‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 24 sur 458 · PART XII. THEOL. HISTORIQUE.— II. HISTOIRE DE FRANCE. LIV. XV · texte numérisé non relu

PART XII. THEOL. HISTORIQUE.— II. HISTOIRE DE FRANCE. LIV. XV

îfiS

quelques petites places; les Espagnols avaient trente mille hommes du côté de la Guienne, et les Anglais, joints aux impériaux, attaquèrent la Picardie en pareil nombre : ce qui restait de troupes à la France était bien éloigné de ce qu'il en fallait pour résister à tant d'ennemis ; mais la valeur et l'habileté de ses chefs la sauvèrent. Claude de Guise, gouverneur de Champagne, tomba à l'improviste sur la Molle des Noyers avec sa cavalerie, l'enveloppa et le défit. Les Espagnols, qui croyaient enlever tout d'un coup la Guienne, entièrement dégarnie, furent arrêtés par Lautrec, gouverneur de cette province.

Ce seigneur, maltraité à la cour depuis la perte du Milanais, s'était retiré dans son gouvernement, et quoiqu'il fût abandonné, il ne laissa pas de se soutenir. D'abord il ravitailla Fontarabie et s'enferma dans Rayonne lorsqu'on alla l'assiéger : il soutint iin assaut terrible contre loule l'armée espagnole, quoiqu'il n'eûl pour tous soldats (pie les bourgeois animés de sa présence. Les Espagnols , contraints de lever honteusement le siège, s'en vengèrent sur Fontarabie, que Frauget h ur rendit d'abord ; il fut , quelque temps après , pour sa lâcheté, dégradé sur un échafaud, par le jugement du conseil de guerre.

La Picardie fut en plus grand péril que la Guienne, et la Trimouille eut besoin contre eux de toute sa prudence. Il avait très- peu de monde; mais il sut si bien s'en servir, que les ennemis les trouvaient toujours dans toutes les places d'où ils s'approchaient, en quoi il fut merveilleusement secondé par la vigilance incroyable et la valeur du brave Créqui Ponideiemi , qui se signala dans celle guerre; à la fin, pourtant, les Anglais passèrent la Somme à Rraye; ils prirent et brûlèrent Roye : Montdidier se rendit à eux trou facilement, et ils vinrent jusqu'à la rivière d'Oise, à onze lieues de Paris.

En même temps que le roi y envoya de Lyon le duc de Vendôme avec quatre cents hommes d'armes. La saison était avancée, el les Anglais, qui croyaient engloutir la France, turent contraints de se retirer, sans pouvoir lien conserver de ce qu'ils avaient pris dans la Picardie. Il était environ la Toussaint, et la môme incommodité de la saison, qui avait chassé les Anglais, fatiguait beaucoup notre armée en llalie.

Colonne avait soutenu Milan par sa vigi-. lance et son industrie; car pendant que l'amiral rompait les moulins et détournait le canal, il fit faire dans la ville un si grand nombre de moulins à bras, qu'avec l'abondance de grains que le pays fournissait, le pain ne manqua pas, mais l'argent manquait tout à fait. Colonne, pour en avoir, s'eiait accordé avec le duc de Ferrare, à qui il avait promis de faire livrer Modène en donnant cinquante mille ducats. Le collège des cardinaux , qui gouvernait pendant la vacance, em pécha que celte place ne lût enlevée au Sainl-Siege, quoique cette affaire n'eût pas réussi , les assiégés ne laissaient | as de se

ICé

défendre, el l'armée française dépérissait

tous les jours.

Il arriva encore un autre désordre dans les affaires. L'amiral craignit que les ennemis ne se saisissent du pont qu'il avait fait à Vigevano, par où les vivres venaient dans son camp, et il rappela Bavard pour le garder. 11 ne considéra pas que par ce mo\en ii abandonnait Lodi et laissait les passages tellement ouverts, que Milan recevait avec abondance tous les secours nécessaires; alors il fallut quitter Milan, qu'il n'y avait plus moyen d'affamer, et Ronnivel décampa pour s'alier loger à Biagrassa. Ce poste , éloigné de Milan de quatorze milles, lui parut avantageux, parce qu'il pouvait de là fatiguer la ville, et qu'il n'avait rien à y craindre, étant le maître de tout le pays d'alentour.

