DE M. L'ABBÉ DE FÉNELON
Sur le chapitre \\ de l'Apocalypse (347).
1. Le cinquième ange sonna de la trompette, et je vis une étoile qui tombait du ciel sur lu terre, et la clef du puits de l'abîmé lui fui donnée.
Vo;ci de nouvelles calamités annoncées p->r la trompette : te n'est pins le peuple juif, mais l'empire idolâtre et persécuteur, qui est menacé Voy. verset 20 de.ee cha pi t(e On. ne doit s'attendre de trouver ici aucune calamité «le l'Eglise; au contraire elle est consolée par les plaies de ses persécuteurs. Ces plaies sont sensibles, eclalanles, el elles regardei.t les biens temporels. Il ne s'agit pas de peines invisibles et spirituelles.
Paul de Samosate ne peut être l'étoile, puis<|ue sa chute ne fait aucune désobtipn dans l'empire. Il n'a pas même meule une si grande place dan» les visions de saint Jean. Il n'est point le premier qui a nié 1» divinité de Jésus-Christ; Cérinthe l'avait fait avec b aucoup plus.d eclai. La secte de Paul ne fut jama s nombreuse. La chaire d'Àntioche, qu'il occupa, ne paraît avoir donné aucune auibrilé à ses erreurs. L» s ariens, qui ont éié les seuls considérables ennemis «te la divinité de Jésus-Christ, n'ont point été les disciples de Paul. Se* di ciples. qui disaient dans un hymne qu' lé: ait descen udu ciel, ne lui i, minaient par là qu'une louange ass> z vulgaire, sur oui dans la poésK 11 n'y a aucun rapport entre descendre du ciel et en to nber. Lin hnuune qui descend «lu cel est un homme que le ciel «tonne tour le bonheur de la terre : une étoile qui en tombe <eprés«nte un accident funeste.
C lie étoile qui tombe est donc la vengeance qui vient n'en haut. Dans les prophètes, les astres obscu-cis oi éteints sont une allreiise désolation. L'Evangile r< présent • à \> chue de Jér- saem les étoiles qu tonnent, etc. Saint Jean lui-même peint les maux de l'empire par la chute des é«oties, chapitre vi, vt r-et 13. Celle ve' g« ance, qui vient d'en haut, ouvre l'abîme pour en faire soiur les maux :
c'esi là que Dieu lienl en réserve les trésors de colère, et le ci»-l 'es en 'ire pour frappe? la lerre.
II. El elle ouvrit le puits de l'abîme ; el il s'éleva du i uits une fumée, comme la fumée d'une grande fournaise ; el le ciel el l'air furent obscurcis pur la fumée du puits.
Voici quelque chose de bien plus étendu que l'événement de Paul de Samosate, Il s'agii de la terre entière qui «si en feu par la cttut «l'un astre. C'esi sa s dôme l'empire embrasé. La fumée marque la guerre : le ciel el l'air obscurcis montrent »a temps d'aveuglement, «le tristesse m-rieile, ei de confusion générale. C'est un touibtllon infernal, d'où les calamités vont sortir.
III. De la fumée du puits sortirent sur la- terre des sauterelles ■ el il leur fut donné une puissance comme celle qu'ont les scorpions de la lerre.
Les biens viennent toujours d'en haut, et les maux de l'enfer. C'est le prince des ténèbres, l'ancien ennemi du genre liiman, <tui préside. à .otites les ■ alanihés L'« nier animait les peuples h rhires qui commencèrent à ino der l'empire so >s Valéiien. Oui e l'id-'làtrie, <)Ui taisait rég -.er sur eux le démon, ils élan m pos édés d'une cmauié inf nale. 1 s sérient comme de l'abîme ; caries terres seplen riona es. où Dieu les avait tenu» en léserve pour frapper Home, étaient inconnues. Celle origine élai obscure ei affreuse, su itou, à des peup es méridionaux, à qui s-iiil Jt an parle. L s barbares sont lepiésenlés par des sauterelles. Comme ces insectes, ils étaient innombrables, saulaot déterre en lene, crants el vagabonds de pays en pays, ravageant toul par leurs îmursious : s mblables à des scorpions, ils sont pleins de venin ; ils n'inondent la terre que pour faire du mal.
