MÉMOIRE
DE M l'ÉVÊQUK DE MEAUX A M. LE COMTE DE P0NTCUAHTRA1N,
Pour les réunis de son diocèse.
Le nombre des réunis est environ dedeux mille quatre cents, répandus en cinquante ou soixante paroisses du diocèse de Meaux.
Mon dessein est de pourvoir principalement et d'abord aux plus grands lieux , dont l'exemple fera plus d'effet dans le voisinage.
Ces lieux sont Meaux ; et autour de Meaux, Nanteuil où était le proche ; Mareuil el Quincy ; la Ferté-sous-Jouarre, où il y avaltaulr.fois un prêche , et Saacy dans lo voisinage; Lisy, où éiait aussi un prêche, et à Claye pareillement; Saint-Denis de lierais avec Chalendos près de là, où il y avait aussi un prêche.
Je pourvoirai à Meaux par moi-même cl par le clergé de ia ville : on aura soin aussi de Mareuil et de Quincy, qui sont plus pioches, et dont les curés, capables d'ailleurs, uni ar.ssi des vicaires.
\ Ni-nteuil-lès-Meaux, où était le temple et où il y a encore six cents personnes das> réunis; outre les ecclésiastiques que je pourrai envoyer de la ville de temps en temps,
Jean Soanen, qoi B'élail rendu également cflèbre à Paris par ses prédications.
M37 PART. XIV. LETTRES DIVERSES. 1138
on y a besoin d'un vicaire chargé unique- Paris, comme Sa Majesté a ou la bonté de
mont du soin journalier des réunis, et ci" n 1 1 me le faire espérer. On pourrait à présent
maître et d'une maîtresse '.l'école. commencer par les demoiselles de Cha! endos ,
A la Ferlé-sons-Jouarre , qui est un grand demeurantes au château de Chalendos , ; lieu, on aura besoin d'un prêtre résident : de Rebais, chez M. de Chalendos leur frère, l'école y est bien remplie, tant pour les gar- bien converti : de quatre sœurs, les deus çons que pour les filles! Le prêtre de la Ferlé cadettes sont celles qu'il est le plus nécessita chargé de Saacy, qui est 5 une lieue, où saiie de renfermer.
il faudra seulement un maître d'école. Le il y a aussi les trois demoiselles de Neu-
roi a ou la bonté ci-devant d'accorder un ville, sans père el sans mère , dont le frère
prêtre à cette ville, Sa Majesté étant sur le est en Angleterre, au service du roi GuiU
lieu et en voyant la nécessité, dont la peu- laume. Elles n'ont rien, non plus que les de-
sion a été payée durant cinq ou six ans sur moiselles de Chalendos: et il faudrait eiift-r-
les confiscations des fugitifs, et qui ne se paye mer les deux cadettes : leur demeure esta
plus depuis six ans; et il le faudrait rétablir. Cuis-y, paroisse d'Ussy, près de la Ferté-
Mon intention serait, dans un si grand sous-Jouarre.
lieu , de commencer par une mission durant Sur la mémo paroisse d'Ussy, il y a les
tout l'A vent, où trois ecclésiastiques habiles deux jeunes demoiselles de Maulien , qu'il
trouveraient une grande moisson, et. au se- faudra aussi renfermer avec le temps, mais.
cours desquels j'irais le plus souvent que je qui ne sont pas présentement sur les lieux,
pourrais.
Pour Lisy, qui est un grand bourg, j'y ai LETTRE CCLPv. pourvu en toute manière, excepté à une
maîtresse d'école qui y serait très-néces- dem.de tontchartrain , en réponse au
sairj : moyennant cela, j'espère que les mémoire pkécede>t.
réunis de cette paroisse donneront l'exem- y.}[ m!(hl (>ompte au (.oi aujourd'hui dn
p.c 1a tout le diocèse. Mémoire que vous aviez donné, concernant
il faudrait un ecclésias ique pour Claye el , rfl "J t nKli(ressos d-écoie el ,es ec.