Pendant qu'il se relirait, Rourbon et les autres chefs pressaient Colonne de le poursuivre; il ne le voulut jamais, disant qu'il n'y avait qu'à laisser faire l'amiral, qui achèverai l bien tout seul de ruiner son armée. Un peu après la retraite, le côneiave, qui semblait attendre le succès du siège pour élire un Pape, se détermina au cardinal de Méuieis-, qui prit le nom de Clément VIL

Colonne, après avoir délivré Milan, empocha encore Ronnivel de prendre Arone , place d'importance; mais il ne jouit pas longtemps de la gloire qu'il s'était acquise: il mourut vers la lin de l'année, et ne qui'.l* le commandement à Lannoy que la veille ue sa mort. Pescaire fut envoyé pour être son lieutenant, el Rourbon, à qui l'on avait promis le commandement entier de l'armée, fut trop heureux de le partager avec Lannoy.

J1524] Cependant l'amiral ne laissait pas d'incommoder le Milanais dans les postes qu'il avait occupés; mais le Pape, plus agissant que son prédécesseur, lit joindre ses troupes avec le vice-roi, en même temps que l'armée vénitienne et six mille lansquenets arrivèrent aussi à Milan. Quand ces troupes furent arrivées, les impériaux résolurent de se mettre en campagne el se postèrent à cinq milles de Biagrass*.

L'amiral s'était retranché dans un logement très-fort, où il avait pour deux mois de vivres, el espérait que les ennemis se ruineraient par eux-mêmes. Ils prétendaient le faire périr de la même sorle; et Rourbon, très-bien averti de ce qui se passait dans le camp de Ronnivel, les empêcha de combattre; car il savait que l'argent commençait à lui manquer.

Les choses étant ainsi comme en suspens; le château de Crémone fut pris par famine; la maladie se mil dans notre camp, et l'amiral fut contraint de quitter son poste à Riagrassa, en y laissant garnison pour défendre Vigevano que les ennemis al aient occuper. Il leur présenta la bataille qu'ils refusèrent, Verceil, d'où lui venait la plus grande partie de ses vivres, se révolta, et il commençait à craindre; mais un renfort qui lui vint releva ses espérances. Outre cela, Ucnce de Ceri.

d i Mi! s COMPLUTES DE BOSSUKT.

Ibft

baron romain, capitaine e Bn ce temps,

il cinq mille Gris ins le Bergaraas-

que qui devaient se joindre à la garnison de

Lodi, ou faire une diversion dans les terres

\ * M Jean de Medieis, a la léle

- \ Qitiens, prit d< s postes si avantageux, qu'il fin. echa la jonction des Gi isona et les sjissipa.

a «on retour, il fui averti par Bourbon

que Bia;;rassa était en mauvais état, et le

fort i tu ptalre jours. Il realait encore une

i sï . tè l'amiral : c'était le secours des

Suisses, qui descendaient en grand nombre

-: - montagnes i our le joindre. M les

lue temps à Novare, et voyant

que si n armée dépérissa i tous les jours, il

lut d'aller su-devant d'eux. Ils étaient

au nombre de huit mille sur les bords de la

Sessia, qui les séparait d'avec notre année,

it ils hésitaient à la passer, sur ee que le

roi ne leur avait pas envoyé quatre cents

hommes d'. rmes qu'il leur avait promis.

Bonnivet espérait qu'en les joignant il les déterminerait à agir; mais il n'eut pas plutôt décampé, que les impériaux marchèrent après. Lannoi n'en était pas d'avis, il voulait qu'on fil un large passage à l'ennemi qui se relirait; mais Bourbon, qui avait avis du désordre de notre camp, représentait qu'il était aisé de défaire des fugitifs qui avaient encore 5 passer une rivière en leur présence, et il attira Pescaire à son sentiment. Ils résolurent de donner, et ils trouvèrent l'amiral en défense à la queue du dernier bataillon.

