‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 25 sur 458 · II. I1IST. DE FRANCE. LIV. XV · texte numérisé non relu

II. I1IST. DE FRANCE. LIV. XV

pre personne que de reculer. Bonnivet raffermissait dans celle résolution, disant qi .. le moindre pas en arrière ferait tomber lu courage aux Français, accoutumés à craindre l'ennemi, si on ne les obligeait à lécher* cher, ou du moins à l'attendre. Cependant il était vrai que l'argent manquait aux impériaux, et qu'ils craignaient tous les jours que leurs troupes ne se débandassent ; pour empêcher ce malheur, ils crurent qu'il n'y avait point de temps à perdre, et résolurent de donner Ja nuit du ±\ février, fête de saint Mathias, jour que les impériaux estimaient heureux, parce que c'était celui de la naissance et de l'élection de l'empereur.

Ils marchèrent contre notre armée, qui était avantageusement postée, retranchée de toutes parts de bons fossés, et défendue du forts vers les endroits les plus faibles. Lo liane droit avait pour défense, aveede grand : fossés, les murs du parc de Mirabel, maison de plaisance des ducs de Milan. Le roi était logé dans le parc, et tellement retranché* qu'il ne pouvait être forcé; il avait résolu dans le conseil de ne point hasarder sa personne, et sans sortir de son fort, d'envoyer de là tous les ordres où il serait nécessaire; du reste on ne voulait point en venir à un.: bataille, mais défendre seulement l'endroit que les ennemis voudraient forcer. Ils commencèrent à donner l'alarme par plusieurs feintes attaques dans les quartiers les plus éloignées de Mirabel, ayant des chemises blanches sur leurs armes, pour se reeonnaître.

Deux heures devant le jour, ils rompirent soixante brasses des murs du parc, et y entrèrent d'abord avec deux mille arquebusiers et quelques compagnies de ehevau-

legers.

Leur armée était partagée en quatre bri gades, dont la quatrième faisait le corps de réserve. Ils avaient trouvé moyen d'avertir Antoine de Levé de leur dessein, et ils lui donnèrent le signal dont on était convenu. Le choc commença par Ferrand de Gastriot, marquis de Saint-Ange, qui, soutenu de trois bataillons, gagnait le château de Mirabel, dont il voulait se sais r, laissant à gauche le roi, qui était trop fort pour être attaqué ; deux compagnies de gendarmes sortirent pour leur résister.

Comme ils avaient à passer à la tête de notre armée, et que notre artillerie les foudroyait et leur emportait des files entières, ils se couchaient sur le ventre, sans éviter le canon, qui les voyait d'une éminence, et ils couraient à la file, pour gagner un vallon qui les eût mis à couvert. Cependant le marquis de Saint-Ange perdit son meilleur officier, et sa brigade parut ébranlée. Pescaire vint le secourir, mais le maréchal de Ciiabannes, qui commandait l'avanl-garde, étant sorti en même temps, poussa un gros d'Espagnols dont il enclona le canon; la brigade du duc de Bourbon fu! encore plus maltraitée par les bandes noires,qui, l'avant autrefois extrêmenient.aimé, l'avaient eu horreur deouis sa Févolte. NuLe

(X ! vi;i s COMPLETES DE BOSSUET.

UDon faisait de tous - M terrible,

et J s de Genouillac, seigneur d'Assièr.

mettre de l'artillerie, se promettait lui seul de défaire les ennemis, quand le roi, qui >ra n lés, se persuada qu'en pa ■ raissant il rendrait la victoire indubitable.

Il sortit doncdeson tort, et se rail malheureusement entre son artillerie et les ennemis. Ainsi le canon se lui : les impériaux rasa tournèrent tôle contre le roi ; la

, i ie les poussa d'abord, et le mariiitiâ de Saint- knge fut tué, quelques-uns disent .1" la main du roi ; mais il n'a pas besoin d'éloges douteux. Mois la mêlée fut h milieu du tumulte Pescaire lit ooer deux mille arquebusiers choisis, qu'il avait mis en croupe derrière la cavalerie i s| agnole; leur décharge fut furieuse, cl li - !i .mais virent à leurtour leurs rangs éclaircis. Lave sortit de sa place, et les prit par derrière ; l'aile droite deux fois poussée fui tieux fois ralliée par le maréchal de Chabannes. Au troisième choc tout plia, le cheval du maréchal fut lue sous lui; et ce vieillard iiitré| ide, abandonné des siens, se jelail dans les bataillons suisses pour combattre à pied avec eux. 11 fut pris par un Italien, è qui un Espagnol le voulait ôter, et plutôt que de le laisser entre ses mains, il le tua.

