‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 23 sur 458 · MUT. 111. THEOL. HISTORIQUE. — II. IIIST. DE FRANCE. LIV. >LY · texte numérisé non relu

MUT. 111. THEOL. HISTORIQUE. — II. IIIST. DE FRANCE. LIV. >LY

:oute !.• confiance, cefut le maréchal do Châlillon. I-'1 nonriétable souffrit-cette iujure au dedans «vec un dépit extrême, et au (Jcliors ave- plus de patience et de modéra ion qu'on n'aurait cru; mais le roi so trouva ma! (Je ce choix.

L'empereur, averti qu'il avait fait construire un pont sur l'Escaut, au-dessous do Bouchain, dans le dessein de le combattre, envoya douze mille lansquenets et quatre . mille chevaux pour lui empêcher le passage. Ils trouvèrent nos gens déjà passés au nombre de seize cents hommes d'armes et de vingt-six mille hommes de pied. La partie n'était pas égale, de sorte qu'ils se retirèrent en grand désordre.

Le maréchal de Chûtillon n'était pas informé de leur marche; mais le connétable, qui avait de meilleurs avis, vint trouver le roi et lui remontra qu'on en aurait bon marché, si on les chargeait, parce qu'ils avaient a marcher en retraite dans une plaine de trois lieues, devant une armée beaucoup plus forte. Tous les officiers généraux étaient de mémo avis et ne demandaient qu'adonner; mais le maréchal de Chûtillon, sous prétexte d'un brouillard qui empêchait de reconnaître l'ennemi, dit qu'il ne fallait point hasarder la personne du roi. Ainsi François manqua une occasion qu'il ne recouvra jamais, et l'empereur, qui crut son armée perdue, se retira avec cent chevaux. Durant ce temps Bonnivet assiégeait Fontarabie et la pressait vivement. Tournai était aussi à l'extrémité, et il était temps d'aller au secours d'une place si importante.

Gomme le roi se préparait à passer la Scarpe dans ce dessein, il fut arrêté quelques jours par des propositions d'accommodement que lui firent les ambassadeurs du roi d'Angleterre. La conférence se continuait à Calais, où l'on était tombé d'accord d'une suspension' d'armes, pendant laquelle les rois conviendraient d'arbitres pour régler leurs différends. Les choses étaient disposées à la paix ; mais la nouvelle de la prise de Foniarabie rompit toutes les mesures.

Bonnivet, jaloux de sa conquête, conseilla au roi de ne pas la rendre, et il y avait d'ailleurs peu dé sûreté avec Charles, qui ne différait la guerre que pour prendre ses avantages. Ainsi se commença une guerre de tretite-huitans, pendant laquelle la chrétienté perdit. presque tout ce qu'elle avait dans la Grèce et dans les îles voisines. La saison étant avancée, les pluies continuelles empêchèrent le roi de passer la Scarpe et l'obligèrent à se retirer vers l'Artois. Pendant celte retraite, le connétable surprit Hesdin; mais Tournai fut oblige de se rendre, après avoir tenu cinq mois.

En Italie, la haine augmentait contre les Français. Manfroi Paiavicin, parent du Pape et allié de presque tous les potentats d'Italie, tâchant du surprendre Corne, fut surpris lui-même et envoyé à Laulrce, qui lui lit couper la tôle. Il lit plus, il donna sa confiscation à son frère le maréchal de Foix, aciion qui anima tellement les peuples con-

tre lui, (pie tout était disposé h la révolte. Les confédérés se persuadèrent que celle disposition serait fa/orable à leurs desseins, et Colonne vint assiéger l'arme ; mais le maréchal de Foix so jeta dedans avec quatre cents lances et cinq mille fantassins; et pendant qu'il se défendait -aveo rigueur, malgré la désertion des Italiens, qui s'enfuirent par une brèche, Laulrec ramassait ses troupes pour le secourir.

Ce général avait beaucoup de régiments suisses, auxquels l'armée des Vénitiens vint se joindre avec celle du duc deFerrare; il alla aux ennemis, et leur lit honteusement lever le siège. A celte nouvelle, le Pape consterné eut envie de se réconcilier avecla France; mais François avait retiré son ambassadeur, et Léon se rassura bientôt, ayant obtenu des Suisses la levée de douze mille hommes. Les cantons, qui ne voulaient point donner de troupes contre le roi, accordèrent celles-ci à condition de les employer seulement à la défense de l'Etat ecclésiastique; le Pape accepta la condition, dans l'espérance qu'il pourrait les pousser plus loin, quand ils seraient en Italie, étant assuré, comme ils l'étaient, du cardinal de Sion, qui les devait conduire.

Les confédérés passèrent le Pô du côté d ■■■ Mantoue, pour se joindre plus facilement a ce cardinal et tenir les Vénitiens en jalousie : en effet, le sénat promit de retirer les troupes qu'il avait avec les Français, ce qui donna l'assurance aux confédérés, quoique faibles, de s'engager un peu trop avant. Tous les historiens accusent Lautrec d'avoir manqué l'occasion de les réunir, sans toutefois dire comment. 11 est certain que tout d'un coup les affaires tournèrent mal ; mais la cause en venait de plus haut.

Le même jour que Lautrec partit de Paris, Madame détourna quatre cent mille écus que Je roi avait ordonnés pour le Milanais. De Beaume de Samblançai, trésorier de l'épargne, n'osa résister à cette princesse, qui voulut être payée de tousses appointements, et malgré les ordres du roi il lui donna cette somme; ainsi Lautrec manqua d'argent, et par là de tout; ses soldats désertaient tous les jours et fortifiaient l'armée ennemie, où le cardinal de Médicis répandait l'argent eu abondance. Les cantons, qui ne voulaient point se mêler dans cette guerre, commandèrent à leurs sujets des deux armées de se retirer; mais le cardinal de Sion eut l'adresse de détourner les courriers qui apportaient cet ordre dans sou camp.