En cet état il lui arriva un nouveau malheur ; les Suisses qui étaient dans son armée se débandèrent pour joindre leurs compagnons à l'autre bord. L'amiral, sans perdre de temps, couvrit le désordre avec sa gendarmerie, et soutint vigoureusement le choc <:es ennemis; mais étant blessé au bras droit d'une arquebusade, sa blessure et la crainte de tomber entre les mains de Bourbon , son capital ennemi, lui (il remettre le commandement à Bavard; car le maréchal de Monti orenev , qui avait toujours commandé i "avant- garde en celle campagne, était dénié malade. Ba.\ard, qui avait souvent averti l'amiral de ses fautes avec une liberté digne d'un aussi brave homme qu'il était, lui dit en acceptant le commandement, qu'il tlail bien lard pour le lui donner, et que les affaires étaient sans remède ; mais qu'il servirait sa [aine jusqu'au bout, aux dépens de sa propre vie.

Il donna ensuite ses ordres, et se joignit 6\ec Vandenesse, frère du maréchal de Chabannes; par leur valeur cl par leur conduite l'année passa loul entière. Il leur en coula la vie à tous deux : Vandenesse tomba tout roide d'un coup au travers du corps ; et Boyard, mortellement blessé, après avoir vu la retraite heureusement achevée, se lit met- Ire au pied d'un arbre, le visage tourné vers les ennemis, attendant la mort avec un courage intrépide, et recommandant toujours Ben âme à Dieu.

Le hasard ayant conduit Bourbon au lieu jii il était, il lui cria : « Pauvre chevalier

Bayard, je le piams d'être dans un état .si pitoyable. C'est vous, Monseigneur, repartit Bayard, c'est cous quiètes ù plaindre, vous qui servez contre cotre roi et contre voire serment ; pour moi je meurs en brave homme un senne de mu patrie. » Il mourut un moment après, également regretté des ennemis cl des Français. Pescaire étant aussi accouru au lieu OÙ il était, lui avait-fait dresser une tente, et après sa mort il lil embaumer sou corps et le renvoya avec un grand convoi.

Cependant l'armée continuait sa retraite en bon ordre; quand elle fut en sûreté, les Suisses se retirèrent dans leur pays, et Bonnivet marcha vers la France. Il trouva en son chemin les quatre cents lances qui devaient joindre les Suisses fort complètes et en- bon état, mais venues trop tard, comme il arrivait souvent en ces temps. Après cette retraite il fut aisé aux impériaux de reprendre loules les places du Milanais.

Cette nouvelle fut reçue en France avec une extrême douleur ; Bonnivet n'en parut f>as avec moins de conliance à la cour. Il comparait sa retraite aux p'us belles actions qui eussent jamais été faites à la guerre : toute la cour se moquait de lui ; mais il eut assez d'adresse pour ne point déplaire au roi. Il appréhendait pourtant qu'après avoir ruiné une armée si considérable, on n'osât plus lui confier le commandement, et c'est ce qui l'obligea à persuader au roi d'aller en personne en Italie. Il ne fut point difficile de faire entrer dans ce sentiment un prince qui n'avait rien tant à cœur que la gloire, et qui n'avait été arrêté dans son royaume, en ces dernières occasions, que par des nécessités évidentes. Mais les ennemis étaient plus près que lui, et Bourbon les sollicitait sans cesse de ne point laisser inutile une armée victorieuse; la sai-on leur était favorable, et la terre commençait à se couvrir de verdure.

Les Anglais étaient prêts à concourir avec eux à la ruine de la France, qu'ils croyaient à demi vaincue, Charles et Henri avaient fait un traité par lequel ils partageaient entre eux le royaume. Bourbon y avait sa part, et on avait déjà réglé que, malgré le nom de roi qu'où lui donnait, il serait tenu de faire hommage au roi d'Angleterre. Ce roi devait donner à l'empereur des sommes immenses, ou entrer dans la Picardie avec une unissante armée, auquel cas l'empereur devait lui donner d. s troupes et fournir l'artillerie; mais dans de si grands objets, la principale espérance des deux princes était sur Bourbon.

