DE M. GERBA1S, DOCTEUR DE SORBONNE
// le sollicite en faveur de M. Dupin.
Je vous cherchai deux fois la semaine dernière à Paris, mais sans avoir le bonheur de vous rencontrer: c'était, Monseigneur, pour pouvoir vous entretenir au sujet de
M. l'abbé de Fénelon en entendit parler. Mais cela n'empêcha aucunement le dessein de M, l'évêque de Meaux, et le scrutin fut, établi à Jouarre sans aucune opposition, en l'année 1695, au mois de janvier, à la réception de Mme de Soubise, sœur de Mme l'abbesse. [Noie de l'abbé Lcdteu, secrétaire de Uossuet.] Voy. la Lettre de Bossuet à l'abbesse de Jouarre. (Edtt. de Vers )
(354) Jean Gerbais, docteur de Sorbonne, professeur d'éloquence au collège royal, et principal du collège de Reims, était un savant distingué. Il a publié plusieurs ouvrages sur les matières ecclésiastiques. Celui qui a pour titre : De cuusis majonbus, fut condamné à Rome en 1680. Il mourut en 1699, âgé de soixante-dix ans. (Edit. de Vers.)
PAHT. XIV. LETTRES niVKMSES.
M. Dupin, notre confrère, qui est désolé d'avoir eu le malheur de vous déplaire en ce qu'il a écrit du sentiment nu plutôt des manières de parler do certains Pères des premiers siècles, sur la matière du péelié originel. Il prétendait, Monseigneur, en faisant la critique de ces Pères, avoir suffisamment mis à couvert le dogme, ayant dit que c'était cependant le senliment et la doctrine commune de l'Eglise, que les enfants naissaient coupables. Mais si vous jugez que cela ne suffise pas, et qu'on puisse faire un mauvais usage de ses critiques, nonobstant cette précaution, il se soumet à réparer et à réformer ce qui pourrait être pris contre ses intentions, et à donner des éclaircissements dont vous serez vous-même l'arbitre.
il m'a prié, Monseigneur, de vous faire connaître sa disposition; et je le fais d'autant plus volontiers, que je suis persuadé qu'il est bon de calmer celte petite tempête, pour ne pas donner occasion à nos frères errants de dire que les habiles gens parmi les Catholiques ne sont pas d'accord sur le péché originel. D'ailleurs M. Dupin, qui consacre sa vie au travail, et qui peut être utile à l'Eglise, mérite bien d'être un peu ménagé, et ce serait dommage de le flétrir ou de le barrer dans sa course, en montrant surtout tant de docilité. J'espère. Monseigneur, que vous y aurez quelque égard , et que si le zèle que vous avez pour la vérité est grand, votre charité ne sera pas moindre. Si vous ne rejetez pas tout à fait la proposition que je vous fais, nous aurons l'honneur, M. Dupin et moi, de vous voir au premier voyage que vous ferez à Paris, pour prendre les mesures que vous jugerez les plus convenables, et recevoir vos ordres, que j'exécuterai, en ce qui sera de moi, avec une fidélité parfaite, comme je suis avec un respect très-parfait, etc.
Gerbais, doet. de Sorbonne.
A Paris, ce 18 mars 1691.
LETTRE CCVI.
DE M PIItOT, DOCTEUR DE SORBON>E.
Sur un ecclésiastique que ion proposait pour une cure du diocèse de Meaux , et sur M. Dupin.