IV. El il leur fut commande de ne blesser point l'herbe de la lene, ni tout ce qv.i est vert, ni tous les arbres; mais seulement les hommes qui n'ont point le signe île Dieu sur leurs front».
Ces insectes ne sont ca> comme les insectes ordinaires : i'6 ravageront par l'ordre de Dieu, non les fruits de la camp gne, mais les peuples des villes qu'ils démoliront. Ne voyons nous pas que les Gotiis el les aui.es Barbares épargnèrent les Chrétiens, peu in. que les païens furent l'objeide leur fureur î c'esl proprement l'empire qu'i » attaquent. Quoique celle ciicousiauce i.e soit arrivée que dans .a suite, s <iut Jean la montre par avance, pour marquer le caractère de ces peuples.
I i je ne. iccoiui. is point les hérétiques : car on ne saurait dire d'eux qu'épargnant les autres hommes, ils ont été cruels contre les païens. Voi'à une calamité qui tombe directement sur l'empire idolâtre. Ces Barbares n'attaquent pas, comme, les sju-
I relies communes, les lruils de la terra ; au contraire, ils n'attaquent que les homims, pour se meure en leur place, cai ils ne demandaient que ues terres à culliver sous un ciel plus doux que le leur.
DE M. DES MAUIS, CHANOINE d'oKLÉANS (3i8).
II lui parle des Pères Quiomt vu Rome dans la Babylone de l'Apocalypse, et lui marque pourquoi les plus anciens ne l'ont pas déclaré clairement.
Je me donne l'honneur de vous envoyer
(347) Ces réflex'ons étant citées dans la lettre preceden e,et s'élanl trouvées jointes à celle lettre, nous avons cru d voir les rapporter ii, d'i.uianl plus qu'elles sonl courtes.
(54s) Marin Grolesle, seigneur des Mahis, né à Paris le ti décembre UU5), lui d'abord élevé dans la religion protestante, dont ses parents, faisaient
profession. Ses connaissances, son zèle et ses talents le lirenl choisir dans la suite pour ministre de Btonne, où les calvinistes d Orléans tenaient letirs assemblées. Mais bieniôi la grâce lui ouvrit les yeux, et lui lit apercevoir les ég remenis do sa secte. Il lii son abjuration à Paris, entre les mains de M. deCoishn, evéque d'Orléans, le jour
(JEL'VRES COMPLETES DE UUSSl'ET.
i m'ont persuadé que plu-
! . s inciens onl expliqué, de Iîi d
i: b, i e nue r lpo< eUypte dit de
- . ;i Jérôme n'é»ail pas tout seul
- nliment, puisqu'il dit, sur le chapi-
\:hi 'Jsaïe : Quidam non iptam Babylo-
, i | /.' i.inam urbeiH intcrprrtuntur,
.r.uilant plus, qu'il leur viendra dans un temps où leur nouveau prophète a eu la bâruiesse de fixer positivement un commencement éclatant de l'accomplissement de ses imaginations sur ce sujet, et où par conséquent leur fausseté, prouvée par une expérience sensible, disposera plusieurs esprits
■n Apocalyp$i /eauftM el in Epitlola à goûter une explication solide des oracles *etri Babylon epeciaU erappellatur; et eun- de l'Apocalypse.
ij <r nunr (/</ Bnbylonem dicuntur, illius
rentra tettantur. H marque, dans
- n EpUre à Algasie, pourquoi wotre-Sei-
•iir a jugé a propos d'envelopper, sous F*olis< m - visions, ee qu'il a voulu faire
prt ■ la ruine de Home : « Si les aj ô-
tre», dit-il, en ava ent parlé clairement, ils auraient pu donner lieu à la persécution contre l'Eglise nai>sante : » Jusla causa per- • utionit in orientent (une Fcclestum consurgère videbatur (349). Il est évident que celte
ne raison a dû obliger les Pères, qui voyaient ce sens dans V Apocalypse, de ne le mettre pas dans leurs écrits, et même d'en entretenir peu les peuples, que leurs disi iirs imprudents sur ces matières, selon le rapport de Lucien dans son Philopatrios, faisaient regarder comme des ennemis de l'empire romain.
