DE M. IMROT, DOCTEUR DE SOR BONNE
Sur le même sujet que ta précédente, et sur quelques autres faits.
J'ai fait copier la lettre circulaire de Mi le cardinal le Camus sitôt que je l'ai pu avoir, et je vous l'envoie, comme vous me l'avez ordonné. J'y aurais joint la copie de l'acte qui est venu de Borne, au sujet des quiétisics, si je l'avais pu; mais la personne de qui je le voulais emprunter l'avait donné à M. l'archevêque, qui n'est pas présentement en éia: qu'on lui parle de cela. Je ne sais que
son nom , mais qu'on sait assez être de lui. Ce sont des notes sur l'ouvrage de cet Italien, imprimées en marge, uont l'auteur n'est point nommé au titre, mais seulement marqué par la qualité d'un grand jurisconsulte, célèbre en Allemagne et en France. 11 se fait lui-même assez connaître de temps en temps dans ses observations, en citant ses ouvrages. Il parle de la question du mariage de Henri VI11 sur le conseil 602 de Décius, à l'occasion de ce qu'en dit Decius lui-même, qui avait été consulté par ce roi, et qui y répond dans ce conseil, posant pour principe que le Pape Jules II avait pu donner la dispense, et que le cas de faire épouser une même personne à deux frères, l'un d'eux l'épousant après la mort de l'autre, n'excède pas le pouvoir du Pape, mais dans l'application trouvant nullité dans la bulle, qu'il prétend subreptice pour deux raisons : l« première et la principale , fondée sur ce qu'elle est accordée pour le bien de la paix , comme s'il y avait eu guerre qui dût cesser par celle alliance, quoique tout fût en paix pour lors, et qu'il n'y eût nul trouble a. craindre, ainsi que le cas l'exposait; l'autre, qu'on n'eût pas marqué au Saint-Siège, dans la supplique de la dispense qu'on avait demandée pour le mariage de Henri VIII aveo Catherine, veuve de son frère Artus, qui était seulement dans sa douzième ou treizième année, ainsi encore incapable de contracter, n'ayant pas l'âge de puberté; ce qui pouvait rendre la grâce plus difficile, cl dont
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pi i queol l< réticence donnait atteinte a l.'i bulle. C'est le biais que prend cet auisfaire en même len ps,dil celui qU i,n noies, .1 si h Pape (c'esl son
qui h faisait profession de devoir n ir la reconnaissant e, < i au roi : ut c,j- Papœ tua tt régi tatisfai eret.
je souhaiterais que vous lussiez vousn êuie Decius dans ce conseil 602, vous y auriez du plaisir, cl je suis sûr que vous \ miriez voir encore le troisième, où il ren- \ ,>, quand il dit que s'il se trouvait en • (tu- question, sur !<• pouvoir du Pape pour l.i dis|teuse du mariage, partage entre les thé ns ci les d< ,. urs de droit canon,
il faudrait s'attacher auz derniers, et .initier l. s autres : ce qu'il avail déjà avancé au su- : de l'usure, demeurant d'accord que, ns l'inli rj relation de L'Ecriture sur les ai lit ns de Jé> us-Christ, les théologiens doi- \ .1 cire suivis préférablement aux canoéistes, niais qu'il en est tout au contraire sur la morale el sur la pratique, comme sur baj léiue, sur le mariage, sur le vœu, sur simonie, sur l'usure, etc.. ; et que dans ces matières il se faut peu mettre en peine de |ue tiennent les théologiens contre les d crélisles. C'esl en cet endroit que Dumoulin dit dans une noie, au conseil 002, que :ius,danssa prétention de maintenir le il canon, a raison de n'avoiraucun égard h. la théologie, pane que, dit-il, on pourrait train Ire, en consultant la parole de Dieu, de renverser le droit canon : et merito ne xerbo Dei inspecte evertatur.
Mais pour me renfermer en ce que cet auteur, qui, comme vous voyez, ménage peu le droit canon, et cite son Traité contre - I élites daies qui le fait assez découvrir, dit de l'affaire d'Angleterre , il fait d'abord combattre les théologiens entre eux, pour '.éi ider si le Pape peut donne la dispense il il est question, et rapporte sur cela ■ ard el Scott qui le nient, saint Thomas lient l'affirmative, et Paludanusqui ne >ail à quoi s'en tenir. Il dit ensuite qu'il a vu en 1530 celle question agitée avec beauip de chaleur en Sorbonne; que quarante- \ docteurs avaient cru que la dispense avait pu être accordée à Henri , et que son '■ .-nage était bon; cinq avaient renvoyé la chose à examiner à l'Eglise qu'il appelle I - ise | apale, ne cherchant pas à marquer un gran i respect pour Rome, et cinquantetrois avaient ait que la dispense était nulle, et que le maria0e n'était pas valable; qu'on ■'• devail avoir aucun égard pour ce dernier sentiment , quoiqu'il l'emportât; parce que ceux qui étaient entrés avaient été gaa par des angelots d'Angleterre , comme ■I l'avait reconnu dans des informations faites par ordre de François I", par deux sidents du parlement, Dufresnet et Po- .. et qui avaient fort déplu au premier «dent, qui était pour lors M. Liset, et à 1 e. doyen de la Faculté (il devail dire • Voici les mois latins de Dumoulin.
