DE M. DE MENIZE , GENTILHOMME ÉCOSSAIS, AMI DE MILORD PERTH
Il envoie à Bossuet la lettre précédente de milord.
La lettre que je prends la liberté de vous envoyer est d'un de vos admirateurs et mon cher patron, le comte de Perth, milord chancelier d'Ecosse. C'est, Monseigneur, une des plus grandes marques de son amour et de l'amitié dont il m'a toujours honoré, que de me vouloir présenter à une personne que tout le monde admire, et qui semble être i'aite tout exprès pour honorer notre siècle.
Une indisposition m'a fait garder la lettre quelques jours, et m'a empêché d'avoir l'honneur de la porter moi-même. Mais , pour vous dire franchement la vérité, Monseigneur, je n'osais fias me produire à un si grand jour, et je n'ose pas encore, sans vous demander pardon par avance, de vous présenter une personne si indigne de votre connaissance, qui ne sais pas encore parier de suite six mots de français , et encore moins de bon sens, et qui ne vous apportera rien que des occasions d'exercer votre patience et votre humilité. Tout le mérita que je pourrais avoir auprès de vous, Monseigneur, c'est d'admirer de plus pies cette profonde érudition, cette candeur, cette justesse de pensées, et toutes ces grandes qua-
(591) Carolus Mauritius le Tellier.
PART. XIV. LETTIŒS DIVERSES
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lités qui vous ont tant fait renommer dans la république des lettres et dans toutes les religions. A la vérité, Monseigneur, j'ai commencé de vous admirer au môme âge que j'ai commencé déjuger; car, quelque scylhique que soit notre pays , votre réputation , vos écrits se trouventcn grande vénération dans les montagnes et les neiges de celle ullima Icllus ; et mon cher ami et patron est témoin que vous avez poussé vos victoires où les Romains mêmes autrefois ne pouvaient pas porter leurs armes.
Je vous demande mille pardons, Monseigneur, pour la liberté que j"ai prise de vous écrire : sitôt que ma santé me permettra, je viendrai pour avoir l'honneur de vous voir, et pour être auditor tantum: c'est par nécessité, parce que je ne saurais pas parler. J'ai honte de n'avoir pas encore appris le français : et les agitations continuelles de cette violente usurpation m'ont fait oublier le pou que je savais de quelque chose que ce soit, aussi bien que mon latin. Mais vous, Monseigneur, que le Dieu de la nature a fait d'un limon bien différent de celui du reste des hommes, vous aurez, s'il vous plaît, la bonté de m'excuser et de pardonner la faiblesse en considération du respect et de la vénération avec laquelle je vous assure, en fort mauvais français, mais de fort bon cœur, que je suis, etc.
DE MeNIZE.
EPISTOLA CCXXXIIÏ.
AD CARDISALEM DE AGUIRRE
Quantum exoplet ut sui ipsius nepos cardinalis aspectu frualur, suamque erya cum animi observantiam ei studiose a périt.
Nihil mihi unquamfuil optatius, Eminentissime Cardinahs, quam ut in Urbem profecturus fratris mei filins tuo conspectu frueretur, meque et se totum tuura in sinum cffunderet : sin, quod nolim, abes, quoad fieri poterit, quocunque loco versabere, votis saltem ar.desideriis sequeretur. Te enim, Eminentissime Cardinalis , ut Ecclesiae lumen morumque ac piotatis exemplar in psctore gerere, in bore habere non cesso, sammoque te honore, ac, si liberœ vocis simplicilatem admittis, amore prosequi certum quoad vita supereril. Quarc etiam atque rogo, ut etiam me libi addictissimum solita benevolentia cohoneslatum velis. Vale.
Parisiis, 15 Martii 1696.
EPÏSTOLA CCXXXIV.
CARDINALIS DE AGUIRRE
Deprœlatinepole mcnlionemfacit, ipsius scri-
(502) Ludovicus Anlonius de Noailles.
(595) Caesar du Camboust de Çoislin.
(594) L'année précédente 1095, le 17 septembre, la congrégation de l'Inquisition avait condamné un livre de M. Baillel, De la dévotion à la sainte Vierge, et du culte qui lui est dû, imprimé à Paris en 1693. Elle proscrivit parle même jugement V Année chrétienne de M. le Tourneux. L'inquisition d'Espagne rendit la même année, le 11 novembre, un décret contre les Actes des saints , de Bollandus, des mois
pta Inudal ; eumque ac cœteros EccleciœGallicanœ prœsules, ut pro e lesiaslica disciplina morumque doctrine lutiori erudilion'ts vires exerant, adhortatur,
Pergralum mihi fuit, Illustrissime Prœsul, légère lilteras tuas amoris et bonoris
plenas, quas exhibuit dominus nepos tuus ex fralre , semel et iterura a me admissus libenter admodum, et cum eo affectu quo par crat. Interea prosequebar leclionem aurei tui libri, quo Gai lice lueris Ilisloriam Variationùm jam ante editam adversus heterodoxos quosdam , et prœseriim Jurieum. Has lucubraliones tuas, et quasda-m alias ejusdem fere argumenti, légère, aut saltem audire mihi jamprideoa in deiiciis fuit. Gaudeo enim, non solum olim, sed etiam modo gravissimain Ecclesiam Gallicanam tam insignes praesules simul et scrip tores habere, qui fidem calholicam adeo fortiter et crudité tueanlur adversus quaslibet novatorum calumnias, imo et deliramenta.