Comme Lautrec n'avait point d'argent b leur donner, il se vit abandonné tout d'un coup, et de vingt mille Suisses a peine lui en resla-t-il quatre cents. 11 est certain que pour peu d'argent il eût pu les retenir, au moins durant un mois; celait assez pour obliger l'armée ennemie, plus faible que celle de France, h se retirer : la seule saison l'y eût forcée, car on élail au mois de novembre. Elle se serait même b entôt débandée, parce que ce n'étaient que des troupes ramassées, et que le Pape, qui seul donnait

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do l'argent, n'en pouvait pas toujours four- Alexandrie, où le peopie nourrissail la garnir; mais par malheur pour la France, Lau- nison.

Irec en manqua le premier, el au lieu d'ar- Cependant le roi, affligé des perles qu'il

rèler l'ennemi à l'Oglie, comme il l'avait avait faites, songeait à rétablir ses affaires,

(ail jusqu'alors, il fui Irop heureux de pou- Il avait obleuu des Suisses seize mille bom-

voii \ lue. s pour re< ouvrer le Milanais. Colonne, de

Quoiqu'il eût peu de trou nés, il n'était son côté, renforcé 'de quatre raille Allemands,

■s aisé de passer cette rivière devant un que le peuple de Milan avait levés uses

tomme aussi résolu que lui. Colonne l'a- frais, mit le siège devant le château, et Lau-

isa, el en faisant semblant de vouloir pas- troc, s'élanl joint aux Vénitiens el eus Suis-

M . l'un coté, il passait de l'autre. Laulrec ses, l'assiégea lui-même dans son camp. Il

. fui averti; mais il perdil beaucoup de s'y était fortifié d'une terrible manière, en

temps r, el trouva les ennemis si fermant la place d'un double fossé, pour

l en relrauehés, qu'il n'y eut plus moyen de empêcher les sorties do la garnison et Je se-

. li s'en retourna à .Milan, ou tout cours du dehors. < 1..1; i à ia révolte, et il fit mourir Durant tout ce temps, il n'est pas croyable plusieurs citoyens. Les peuples irrités en- combien Moron aida à soutenir le part! ; il voyèront dire à Moron que si Colonne s'a- persuada aux chefs do rétablir la maison vançait, la \ille se révolterait. Sforce, el que c'était le seul moyen de releléral marcha aussitôt, el le marquis nir le peuple dans une bonne disposition, de Pi*sc«ire, qui conduisait l'avant-garde, Il fil donner le duché au jeune Francisque, trouva le rempart du faubourg abandonné homme sans vertu et sans mérite, qui jamais ;:ar les Vénitiens. Il poussa plus luin, et la ne fit rien de considérable et n'eut que le j rie Romaine lui fut livrée avec si peu de nom de duc : aussi n'avait-on besoin que bruit, que des fuyards trouvèrent I autrec d'un nom pour amuser le vulgaire. qui se promenait désarmé devant le chû- Après cette nomination, Moron fit avancer t au. Il y jeta ce qu'il put de soldats, cl il se Je nouveau duc à Pavie, pour l'introduire à relira à Corne, où ce qui lui restait de Suis- la première occasion dans Milan, qui le déscs, attirés par le voisinage de leur pay«, sirait avec ardeur. Pour tirer de l'argent du l'abandonnèrent . Plaisance, Pavie et plu- peuple, il suscita un Augustin qui prêchait sicuis autres places se rendirent; Laulrec conlre les Français, contre lesquels, disailabandonna Parme pour se jeter dans Cré- il, la colère de Dieu était déclarée, et qu'il mone, qui avait appelé l'ennemi. Pescaire fallait tous exterminer. Ainsi, mêlant la reprit Côme à bonne composition, mais il ne ligion aux intérêts politiques, il lirait tout tint pas parole. ce qu'il voulait.

A la nouvelle de la prise de Milan, le Pape Laulrec cependant incommodait beaucoup

fut transporté de joie, et quelques-uns ail ri- la ville; il désespéra de forcer Colonne dans

huèrent à l'émotion que lui causa cettejoie, ses lignes, qui étaient trop fortes; mais il

la lièvre qui le prit en même temps; elle brûlait les moulins, ravageait la campagne

fut petite d'abord, mais elle augmenta telle- it empêchait les convois; il coupa les canaux

ment, qu'elle l'emporta en peu de jours, qui portaient de l'eau à la ville, et enfin elle

On remarque plus sa constance que sa piété avait à craindre les dernières extrémités, car

dans cette importante occasion. Il n'availque il n'était pas possible de fournir longtemps

quarante-quatre ans, et on crut que ses jours des vivres aux bourgeois et à l'armée ; mais

lui avaient été avancés. Quelques historiens Moron, durant ces misères, ne s'oublia pas :

ont osé jeter du soupçon conlre François, il supposa des lettres interceptées, sous le

comme s'il l'avait fait empoisonner; mais nom du roi, comme s'il eût écrit à Laulrec

la magnanimité de ce prince le met au-des- de prendre la ville à quelque prix que ce

sus d'une telle accusation. lût, et de n'y laisser pierre sur pierre :

La mort du Pape laissa les affaires de la ainsi, le peuple effrayé se résolut à tout

ligue en mauvais état. Il portait la plus souffrir.

grande partie des frais de la guerre, et comme Cependant le maréchal de Foix revenait il avait épuisé les finances de l'Eglise, l'ar- de France avec quelques troupes et de l'armée dépéril beaucoup faute d'argent. On ne gent. Il se résolut, en passant, d'assiéger fut pas longtemps sans créer un nouveau Novare, espérant que le feu du château, qui Pape : l'empereur eut le crédit défaire élire était à nous, jetterait l'épouvante dans la tout d'une voix le cardinal Adrien, natif place : il avait fait une brèche, et il se préd'Ulrecht, qui avait été son précepteur. 11 parait à donner l'assaut; mais les Suisses reçut la nouvelle de son exaltation en Bis- refusèrent d'y aller, disant pour excuse qu'ils caye où il commandai-t, et prit le nom d'A- n'étaient pas' faits pour les sièges. Le marédnen VI. chai, sans s'éionner, lit descendre de cheval Tout était alors favorable à l'empereur; deux cents hommes d'armes qu'il avait, se le roi'd'Angleterre lui piêla deux cent cin- mil à ieur lête, força la muraille, el passa quante mille écus. H retint un peu de temps tout au fil de l'épée. 11 punit ainsi la rage avec cet argent les troupes qui se déban- d'un peuple qui avait é0orgé les Français- et liaient ; mais en secours était laible pour ses en avait mangé le cœur, besoins , et les confédérés lurent obligés Comme il approchait de Miian. Laulrec fut daban r foules leurs conquêtes, excepté obligé d'envoyer au-devant de lui une parla ville de Miian, celle de Novare, Pavie cl lie de l'armée poui l'escorter; mais il '■■■■ pui

PART. XII. TttEOL HISTORIQUE.— IL HIST. DÉ FRANCE. UV. XV.

empêcher que le jeune Sforce, qui attendait à Pavie, n entrât de nuit à Milan. L'argent que le maréchal apportai t ne dura guère, et la plus grande partie tomba dans l'eau en passant dans un bac où la cavalerie se jeta troj) tôt.