Eu môme temps le duc d'Alençon, voyant l'ai e droite défaite, se relira sans combattre, avec l'aile gauche qu'il commandait, et alla mourir fi Lyon de honte et de désespoir. Sa retraite perdit l'armée de France; les Suisses, qu'il devail couvrir avec sa cavalerie. voyant qu'il tournait ie dos, se crurent trahis et prirent la fuite. Le roi, qui avait perdu avec eux sa principale espérance, restait avec les seuls lansquenets, au nombre de quatre ou cinq mille, avec lesquels il marcha tète baissée contre l'ennemi; ils furent bientôt accablés par la multitude.

Là périrent auprès du roi un grand nombre de seigneurs, parmi lesquels se trouva ia Tri mouille, ce grand capitaine, âgé de soixante et quinze ans, heureux en tant de combats. Le marquis de Saint-Séverin, grand écuyer, porté par terre d'un coup mortel, vit Langey qui venait à lui pour le relever, et lui cria qu'd allât au roi ; que pour lui il n'avait plus besoin de rien. Le maréchal de Foix, blessé pareillement à mort, voulait, avant de mourir, venger sur Bonnivet les malheurs de la France; mais les ennemis l'avaient prévenu, el l'amiral était tombé mort : tout le reste des seigneurs fut pris ou lue.

Le roi, ayant eu son cheval lue sous lui et étant blessé à la jambe, combattait à pied avec uns poignée de gens, et ne voulait pas se rendre, jusqu'à ce que, Pomperan l'ayant reconnu, malgré la poussière elle sang dont quelques blessures l'avaient couvert, il écarla la multitude qui l'entourait, et ni approcher Lannoy à qui le roi se rendit. Le maréchal de Montmorency, envoyé la veille pour garder un poste, élail retourné au bruit du canon pour servir son ma'ilre : il arriva

trop tard pour combattre, et seulement assez iôi pour raccompagner dans la prison.

Parmi les prisonniers se trouvèrent le roi

de Navarre, le comte de Saint-Paul, prince du sang, Fleurange, la Hoche du Maine, Montpezal et plusieurs autres qui s'étaient signalés dans le combat. Trivulce, qui commandai! à Milan, n'eut pas plutôt appris celle nouvelle, qu'il s'enfuit avec tous ses gens, et le propre jour de la victoire le Milanais fut délivré de tous les Français.

[]n prisonnier do cette importance, tombé inopinément entre les mains des impériaux, étonnait ceux qui l'avaient pris. Son malheur lui attirait du respect, el les Espagnols, qui venaient avec empressement pour le regarder, regrettaient de n'avoir point un lel roi, et murmuraient contre l'empereur, qui, parmi tant de guerres, demeurait tranquillement dans son royaume, se contentant do combattre par ses lieutenants.

Pescaire l'aborda avec beaucoup de soumission et de modestie, environné des principaux ofïiciers. Le roi, l'ayant reçu avec un air plein de douceur et de majesté, loua hautement sa valeur, quoique fatale à lui et aux siens, et dit qu'il croyait qu'un si honnête homme porterait l'empereur à user modérément de ses avantages. Il déclara que, pour lui, il n'enviait pas à ce prince les victoires que la forlune donnait, mais l'occasion d'exercer sur un roi vaincu une générosité digne de deux si grands princes.

Tout le monde était ravi de voir un roi de trente ans porter si constamment une si mauvaise fortune. On le traita toujours en roi, et lui aussi ne rabattit rien de sa grandeur Le duc de Bourbon s'étanl approché à genoux à un souper pour lui présenter ia serviette , quelques-uns disent qu'il la reçut par politique; mais la plupart assurent qu'il la refusa avec un juste dédain, et le dernier est plus convenable à son humeur franche et à j>a lierlé naturelle.