cour les env.rons, outre le curé du lieu : un cIésiastiques a établiF dans p|usieurs lieux
sure ecclésiastique pour Saint-Denis-de- {] votre diocèse. Sa Majesté a agréé i'éta-
Rebais , avec un maître d école. bassement des maîtres et maîtresses d'éco-
Cest en tout, pour le diocèse de Meaux, , el rim posilion des sommes demandées
quatre prêtres , trois maîtres d école et deux p0'Uf ce,a' A régard (](?s eC(.,ésiastiques, ,|
maîtresses. ' ■ faut remettre celte dépense a un autre
On peut mellro les maîtres d école a cent ierïlDS
vingt livres, el les maîtresses à cent francs. "j'écris au P. de la Chaise de faire souve-
Le roi a la bonté pour les prêtres d accorder nif ga M . ^ (VnnQ ns[on pQur le sieur
quatre cens francs , et cest le .noms. chabert, que vous marquez dans votre Mé-
., 0utr(e1cela'.Ml1 l a dt!Ja Pj»î rd.uP an fïuc moire comme un homme qui la mérite, à
j ai lai travailler le sieur abbé Chabert dans (.anscdlJ travai, quq! fait dans yolre diocèse,
toutes les paroisses de ce diocèse ou il y a je sujs cl . '
des réuni?, à les visiter tous en particulier, el A Versail|* co 29 mars î700i Jes meure on mouvement : la continuation
de son travail m'est absolument nécessaire. Il ^ —
y a quatorze ans qu'il sert à de pareils era- LETTRE CCLX.
pipis en Languedoc, dans le Bas-Poitou et DE N0AiLLES UCI,i;vf:aU DE paris. fllleurs. ba Majesté la honore de plusieurs
gratifications , et de huit cents livres de peu- Sur différentes thèses des Jésuites. sion par chacun an. Il mériterait qu'il plût à
Sa Majesté de lui fixer cette pension, et môme Après avoir, mon cher seigneur, bien coude l'établir sur un bénéfice, si elle l'avait sidéré ce matin la déclaration et la lettre de agréable ; afin qu'après avoir consacré taule M. Pirot à laquelle vous me renvoyez, je vois sa vie dans ce travail, il pût avoir quelque que la chose est laite, qu on vous satistait établissement dans ses vieux jours. sur les deux difficultés de la thèse des en-
II n'y a rien de plus nécessaire que les li- durcis (448), et que vous ave/ pu en Cire
vres fiançais pour le bon succès de l'ouvra- content.
ge; j'en ai composé exprès pour cela; et j'ai Je prie Dieu (pion vous satisfasse sur la
répandu plus de deux mille exemplaires de thèse de l'aitrilion; en sorte que la saine
mon Catéchisme, de prières el d'autres pa- doctrine et votre ordonnance demeurent dans
reiîs ouvrages. J'ai pris des mesures pour en toute leur force : c'est l'endroit important
faire des impressions au moindre prix qui pour la vérité et pour votre autonte.
se pourra; et s'il plaisait h Sa Majesté de Permettez-moi de vous dire «pi en celte
nous aider dans ce dessein si nécessaire, un,} occasion il faut beaucoup prendre garde, par somme de mille écos nous metlr il au large, , rapport à la volonté d'accomplir le comman-
afin que personne ne manquât d'instruction, dément, à la distinction d implicitement el
Il y aurait quelques demoiselles de cou- d'explicitement : car c'est par là quon se
dilion à mettre aux NouvelicsCatlioliqucsde sauve «le l'obligation d'accomplir le précepte
(IIS) Vo;j., sur ceuc ilièse, d'Argenté ■ GeUcçt. Judiç. de nov, errpr., loin III, part, u, j\>:.
(tl VUES C0MP1 ETES DE
tli'i
de la chai ilé . bsoluruenl ; et cependant c'esl un .t où la condamnation d'Alexan-
\ il, d'Innocent \I et d'Alexandre \ III, . - 1 :
Je ne sais si dans la thèse du 3 février 11 ne ii"ii pas demander quelque explicai h sur l'ignorance invincible du droit naturel , t|u'il semble qu'on ne peut admettre iu plus qu'à l'égard des c< nséquenees duignées, quoaâ comecutiones remotets
J soumets tout, à mon ordinaire, a votre prudence, avec un respect sincère, mon trèscber seigneur, etc.
A Meaux, ce G avril 1700.
DL M 1! 6BHDHB, J\TK\I)ANT DE ÎIONTAI,'liAN (4^9).
Il lui rend compte de la manière dont il s'est conduit à l'égaré des nouveaux cunver >, fut fait connaître les fi uils qu'il a recueillis de ses soins, et lui demande ses avis.
Rien n'est plus obligeant, Monsieur, que la lettre dont vous m'avez honoré ; je suis charmé de voir que l'éloignement ne diminue point les bontés que vous avez toujours eues | our moi et pour toute ma famille.
Si vous approuvez, Monsieur, la conduite <\\\o nous tenons ici pour ramener les nouveaux convertis à l'Eglise , nous sommes !:•';> heureux. Vous êtes le modèle et l'oracle qu'on doit consulter sur les affaires de la religion les plus épineuses : c'est vous qui avez la gloire de leur avoir rendu simple et naturel, dans vos savants écrits, ce qu'ils croyaient si difficile auparavant. La pureté de la doctrine que vous leur avez enseignée dans votre livre de l'Exposition de la foi, a plus attiré d'âmes à Dieu que les plus beaux sermons, et ces faibles secours que nous pourrions employer si nous ne marchions sons votre étendard-.