J'ai examiné, comme vous l'aviez souhaité, l'homme que madame la chancelière vous a recommandé pour une cure. 11 me fut amené lundi par un ecclésiastique qui demeure chez elle. Je l'interrogeai en sa présence, pour le faire lui-même juge du témoignage que j'en pourrais rendre, comme je savais qu'il était capable d'en juger, cela fut de cinq quarts d'heure sans interruption; et je me trouve très-embarrassé pour vous dire décisivement ce que je pense. Je ■ ne le tins si longtemps que pour le promener sur bien des matières, et voir si je trouverais à lui faire plaisir en sauvant le bien de l'Eglise qu'on lui veut confier, en mettant par là ma conscience à couvert sur la commission. Je ne lui demandai du dogme
qu'autant qu'il en faut pour catéchiser, et ne lui proposai sur les sacrements et les autres usages de pratique (pie des questions générales pour des cas qui peuvent à tout moment se présenter à un curé. Il me répondit mal sur quelques-unes, et fort médiocrement sur les autres. Je fis ce que je pus pour le disposer à passer encore quelques mois dans Saint-Nicolas où il est, quoique peut-être il n'en devint pas beaucoup plus habile, ne paraissant point avoir sur cela grande ouverture. Je dis à M. Lempereur, qui est l'ecclésiastique de madame la chancelière, qui me l'amena, l'embarras où j'étais, et que j'aurais l'honneur <ie vous voir : ou si vous partiez trop tôt pour cela, de vous écrire naïvement comme cela s'était passé, sans rien déterminer. Il m'est revenu voir ce matin, et m'a pressé encore de vous rendre compte. Je lui ai encore témoigné ma peine sur cela, et lui ai promis d'avoir l'honneur de vous écrire dès aujourd'hui; et je lui ai même dit en propres termes ce que porterait ma lettre. Je lui tiens parole sur tous ces deux chefs.
Je crois que vous devez essayer de faire agréer à madame la chancelière que ce bon prêtre, dont on dit beaucoup de bien pour la probité et pour l'application à ses fonctions, continue à servir l'Eglise en second en quelque vicariat, puisqu'on ne manque pas de sujets pour remplir le poste dont il s'agit, quoiqu'on le dise d'un revenu fort mince. C'est une dame d'une si éminente piété, et si équitable en toutes choses, que j'espère qu'elle déférera en cela à vos prières. Si, prévenue de la capacité de l'homme, elle persiste, comme vous ne choisissez pas, et que vous n'êtes pas obligé de chercher le plus digne, mais d'examiner si celui qu'on vous offre est digne ou non, je crois qu'après avoir inutilement fait tout ce que vous aurez pu pour faire qu'on vous en nomme un autre; à considérer que la paroisse est petite, qu'elle est très-voisine de Jully, qui peut, bien être une décharge en quelques occasions pour le curé, que l'homme est connu dans le lieu, qu'il a vicarié dans le quartier approuvé de vous, qu'il catéchise, comme il dit qu'il le fait même à Saint- Nicolas, qu'il n'est pas tout à fait ignorant; puisque après tout, indépendamment de toute recommandation, je ue voudrais pas prononcer absolument qu'il lût incapable de tenir ce bénéfice, et me contenterais de le remettre encore à quatre ou cinq mois de séminaire, après quoi on le pourrait encore interroger: tout cela pesé, je crois que vous pouvez (avec Ja précaution que j'ai marquée, de faire trouver bon à madame la chancelière que pour le mieux il serve eu qualité de vicaire en quelque paroisse de votre diocèse, et qu'elle vous nomme un autre curé); si elle n'entre pas en cette proposition, le recevoir, sans engager votre conscience, curé dans cette petite cure, et lui donner votre visa. Voilà comme j'en userais, Monseigneur, si vous m'ordonnez de vous le dire. J'ai dit que j'aurais l'hon-
1' Ci
in'ur de voua écrire en ce sent, pour ne pas tromper.
Je n'ai ri< n ouï dire sur le Mémoire (355) qui - i»ex donné; peut-être est-il passé i lu seigneur à l'auteur : il tout loul venir sur cela, J<' ne puis croire qu '.m néglige l'avis : mais je suis surpris (jue ;i qui v .si le premier intéressé ne me ^< >i t (mis venu chercher, depuis le premier du mois que je lui Bs voir (e grand intérêt qu'il avail de prévenir sur cela ce qui pourrail arriver, et de satisfaire l'Eglise; et qu'il i rouiil de sa part qu'il en viendrait conférer avec moi, el qu'il ferail ce qu'on voudrai! : j'attendrai encore quelques jours. Mais finies savoir, je vous prie, Monseigneur, la résolution que vous prenez pour la cure a madame la cbancelière : elle altend cela au premier jour. Je l'ai promis à M. Lempereur, et je m'en vais lui mander que j'ai eu l'honneur de vous en écrire. Je suis avec plus de respect que personne, etc.
En Sorbonne, ce 13 mars 1G92.
LETTRE CCVI1.
DL MÊME
Sur un entretien qu'il (irait eu avec M. Dupin, et une visite (/u'ils avaient rendue ensemble à M. l'archevêque de Paris.