Il était irrité qu'on eût fait sans sa participation un traité où l'on décidait de sa fortune. Sa colère ne l'empêcha pas d'accepter le commandement, et si l'on eût suivi ses conseils, la France eût eu peine à éviter sa ruine. Il était d avis de passer le Dauphiné, sans assiéger aucune place, et de descendre du côté de Lyon, où il avait ses intelligences. De là il voulait entrer dans les provinces de son domaine, et répandre partout dans sa marche des manifestes contre le gouverne-

lliîl

J'AKT. XII. TIHIOL. ItlSÎORIQtlË. — II. HlST. DEFIANCE. I.IY. XV.

raeiit, on promcltanl au peuplé de le soulager de tous impôts, artifice ordinaire dont

on flatte la multitude ignorante.

Comme il n'y avait presque de troupes en France que les restes de l'armée d'Italie, tout était à craindre d'un tel conseil ; mais le bonheur de la Fiance voulut qu'il ne lût pas suivi. Moncade, que sa souplesse et son habileté à la guerre avaient mis en grand crédit auprès de l'empereur, lui représenta de quelle conséquence il était d'exposer toutes les forces de l'Empire au milieu de la France, sous la conduite d'un rebelle qui serait ravi de faire sa paix avec son roi, aux dépens de l'empereur dont il était mécontent ; il trouvait plus à propos d'assiéger une ville maritime, où la nécessité d'avoir une armée navale partagerait le pouvoir de Bourbon, et il espérait d'avoir ce commandement. Il ne l'ut point trompé dans sa pensée.

L'empereur entra dans son sentiment, et ordonnant è Bourbon d'assiéger Marseille, il donna le commandement de l'armée navale à Moncade. Pour diminuer encore davantage le pouvoir de Bourbon, il voulut que les Espagnols fussent commandés par Pescaire, sous prétexte que cette nation ne se résoudrait jamais à obéir à un étranger. Quoique l'empereur envoyât ses ordres à Bourbon avec beaucoup d'excuses et de compliments, il ne se payait point de tant de belles paroles, et il ne pouvait digérer qu'on lui donnât tant de compagnons, ou plutôt tant de surveillants; mais il n'était plus temps de reculer, et il n'y avait qu'à obéir. Il partit avec cinq cents hommes d'armes, huit cents obevau-légers, et douze mille hommes de pied.

Comme il ne trouva point d'armée qui s'opposât à la sienne, il entra sans peine en Provence, et prit d'abord Toulon et Aix ; là il apprit la mort de la reine. Cette princesse était adorée de tous les Français, et par son propre mérite, et par la mémoire toujours chérie du roi Louis XII, son père.

Bourbon, qui voyait les peuples assez mécontents et encore aigris par ces bruits, se servit de cette occasion pour renouveler ses premiers desseins. II représenta aux Espagnols la Fiance sans armée, les peuples émus et prêts à se révolter, et enfin tout ie royaume perdu, si on avait le courage de l'attaquer. On le laissa raisonner, et Pescaire mit le siège devant Marseille, selon les ordres de l'empereur. Renée de Ceri était dedans avec deux cents lances, et trois mille vieux soldats avec lesquels il se défendait vigoureusement.

Le noi cependant ne s'endormait pas ; après avoir rétabli son armée, il envoya avec i avant-garde le maréchal de Chabannes, résolu de e suivre de près. Les Espagnols n'avaient osé entrer dans Avignon; et quoique le Pape fût peu soigneux de leur donner le secours qu'il leur devait par les haïtes, ils respectèrent son domaine; niais le aiarécha'j qui n'avait pas la même raison de

OEUVRES COMi't. DF BOjSL'KT. NJ .

l'épargner, entra ddiis la pince, sous prételle de la garder au Pape.