Pour vous rendre compte exactement , Monsieur-, comme vous le souhaitez, de la conduite que nous avons tenue pour déterminer les nouveaux convertis à venir à l'église, et de l'effet que celte première démarche a produit sur leur cœur, j'aurai l'honneur de vous dire qu'en arrivant dans la province, j'ai envoyé quérir dans mon cabinet tous les nouveaux convertis de Moniauban, l'un après l'autre, pour leur expliquer l'envie que le roi avait de détruire entièrement l'hérésie dans son royaume, et de réunir tous ses sujets à l'Eglise ; et pour cela qu'il tallaii qu'ils se lissent instruire par ceux en lui ils avaient le plus de confiance.
le trouvai d'abord beaucoup d'opiniâtres
ne roulaient entendre parler ni de Messe
ui d instruction. Je leur représentai qu'après
if épuisé les voies de douceur, le roi
il obligé de faire sur eux des exemples
nié, s'ils oe se mettaient à la raison.
uieu a touché leurs cœurs; ils se sont tous
, ' ' ; , -s plaçons ici celle lcilre de M. le Gcnuei comme ires-propre à instruire le
la.is doni il est parlé dans les pré-
déterminés par la douceur a venir il la M( >•. i. île première démarche deviendra i inutile, si nous ne joignions l'Instruction a la pratique : c'est à quoi M. l'évoqué ■'.
MontaUban, tous les Pérès Jésuites, M. d'Arbussy, avocat général de la cour des et les plus habiles gens de la ville ont travaille avec un soin et une application continuelle.
Quand quelqu'un manque a aller à la Messe ou à l'instruction, aussitôt je l'envoie quérir, pour lui représenter de quelle conséquente il est de ne se point relâcher dans une affaire aussi importante que celle de la religion. Cela a produit un si bon effet, que presque tous nos nouveaux convertis les plus opiniâtres, qui regardaient avec horreur la porte de l'église, vont assidûment a là Messe. Ils l'entendent avec assez de dévotion : ils s'accoutument à nos cérémonies ; et enfin ils commencent à convenir que si on en avait usé de même après la révocation de l'éditde Nantes, ou immédiatement après la guerre, ils seraient tous, à l'heure qu'il est, bons Catholiques. Ils deviennent tous les jours plus dociles, et ne demandent que d'être instruits. Cela en a disposé plus de cent à se confesser et à communier à Pâques avec édification. Toutes les filles nouvelles converties qui sont dans les couvents, qui ne voulaient entendre parler ni de Messe ni d'instruction , vont depuis deux mois à la Messe, se sont fait instruire, et ont toutes été à confesse à Pâques. Voilà, Monsieur, l'effet que celte première démarche a produit sur leur cœur.
Tous ces heureux commencements ne doivent point nous éblouir : je demeure d'accord que toutes ces dispositions favorables sont ai-ées à détruire, si l'on n'en profite avec vivacité. Mais aussi je prendrai la liberté de vous dire, quoique avec peu d'expérience, qu'il me paraît que si l'on n'avait pas engagé les nouveaux convertis par la douceur mêlée d'autorité à aller à la Messe, non-seulement ils n'auraient jamais été Catholiques dans le cœur ni à l'extérieur, mai'j leurs enfants auraient été aussi huguenots qu'eux ; une seule parole des pères et mères étant capable de détruire en un moment le fruit de dix années de couvent ou d'instruction.
Le roi ne pouvait donner une plus grande marque de sa bonté à la ville de Mon tau ban, q'ie de lui envoyer le P. de la Rue dans ce mouvement heureux. Il a enlevé les cœurs avec une rapidité étonnante, et a trouvé le secret de gagner la confiance de tous les nouveaux convertis. Je lui ai communiqué le lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire : je crois qu'il vous explique son sentiment par celle que je prends la liberté de vous envoyer de sa part.
Dieu n'a pas renfermé ses grâces dans la seule ville de Moniaiib:,n ; il les r. répandues dans toute la généralité, où les nouveaux
cédcnles , cl dont il sera çr.core question dans celles qui suivront.
mi
PART. XIV LLTTfŒS DIVERSES.
convertis commencent £ ouvrir les yeux, et à prendre le hou parti. Il y cri a plus de quinze mille dans les principales villes, qui out commencé à aller 5 la Messe, et bea'ucoup qui ont approdié des sacrements à Pâques. Il n'y a rien, Monsieur, de si nécessaire pour terminer heureusement une af faire aussi i nporlanle, que d'établir l'uniformité dans les provinces voisines et dans tout le royaume ; afin (pie nos jeunes plantes ne puissent pas se plaindre que l'on cultive leur terre, pendant que l'on néglige celle de leurs voisins. Ce n'est pas une petite affaire, ni l'ouvrage d'un jour : mais n'est-on pas bien récompensé, quand on travaille pour la gloire de Dieu, et pour le succès d'une affaire que le roi a si fort à cœur?