Que la proximitédu temps de l'accomplissement lit regarder la publication de ce sens comme une chose ulile, ceux qui, nonobstant le silence affecté de la tradition sur < c sujet, reconnurent cette vérité par la lecture même de la parole de Dieu, la propose! ent avec une grande assurance. Saint Jérôme, dans son épitre à Marcelle, en fait un fondement de son exhortation pour laisser Rome, et venir dans la Terre-Sainte. Il y a peu de lien de douter que ce ne fût aussi là
Je n'ai pu trouver, Monseigneur, le premier ouvrage de M. Juin u, qui est son livre contre le sieur Dhuisseau de Saumur, sur le livre intitulé la Réunion du christianisme. Voici le traité de la Puissance de l Eglise, qu'il a l'ait contre Louis Dumoulin son oncle, médecin à Londres, et célèbre indépendant, dont la Jolie était l'entreprise de ruiner la puissance de l'excommunication.
Je vous prie très-humblement, Monseigneur, de m'aecorder le secours (Je votre bénédiction pour un voyage dans le diocèse de Lucon, où je vais dans deux jours ; et d'être persuada de mes vœux ardents pour voire conservation, comme une grâce très-précieuse à l'Eglise, et de ma plus profonde vénération pour voire personne. C'est avec ces sentiments que je serai toute ma vie, etc.
Des Mauis.
A Orléans, ce 5 mai 1G88.
DU MÊME
Sur les atteintes portées à la morale par les sociniens.
Je n'ai pu faire un examen aussi exact que je l'eusse voulu des passages dans lesquels les sociniens défigurent la morale : j'en
une des raisons de Mélanie, quand elle obli- ai seulement marqué quelques-uns de So
geait ses parents de renoncer à tous leurs cin, de Wolzogenius et de Crellius, sur la
biens, et qu'elle leur disait : Filii, plusquam comptabilité des actes les plus mauvais avec
guadringentis abhinc annis scriptum est : le salut, quand ils n'ont pas encore formé
l lima bora est : quid ergo lubenterac vo- une habitude ; sur la guerre, sur le serment
lentes immoramini in vanitate vitœ? ne forte et contre la magistrature. Socin et Wolzo-
reniant dies Antichristi, el non possitis fieri genius trouvent cette magistrature incompa-
compote» vestris opibus. tible avec le salut; parce qu'on y a attaché
Je n'ai pas présentement, Monseigneur, les l'obligation de condamner les criminels à la
ouvrages dont j'ai tiré les extraits que j'ai mort. On pourrait, Monseigneur, si vous le
l'honneur de vous envoyer ; mais je crois souhaitez, consulter sur ces matières les ail-
les avoir copiés avec exactitude. Vous ver rez, dans les auteurs mêmes, s'ils peuvent servir, comme je l'avais pensé, à prouver que ce n'est point un sens inconuu à l'antiquité, que celui qui applique à la ruine de
très sociniens qui ne sont pas dans la Bibliothèque des frères Polonais, comme Brennius, Ostorodus, Smalcius, Volkelius. J'aurais feuilleté les trois volumes de Hoornbeek contre les sociniens, si je les eusse
lîome par les Barbares ce que dit VApoca- eus, afin de choisir quelques-unes des décla-
lijpse touchant !a chute de Babylone. Ce me i-era une très-grande joie, Monseigneur, de me déterminer tout à tait sur cette matière par le parti que vous choisirez. Je bénis Dieu de ce qu'il vous a mis au cœur de la traiter : c'est là un grand scours pour les
rations les plus fortes de ces hérétiques contre les vérités de la morale. Le Summa controversiarurn du même auteur pourrait aussi fournir divers exemples des entreprises qui ont élé faites par d'autres novateurs de ces derniers temps contre la morale, dans les
nouveaux Catholiques, et ils en profiteront petites listes des propositions controversées
de on. 27 mai 1681. Quelques années
apr.-,, l.-mbra«sa Téiat ecclésiastique, fit ensuite plusicars missions par ordre da roi dans le Poitou, n notamment à Luçon, qui étirent beaucoup de et il fut pomvu duncanonical par M. de
Coislin, qui s'empressa de l'attacher à son église. Ce respectable ecclésiastique mourut dans la vigueur de l'âge, le 16 octobre 1694, n'ayant atteint que sa quarante-cinquième année.