Quand les impériaux apnrirenl qu'il était si proche, le trùuble se mil dans leur camp ; d'ailleurs, l'argent y manquait : les états de Caslille et des royaumes voisins, loin d'o troyer à l'empereur celui qu'il leur avait demandé, ne lui avaient présenté que des requêtes pour leur décharge, de sorte qu'il n'avait pu entrer en Guyenne comme il l'avait projeté; le roi d'Angleterre n'était point entré en Picardie. C^s deux prin <■•; faisaient de grandes plaintes l'un de l'autre, et se reprochaient mutuellement de grands manquements de paroles. Ils avaient raison tous deux ; mais le roi d'Angleterre paraissait le plus dégoûté. Le cardinal Volsey, archevêque d'York, principal ministre, commençait à s'incliner vers la France, et tournait de ce coté l'esprit de son maître.

Dans cette bonne disposition, il reçut 1 s envoyés de François, qui, n'ayant affaire qu'en Provence, vint avec toutes ses forces. A son approche le maréchal s'avança à Salon de Craux, qui n'était qu'à huit lieues de Marseille. La terreur redoubla dans le camp des ennemis, et ils furent contraints de lever le siège en grande hâte, après avoir perdu beaucoup de monde et tout leur butin. Le roi ne se conten'a pas de les avoir chassés de son royaume ; il crut qu'en marchant droit à Milan il réduirait aisément tout le pays; l'importance était d'y arriver le premier, et ce prince, pour prévenir la diligence des ennemis, partit sans vouloir écouter personne que l'amiral qui le pressait. Il évita la rencontre Je sa mère, qui , voyant l'hiver approcher, car c'était la mioctobre, venait exprès de Lyon pour rompre son voyage, et il lui manda d'aller à Paris faire vérifier les lettres de régence qu'il lui laissait.

Durant les premiers jours les deux armée? firent presque une égale diligence; mais Pescaire qui connut de quelle conséquence il lui était de joindre promplemeut Lannoy, que les soldats qu'il avait dans le Milanais avaient presque abandonné faute d'argent, tout d'un coup tit une marche de treille milles, pour se jeter dans Pavie où Lannoy Lj rencontra. Là, ils délibérèrent de ce qu'il.avaient à faire, et le vice-roi, ayant laissé un grand renfort à Pavie, sous le commandement d'Antoine de Levé , résolut d'aller a Milan avec le reste de l'armée; mais Moron. qu'il y avait envoyé quelques jouis auparavant pour lui mander des nouvelles, l'empêeiia d'entrer dans une ville que la peste avait désolée, et loin d'y appelerdu secours, il porta le duc Sforce à l'abandonner. Le roi ne larda pas à s'en approcher; mais il n'y voulut] jamais entrer, il se contenta d'y envoyer la Trimouille et d'y mettre une garnison capable de faire le siège du château.

Cela fait, ii assembla le conseil de guerre ; la (in du mois d'octobre approchait, et il lui était d'Une extrême importance de bien employer le temps. Jean Sfuari, duc d'Albanie, les maréchaux de Cliabannes ni de Fois, a

I YRES I l)MPI lll s DE itossi I I

ni

ton- ps vieui officiers, étaient d'avili que, sans s'arrêter à un siège, |>as uiôme à celui du château de Milan, ou lit marcher la Triinoutlle avec toutes tes troupes pour accaes ini| éi iaui pendant qu'i s fiaient en désordre; mais Bonnivel l'emporta sur lant de grands h mmes, et, contre la pluralité ris, il lit entreprendre le siège de \ - les impériaux commencèrent à se isurer. Ils étaieel dispersés en divers enoits en grande crainte et presque sans t ivres; le Pape el les Florentins lesamu- . ni de belles paroles, les Vénitiens n'en faisaient guère plus, Dans un si triste état, (élut pour eus un coup de salut que de leur donner le temps do respirer. Le roi, qui croyait emporter facilement Pavie, la lit battre avec tant de vivacité, qu'il y eut brèche au bout du deux jours. Connue on allait à Tassant, on découvrit du haut des ruines, nue Levé avait l'ait creuser un nouveau fossé, garni d'arquebusiers et hors d'état d'être forcé. Il fallut se retirer, et le maréchal de Foix lit une seconde tentative aussi inutile que la première ; ainsi on résolut d'aitaquer la ville d'une autre façon.

