communion du
OLl'VRES COMFL. DE BOSSCET. XL -
vendredi saint, je suis bien aise aussi de vous dire que je lus l'année passée, mot pour mot, la même chose dans celui de l'abbaye de Saint-Denis, qui me parut de sept ou huit cents ans. J'ai été cette année pour le revoir; mais je ne l'ai plus retrouvé, quoique je l'aie fait chercher, et il faut que quelqu'un l'ail enlevé. J'en lis même un extrait, qui est tout pareil à celui de l'abbaye de Corbie, et où il parait visiblement que, quoique les moines lissent ce jour-là, à l'égard du vin, les mêmes cérémonies qu'ils faisaient les autres jours à l'égard du sang de Noire-Seigneur, néanmoins ils croyaient, comme il est précisément marqué dans ce cérémonial, que ce n'était que du vin, même après le mélange avec l'espèce du pain.
Je suis, avec tout le respect possible, etc.
A Paris ce 28 juin 1G87.
LETTRE CXCL