Après l'entrée du duc, le peuple qui l'adorait s'encouragea tellement à se défendre, qu'il n'y avait non plus moyen de le lasser que de forcer Colonne dans ses lignes; ainsi Lautrec leva le siège et alla droit à Pavie. Le marquis de Mantoue, qui y commandait, ne soupçonnait rien, parce que Lautrec était au delà du Tésin. Celte rivière se trouva guéable, et la ville pensa être surprise : l'entreprise manqua par la faute d'un gentilhomme nommé Colombière, qui eut peur celle fois qu'on l'appelât « Sans peur. » Nous perdîmes qualre cents hommes qui s'étaient trop avancés, et Lautrec ne laissa pas de former le siège ; mais le Tésin s'élant débordé, les vivres ne venaient plus dans le camp, et il fallut se retirer.

Il venait alors de l'argent de France; et comme Lautrec allait au-devant pour faciliter le passage, les Suisses voulaient être payés sans attendre un seul moment, sinon ils protestaient de s'en retourner; mais pour montrer que ce n'était pas la crainte qui les obligeait à la retraite, ils priaient Lautrec de les mener sur-le-champ contre l'ennemi, et Albert de la Pierre, auteur du conseil, offrait d'aller à la tête. Depuis l'arrivée de Sforce à Milan, Colonne s'élait mis en campagne, et il s'était retranché dans le jardin d'une ferme nommée la Bicoque.

Ce jardin, assez spacieux pour y mettre l'armée en bataille, était d'ailleurs agréable, et il y avait beaucoup d'eau; les allées en étaient traversées de plusieurs petits canaux qui se jetaient dans un fossé à fond de cuve, dont le jardin était entouré ; de sorte que ce lieu était fortifié par sa nature, et il ne fallait que le border d'artillerie pour le rendre inaccessible. Les Suisses ne laissèrent pas d'en vouloir faire l'attaque : ou n'en était pas d'avis au conseil de guerre; au contraire, on conseillait à Lautrec de laisser aller les Suisses et de jeter dans les places le reste des troupes : on assurait qu'il n'y avait rien à craindre des ennemis, et que la division se mettrait bientôt dans une armée toute composée de mercenaires, à qui il n'y avait point d'argent à donner.

Malgré tous ces avis, Laulrec, qui était d'un naturel impétueux, et d'ailleurs animé contre les Suisses, dit brusquement qu'il fallait combattre, parce que si ces téméraires gagnaient la victoire, les affaires du roi en iraient mieux, et s'ils étaient battus, ils seraient punis de leur défection et de leur témérité. Il partagea l'armée en trois : le maréchal deFoix en avait une partie où étaient les Italiens soudoyés par le roi; François- Marie de la Rovère, duc d'Urbin, qui avait recouvré depuis peu son duché, commandait les Vénitiens; Lautrec s'était réservé le reste du l'armée, où étaient presque tous les Suis

L'attaque commença par eux, et coi ils furent dans un vallon à la portée du mousquet, Anne de Montmorency, qui les conduisait, les pria d'attendre qu'une autre aile de notre armée et notre artillerie passent agir en môme temps. Ils s'obstinèrent à donner sans vouloir différer un moment, et quoiqu'ils eussent perdu mille hommes avant seulement de pouvoir approcher du fossé, ils se jetèrent à corps perdu dans l'eau qui passait leurs piques; ils en sortirent à la (in avec de grands efforts, et se mirent à grimper; mais autant qu'il en paraissait , autant y en avait-il de tués. Les ennemis riaient en les tuant, et Albert de la Pierre, furieux de voir tant de braves gens à la boucherie, était encore plus outré de ce qu'on les tuait en se moquant.

Cependant le maréchal de Foix, qui devait se saisir du pont de la ferme, s'en étail approché sans perte à la faveur d'un coteau; niais il trouva la garde du pont plus forte qu'il ne l'avait espéré. Il ne laissa pas de pénétrer assez avant dans le camp; là, il fut abandonné des Italiens et enveloppé par les ennemis, malgré lesquels il se dégagea et se retira en bon ordre. Au milieu de ce tumulte, le duc d'Urbin était en repos avec les Vénitiens, et s'était mis à couvert. On voyait bien qu'on pouvait espérer quelque chose du côté du pont; mais les Suisses rebutés refusèrent même de demeurer en contenance de gens qui voulaient combattre.

Enfin , après avoir vainement tenté la force, Laulrec voulait expérimenter si la ruse réussirait mieux. I! fit avancer des gens avec des écharpes rouges, comme s'ils venaient de Naples, envoyés par le vice- roi pour le secours de Colonne : ils furent bientôt découverts, et il fallut abandonner l'entreprise. Les ennemis cependant n'eussenl pas évité leur perle, si on avait cru le maréchal de Chabannes, qui proposa de les bloquer. 11 ne fallait que huit jours pour les faire périr de famine dans leur camp; mais les Suisses, troublés de la mort d'un si grand nombre de leurs compagnons, ne voulurent rien entendre et s'en allèrent.

n Aussitôt après la retraite de nos gens, la sédition se mit dans le camp des ennemis. Les Allemands demandèrent à Colonne une montre et le prix ordinaire de la victoire. Colonne disait qu'il n'en devait point, parce qu'il n'y avait point eu de bataille. Sur cela ils se mutinèrent; le général pensa périr dans celle sédition, et il eut une peine extrême à l'apaiser. Un peu après il nous surprit quelques places, et s'approcha de Crémone, la plus forte et la mieux munie que l'Italie eût alors. Le maréchal île F«»ii s'y était jeté, et s'y défendait avec sa vigueur ordinaire, attendant le secours de quatre cents lances et de dix mille hommes' de pied que l'amiral amena1 1.