Cependant le vice-roi était en peine où i. renfermerait son prisonnier : il eût bien souhaité qu'on eût pu le transporter à Naples ou en Espagne ; mais il n'osait l'y faire passer par mer, dans ia crainte que les galères et les vaisseaux du roi ne l'enlevassent. Il lui paraissait aussi dangereux de le laisser en Italie, où il prévoyait qu'il se ferait bientôt de grandes cabales pour sa délivrance : il ne trouvait pas même de sûrelé à garder dans l'armée un prince dont l'abord gagnait tout le monde, et l'espérance de sauver un si grand roi, dont la libéralité était si connue, pouvait tenter les soldats mécontents faute d'être payés. Enfin, il résolut de le faire promptement conduire à Pizzighitone, château fort du Milanais, en atténuant les ordres de l'empereur et les ouvertures que le temps pouvait donner.

La nouvelle de la défaite et de la prise du roi vola bientôt de tous côtés; toute l'Italie en trembla el craignit qu'une victoire si complète ne lui donnât bientôt un maître. Le duc d'Albanie s'arrêta tout courl, et lui

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[|ui, auparavant, menaçait Naples, no son- En Espagne, on croyait la France déjà jetait plus qu'à la retraite. conquise, et on ne parlait qui.' de la monar- Dans une si terrible conjoncture, les Vé- chie universelle; mais plus les desseins de niliens furent les premiers à prendre une l'empereur étaient vastes, plus il témoigna vigoureuse résolution, et proposèrent au de modération. Aussitôt qu'il Sut la nou- Pape de se joindre à eux pour tomber velle, il alla en rendre grâces à Dieu, coniproraptementsur les impériaux, pendant que raunia le lendemain, et fui en procession leurs troupes étaient affaiblies par le coin- à l'église de Notre-Dame, hors de Madrid ; bat, et qu'étonnés eux-mêmes d'un si grand du reste, il défendit toutes les marques de succès, ils ne savaient encore ce qu'ils réjouissance, disant qu'on ne devait se réavaient a faire pour en profiter. Le Pape, jouir que des victoires remportées sur les touché de leurs raisons, donna d'ahord sa infidèles. Il répondit dans le môme sens aux parole pour l'union qu'ils lui proposaient; compliments que lui faisaient les ambassamais l'archevêque de Capoue, son nonce, re- deurs; il reçut bien même ceux des Véuivinl en même temps d'auprès de Lannoy, liens, leur déclarant toutefois qu'il ne les chargé de belles promesses; et le Pape, qui croyait pas sincères ; enfin il témoignait à craignait tout des victorieux, fut ravi de fi- tout le monde qu'il voulait, en donnant la nirses craintes par un accord. Il ne put per- paix, rendre commune à toute la chrétienté suader aux Vénitiens de s'engager aux con- la victoire qu'il avait gagnée en particuditions que le vice-roi leur proposait ; mais lier.

le reste de l'Italie suivit l'exemple du Pape, Les avis furent partagés dans son conseil,

et même acheta la paix par de grandes soin- sur ce qu'il devait faire de la personne du

mes, que Lannoy employa à payer l'armée, roi; l'évoque d'Osma, son confesseur, lui

Toutes ces choses se firent bien vite et fu- conseillait de gagner le roi, en lui donnant rent presque rapportées en même temps à la sa liberté et sa sœur Eléonore en mariage : régente, avec la prise du roi, son (ils. Il il lui représentait la gloire immortelle qui n'est pas besoin de dire quelle fut la cons- suivrait une si belle action, au lieu que la ternation de toute la Franco: le roi pris, rigueur qu'il exercerait envers son prisontous les chefs tués, la Heur de la noblesse nier mettrait toute l'Europe contre lui, et et des troupes taillée en pièce, le royaume donnerait moyen aux luthériens d'infecter le en alarme, épuisé d'hommes et d'argent, les reste de l'Allemagne.