Je vous supplie très-humblement , Monsieur, de corriger dans ma conduite tout ce (pie vous y désapprouverez : vous pouvez, compter sur une soumission entière à vos avis et vos conseils, personne au monde ne vous honorant plus que moi, et n'étant avec plus de respect, etc.
Le Gendre.
A Monlauban, ce 21 avril 170J.
DE M DE RANGÉ, ABBÉ DE LA TRAPPE'
// donne de grands éloges aux travaux du prélat, pour la défense de la vérité.
il ne m'est pas possible, Monseigneur, de passer toute ma vie sans vous faire ressouvenir de moi, et sans recevoir de vos nouvelles : car quoique votre personne nie soit très-présente devant Dieu, et que je ne passe point de jour sans lui demander qu'il continue de la favoriser de sa protection, dans les affaires différentes où elle se trouve engagée pour sa gloire et pour son service; il manque encore quelque chose que je ne saurais m'empôcher de désirer, qui est de recevoir quelquefois des marques de cette bonté dont vous m'honorez depuis si longtemps.
J'ai loué Dieu bien des fois, Monseigneur, de ce qu'il a favorisé votre cœur, votre esprit et votre plume contre ceux qui s'étaient visiblement éievés contre lui (450) ; et il se peut dire que l'Eglise a trouvé dans votre personne tout ce qu'elle pouvait désirer pour la défense des vérités qui étaient si fortement attaquées. C'est un devoir duquel la Providence vous avait chargé, et dont vous vous êtes acquitté avec tout le succès et la bénédiction que l'on pouvait s'en promettre. La mémoire s'en conservera jusqu'à la fin des siècles, et votre nom sera en vénération jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de couronner votre œuvre, et d'y mettre la dernière main.
Vous voulez bien, Monseigneur, que je me jette à vos pieds pour vous demander et
pour recevoir v ire sainte bénédi .on, • pour vous prier de vous employer ai pi i Noire -Seigneur, afin de m'oblenir toute la soumission et la résignation dont j'ai besoin
pour soutenir les maux et les infirmités différentes dont il lui plaît que je sois attaqué, d'une manière digue de ma profession-. Je n'ai point de parole pour vous exprimer, Monseigneur, avec combien d'attachement, de reconnaissance et de respect je suis, etc.
F.-Ar-mand-Jean, anc. abbé de la Trapj e.
Ce E.juiil 1T00.
Nous avons vu ici depuis deux jours, Monseigneur, un gentilhomme de Danemaik, qui vous a bien de l'obligation. Non-seulement vous lui avez fait connaître la vérité de la religion qu'il ignorait; mais vous lui avez donné des principes et des sentiments de piété qui produiront leur fruit dans leur temps, et qui le tireront d'une vie commune, pour lui en faire embrasser une toute ohn tienne ; cela m'a paru par ses discours ; et .' l'ai trouvé bien digne de la protection que vous lui avez promise.
LETTRE CÇLXJII.
f)L DOM MABILLON, RELIGIEUX BÉNÉDICTIN.
Sur f Instruction pastorale de Bossuet.
J'ai reçu Y Instruction pastorale (Vol) do Votre (irandeur, que M. Ledieu m'e fait l'honneur de me donner de votre part. Je l'ai lue avec le même plaisir que je lis tout ce qui vient de votre main. Je ne doute pas que Dieu n'y donne sa bénédiction, et qu'elle ne. soit très-utile non-seulement pour nos frères errants, mais n ême pour les Catholiques. Il y a des passages admirables pour la perpétuité de l'Eglise. Un docteur de Sorhonne me dit ces jours passés qu'il l'a trouvée si belle, cette Instruction, qu'il l'avait lue deux fois. Dieu veuille vous conserver pour le bien de l'Eglise, et pour la consolation de ceux qui vous honorent , comme nous faisons dom Thierry et moi. Il joint ses très-humbles remercîments aux miens, pour le même présent qu'on lui a fait de voire part.
On nous ma de de Rome que les livres faits contre l'édition de saint Augustin (452) ont été censurés au Saint-Office, le 12 du mois passé ; le cardinal Carpegna y présidant à la place de M. le cardinal de Bouillon. Je ne doule pas que Votre Grandeur ne sache le reste par Mgr l'archevêque de Reims. Je suis avec un profond respect, etc.
Ce 5 juin 1700
LETTRE CCLXiV.