Ce favori, enflé de sa conquête de Foula rabie, se croyait capable d« tout ei se lit donner le commandemeni d'Italie 11 n'eut pa3 sitôt quitté les côtes u'Lspa.n. . que Fuularabie fut assiégée par le priiic '«l'u anj? - Ce

|5| (] I MPLETI . ET. I5G

lerrOi irri ire François, à çai que dans le temps qu'il allait envoyer

qui cell ser la paij, I argent, Madame était venue en personne

itié des frais de ce demander to es pensions el apuoiirte-

; mais Lude le soutint ments, le menaçant de le perdre s'il ne la

v ;,,.iir qui Ta bientôt perdre pavait sur l'heure, encore qu'il lui retnon-

nuls i'< de le forcer; de trat qu'il n'y avait dans les cefltes que la

i :,t a le prendre par partie destinée pour le Milanais, et qu'elle

: ,,,.. avait pris sur elle do l'aire arrcer la chose

nt que l'amiral préparait cequi citait au roi :mais elle n'avait en garde 'Je lui i r

iro pour ser en Italie, et que le parler, et le roi l'ayant mandée, eWel'ut bien

maréchal de I i se défendait à Crémone, étonnée d'entendre les reproches qu'il lui

Lantrec était sur le territoire de Bresse, où lit eu plein conseil.

il le déplaisir d'apprendre qu'Arone, Elle ne s'en défondit qu'en rejetant la place importante où il mettait sou argent, faute sur le malheureux Samblançai: elle ne «urprise par l< s ennemis. Ce qui nia pas ce qui était constant, qu'elle s'était lin testait de troupes ne subsistait plus que fait payer de ses appointements ; mais elle «r les Vénitiens, qui se lassèrent enfin de soutint que Samblançai ne l'avait pointaveres nourrir ;elLaulrec, accusé en France de lie que ce fût de l'argent du Milanais, et i ; etie du Milanais, s'y rendit pour se jus- pressa le roi si violemment de le faire arretitier. il fut très-mal reçu du roi, cjui ne dai- ter, qu'il en donna l'ordre sur-ie-c! amp. En gnait le regarder, loin de vouloir l'entendre; se levant, il dit à Lautrec qu'il était homme mais le lendemain le connétable dit en plein d'honneur, mais négligent el trop opiniâtre, conseil qu'il l'avait entendu, et qu'il avait Pour Samblançai, le ebancelier, dévoué à de grandes raisons pour se justifier et des Madame, aigrit le roi contre lui; on fil son avis importants à donner pour le service, procès par commissaire, et le chancelier Sur cela on le fit venir, et d'abord le roi lui présida à ce jugement : il fut condamné à reprocha qu'il lui avait fait perdre le plus être pendu par les artifices de Gentil, un de beau duché de la chrétienté. ses juges, et exécuté publiquement. Le roi, Lautrec, sans s'étonner, répondit que c'é- qui connut, quelques années après, son intait un grand malheur, mais qu'il fallait nocence, put bien rendre l'honneur à sa voir parla faute de qui il était arrivé. En- mémoire et faire mourir le juge inique par suite il raconta comment l'argent lui avait les artifices duquel il avait été condamné; toujours manqué, et que, faute d'en avoir, mais il ne put rendre la vie a l'innocent, ni il n'avait pu retenir les troupes; qu'à la effacer cette tache de son règne. vérité, si I armée n'eût été composée que de Les affaires du Milanais achevèrent bien- Français, il aurait pu leur persuader d'at-. tôt de se ruiner. La division se mit dans la tendre, et qu'en effet la cavalerie avait servi garnison de Crémone, faute d'argent; et les dix-huit moissans paye; mais quch s Suisses Italiens menacèrent de livrer une porte à et les autres troupes n'avaient pas le môme l'ennemi. Le maréchal de Foix leur en erazèle pour le service, et se débandaient si on pécha; mais ne pouvant plus se fier à eux, ne les payait à point nommé. il fit sa composition, à condition cependant Le roi parut étonné de cette réponse et qu'il aurait trois mois pour attendre le secrut lui fermer la bouche, en lui disant qull cours d'une armée royale; après quoi il avait commandé qu'on lui envoyât à diver- rendrait la ville et toutes les autres places ses fois de grandes sommes. Lautrec dit du Milanais, à la réserve des châteaux de qu'il en avait louché quelques-unes, mais Crémone, de Novare et de Milan. Coionne toujours trop tard et lorsque le mal était cependant assiégea Cènes, et le connétable sans remède ; qu'au reste, le plus souvent fit résoudre qu'on enverrait au secours le il n'avait reçu que des lettres et des pro- jeune duc de Longueville, prince de grande messes sans effet. « Mais, du moins, pour- espérance; il trouva les affaires en mauvais suivit le roi, vous avez touché les quatre état :il y avait une brèche qui obligea les cent mille écus que je défendis si expressé- assiégés à capituler. Pendant la capitulation ment de détourner. » Il entra dans une ex- la place fut surprise et pillée. Irême colère, quand il sut qu'elle n'avait On désespéra en Fiance de sauver le Minas été payée, et manda aussitôt Samblançai, lanais, et l'amiral qui était auprès d'Att, fut trésorier de son épargne, pour lui en de- rappelé. Le maréchal de Foix abandonna les mander la raison. Eu attendant, il reprocha placesau temps convenu, etrevint en Fiance. à Lautrec que Colonne, qui n'avait pas eu Dans les autres endroits, la guérie ne fut pas plus d'argent que lui, avait mieux fait ses si malheureuse pour la France; le comte d : affaires. Lude tenait ferme dans Fontarabie, et la Lautrec ne manqua pas de réplique; il garnison était résolue à périr plutôt que de répondit que Colonne avait tout le pays pour se rendre. Il y avait déjà dix mois qu'il se lui; au lieu que le peuple, maltraité par les défendait, quand le roi, ne voulant pas laisançais, par la nécessité où ils étaient, ser mourir tant de braves gens, envoya le ■ait pour eux une haine implacable. A ce maréchal de Châlillon pour les dégager, il coup le roi avait peine à se modérer, tant mourut sur le chemin; Anne de Monlmuil était au désespoir de voir un duché si rency fut fait maréchal de France en sa place, important perdu faute d'ordre, li fut bien et le commandement de cette armée fut plus en colère, quand il apprit de Samblan- donné au maréchal do Chabannes. Il f>rça