Prœterea mihi admodum placet tam in scriptis tuis, quam inaliis recentibus modernorum Galliœ prœsulum ac doctorum légère plura ad disciplinam ecclesiasticam, et doctrinara morum tutiorem spectantia, quae quotidie in omnibus fere regnis et nationibus magis ac magis vigenl inter scriptores magni nominis. Oportet certe in bac parle exerere amplius et uberius sacra eruditionis vires, quibus abundas, simul cum illustrissimes antistitibus Rhemensi et Abrincensi, quos jam diu impense diligo ac veneror. Idipsum spero de îllustrissimis prasulibus Parisiensi (392) et Aurelianen-i (393J , dudum mihi ex fama et communi aaslimatione notis, quos velim, si occasio fuerit, salutes noiniue meo.
Interea jam a multis mensibus, Dco favente, fruor et frui spero optata .^alute, cujus defeclum postremis hisce annis passus fui Romœ ac Neapoli. Epilepsia illa, qua cxcruciabar interdum cum magno vit.e discrimine, cessavit jam a multis mensibus, et censetur , juxta dispositionem pressente m quotidie amplius confirmatam, minime reditura. Vale, Prasul doctissime ac piissime, meque inter veneratores tuos et amicos recense, et in sacriticiis ac oratinnibus tuis ac tuorum mei apud Deum mémento.
Roma?, die lOjulii 1696.
LETTRE CGXXXV.
A M. L'ABBÉ RENAIDOT.
Sur quelques sentences de l'Inquisition.
Je vous rends grâces, Monsieur, de la copie des sentences des Inquisitions (39i). Le dépôt
de mars et d'avril, publiés par les Jésuites d'Anvers. Le motif de la censure était qu'ils révoquaient en doute les visions et révélations de Simon Sloek, grand-promoteur de la confrérie du Seapuiaire de la sainte Vierge. L'empereur Léopold écrivit au roi catholique, pour se plaindre de celte censure, précisément, comme le dit Uossuet, parce qu'elle eiau contre les Jésuites ; mais la défense, qui excluait leur - d'Espagne, ne l'ut levée qu'en 17i5.
il-il pas bien en île telles mains ?
!> eu raillera sur s< n !'.Ji»e, qui a bieu besoin tic ses bontés. Ces! encore une autre merveille, que l'empereur ne trouve rien à - censures, sinon qu'elles sont contre lee Jésuites. Ifandei-moii .Monsieur, je roui prie, i voire loisir, comment notre «un e>t content de la Trappe. Je suis a vous, Honsieur, comme vous savez.
a Meaux, ce 25 juin 1696.
ii r nu: ccxxxvi.
v M IV^ILI., DOCTKLR DE SORBONNE.
Sur If frèrt de ce docteur, et les erreurs de Faydit.
J'ai reçu, .Monsieur, avec une sincère reconnaissance, le témoignage de l'amitié de votre famille, dans votre lettre qui m'a rendue par M. votre frère (395). Il continue toujours à honorer son ministère, et
-t l'exemple de notre Eglise.
il est vrai que le malheureux Faydit, après avoir si longtemps souillé sa plume impie et licencieuse dans toutes sortes d'emportements et d'erreurs, s'est fait prendre enfin pour avoir osé publier un livre abominable sur la Trinité (39G), où il a poussé le blasphème jusqu'à dire qu'il y a trois Dieux. J'ai ce livre, et il ne faut pas vous fatiguer à m'en envoyer des extraits : il est monstrueux en toutes ses parties. On a vu que pour le bien de l'auteur, et pour celui de t >ute l'Eglise, il était bon de l'enfermer, et M. de Paris a remis entre les mains de Desgrets un ordre du roi pour le mettre à Saint-Lazare. M. de la Reynie l'avait déjà fait arrêter, l'ayant trouvé débitant lui-même ses ouvrages. 11 serait digne sans doute d'un plus rigoureux châtiment, s'il n'y avait autant de folie que d'erreur et d'impiété dans ses écrits. Je suis avec l'estime que vous savez, etc.
A Meaux, ce 3 août 1696.
LETTRE CCXXXVIL