‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 244 sur 458 · HÉPONSE DE M. L'ÉVÈQUE DE MIREPOIX · texte numérisé non relu

HÉPONSE DE M. L'ÉVÈQUE DE MIREPOIX

Sur la conduite qui s'observait clans son diocèse à l'égard des protestants et des nouveaux convertis, et particulièrement sur les avantages que l'Eglise retirait de les obliger à assister aux exercices de la religion.

Ce que le roi vous a dit des nouveaux, convertis de Montauban est très-vrai, Monseigneur ; mais il n'en est pas de rnêmeparlout ailleurs, surtout en Languedoc, où M. de Basville n'a pas cru pouvoir se donner les mouvements nue M. le Gendre s'est donnés à Montauban; quoiqu'il soit vrai généralement que depuis que la paix est confirmée, et que les délais dont on les amusait ont été passés, plusieurs se sont déterminés à venir à l'église, et à assister à tous les exercices. Il est môme arrivé à Mazères, où sont la plupart de mes nouveaux convertis, quelque chose de semblable à ce qui est arrivée Montauban. Je m'y trouvai au commencement du Carême pour leur prêcher sur la matière de l'Euchaiislie que j'avais réservée pour moi; et ce fut en ce temps-là que M. le Gendre y envoya son subdélégué, avec ordre de déclarer de sa part aux nouveaux convertis qu'ils eussent à aller à la Messe, et à commencer dès le premier dimanche de Carême. On tit même mettre, par ordre du maire et des consuls, des gens à la porte de l'église pour marquer roux qui y viendraient. Cet ordre eut tout l'effet qu'on en attendait ; et il n'y eut que ipjelques obstinés de l'un et de l'autre sexe qui manquèrent à la Messe. Ils vinrent encore avec plusd'affluence au sermon ; et ils ont continué depuis à peu près de même «i venir au sermon et h la' Messe. Plusieurs semblent se disposer à s'approcher des sacrements; mais de ceux-là le [dus grand nombre a des raisons particulières,: lesuns, parce qu'ils demandent qu'on les marie; les autres, parce qu'ils sont entrés dans le conseil de ville sous cette condition, et après avoir promis et signé devant un commissaire du parlement, qui vint pour la réfor-

mation du conseil de ville, de vivre et de mourir en hons Catholiques. Nous verrons plus particulièrement les mouvements qu'ils feront pour s'approcher des sacrements dans le temps où nous allons entrer; u aisje ne crois pas que nous devions les presser sur cela.

Il est important, ce me semble, rie travailler à les bien instruire sur la matière de l'Eucharistie, qui est presque la seule qui les empêche d'être sincèrement Catholiques. J'espère, pour moi, que l'assistance à la Messe les disposera insensiblement à tout le reste. Elle fait d'ailleurs un bien infini à l'égard des enfants qui sortent des écoles, et qui ne venaient plus à la Messe ni aux autres exercices, aussitôt qu'ils avaient atteint l'âge où ils sont dispensés d'aller aux écoles; pour ceux-là je crois qu'il n'y a nul inconvénient de les presser de s'approcher des sacrements. Ce que j'ai principalement remarqué, Monseigneur, c'est qu'on gagne beaucoup à demeurer ferme sur les mariages, et à ne les point marier qu'ils n'aient fait une déclaration signée et publique, qu'ils viennent de leur propre mouvement, sans aucune contrainte, déclarer, etc., et se soumettre aux peines que l'Eglise impose à ceux qui manquent à un semblable engagement. Plusieurs ont eu de la peine à faire cette déclaration; mais ceux qui l'ont faite ont tenu parole jusqu'ici. Il serait bien à souhaiter que le roi voulût punir de quelque peine ceux qui vivent ensemble comme mariés, sous prétexte que nous avons refusé de les marier : ce que nous n'avons refusé de faire que parce qu'ils ont refusé eux-mêmes de se mettre en état de recevoir ce sacrement- Je ne sais pourquoi on tarde tant à donner une déclaration sur cette matière, mais, quoi qu'il en toit, on gagne, ce me semble, beaucoup à demeurer ferme jusqu'au bout sur celte manière d'agir envers eux. Ils se lassent de vivre dans cet état : ils craignent pour l'état de leurs enfants, et à la fin ils prennent une bonne résolution et la suivent : c'est le moyen qui jusqu'ici m'aie mieux réussi.