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les lignes avec plus de perte. Lude fut rap- oeoupé à ses plaisirs, ne songeait que ■ •

pelé °pour recevoir la récompense do ses manière d'acquit aux affaires d'Italie ei a la

services, et on laissa Je gouvernement à guerre; qu'au reste, quand il voudrait 1,1

Frauget, homme de réputation, mais au fond soutenir, il n'était plus en état de le faire,

de peu dii mérite. <• par les dépenses excessives qui avaient épui •

Cependant le roi d'Angleterre déclara la se ses finances; qu'il n'y avait plus mo guerre ouvertement; il y fut engagé par de remplir ses eoil'r s qu'en recourant a l'empereur, qui le vit en passant pour s'en voies extraordinaires, qui feraient crier le retourner en Espagne. Les Anglais vinrent peuple et exciteraient quelque révolte; que a Calais sous la conduite de Suffolk, mari de la disposition y était déjà tout entière, et la veuve de Louis XII, et investirent Hesdïn, môme que le connétable, irrité de la perséavec Bure, gouverneur des Pays-Bas. Le cution que lui faisait Madame, qui voulait comte de Vendôme, qui commandait notre le dépouiller de ses biens, traitait secrètearmée sur celle frontière, ne se sentant pas ment avec l'empereur; que la cabale était assez fort pour leur résister en campagne, grande dans la cour et dans tout le royaur en força la garnison et jeta dans la place me, et que la France avait à craindre uno quelques officiers, qui se détendirent qua- révolution universelle, rante-deux jours. Cette défense donna le Ces raisons persuadèrent au sénat qu'il n y temps aux garnisons voisines de s'assembler avait rien à espérer de François, en sorte et d'assiéger les ennemis dans leur camp, qu'il conclut la ligue avec l'empereur et lu Enfin les pluies survinrent, les maladies et rot d'An .déterre. 11 est vrai que le connétala désertion des soldais obligèrent Sutl'olk à ble était étrangement persécuté de Madame, reoasser en Angleterre. qui lui disputait les biens de la maison de Durant ces divisions des Chrétiens, l'en- Bourbon. Ce prince , quoique cadet de celle nemi commun ne s'entonnait pas. Soli- auguste maison , les avait toujours prétenman II, empereur des Turcs, prince entre- dus, en verlu d'une ancienne substitution prenant et belliqueux, se rendit maître de par laquelle, dès l'origine, ils devaient pas- Belgrade en Hongrie, et la défense admira- ser de mâle en mâle; et néanmoins, pour ble du grand maître Pierre de Villiers de éviler tout procès, il avait été bien aise d'él'Isle-Adam ne l'empêcha pas d'emporter pouser Susanne, unique héritière de Pierre, Rhodes, où étaient alors établis les cheva- dernier duc de Bourbon, qu'Anne de Franliers de Saint-Jean de Jérusalem. Depuis ce ce, sa mère, lui offrit. Le mariage avait été temps ils errèrent en divers lieux, jusqu'à célébré avec grande solennité sur la fin du ce que Charles V leur donnât Malte, chose règne de Louis XII, qui avait signé au conqui ne lui fut pas moins ulile que glorieuse, trat, avec vingt-cinq ou trente princes, prépuisqu'etle lui servait à mettre à couvert I .ts ou seigneurs. Par ce contrat, le duc était son royaume de Sicile. Il ne leur fit ce pré- reconnu pour légitime héritier de la maison sent que cinq ou six ans après la perle de de Bourbon; et pour le surplus des biens Rhodes, et leur première retraite fut à l'tome, qui pouvaient appartenir aux uns et aux auoù le Pape Adrien les lit recevoir. très, ils s'en faisaient une donation mu- Ce bon Pape était arrivé à Rome avec de tuelle. Celte princesse mourut en couches grands desseins pour la paix, el tout ce qu'il en 1522, et ne laissa point d'enfants, devait à l'empereur ne l'empêcha pas de Madame, qui n'avait pu éteindre par ausonger qu'il devait encore plus à toute la cun etfort la passion qu'elle avait pour le chrétienté, dont il était le Père commun, connétable, sentit qu'elle revenait plus que Occupé de cette pensée, il avait refusé à jamais avec l'espérance de l'épouser. Comme l'empereur de l'attendre 5 Barcelone, parce ede était dans cet élat, le chancelier, sa qu'il ne voulait point se rendre suspect au créature et ennemi particulier du connétaroi. Cependant le duc de Sesse et milord ble, qui lui avait refusé quelque grâce , viot Dudlei, ambassadeurs de l'empereur et du la trouver pour lui dire qu'elle avait de quoi roi d'Angleterre, [tressaient les Vénitiens de réduire ce prince, el qu'il lui mettrait en se joindre à eux ; et le roi, pour les obliger main tous les biensde la maison de Bourbon» à renouveler l'alliance, leur promettait d'en- dont elle élait, disait-il, la seule héritière voyer bientôt une grande armée en Italie. depuis la mort de Susanne. En effet, à ne Montmorency, et, depuis, l'évèque do regarder que la proximité du sang, Madame Bayeux, leur firent des propositions si avan- excluait le connétable ; mais il avait pour lui tageuses, qu'ils étaient ébranlés en faveur la substitution et la donation, du roi, et les emportements des ennemis Le chancelier, qui trouvait des remèdes à semblaient les déterminer à ce parti, car ils tout, lui promit de détruire ces deux vinrent audacieusement déclarer en plein moyens, et' donna assez de couleur à l'alséniit que si, dans trois jours, pour tout dé- faire, pour obliger Madame à l'entreprenlai, on ne leur faisaii une réponse favorable, dre. Elle espérait tout de son crédit, et fut ils allaient se retirer. Le sénat, étonné d'une ravie de se senlir en pouvoir de réduire la manière d'agir aussi hautaine, fut prêt à fierté du connétable ou de s'en venger. Elie conclure avec les Français; mais une lettre voulut cependant auparavant tenter les voies de Badouare, ambassadeur de la république de douceur; elle flt entendre au connétable en France, les fit tout d'un coup changer de les moyens qu'elle avait de le ruiner, dessein. et celui" qu'il avait de so rendre heu- Cette lettre portait que le roi, uniquement reux.

