DE DOM BERNARD DE MONTFAICON
Sur les livres deute'rocanoniques.
J'envoie à votre Grandeur quelques passages qui prouvent l'authenticité des livres qu'on nomme deulérocanoniques. Parmi ceux-là, il y en a deux qui me paraissent convaincants: l'un est u'Origène, qui dit clairement que ces livres, aussi bien que les autres, sont la parole de Dieu, verbum Dei : il les met au nombre des livres divins, diiinorum voluminum : et dans la suite il fait entendre que l'Eglise les regardait comme Ecriture sainte, aussi bien que les
Evangi-
'"< i) Poin François Lami, Bénédictin.
Richard Simon.
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i - 'i,. .nu même endroit les livres de i ie, Judith, el la Sagesse. Les témoigna- . )<• s.i m Mhanase me paraissent encore plus forts : non-seulement i! les cite, mais il s'en sert fort souvent | oui- établir les dogmes de i • el en particulier du livre de la
contre cet empire un instrument de la vengeance divine : il sort manifestement du système général , et c'est par laque je me suis répondu a une raison que je vous ai entendu dire à l'abbé de Fénelon , et qui me frappait. Saint Jean, disiez -vous, aurait
sse. Ce qu'il j a de plus remarquable, manqué au but de la prophétie, qui est de
/m s'en sert «outre les hérétiques, et que pas un n'en a jamais récusé l'autorité : ce qui fait roir qu'on les regardait partout connue des livres divins, dont on pouvait se sen ir en matière de foi. On pourrait grossir le petit recueil que j'envoie à votre Grandeur; mais et la demande «lu temps. Je n'ai - que ce que j'ai I routé sur mes mémoii s - je Irouve quelque autre chose en chemin taisant, je ne manquerai pas d'en donni r avis à votre Grandeur. Je suis avec un profond respect, etc.
Fr. Bi i.n vkd de Montfaicon, M. B.
DE
M. L'ABBÉ DE LANGEROiN.
Sur son commentaire de l'Apocalypse, el en j mliculier sur Paul de Samosate, que Bossuet croyait voir dans l étoile qui tombait du ciel.
préparer l'Eglise contre les maux qui devaient la tenter, s'il n'eût pas parié des hérésies, qui devaient être la plus dangereuse des tentations. La réponse était facile: saint Jean ne prédit qu'un ordre de maux, savoir, ceux que l'empire romain devait faire ressentir à l'Eglise ; donc il ne devait point parler de Paul de Samosate, qui est hors de cet ordre. D'ailleurs, saint Paul avait averti l'Eglise de la nécessité des hérésies : Nom et oportet hœreses esse. Il avait découvert les desseins de Dieu, quand il les permet, qui sont de manifester ceux qui ont une vertu éprouvée : Ut qui probati sunt manifesti fiant : un second avis n'était point nécessaire.
L'étoile tombée du ciel me paraissait heureusement expliquée par la chute d'un grand docteur d'un des premiers sièges; la convenance des hymnes (3^6) rapportés par Eusèbe me frappait. Mais j'ai trouvé que , comme dans le chapitre vi, verset 13, vous expliquez la chute de toutes les étoiles, des
J'ai lu, Monseigneur, toutes les notes sur V Apocalypse, et je vous avoue que j'ai été calamités en général qui vont fondre sur frappé comme un homme qui verrait naître l'empire, rien n'est plus naturel , lorsque tout d'un coup i.ne grande lumière dans un saint Jean vient dans le détail, que de reprélieu fort ohscur. J'ai examiné le Comrnen- senter une calamité particulière par la chute taire, le texte à la main ; le gros du dessin d'une seule étoile. Ainsi, entendant par cette est merveilleux, et je mettrais ma main au étoile tombante les Goths qui rompent les feu que saint Jean n'a pu en avoir d'autre, digues de l'empire, vous êtes autorisé par le Le détail surprend encore plus, et la facilité style même de V Apocalypse, qui peint les avec laquelle ou dénoue les endroits qui plaies de l'empire sous la tigure des astres paraissent les plus impénétrables, comme le qui tombent en terre. nom de la bêle, les GG6 trouvés dans Diodes Ce qui m'a fait tenir le plus longtemps Auguslus, la bête qui est la huitième, qui pour Paul de Samosate, c'est le puits de l'an'est plus, qui était des sept; les deux bêtes, bîme ouvert, la iumée qui s'élève, les sauteci le reste ; il faudrait citer le livre entier, relies qui sortent de cette fumée : je trouvais
Je trouve, Monseigneur, dans le récit et les notes, un style un peu trop magnifique: ces deux genres demandent une grande simplicité, et vous êtes plein de fentes par où Je sublime échappe de tous côtés. La principale difficulté est sur Paul de Samo-
qu'ii était plus naturel d'entendre par là les hérétiques envoyés parla puissance infernale qu'une armée d'ennemis qui n'attaquent que la vie présente; surtout l'Ecriture ne faisant jamais sortir Jes Babyloniens, ni les Assyriens, ni les autres, du puits de l'abîme,
sate: l'abbé de Fénelon vous a envoyé son c'est-à-dire de l'enfer. Sur cela je ne répète docte commentaire. Vous donnez permis- point les raisons de l'abbé de Fénelon : presion à tous ies philosophes, Monseigneur, mièrement, que le démon, sous la figure
d'exterminateur, est à la tête des Barbares, et qu'ainsi il ne faut pas s'étonner qu'ils sortent de son royaume; secondement, que ces peuples n'avaient aucuns pays, ni connus ni fixes, et qu'ils paraissaient tout d'un coup, comme si la terre les eût enfantés.
Je vous marque seulement une réflexion que j'ai faite en lisant le chapitre xx : le caractère du démon, à la tête des hérétiques, n'est pas celui de l'ange exterminateur, mais de l'esprit de séduction; ou du moins Je second lui est bien plus naturel. D'où vient
de raisonner sur vos ouvrages ; je m'en vais donc raisonner aussi, et à perte de vue.
Après avoir lu exactement plusieurs fois votre explication et celle de l'abbé de Fénelon, j'ai trouvé qu'en général, et à facilité égale de faire cadrer le texte aux deux sens, celui des Barbares occidentaux était prétérale à edui de Paul de Samosate , parce qu'il entre immédiatement dans le plan du livre, qui est de représenter l'empire persécutant 1 Eglise, et puni. Paul de Samosate n'entre
Point dans ce dessein. L'empire ne s'en sert que saint Jean, qui dans le chapitre xx lui point pour aftliger l'Eglise: il n'est point donne le nom de Satan et le peint comme
>4 .) Les îiyinucb que les disciples de Paul de Samosate avaient laits en sou honneur.
PART. XIV. LETTRES DIVERSES
séducteur, ne le représente pas avec les mômes traits dans le chapitre ix, mais avec tous ceux d'un destructeur, sinon parce que dans ce chapitre ix il ne trompe point les hommes, mais qu'il commence par l'inondation des Barbares la ruine de l'empire romain.
Enfin, Monseigneur, pour vous prendre par quelque chose de plus fort encore, je vous donnerai quatre millions, si vous ôlez Paul de Samosate : voyez de combien je surpasse votre libéralité, qui ne va jamais qu'à cent mille écus. Je profilerai de l'avis sur le temps de Germigny, et je pourrai bien y arriver le même jour que vous, Monseigneur. Je souhaite de n'y point trouver Paul de Samosate, mais plutôt les Golhs, les Alains, les Francs, les Hérules, etc. Je suis, Monseigneur, avec un profond respect, etc.
L'abbé de Langeron.
Le samedi saint 1688.
RÉFLEXIONS