vainqueurs puissants, l'Italie réduite à leur On dit que son secrétaire Galtinara lui cou-

obéir, l'Angleterre unie avec eux, faisaient scilla, au contraire, de tenir le roi dans une

craindre à la régente une irruption et met- perpétuelle prison, et de se rendre le seul

taient l'Etat en péril. mailre de la chrétienté, pour opposer aux

A cela se joignaient les soins du dedans : Turcs une plus grande puissance. Le duc

elle n'était pas aimée, et le chancelier sa d'Albe proposa un avis mitoyen, qui fui

créature, qui était haï au dernier poinl, suivi par l'empereur : ce fut de faire ame-

rendait son gouvernement odieux. Elle avait ner le roi en Espagne, s'il se pouvait, et de

mandé les princes du sang et les gouver- ne le relâcher qu'en tirant de lui quelques

neurs des principales provinces, entre au- provinces, avec une grosso rançon, capable

1res Charles, duc de Vendôme, gouverneur d'épuiser la France d'argenl.

de l'Ile-de-France et de Picardie, et premier Sur cet avis, l'empereur lit partir le comie

prince du sang par la mort du duc d'Alençon de Bure, tils du comte de Keux, pour visi-

el par la condamnation du duc'de Bourbon, ter le roi de sa p.irt et lui proposer ces ccu-

Ce prince, passant à Paris pour se rendre ditions,de lui céder la Bourgogne, de renonà Lyon, fut sollicité par les principaux du cer aux souverainetés de Flandre et d'Ar» parlement de la ville à prendre en main le lois, et à toutes ses prétentions sur l'Italie, gouvernement, comme lui appartenant de de donner la Provence au duc de Bourbon droit, et l'assuraient que Paris, qui donnait par-dessus son apanage, et de payer au roi le branle à toutes les villes, le reconnaîtrait ; d'Angleterre tout ce que l'empereur lui demais il vit les partialités qui naîtraient de vait. Voilà à quoi aboutit cette grande mocetle entreprise, et déclara, au contraire, délation et ce grand désir de la paix que qu'il donnerait l'exemple atout le monde l'empereur avait témoigné, d'obéir à la régente. Sa modération sauva Le roi d'Angleterre avait bien cru qu'il l'Etat, et la régente, qui en reconnut lo ir.é- n'y aurait rien de modéré dans ses conseils, rite, régla les affaires par ses conseils. et aussitôt après la prise du roi il avait pris

La première chose qu'il conseilla lut fû- une secrète résolution de se tourner vers la

cheuse, mais nécessaire : ce fut d'augmenter France. Car, quoiqu'il eût témoigné d'abord

les impôts, parce que les finances étaient de la joie, et publié qu'il allait descendre en

épuisées. L'argent fut employé à lever de Picardie, il ne le lit que pour contenter se^

nouvelles troupes, dont la régente garnit les peuples et satisfaire en apparence à l'al-

î'rontières; elle envoya eu même temps des liance qu'il avait faite avec l'empereur,

vaisseaux pour recevoir l'armée du duc. d'Al- Le cardinal do Volsey n'était pas moins

banie, que l'Italie chassait de tous côlés, et bien intentionné : l'empereur, qui jusqu'a-

dépèchaen Angleterre, pour voir si la pro- lors l'avait extrêmement ménage jusqu'à lui

digieuse puissance de l'empereur ne donne- écrire de sa main et à se qualifier son tils

rail point quelque ombrage a Henri. 'loi fut dans toutes ses lettres, changea tout à fail

Perdre qu'on donna aux affaires du royaume, de style après la bataille Je PaYiej ce qui

|ua la eardlnèl <i le Fortifia dana le dessein • I rance : ainsi l'envoyé de Ki régente fui bii n reçu, cl il se i ûoclul enis deux rois unu nlliance / »»i r laquelle le , i d' Angleterre lit exprimer qu'on ne pourrer aucune» partie du royaume, teile do ra< heter le roi.

De| uis i e temps, il ne tii que chercher un I rétexle Be rompre avec l'empereur, en lui proposant de foire un partage du royaume de France entre eux; mais comme ce qu'il ohoisissail i our lui était sans comparaison meilleur, l'empereur comprit son dessein al ne voulut rien conclure. Aussitôt le roi d'Angleterre licencia l'armée qu'il tenait jndre en France, et loin de demander aucun dédommagement à la régente, il t'obligea à l'assister d'hommes et d'ar-

:it.