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Ii-iif prin "esse . espéra il d'épouser nce, sœ ir Je la peine, qn'elfo- ,i,i- mu avait oirerte; ainsi il refusa Madame avec dé lain, et elle se résolut do commencer le proi bs.

i Ifaire fat plaiJéo solennellement au parlement ; les sollicitations de Madame et cel es du chancelier «j u i avait tout crédit daus celle compagnie, dont il avait été premier président, étaient les plus fortes pièces contre le connétable, etil désespéra de pouvoir maintenir son bon droit contre tant d'autorité el tant d'artifice. Madame fit pourtant appointer l'affaire, afin d'avoir le I o i > i r de faire carier de nouveau au connétable. I. - pro osii ions furent reçues avec un pareil ilé.am, et le connétable demanda hautement au roi Mme llenée.

Dans le refus qui lui en fut fait, il n'avait pas sujet de se plaindre du roi, parce qu'on le lit refuser par la princesse ellemè e, qui dit qu'elle ne voulait point épouser un prince qu'on allait dépouiller ; mais le connétable, qui sentit d'où Iji venait le coup, entra dans un dépit extrême contre Madame, et dès lors résolut de traiter avec l'ennemi. On ne sait pas s'il avait sollicité le premier l'empereur, ou si l'empereur, attentif a tout ce qui pouvait servir à ses affaires, l'avait !'a:l rechercher.

Quoi qu'il en soit, il eut assez longtemps dans sa uiaison Adrien du Croi, comte de Keux, premier gentilhomme de la chambre de l'empereur, et soit que l'ambassadeur de Venise en eût quelque avis certain, ou qu'il s'en doutât seulement par l'état où il voyait les chose-, il est certain que le premier mauvais effet que François ressentit du mécontentement de Bourbon, fut qu'il en perdit les Vénitiens. Ainsi il avait contre lui tous les potentats d'Italie, excepté le Pape, qui persistait toujours dans le dessein de faire la paix.

Le cardinal Soderini, son principal confident, et ami de la France, l'entretenait dans la p nsée d'unir plutôt les princes chrétiens contre les Turcs, que de prendre part dans leurs divisions. En lui donnant des conseils si conformes à son humeur, il s'insinua tellement daus ses bonnes grâces, qu'il éloigna le cardinal de Mé dois, à qui le Papo avait d'abord donné sa confiance, comme à l'auteur de son exaltation ; par ses conseils, le Pape envoya des lésais à l'empereur et aux rois de France et d'Angleterre; mais les divers intérêts des princes rendirent sa médiation Inutile.

François, à qui le mauvais état des affaires ne permettait pas d'espérer une paix avantageuse», ne voulait qu'une trêve, encore ia voulait-il de peu de durée. Par une

raison contraire, l'empeieur souhaitait la

paix et non une trêve; mais le roi d'Anlelerre, poussé par les conseils ambitieux du i ardinal \ ulsey, archevê |u ■ d'York, son I rincipal minisire, ne voulait ni trêve ni paix, s'élani persuadé que, dans ces divisions, il pourrait attaquer la France, ou du moins se rendre l'arbitre de la chrétienté.

Durant ces négociations, le roi attendait avec impatience l'événement d'une conjuration (pii se tramait en Sicile. Le cardinal de Soderini était celui qui la ménageait ; mais le cardinal de Médicis, qui était piqué (le jalousie de ce qu'il avait pris sa place, l'observa de si près, qu'il découvrit ses desseins et donna moyen au ducdeSessedo surprendre le courrier qui allait en Franco avec ses paquets. On apprit, en les ouvrant, que la conjuration était en état d'éclater : les complices furent châtiés rigoureusement, et le Pape, irrité contre Soderini qui l'avait trompé, le fit mettre prisonnier au château Saint-Ange, où il lui lit faire son procès^ pour avoir voulu livrer aux Français un fief du Saint-Siège.

Pendant que le Pape ét?it irrité, les Espa0nols trouvèrent moyen de l'animer contre la France. On lui fit regarder le roi comme ieseul obstacle à l'union de !a chrétienté, et il entra dans la ligue avec tous les autres. Le roi était à Chambord, maison de plaisance qu'il avait l'ait bâtir tout nouvellement. Il y apprit ces nouvelles, et il prit une résolution digne de son courage, qui était d'aller eu personne à la tête d'une grande armée en Italie, [tour soutenir tant d'ennemis. En même temps il eut avis que Nicolas de Longue val, comte de Bossu, gouverneur de Guise, par une fausse intelligence avec le duc d'Arscot, gouverneur du Hainaut, dressait une embuscade inévitable aux Flamands. Il promettait à ce duc de lui livrer sa place; lui et Fieunes, gouverneur de Flandre, devaient s'avancer de plusieurs côtés pour s'en saisir.

Eu même temps, les Français avaient disposé des troupes pour envelopper les ennemis. Ils devaient être prêts à venir se jeter d'eux-mêmes dans le piège que le comte leur avait tendu; mais le roi voulut être de la partie, et vint en poste sur celle frontière. Une marche si précipitée ne put être sans grand éclat, et fit penser à Fiennes, ou que le gouverneur le trompait, ou que le roi avait découvert la conjuration; ainsi l'affaire manqua, et le roi, lâché d'en avoir été la cause, voulut couvrir sa faute en faisant ravitailler Thérouanne, qui était fort pressée par les ennemis, Fiennes, s'étant mis en campagne pour l'en empocher, se présenta devant nos gens ; une terreur panique se répandit dans son armée, qui prit la fuite fort vite, et Disne , capitaine de grande valeur, répara leur désordre, et favorisa leur retraite.

Fiennes put bien empêcher l'armée de périr, mais il ne put empêcher qu'elle se débandât quelques jours aptes Ainsi la

toi

PART. 1H THEOL. IIISTOItlQL'f;. — li. iîIST. DE FRANCE. I.IY. XV.