Comme j'étais sur le point de vous rendre compte de cequej'ai fait sur l'affaire de M. Dupin, je reçois la lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire hier, où vous me marquez avoir eu quelque avis que Mgr l'archevêque avait mandé M. Dupin, et qu'il lui avait dit que vous lui aviez mis en main un Mémoire. Il n'y a dans la nouvelle que vous en avez apprise qu'une partie de vraie , et il faut vous en faire un petit détail. Sur votre première lettre, je vis M. l'archevêque, comme nous en étions convenus : je lui lus, par le même ordre que vous m'aviez donné, votre lettre faite pour cela, et il en fut trèscontent pour ce qui l'y regardait. Ce fut lundi dernier que cela se passa : je n'avais pu avoir audience de lui plus tôt ; il fut un peu indisposé la semaine dernière. Il me
' qu'il avait été lui-même frappe de ce que cet auteur avait dit sur les images, et que M. le nonce, avant sa mort, était venu à 1 archevêché lui faire des plaintes de ses livres. Il m'ordonna de le lui amener le lendemain à neuf heures. J'écrivis un bidet à M. Dupin sur l'heur", et il me joignit à l'issue de ma leçon. Nous eûmes un entretien assez long sur tous les chefs de votre lettre, où il va une petite liste des chapitres d'erreur. J'avais son livre à la main, et je parcourus avec lui tous les endroits, lui marquant ce qui m'y paraissait d'outré. Il comprit assez que je ne lui parlais que pour le servir, et que, pour chercher avec lui quelque biais de sauver son honneur autant qu'on pourrait, en trouvant ù mettre à couvert la foi de l'E-
i»e, et levant tout ce qui pourrait faire
quelque peine au public, qui pourrait en être offensé,
Il me vint prendre le lendemain : je vis un moment M. I archevêque avant qu'il fût appelé, et je l'instruisis de notre conversation. Il le Gt entrer, et lui parla bien, avec douceur et avec force : il lui témoigna les démarches qu'avait faites feu M. le nonce à ce sujet, le scandale qu'il avait eu lui-même de la manière dont il parle du culte des imago, el ce qu'il avait, appris d'un Mémoire qu'avait l'ait M. deMeaux. Mais il était bien hors d'état de lui dire que vous le lui eussiez faildonner : il ne la point vu, et il n'en sait rien que par moi, qui ne le connais que par ee que vous m'avez fait l'honneur de m'en dire. Il lui dit qu'il ne le voulait pas pousser , mais qu'il fallait salisfajre la religion, et pour cela mettre la chose entre trois ou quatre docteurs qui ne lui seraient point suspects, mais qui ne seraient pas aussi de ses approbateurs. Il voulut bien dire qu'il y penserait, qu'il les choisirait eu m'en donnant avis, et qu'il m'en mettrait.
M. Dupin parut docile, et promit de faire tout ce qu'on souhaiterait. Il me pria, en sortant, de faire que M. Gerbais en fût. J'en parlai sur l'heure à M. l'archevêque, qui n'y entra pas : je ne sais s'il sera plus à son goût ; car il a pris quelque temps pour choisir des examinateurs. Il lui faut donner quelques jours avant que de revenir à 1 t charge. M. Dupin me lit mercredi apporter ses livres. Je n'ai rien reçu de la part de Mgr le chancelier. Je ne sais à quoi il tient, à moins qu'il n'ait donné le Mémoire à quelqu'un, pour lui en rendre compte avant qu'il me vienne. Je croyais que M. Dupin l'eût eu, el il me semblait que vous lui aviez dit que vous le vouliez bien ; mais je vois qu'il ne l'a pas eu. Je n'ai, non plus que vous, nulle nouvelle de Mme la cbancelière, et cela marque apparemment qu'elle ne pense plus à la cure pour l'homme qu'elle présentait. N'imputez, je vous supplie, Monseigneur, le retardement de ma lettre à aucune raison de précaution : il n'y en a aucune à votre égard. Je sais connue vous usez de tout : mais j'attendais si ce Mémoire me viendrait de la chancellerie. Je suis avec un profond respect, etc.
En Sorbonne, ce 21 mars 1G92.
LETTRE CCVI1I.