Si l,i régente se fût avisée d envoyer d'abord en Halte, elle eût pu empêcher le traité du Pape; mais son envoyé le trouva déjà engagé avec le vire-roi. L'affaire demeura pourtant en quelque façon en suspens, parce juo l'empereur refusa de ratifier quelques articles; ce qui obligea le Pape à ne pas les ratifier de sa part.

A l'égard des Vénitiens, pendant qu'ils disputaient des conditions avecLannoy, le jeune Selve, envoyé de France, (ils du premier président, leur apprit le traité conclu avec l'Angleterre. Aussiiôt ils reprirent cœur; et loin de s'engager, ils rappelèrent Pesaro, qui négociait de leur part avec Lannoy.

Les affaires étaient en cet état, quand les propositions de l'empereur furent apportées à Pizzighitone. Le roi les rejeta avec une hauteur digne de lui, et répondit qu'il aimait mieux mourir prisonnier, que de consentir à des propositions si honteuses. Il dit même qu'il s'étonnait qu'on lui demandai des provinces, puisqu'outre qu'il n'avait pas la volonté d'en céder aucune, il n'en avait pas le pouvoir; que les rois de France étaient obligés, par 1k serment de leur sacre, à ne rien aliéner de leur couronne, el que de telles aliénations étaient nulles par les lois fondamentales du royaume.

Au lieu de ces conditions, il offrit de rétablir le duc de .Bourbon, et de lui donner sa sœur, veuve du duc d'Alcnçon, d'épouser la reine Eléonore et de reconnaître le duché de Bourgogne comme tenu en dot de cette princesse. L'ouverture de cette proposition fut lâcheuse, et donna lieu d'insister sur l'aliénation de la Bourgogne. Le maréchal de itnoiciH y fut élargi, pour aller faire avec Bure ces propositions de l'empereur, ii qui la régente les fit porter en même -, de la part du conseil de France.

Lannoy était cependant dans de grandes agitations sur ce qu'il ferait de son prisonnier. Il lui paraissait impossible de le tenir plus longtemps dans le Milanais, et il ne savail comment faire pour le transporter ailleurs, il se déliait de Bourbon et de Pesi-aire, qu'il voyait tous deux mécontents : 1 un, parce que l'empereur n'avait accompli

rj i VRES COMPLETES DE BOSSU ET. ISO

aucun article de son traité; l'autre, parce qu'on lui avait, refusé le comté de far pi après la bataille de Pavie, dans un temps où

il croyait qu'on ne pouvait rien refusera sesen ices. Il se plaignit hautement; et l.anuoy . qui les soupçonnait de vouloir délivrer le roi, ne se liait point aux Soldats dont ils étaient maîtres ; de sorte qu'il n'osait pas même mener François a Naples, loin d'être en état de le conduire en Espagne.

Pour se tirer de cet embarras, il se servit d'un expédient dont un homme moins habile que lui ne se serait jamais avisé : ce fut d'insinuer au roi que le moyen le plus court d'obtenir sa liberté était d'aller en personne pour la traiter en Espagne. Le roi goûta ce dessein, et jugeant do l'empereur par lui-même, il crut qu'il lui persuaderait un acte de généro-ité, s'il pouvait le voir et traiter avec lui, non de prince à prince, maio de cavalier à cavalier.

Quand Lannoy l'eut amené a son point, i! lui proposa de prêter ses galères pour le voyage, parce que l'empereur n'en avait pas assez : le roi accepta le parti avec joie, croyant sa liberté déjà assurée. Il fallut tromper Bourbon et Pescaire, et le roi entra encore dans la tromperie. Il fit plus : André Doria, qui commandait les galères, les ayant amenées selon ses ordres, se mit en étal de le sauver; sur cela, Lannoy déclara qu'on se porterait aux extrémités, et François parut pour empêcher ses gens île le délivrer. Ils furent contraints d'abandonner les galères aux Espagnols, après quoi François y entra, et un si grand roi se fit lui-même mener en triomphe à son ennemi, sur sa propre flotte, Il partit au commencement du mois de juin; la navigation fut heureuse, et le roi arriva à Barcelone avant que l'empereur eût des nouvelles de son départ : mais pendant que Lannoy se réjouissait d'avoir amené à son maître un tel prisonnier, il pensa le perdre. Ses soldats se mutinèrent, fmte d argent, jusqu'à tirer sur lui-même. 11 était avec le roi à une fenêtre, el la balle donna à l'endroit où le roi était appuyé; mais Lannoy oc put s'échapper qu'en grimpant de maison en maison par les gouttières : ce fut le roi luimême qui apaisa les soldats, tant par ses discours que par l'argent qu'il leur donna. L'empereur témoigna plus de joie de son arrivée en Espagne, qu'il n'avait fait de sa prise. Il le lit recevoir partout avec honneur; niais il résolut de Je renfermer au château de Xaliva, où les rois d'Aragon menaient les