Flandre demeurait ouverte, fit François y aurait pu l'aire de grands progrès, s'il n'avait eu dans l'esprit son entreprise d'Italie. Il prit le chemin de Lyon, où il avait donné rendez-vous a toutes les troupes. Comme il était à Saint-Pierre-le-Moutier, dans le Nivernais, deux gentilshommes normands demandèrent à lui parler, et d'abord ils se jetèrent à ses genoux ; c'étaient Matignon et d'Argouges, domestiques du connétable, dont ils vinrent lui découvrir la conjuration. L'envoyé de l'empereur avait traité avec lui au nom de son maître.

Par ce traité, qui no fut que verbal, le connétable s engageait à fournir trois cenls hommes d'armes et cinq mille hommes de pied de ses terres, pour les joindre à douze mille impériaux qui devaient entrer en Bourgogne. L'empereur, en même temps, devait passer les Pyrénées du côté du Languedoc : le connétable promettait de s'y rendre et de traverser avec lui tout Je royaume, pour aller tous ensemble tomber sur le roi, qui serait enveloppé parce moyen et devait être livré entre les mains du connétable. Le roi d'Angleterre devait aussi entrer dans la Picardie; ces trois princes avaient partagé entre eux Je royaume de France.

On composait à Bourbon un nouveau rojaume de Bourgogne, de ses provinces révoltées, du duché de Bourgogne, qu'Aimar de Prie avait promis de lui livrer, et de la Franche-Comte que l'empereur lui donnait, avec Eléonore sa sœur, veuve du roi de Portugal ; et le traité étant conclu, le connétable, qui n'attendait que le temps de commencer l'exécution, vint à Moulins, ville de sa dépendance, où il faisait le malade, afin d'avoir un prétexte de s'absenter de la cour.

Matignon et d'Argouges, qui devaient le suivre, étaient allés en leur pays pour donner ordre à leurs atîaires. Là, pressés par le remords de leur conscience, ils se confessèrent à un curé d'être entrés dans une conspiration contre l'Etat. Ce confesseur leur déclara qu'ils ne suffisait pas de s'en retirer, ruais qu'ils étaient obligés de la découvrir, et que, pour leur en donner l'exemple, il allait tout découvrir au sénéchal de Normandie.

Ces gentilshommes, voyant tout leur dessein découvert par où ils devaient moins craindre qu'il le fût, appréhendèrent d'être prévenus; ils allèrent au roi, lui découvrirent les complices, et obtinrent leur grâce, il est malaisé d'expliquer l'embarras où il se trouva : il n'y avait point d'apparence de passer en Italie, tant qu'il sentirait dans le royaume un si grand commencement de révolte. De faire arrêter le connétable au milieu de ses provinces où il était adoré, celait une chose impossible. 11 résolut de l'aller trouver à Moulins, qui n'était pas éloigné de son chemin : il lui parla noblement, lui témoignant qu'il savait que l'empereur l'avait sollicité, mais qu'il ne voulait [.as croire qu'i'l eût rien failconlie son devoir.

Le connétable, qui Je vit instruit, lui ivoxia ce qu'il ne put lui nier, et ajouta que

s'il avait écoulé des ; impositions, il y 9 rail éié poussé par les indignes traitements que Madame lui avait faits. A cela le roi lui répondit qu'il ne pouvait empêcher sa mère de faire un procès, mais quel qu'en lût l'événement, il lui promettait de lui rendre tousses biens. Celte promesse ne conte ir, guère Bourbon, qui ne voulait pa> être à la merci de Madame, ni réduit à n '-attendre de soulagement que lorsqu'elle serait morte. Il répondit pourtant au roi avec une profonde dissimulation, et ce prince sincère, qui croyait aisément tout gagner par sa franchise, ne prit d'autres précautions que d'ordonner au connétable de le suivre; ce qu'il lui promit aussitôt qu'il le pourrait. 11 continua son voyage jusqu'à Lyon d'où il ne tarda pas de taire partir l'amiral avec ordre de l'attendre à Verceil avec l'armée. A l'égard du connétable, quelque leti ps après le départ du roi, il prit le chemin de Lyon en litière, feignant toujours d'être malade. Sitôt qu'il fut arrivé à la Palice, ii apprit que le parlement avait mis en séquestre les terres de la maison de Bourbon ; il fit semblant alors que son mal s'était augmenté, et qu'il ne pouvait plus même supporter le mouvement de la litière; il dépêcha un gentilhomme pour faire sesexcuses au roi, et s'en retourna h sa maison de Chantelle. il n'y fut pas plutôt qu'il envoya Huraut, évêque d'Aulun, pour assurer le roi que s'il lui plaisait de casser l'arrêt du parlement et de lui en donner son abolition, il Je servirait plus fidèlement que jamais; mais Madame, qui avait de bons espions auprès du connétable, le prévint et obtint du roi qu'il ferait arrêter l'évèque et assiéger le connétable dans Chantelle.

Le maréchal de Chabannes et le bâtard de Savoie, grand maître de France, eurent ordre d'exécuter cette entreprise. Ils marchèrent en diligence avec qualre mille Jiommes qu'on leur donna , et ayant trouvé en chemin l'évèque d'Aulun, ils l'arrêtèrent; mais un de ses domestiques s'étant échappé , alla dire au connétable ce qui s'était passé : il ne douta plus qu'il ne fût perdu ; et quoique h; château de Chantelle fût assez fort, il n'osa y attendre le siège, il en partit en même temps, et alla par des chemins détournés à un autre château qu'il avait en Auvergne, dont un gentilhomme, nommé Arnauld, était gouverneur.

