C. Capperonnier
diacre, licencié en théologie.
A Paris, L702.
LETTRE GCXVI.
DU MÊME
// lut communique plusieurs textes de Platon, qui montrent que ce philosophe a donne au mot « substance » une signification fort étendue.
La manière douce et honnête dont Votre Grandeur nie reçut, la première fois que j'eus l'honneur de lui faire la révérence, me fait prendre la liberté de vous communiquer quelques remarques que j'ai faites sur Platon. Elles me paraissent importantes pour défendre le dogme catholique de la transsubstantiation , parce qu'elles font voir que ce divin philosophe a donné le nom de oùaîa h tout, ce qui est réel, soit substance, soit accident, soit être physique, soit être moral. Votre Grandeur en jugera ellemême.
Premier passage de Platon, dans le Cratyle, page k23 de l'édition de Serranus.
Socrate. « Ne vous semble-t-il fias que la couleur, par exemple, et les autres choses dont nous parlions présentement, ont leur
Substance? Où v.uï ovcLuooy.eï <tqi slvcu fxâsra) ;
Quoi, la couleur et la voix n'ont-elles pas une certaine substance, aussi bien que toutes les autres choses auxquelles on donne
le nom d'êtres ? Où* e'oriv où<7ia Tt,- huetépa «ùtwv ; »
Hermogène. " Pour moi, je crois que cela est vrai. »
Socrate. « Hé bien 1 si quelqu'un voulait représenter la substance de chaque chose par des lettres et par des syllabes, rie vous marquerait-il pas par là ce que chaque chose est ou n'est pas ? »
Second passage de Platon, dans le Charmide, page 168, parlant de la voix, de (a couleur, etc.
Il dit : « Ce qui est capable d'agir sur soimême ne doit-il pas avoir la chose sur quoi son pouvoir s'étend? où -m\ Èxetvgv ïyjn tv,v où(jt«v irpôç r,v 5ùv«p'î «ùioù v,v ; )> « Par exemple, si on s'entend soi-même, on doit avoir du son : si on se voit, on doit avoir de la couleur en soi-même. » Voilà donc le son et la couleur qualifiés du nom d'oùo-îa.
Troisième passage de Platon, dans le Théétètc, page 155.
Il dit : «Ils ne mettent pas au rang des êtres réels les actions, les productions, et toutes les autres choses invisibles : oùx
ànoSs/6[ii:oi as e'v ovaictç pépst.. » Platon donne
ici le nom d'ovorûe aux actions et aux autres
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1 378) llisl. criliq. des Commentât, du Nouveau 'lestant., cliap. 29, pag. 121.
PAKT. XIV. LETTRES DIVERSES
êtres moraux qui sont connue les accidents.
Quatrième passage de Platon, dans le Théétête, p. 136 de l'édition de Marsile Ficin.
« Noire âme se mouvant elle-même, et comparant ces choses entre elles, nous fait juger de la substance de ces deux êtres et de leur contrariété : elle nous fait môme ju- ^cr de la substance de celle contrariété, x«t
Triv oùcriav ncùrôâ èvavTiOT>jT0ç. » Oïl VOlt (JUC
Platon donne le nom de substance, où<rî«, a la contrariété des êtres. Or celte contrariété n'est qu'une simple qualité, et un pur accident.
Que les calvinistes viennent après cela nous objecter certains passages îles Pères, où ces saints docteurs donnent le nonid'oùaîa, de substance, aux symboles eucharistiques après la consécration. Ne sommes-nous pas en droit de leur répondre que les Pères, après le divin philosophe, ont pu appeler oOffîocv de simples accidents et qualités corporelles, comme sont la couleur, la figure et le son, qui sont lesexemples mêmes dont Platon se sert dans les passages que nous venons de citer ?
C'est à vous, Monseigneur, comme au premier théologien du clergé de France, que j'ai voulu communiquer ces remarques. Si vous les approuvez, je croirai avoir fait une bonne découverte. Je me recommande toujours à l'honneur de votre protection. Si j'osais, je vous la demanderais présentement «iu sujet d'une chaire de philosophie, qui vaque actuellement au collège royal, par la démission de M. Dupin. Il me semble que ces chaires sont fondées pour enseigner la philosophie grecque et latine. Si par voire protection et par votre crédit je pouvais obtenir celle qui vaque, je tâcherais d'y faire des leçons de philosophie grecque, et surtout de la platonicienne, que votre Grandeur sait avoir été fort estimée des Pères grecs et latins. Je suis avec un très-profond respect, etc.
DE M. l'évêque d'arras (379).
Il lui demande ses bons offices, pour rétablir la paix et le bon ordre dans l'université de Douai.
J'apprends, Monseigneur, avec bien du plaisir, que Sa Majesté vous a nommé pour commissaire, au sujet de la plainte qui lui a été po-lée de l'état déplorable où se trouve à présent l'université de Douai, et particulièrement la Faculté de théologie, qui est réduite si j'ose me servir de ce terme, à rien, et que j'ai vue autrefois si florissante. J'y dois prendre un intérêt particulier comme évoque diocésain, et il y a longtemps que je gémis sur les mauvais
l57ï») Guy de Sève de Rochechouart, un des cinq évèques qui écrivirent à Innocent Xll pour deman-
choix que l'on a fails pour y remplir les chaires de théologie, quand elles ont vaqué, et sur les mauvais sujets que l'on a proposés pour cela au roi. Comme il est à propos, Monseigneur, que vous soyez instruit de l'état des choses, j'ai cru que vous ne pouviez mieux l'être que par le recteur même de celte université, homme droit, de beaucoup de mérite, et à qui vous pourrez prendre confiance, qui s'est chargé de vous envoyer un mémoire sur ce sujet. C'est un grand bien que vous ferez, si vous voulez bien honorer celle université de votre protection dans cette occasion si considérable, pour la remettre dans son premier lustre. Je vous la demande pour elle; et pour moi, la grâce d'être bien persuadé du respect sincère avec lequel, Monseigneur, je suis, etc.
Guy, évêque d'Arras.
A Douai, ce 25 juillet 1702.
DE M. MONNIER DE RICHARDIN, RECTEUR DE l'université DE DOUAI.
Il se félicite de ce que le prélat a été nommé par Sa Majesté commissaire pour travailler à rendre à cette université sa première splendeur.
Nous avons appris avec une joie extrême qu'il a plu au roi de nommer des commissaires pour travailler au rétablissement de l'université de Douai, et que Sa Majesté a jeté les yeux sur Votre Grandeur. Cet ouvrage est digne de vous, Monseigneur. Vous savez quelle a été autrefois la réputation de notre compagnie, tant par rapport à la profonde doctrine qu'à la solide piété ; et toutes choses se trouvent maintenant disposées à rendre à ce corps célèbre son ancienne splendeur. Je prends la liberté de joindre ici un mémoire succinct de l'état auquel l'université est réduite, et d'autres pièces qui y ont rapport. Je suis avec un profond respect, etc.
MONNIER DE RlCHARDIN ,
recteur de l'université de Douai.
A Douai, ce 28 juillet 1702.