quœstionem in magno fervore vidi in '" 1330, el tandem Junio
,Ti;S DE BOSSUET. KH8
itéUruntquadragintaduoSorbonici pro (tffirtnativû, quod Papa po test : quinque rcro remitlendum Ecclesiœ papati; sed quinquagin- (titres, majorent partem faciente»x tenuerunt pro negativa : de qua parum curandum ; quia corrupti angelatis anglicis ita censueruntt ut vidi per atlestaliones , jussu Francisci, Francia régis-, [tutus per defunclos Dufresnet et Poliot parlant enti Parisiensis prœsides, quibus Bcda decanus Sorbonœ , et Lisetas tune ejusdem parlamenti proses primus multum gravabanlur. De affirmativaquoque, quœ erat unasententia Sorbonœ, parum curandum, quia fundotur in eo quod cens en t nih.it de loto Veteri Testamento rémunère de jure divino, prœter Decalogum, etc.
H cite ensuite Tostat, qu'il prétend avoir cru que l'empêchement au premier de^ré n'est plus que de droit humain; mais il ne prend pas son sens. Vous savez l'éloiguement qu'il avait des théologiens catholiques, el surtout de la Faculté de Paris, don il se plaint si fort à la fin de la glose qu'il a faite sur l'édit de Charles VI en U00, au sujet des annales, qu'il a mis à la fin de ce qu'il a écrit (outre les petites dates, en commentant l'édit de Henri il, de 1550. 11 accuse les théologiens de l'avoir persécuté, et de lui avoir attiré une si grande haine, qu'il avait été obligé de se retirer en Allemagne.
Ce qu'il dit de la consultation qui y fut faite sur le mariage de Henri avec Catherine ne peut pas beaucoup servir à justifier ce prince. îi nomme les parties dans sa glose, et il y parle ouvertement de la chose , au lieu que Decius prend des noms supposés, quoiqu'il dise que c'est une question proposée par des princes et venue d Angleterre, désignant Henri par le nom d'Olimbardus , et Catherine par celui de Barbara.
Quand les choses se seraient passées comme il les raconte, cela ne serait pas en faveur de Henri : ce serait une confusion pour les docteurs de Paris, mais qui ne déchargerait pas ce prince; au contraire, leur lâcheté ne ferait que le charger. Aussi Dumoulin ne regarde-t-il pas cet avis, qui favorisait la passion du roi, comme le vrai sentiment de la Faculté : il dit au contraire que ce vrai sentiment était contre, et que ce ne fut que par corruption que la pluralité alla à déclarer la dispense nulle.
Il n'est point marqué dans Dumoulin que la chose se fit dans une assemblée ; mais il semble qu'il le suppose, quand il dit que les cinquante - trois taisaient la plus grande partie, et que cela avail été examiné avec une grande contention. Quœstionem in magno fervore.
Durnct n'apporte la prétendue conclusion de la Faculté que pour faire voir que ce roi avait été de bonne foi, et n'avait rien fait qu'après avoir pris conseil. Le témoignage de ce jurisconsulte est bien éloigné de cela. Je n'ai pas vu l'acte que rapporte Burnet dans son troisième volume, qui n'est fias en- <ore public en France; je l'ai seulement vu cité dans le premier, Mais sur ce que vous m'avez fait l'honneur de me dire qu'il est
TARI. XIV. LETTRES DIVERSES
daté des Mflfhurins, en 1531, je puis assurer qu'il est très-suspect, et qu'il n'y a guère de caractère de fausseté plus sur que celui-là. Je ne le prends p«s simplement pour l'année, qui ne convient pas à celle que Dumoulin marque un an auparavant : je joins lYnnée et le lieu do la scène; cela ne peut se rapporter.