Vn côlédes murailles était défendu par un bras du Tésin ; et parce qu'il n'était pas i:uéable, on n'avait pas cru nécessaire de fortifier la ville de ce côté-là. On entreprit de le détourner, et on commença pour cela de grands travaux. Cependant le duc de Bourbon, qui vit que le siège tirait en longueur, n ni qu'il aurait le loisir de faire des levées en Allemagne pour venir attaquer le roi avec plus de forces; il n'avait point d'argent, et l'empereur n'était point en état d'en fournir; mais le duc de Savoie engagea jusqu'à ses pierreries pour lui en faire trouver.

On ne sait pas par quel intérêt ce duc se laissa gagner contre sa sœur, mère du roi, el contre ce prince, son neveu, qu'il avait jusqu'alors tendrement aimé ; on sait seulement que depuis qu'il eût épousé l'infante de Portugal, parente de l'empereur, il changea bientôt pour la France. Avec l'argent que Bourbon eut par son moyen, il se lit bientôt considérer en Allemagne, où il gagna aisément Fronsberg, luthérien emporté, qui ne demandait qu'à passer en Italie pour avoir occasion de faire la guerre au Pape. Par le moyen de cet homme, qui avait beauci upde ciédit,il levaitdes troupes en grande hâte, craignant toujours que les Espagnols, qui manquaient d'argent, n'abandonnassent Pavie, ou que le roi ne fût contraint de se retirer avant son retour; ma. s les affaires du siège allaient lentement, et le roi ne s'opiniâlrait pas moins à le continuer.

On s'était tourmenté en vain, durant trois semaines, à détourner la rivière qui, enflée des pluies et des neiges, emporta tout à coup l'ouvrage de trente mille pionniers. Celte lenteur du siège donna lieu à de grandes négociations ; le Pape fit sonder les sentiments de Lannoysur la trêve; et comme il ne l'en trouva pas éloigné, il le fit consentir, lui et ses toi lègues, qu'elle se ferait pour

cinq ans, en laissant au roi les places de deçà l'Aude, excepté Lodl. Il n'y avait rien ce plus avantageux pour la France que cette iirw, qui dégageait le roi honnêtement d'un

siège aussi hasardeux que celui de Pavie, cl lui laissait la partie du Milanais la plus grande, la plus fertile et la plus voisine <.k la France; mais Bonnivet s'y opposa.

Il ne cessait de représenter au roi, qui n'était que trop aisé à se piquer d'honneur, quelle gloire ce lui serait de réduire une ville aussi importante; ainsi, sans songer aux incommodités de la saison et au dépéi issement des troupes, on ne pensa qu'aux moyens de continuer le siège. Tout ce (pie put faire le Pape, fut de s'accorder avec le roi, qu'il croyait le plus fort, en faisant ligue offensive et défensive avec lui, à condition qu'il protégerait )o Saint-Siège, l'Etat de Florence et la maison de Médicis. Le traité était fait pour la vie des deux contractants, et devait être tenu secret jusqu'à ce qu'il plût au Pape do le découvrir. Le roi se tenant fort par cet accommodement, conçut de'nouveaux desseins.

Quoiqu'il eût besoin de toutes ses troupes devant Pavie, il envoya le duc d'Albanie vers le royaume de Naples, avec six cents hommes <J'armes et dix mille hommes do pied. Il prétendait par là ou prendre ce royaume au dépourvu, ou obliger Lannoy à lui abandonner le Milanais. En etfet, il fut tenté de quitter tout pour aller au secours du royaume de Naples, qu'il appréhendait de voir périr durant qu'il en était vice-roi ; car le Pape, après avoir fait ce qu'il pouvait pour détourner le roi de cette entreprise, avait été obligé de donner passage à nos troupes, ens'excusant envers Lannoy le mieux qu'il put; ce qui n'empêcha pas que Pescaire ne fit résoudre dans le conseil qu'on s'attacherait à la défense du Milanais, comme à l'affaire capitale, en envoyant ordre aux gouverneurs, dans le royaume de Naples, de tenir le plus qu'ils pourraient.