On peut croire qu'il n'y passa pas une nuit tranquille. Environ sur le minuit, quand il crut que tous ses gens étaient profondément endormis, il se leva et éveilla Pomperan et Eslanzane, deux genlilhommes à lui dont l'un lui devait la vie, et l'autre un vieux gentilhomme, en qui il s'assurait absolument, qu iquil impruuvâj tous se:; desseins, dont il lui avait fait confidence. il leur dit en deux mots qu'il allait en Franche-Comté; qu'il avait besoin de l'un d'eux pour l'accompagner, et de l'autre pour couvrir sa fuite. On dit qu'il les fil tirer au sort, et qu'il échut à Pomperan de suivre son maître.

u.I - i 0 • ET.

ie1qu< son dépari . H deux

- a\ i i le •.!•. Es tan za ne donna les ,r i arlir à lonl l'équipage, oora s'il eûtélé le connétable, et marcha quelque temps en ool état. Comme il vil que le jour approchait, elqu'il allait être découvert , il tourna \. ra les domestiques, el leur dit qu'ils avaient perdu leur maître; qu'il avail se retirer en diligence, etque n : regrel qu'il avail eu • lait d être parti sans leur avoir dit adieu : il leur déira qu'ils pouvaient prendre parti ; pour lui il tourna vers laFranciie-Comlé,oùson maître s'étail rendu par de longs détours, en isanl pour domestique de Poroperan, et B|)r( ir fait ferrer sea chevaux kà l'en-

veri. ,

Il alla ensnite à Mantoue, riiez le duc do Gonzague son parent, et de là à Cônes, et enGu à Plaisance, pour conféreraveo Lannoy, vice- roi de Naples, sur les affaires de la rre : sou intention était de passer en Esne, pour épouser la princesse que l'empereur lui avait promise; mais l'empereur avait bieu d'autres pensées, et il n'avait garde de rien faire pour le connétable, avant d'avoir tiré de grands avantages de sa rébellion. Il envoya le comte de Keux pour lui dire qu'il pouvait aller en Espagne, ou demeurer en Italie pour y commander l'armée ; mais ses ordres secrets portaient qu'à quelque prix que ce fût, il fallait l'obliger à prendre ce dernier parti.

Pour l'y engager, le comte lui représenta qu'il lui serait bonteux de paraître à la cour ue l'empereur comme un prince dépouillé , et qu'il valait mieux pour sa gloire qu'il eût auparavant exécuté quelque chose de considérable. Il l'exhorta donc à prendre le commandement de Tannée d'Italie, et d'envoyer cependant quelqu'un des siens , pour soulever ses provinces, avec les troupes que l'empereur avait dans la Franche-Comté.

il n'eu fallut pas davantage pour persuader un homme qui se piquait d'autant d'honneur que le connétable. Il demeura en ila- Jie, et envoya la Molie i\cs Noyers pour lever des troupes en Allemagne, avec lesquelles il devait tenter d'exciter quelque mouvement dans le duché de Bourgogne , ou dans les provinces voisines ; mais ses intelligences lui manquèrent.

Aimar de Prie el les autres conjurés furent arrêtés, et rien ne remua dons Je royaume. On lit le procès au connétable, il fut condamné à mort; sa charge lui fut ôtée, ses biens furent confisqués, et le roi donna la vie à ses complices: On lui envoya redemander l'épée de connétable et le collier de l'ordre; il dit qu'il avail laissé le collier à Chanlelle , sous son chevet, et que pour l'épée, on la lui avait ôtée dès le temps qu'on avail donné le commandement au duc u'Alençon, quoique n'y eût aucune révolte.

Comme il y avait plusieurs personnes soupçonnées, le conseil du roi lui persuada de ne I oint quitter le royaume en cet, état, et il envoya ordre à Bonnivet de marcher droit à

..an. L'aimée était composée de quatorze

à quinze mille hommes d'armes, de six mille Allemands, el de douze à quinze mille Suis-

s< s .- ce fui dans les premiers jours dp septembre qu'il commença de passer les monis. Au bruit de celle marche, Colonne, tout affaibli qu'il était par son grand ôge et par ses maladies, s'avança aux bords du Tésin pour en disputer le passage aux français; car .Nuvan-, et Vigevano, et toul ce qui est en deçà de celle rivière, s'était déjà rendu sans résistance; mais comme les eaux étaient basses, la vigilance de Colonne fut trompée, e pendant qu'il gardait soigneusement un endroit, l'amiral passa par l'autre.

Colonne craignît alors pourPavîe, où il envoya Antoine de Levé avec des troupes, et pour lui, il se relira à Milan avec le reste de l'armée. Il trouva la ville en désordre : une longue négligence en avait laissé ruiner toutes les défenses. La bourgeoisie consternée refusa de prendre les armes : on n'altendait que le moment que Bonnivet arriverait avec l'armée, et on était prêt à lui ouvrir les portes; mais il fut amusé par des négociations inutiles, où il se laissa engager par Galéas Visconli, de l'ancienne famille des ducs de Milan, qui lui faisait espérer, contre toute apparence, de faire chasser les impériaux par les Milanais.

Pendant qu'il écoutait ces propositions, quatre ou cinq jours que l'armée passa sans rien faire, aux bords du Tésin, donnèrent le temps à Colonne de rassurer les habitants et de réparer les fortifie .lions; il fit plus, car il appela toutes les garnisons , hors celles de Crémone et de Pavie. Il nese soucia point d'abandonner les autres places; il ne s'agissait que d'éviter la première impétuosité de l'armée française. Colonne, qui espérait tout du temps et de l'hiver qui élait proche, se contenta de munir Milan; ainsi quand l'amirai approcha, il trouva la place en bon état, et dix mille hommes de guerre dedans, sans les habitants : ainsi il fut réduit à faire seulement un blocus, et il écrivit au roi qu'il n'avait fias voulu tenter la force, de peur d exposer au piilage une ville qu'il fallait garder pour en tirer des contributions. Sa faveur tit passer ses raisons pour bonnes, et le roi espérait de grands succès de sa conduite.

Environ dans ce temps le Pape mourut.

A l'occasion de cette mort, le duc de Ferrare, assisté des Français, tenta vainement de prendre Mouène et Plaisance. Bayard fut plus heureux à surprendre Lodi : après quoi il secourut la citadelle de Crémone, assiégée depuis vingt-deux mois; il n'y trouva plus que huit soldats, résolus de périr tous plutôt que de se rendre. Après avoir mis la citadelle en état, il assiégea à son tour la ville, que les pluies l'empêchèrent de prendre, et l'amiral le rappela, pour p.esser de plus eu plus le blocus de Milan.

La France cependant, qui faisait de si grands edons contre l'Italie , était elle-même pressée el en j.rand péril par trois endroits. La Molle des Noyers entra en Champagne avec douze à quinze mille hommes et y pril

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