Je vois dans nos censures, dont nous avons un livre en vélin jusqu'à 1523, que, depuis la censure de Luther, qui l'ut laite en Sorbonne le 15 avril loâl, et que je vois la première de toutes datée de ce lieu, il n'y en a eu qu'une faite aux Mathurins deux mois après, le 10 juin 1521, sur six propositions présentées par l'évêque de Séez à examiner. La même année, au 1" décembre, celle qui fut portée contre le sentiment de Faber sur les trois .Madeleine, est en Sorbonne; et toutes les autres contre Mélaïu'lithon et autres, données les années suivantes, sont ou même lieu. Ainsi on peut assurer que la censure de Luther est le commencement des assemblées en Sorbonne :
définis quoi nous ne voyons qu'une censure faite deux mois après aux Mathurins; mais que toute la suite est en Sorbonne, et que, plus de huit ans avant la date de la consultalion citée par Burnet, les assemblées s'étaient établies en Sorbonne, où elles se sont depuis toujours tenues : ce qui fait connaître la supposition ue celle de 1530 ou 1531, qu'on date des Mathurins.
On vous avait parlé de la censure d'Erasme : je vous dis, quand vous m'en parlâtes, qu'assurément elle était depuis celle de Luth r, et qu'elle avait été faite en Sorbonne. Il n'y a qu'à voir l'acte dans Erasme même au tome de son Apologie, qui est le plus gros de ses ouvrages, q'où on l'a restitué dans nos registres ; ceux de ce temps-là nous avant été enlevés du temps que Bède fut relégué au mont Saint-Michel, où il mourut. Vous trouverez que la Faculté a fait deux censures de cet auteur : l'une, de ses colloques, dont elle a tiré beaucoup de propositions qu'elle qualifie d'erronées, de scandaleuses et d'impies; elle est du 16 mai 1526 ; l'autre, qui est la grande, partagée en trentedeux chefs ou titres de propositions, tirées de ses paraphrases sur le Nouveau Testament et de ses autres livres, datée du 17 décembre 1527, qui avait été proposée dès la lin de juillet, en 1526. Ces deux censures, et toutes les assemblées nécessaires pour lés porter, ont été laites en Sorbonne. In collegio Sorbonœ, porte la première; et la seconde : Apud collegium Sorbonœ.
Je ne dis rien du style, qu'on m'a dit être fort différent de celui dont la Faculté se servait en ces occasions, ni de la forme qui parait avoir été observée pour la conduite de l'affaire et qui y est déduite, qui parait aussi, à ceux qui l'ont lu, peu convenable aux usages de la Faculté. Je ne l'ai pas lu, et je n'en puis juger par moi-même.
Le P. Lami (344) me fit l'honneur de me
d'un entier désintéressement, égale-
venir voir avant-hier. Il n'entre pas fort dans votre avis sur le latin de son ouvrage, qui m'a paru bon. Il dit qu'il vous a exposé qu'il avait deux livres à y joindre, de I immortalité de l'âme, et de la possibilité de l'incarnation, qui doivent être pour tout le monde. Il m'a cependant du qu'il ferait ce qu'on voudrait, et je crois qu il mettra son français en latin. Je le trouve un fort honnête' nom i e, d'une grande sincérité, fort sage, ment humble et éclairé.
Ce n'est pas là tout à fait le caractère du critique (345) de l'Ecriture, qui a eu l'honnêteté de donner une lettre au public, adressée à moi, et que je n'ai jamais vue : elle est, à ce qu'on m'a dit, sur l'inspiration des auteurs sacrés. Bien d«s gens l'ont lue, la République des lettres en parle; mais je n'en ai rien vu, et le mois de la République où il en est parlé n'est pas encore venu jusqu'à moi. Je ne crois pas que l'auteur prétende, à l'avenir, avoir aucun commerce d'approbation avec moi, en en usant ainsi. Il dit qu'il n'a pas mis mon nom : mais il a mis tant de lettres initiales du nom et de l'emploi, que tous ceux qui en ont vu le titre m'ont deviné. Je me mets fort peu en peine de cela, et je n'ai pas fait de grandes diligences pour le voir; mais il me paraît assez extraordinaire qu'on tienne cette conduite.
Je ne vous don nais pas, les autres années, les sujets des conférences de Paris; mais comme j'achève ma lettre, celles de cette année se présentent à moi ; et parce qu'elles sont sur une nouvelle matière, M. l'archevêque ayant souhaité qu'après les sacrements qu'on a expliqués on prît l'Evangile, je les mets en mon paquet. Je vous supplie seulement que personne ne les voie sitôt : elles n'ont été encore vues que par l'auteur et par l'imprimeur. M. l'archevêque et M. l'otlicial n'en ont rien vu, et ils se sont liés de tout à celui qui en était chargé. M. l'oflicial les devait demain porter aux Calendes ; mais cela est différé, à cause de la maladie. Je ne vous les envoie que par respect: j'en ai pour vous plus que personne, et je suis, avec le plus de dévouement et de tidélité, etc.
PlROT.
En Sorbonne, ce 7 juin 1687.