Il est difficile, au reste, Monseigneur, de décider la question que vous proposez, à cause du peu de temps qu'il y a que la plupart des nouveaux convertis viennent à la Messe; mais je ne saurais ci oire que cette assistance, qui a toujours, au moins dans mon diocèse, été accompagnée de respect, ne leur soit a la fin très unie. Ils perdent peu à peu l'aversion qu'ils avaient pour la Messe : ils forment leurs dispositions extérieures et intérieures sui' celles des ancien ■ Catholiques; on trouve une occasion favorable de les instruire sur le sacrifice de noautels, le grand acte de la religion chrétienne, ej celui qui, ce me semble, lui concilie plus de vénération. Cette matière leur est entièrement inconnue; et elle a quelque chose de si grand et de si auguste, que j'ai commencé de reconnaître que rien n'était si capable de les rendre bons Catholiques que de les bien instruire sur ce sujet, et surtout

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leur pi pratique rie l'anc'u nne

ro <i si constante sur ce! arli-

d croyance. \ oilà, Monseigneur,

. remarqua depuis deux ou trois

,r.l de nos nouveaux convertis,

j'ai (continuer à les instruire à fond

r l Eucharistie, dont je compte faire une

ma i ne de sermons el peut-être davan-

■ •. il m'a paru que ceux q"(> j'avais faits

ut pas Bans fruit; je les fais familifi-

s souvent à la main. Je

. Monseigneur, de me mander

»j ez que j« fasse bien, et en quoi

ourrais mieux faire.

. e que le roi vousa dit de Monlauban est dû principalement à la vivacité l'application de M. le Gendre. Mais cpla ir combien il serait facile, même sans aucune punition, au moins par tic très lés i l'égard des plus opiniâtres, de l'aire sler tout le royaume aux exercices de la n catholique: et celle uniformité, quand même on attendrait encore quelques années à voir les nouveaux convertis approcher des sacrements, no doit elle être comptée pour rien? Combien y a-t-il de Catholiques qui passent plusieurs années sans se confesser ni communier? On gagnerait au tins certainement le plus grand nombre des enfants, que l'on perd presque toujours au sortir des écoles. Mais en voilà trop, M nseigneur ; vous voyez en cela plus que personne : instruisez- nous; nous ne demandons qu'à travailler, el à travailler utilement. J'ai eu l'honneur de vous écrire au sujet île ia dépulalion. Je suis toujours avec un respect infini, etc.

A Mazerelles, ce 1" avril 170Ï).

DU MÊME

Il lui parle de son affaire avec M. d'Alais, et du succès des sermons de M . Soanen, évéque de St'nez.

Nous venons, Monseigneur, de députer II. l'abbé de Calellan à l'assemblée du clergé ; et je suis assuré que vous ne serez pas lâché de l'avoir auprès de vous.

Il me mande que M. l'évoque d'Alais a écrit de nouveau à M. le duc du Maine, et qu'il lui fait entendre que, quoique vous ayez trouvé mon procédé fort étrange à son égard, vous n'avez pas voulu pourtant [n'obliger à lui céder. Ce n'est pas tout : il publie que M. le duc du Maine lui a promis la dépulalion. Vous saurez pourtant facilement le contraire par la réponse de M. le duc du ne, dont le secrétaire de ce prince a fait pari à M. l'abbéde Calellan. Il estasse déjuger ne là combien M. l'évoque d'Alais est avantageux dans ses discours. Je suis bien as- >uréque.M. le duc du Maine prétend aussi peu loi avoir promis la dépulalion , que j'ai p.-u prétendu m'en désister en sa laveur, par U manière honnête dont je lui répondis

quand il m'en parla la première fois. Cependant, Monseigneur, comme il esl déclaré à présent que ce sera M. le duedu Maine qui prendra connaissance de toutes les affaires de nos élats, el qu'il mande à M. l'évêque d'Alais qu'il décidera la contestation qui esl cuire lui et moi ; après avoir examiné les raisons de l'un et de l'autre, je ne sais s'il ne sérail pas à propos que vous lissiez auprès de lui les mémos démarches que vous eûtes la boulé de faire auprès de M. le cardinal de Bonzy. Car la meilleure raison que je puis avoir, c'est que M. le cardinal do Bonzy vous l'avait promis, et qu'il lui était libre de le promettre à qui il lui plaisait, sans que M. l'évêque d'Alais eût sujet de se plaindre. M. l'évêque de Béziers, au rcMe, qui doit être de l'assemblée du clergé, et qui vous honore très-particulièrement, expliquera à merveille toules mes raisons, nos usages, nos maximes, etc., el défendra fort bien ma cause, soit auprès de vous, soit auprès de M. le duc du Maine. Je mande à M. l'abbéde Catnllan le règlement que M. l'archevêque de Toulouse faisait avant-hier à table pour nos dépulalions, qui me paraît plein de justice, et propre à calmer tous les différends : il aura l'honneur de vous en rendre compte.

Nous avons ici M. l'évêque de Séncz (VV7) , qui enchante toute la ville de Toulouse par ses sermons. Il a fallu faire des éehafauds dans l'église où il prêche, pour satisfaire b la passion qu'on avait de l'entendre. Je sui-> toujours très-respectueusement, et avec une extrême reconnaissance, etc.

A Toulouse, ce 2i mars 1700

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