•3i'.)) Tome IV.
TAriT. XIV. LETTRES DJVERSES.j
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qui sont à la fin de chacune de ses disserta- l'avez traité eo pleine Sorbonne, dit-il, comlions contre les hérétiques. On pourrait là me un sociniea : vous l'avez dénonce I trouver de nouveaux exemples du peu de M. l'archevêque de Paris et a M. le chance
sûreté de la morale, entre ceux qui ont aban donné la voie de l'autorité. C'est là, ce me semble, une des vérités qu'il est le plus à propos de faire sentir ; parce que le discours ordinaire de ceux qui penchent vers la tolérance, est qu'il suffit de s'attacher à la sanctification, et que les devoirs de la morale chrétienne sont clairs dans la sainte Ecriture, et non controversés.
Si M. de La Bruyère n'a pas encore rendu Y Avis aux réfugies (350), ayez la bonté, Monseigneur, de le faire revenir : divers nouveaux Catholjquesrontdemandé. Je vous
lier. Pour M. l'archevêque, il assure que ce prélat lui a témoigné une bonté paternelle. M. Racine, qui est son très-proche parent,
n'a point voulu néanmoins entrer dans ses intérêts, supposant qu'il n'était p is à soutenir, puisque vous le condamniez. M. Racine se borne à désirer de lui faire connaître son tort, et de travailler à le ramener dans le bon chemin, quand vous aurez eu la charité dt lui expliquer les égarements de son parent.
Il me paraît, Monseigneur, que M. Racine, dans toute cette affaire, est aussi louché
prie aussi très-humblement de penser h l'af- qu'il le doit être du respect qui vous est .lu,
faire de M. de Lambouinière, afin que ce gentilhomme passe de sa galère dans quelque communauté, où il y ait plus lieu d'espérer quelque effet des efforts que Mme des Coulandres sa sœur, qqj est si bien convertie, ferait pour sa conversion. Le temps
et des motifs du zèle pour la religion qui vous animent. Je lui ai conseillé de disposer son parent à écouter de bons conseils, et à ne craindre point de réparer ses fautes. Il m'a promis d'y travailler, et.de lâcher de l'empêcher d'aller chez M. l'archevêque de
de mon retour n'est pas encore bien déter- Paris, qui lui avait promis quatre docteurs miné. Je suis avec le plus profond res- pour examiner son livre, et pour l'approuver
par son autorité, s'il n'a point de venin. Quand vous viendrez ici après Pâques , M. Racine vous suppliera de nous expliquer tout ce que vous connaissez de réprehensible dans les ouvrages de M. Dupin; après quoi il fera ses efforts pour lui faire réparer le passé, et pour lui faire prendre d'autres maximes par rapport à l'avenir. Je crois, Monseigneur, que vous serez content, si M. Dupin répond aux bons desseins de M. Racine, puisque vous ne prenez d'autre intérêt que celui de la religion dans celle affaire.
A Versailles, ce 23 mars 1692.
LETTRE CCII
DU MEME
Sur le Mémoire de Bossuet contre les erreurs de M. Dupin, eu le procès du prélat avec l'abbesse de Jouarre.
Vous ne vous trompez point, Monseigneur, quand vous croyez m 'avoir mandé d'envoyer votre mémoire à M. Pirot. Mais je vous avais ensuite représenté qu'un endroit me paraissait avoir besoin d'un peu de révision. Vous me répondîtes que vous l'examineriez avec le petit concile de Versailles. Je complais donc qu'il fallait garder le mémoire jusqu'à votre retour : on me disait qu'il était si prochain, que je ne faisais aucun scrupule de l'attendre. Je ne comprenais pas même sur votre lettre que la chose fût si pressée ; mais, puisqu'elle l'est, je l'envoie sans plus grand retardement à M. Pirot. Je voudrais que les chemins vous fussent aussi libres qu'au Mémoire; mais je vois bien que l'évêque et l'abbesse (332) se sont bloqués
(551) Ce Mémoire a été donné au l. X.
(352) L'abbesse de Jouarre, avec laquelle Bossuel avait un procès louchant l'exemption de celte al»baye. Elle payait aux évèquos de Meanx une rede-
pect. etc.
A Paris, ce 27 juillet 1691.