prisonniers d'Etat. Le vice-roi fit changer un ordre si rigoureux : François fut amené dans le château de Madrid, avec permission d aller de jour où il voudrait, environné de se« gardes.

L'empereur refusa de le voir jusqu'à ce qu'on fût convenu de tout; et François, qui était venu sur celte espérance, tomba dans une profonde mélancolie. Le maréchal de Montmorency, qu'il avait envoyé à l'empereur, lui apporta pour consolation un passeport de deux mois pour Marguerite, duchesse d'Alençon, sa sœur, qui venait traiter de sa

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délivrance, avec une suspension d'armes pour le reste de l'année.

Quand le bruit du départ du roi se répandit en Italie, on eut peine à croire à une chose si surprenante. On ne pouvait comprendre comment il s'était résolu a rendre lui même sa prison plus sûre, et à rompre toutes les mesures que ses amis prenaient pour sa délivrance; mais rien n'égala l'étonnemenl du duc de Bourbon et du marquis de Pescaire : ils ne pouvaient souffrir que Lannoy les eût trompés en leur enlevant le roi et en rendant leur fidélité suspecte,

Pescaire en tit ses plaintes à l'empereur avec une véhémence et une hardiesse extraordinaire. Il lui remontra combien il était injuste que Lannoy eût tout l'honneur d'une victoire à laquelle il n'avait aucune part. Bourbon écrivit aussi dans le môme sens, et ajouta que le vice-roi avait fait perdre tout le i'ruit de la victoire à l'empereur, en les empochant, Pescaire et lui, de faire entrer l'armée victorieuse en France, pendant que tout y était en crainte et en confusion.

Charles répondit à l'un et à l'autre avec beaucoup d'honnêteté, et manda à Pescaire, entre autres choses, que leservieeque Lannoy lui avait rendu, en lui amenant le roi de France, ne l'empêchait pas de reconnaître celui que Pescaire même avait rendu par la victoire de Pavie, dont Lannoy nelui enviait pas la gloire. Il ajouta de grandes gratifications à ces paroles honnêtes; mais il ne satisfit pas l'esprit ambitieux, de -Pescaire. Il était au désespoir de ce que les actions de son ennemi étaient approuvées, et il fit éclater son ressentiment dans touleTIlalie.

Moron, qui en fut bientôt instruit, conçut en même temps un grand dessein contre l'empereur, dans lequel il espéra faire entrer Pescaire : il voulait lui persuader de tailler en pièces tous les Espagnols qui élaient dans le Milanais, et de se faire déclarer roi de Naples. Il proposa l'affaire au Pape et aux Vénitiens, de la part du duc de Milan et de concert avec lui. Ils comprirent aisément que l'empereur voulait se rendre maître de ce duché, ce qui leur était insupportable; car ils n'y voulaient non plus les Espagnols que les Français, de sorte qu'ils consentirent aux propositions que Moron se chargea de faire au marquis.

. Il l'aborda donc en lui disant qu'il était né Italien, et qu'il lui était réservé d'affranchir sa patrie; que si toute l'Italie avait fait tant d'efforts pour chasser les Français, ce n'était pas pour se mettre entre les mains des Espagnols, et que, s'il voulait les chasser, on lui donnerait les moyens de se faire roi de Naples.

Pescaire écoula la proposition et demanda seulement de quelle part on lui parlait; sur quoi Moron le fit assurer par les ministres du Pape et des Vénitiens, que leurs maîtres élaient du complot. Il lui fit voir ensuite que l'investiture de Naples, accordée à Charles par le Saint Siège , était nulle , comme ayant été donnée à un empereur, contre les lois fondamentales de l'inl'éoda-

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