Le même Pescaire fut cause qu'on refusa une trêve que le roi n'eût pu refuser. Elle lui laissait les places qu'il avait prises, et séuuestrait celles que tenaient l'empereur et le duc de Sforce, jusqu'à ce que, par une paix, on eût assuré le duché à un second ou troisième fils de François. Pescaire empêcha cet accord trop désavantageux aux affaires de son maître ; et le Pape, à l'occasion de ce refus, déclara le traité qu'il avait l'ait avec le roi.

Ce traité nous apporta de grands avantages. Les poudres nous ayant manqué, le duc de Ferrare en fournit avec toutes les munitions nécessaires, et le convoi passa dans les terres du Pape, malgré les plaintes des impériaux. II arriva encore au roi une chose heureuse : Moncade, qui avait pris Savone, el qui, s'étant rendu maître de la rivière de Gênes, empêchait les secours de France tout préparés à Marseille, fut pris lui-même par André Doria, et sa flotte dissipée; après quoi Renée de Céri joignit le duc d'Albanie i;u delà de l'Apennin.

[152o] Cependant les impériaux n'étaient pas sans espérance. Maigre les rigueurs do l'hiver, le duc de Bourbon s'approchait avec cinq cents chevaux et six mille hommes (Je pied, eu attendant de plus grandes troupes. Lannoy s'avança a Lodi, et y assembla son armée, composée de dix-neuf à vingt mille hommes, entre autres de seize mille d'in- Canterie espagnole et alleman le, îles meilleures troupes du monde. Pour se donner lo loisir d'attendre le due-de Bourbon, ils liront par adresse entrer dans la place quelques tonneaux pleins d'argent, et apaisèrent les lansquenets, qui commençaient à se mutiner.

Enfin Bourbon arriva avec ses Allemands, et aussitôt après les généraux résolurent d'attaquer les lignes. Ils prétendaient ou donner bataille, s'ils le pouvaient avec avantage, ou en tous cas forcer un passage et rafraîchir les assiégés. La difficulté était d'engager au combat des troupes à qui on n'avait point d'argent à donner. Il fallait user d'artifice : PesCaire persuada aux Espagnols que les Allemands voulaient commencer l'attaque, et qu'il les fallait prévenir. Bourbon excita les Allemands par un discours semblable qu'il leur fit des Espagnols, et ces deux nations allaient au combat à l'envi l'une de l'autre; pour profiter de leurs bonnes dispositions, les généraux résolurent de camper à Lodi. Ils prirent en passant le château de Saint-Ange, poste important qu'un Italien gagné leur abandonna, et vinrent se loger près de notre armée, qu'ils fatiguèrent, durant quinze jours, par des escarmouches continuelles.

Le roi commençait à regretter les troupes du duc d'Albanie, qui Défaisaient qu'un bruit inutile. Il payait, à- la vérité, une grande armée ; mais par la négligence des officiers principaux et l'avarice des autres, il s'en fallait beaucoup que ses troupes fussent complètes : il fut contraint de rappeler la Trimouilte, avec une partie de la garnison qu'il avait à Milan ; mais en même temps six. mille Grisons le quittèrent, rappelés par leurs supérieurs, à qui la surprise d'une de leurs places donna l'alarme. Voilà à quoi l'on s'expose, quand on met sa confiance dans les étrangers.

Un peu après, le roi eut avis qu'un renfort de quatre mille hommes, qui lui venait de Savone, avait été défait dans l'Alexandrin par la cavalerie du duc de Milan. Après tant de fâcheuses nouvelles, la Trimouilte, les généraux, tous les vieux officiers de l'armée et le Pape, conseillaient au roi de se retirer sans donner bataille et sans attendre les ennemis, qui étaient plus forts que lui : ils l'assuraient que cette retraite ne serait pas pour longtemps, parce que l'armée ennemie, composée de tant d'étrangers, que l'argent seul amenait, le voyant manquer sans ressource, se dissiperaient en quinze jours.

Le roi, qui avait dit si souvent qu'à quelque prix que ce fût il prendrait Pavie, aima mieux hasarder toute son armée et sa pro-

Page 1