EPISTOLA CCLXXVIII
CLEUENTIS J'AP.i: XI RESPONSA AU EPiSTOLAM I'i- : ITEM.
Clemcns Papa XI ,
Venerabilis Fraler, salulem et apostcli»
i benedictionem. Elsi injuncli nobis mu-
i is nniplitudini , et piœclarœ fralernilalis
luaa de nosira humililate opinioni, longe
int vires nostrœ, quarum infirmi-
mdumexpendimus,anticipaverunt vigi-
liasoculi nostri;alacrilatem tamenquaradam
ex tuarum lilterarum oflicio,etexdiserlagau-
a le ob commissum nobis Ecclesiaî rci-
menpercepiisignificationedesumimus;quia
valida.u a tua pietate nobis pollicemuropem,
qua exoratus misericordiarum Pater, virtule
confirme! qued inscrutabili sue judi-
Jl operalus in nobis. Gratum praelerea
nlificiœ nnstrœ cbarilali supra modutn
idit auspicium publicœ tranquillilalis,
. n luis lilteris al nos dclalum : quod
m iJeus in bonum Christianœ reipublicœ
I Charles 11, roi d'Espagne, était mort sans ■" J« 'n au m.,, lenovem elle année, eipar
,n?«»^aii appelé à la couronne d'Espagne h ippe de rrance, duc d'Anio»f second I U du Dauphin, qui foi p , , -,, \,iy. ... ,,
ratura haoere velit, enixis precibus ah eodem, qui verus patis est auclor, indesinenler exposcimus.
Lœlerum propensionem noslrœ voluntatis, quain neduni veteri tuoin nos studio, sed eximiis virlutibus quihus te ]>ia3 iitum essenoviinus, tibiomnino conciliasti; singularibusdocumentis, uhi emerget occasio, tibi explicabiinus. Fraternilati intérim tuœnecuon dilecio filio ahbali nejioU tuo, praaslantibus suis dotibus admodum nobis prohalo, apostolicam benedictionem peramanter imperiimur.
Katuni Rom 33 apud Sanctum Pctrum, sub annulo piscatoris, die il Januarii 1701, pontificalus nostri anno primo.
Ulysses Jos. arebiepisc. Tueo losiensis.
A M. DE SAINT-ANDRÉ, CURÉ Dl£ VAREDQES.
Sur un miracle opéré à la Trappe, par une dévote.
La dévote (457) qui est allée à la Trappe,
vcinlirr» <!e la même année , sous 1<; nom de Philippe V.
(457) Mlle d'Almayrac, connue sous le nom de sœur R >se, i co à Rodez, morte à Tcssi, près d'Ann-ïv, en P28.
1153 FART. XIV. LETTRES DIVERSES. 1154
pour guérir ]e Pèreabbé,ya fait son mira- parait embarquée bien avant : je dis pour-
clo sur M. du Mayne. Oh dit qu'après l"ex- tant, à toute lin., ce qui me vu ni ; on en fera
trôme-onclion , ayant pris par son ordre de l'usage que Dii u inspirera au Père abbé,
l'huile qu'elle avait bénite, il a si bien guéri On dit qu'on imprime les lettres : c'esl
et si promptement, qu'il a été dès le jour par là que devait commencer le discerne-
méme chez cetle dévote qui le demandait, ment. M. de Séez m'a dit qu'il y en avait.
On fait graid bruit de ce miracle , et cette d'admirables aux supérieurs de l'ordre, et
dévote en fait beaucoup dans Paris. Je vous qui étaient vraiment prophéti jues et apos-
piie de me mander ce que vous savez <ie ce toliques pour l'ex| ression el les sentiments;
Fait, et d'apprendre ce qui s'en peut savoir : mais qu'il faudrait les ôter, pour ne point
tout demeurera- entre vous et moi. Je suis soulever tout l'ordre. Cela peut être; mais
à vous de bien bon cœur, et à jamais. il se faut bien garder de les perdre, puis-
A Paris, ce '21 janvier 1701. qu'elles pourront avoir leur temps.
— Fartes bien mes amitiés à votre parent.
LETTRE CCLXXX. Puisqu'il vent savoir mon sentiment , le
AU mè«e v0*'a srans *;!ron » quoiqu'il soit bien tard
,.,.,. . , ., pour le demander : mais, ni lot, ni tard, je
Il lui dît son sentiment sur la manière dont ne |)uis f|onner dans les affaires de Dieu en
on devait eertre la 1 te de M. de Rancé, ré- aucuns faibles ménagements.
formateur de la Jruppc. A pariSj (;c 28 janvjer 1701 .
Je dirai mon sentiment sur la Trappe
avec beaucoup de franchise, comme un LETTRE CCLXXX"! .
homme qui n'a d'autre vue que celle que au xiè.ve.
Dieu soit glorifié dans la plus sainte maison „ , ,", '. . , , , . „.
qui soit dans l'Eglise, et dans la vie du plus Sur la dévote <im avatt cU à lu TraPP*-
pariait directeur des âmes dans la vie mo- On m'a dit que la dévole a été deux fois
naslique, qu'on ait connu depuis saint Ber- à la Trappe, coup sur coup : on ne parle eu
nard. Si 1 histoire du saint personnage n'est manière quelconque du dessein et de l'offre
écrite de main habile, et par une léte qui je guérir le Père abbé, ni de rien par rap-
soit au-dessus de toutes vues humaines, port à lui.. Elle allait, dit-on, pour affermir
autant que le ciel est au-dessus de la terre, L|ans sa vocation un abbé (158) qu'elle avait
tout ira mal. En des endroits on vomira converti : autre matière d'informer. Sachez
faire un peu de cour aux Bénédictins , en tout, je vous en prie; c'est chose très-im-
d'autres aux Jésuites, en d'autres aux reli- portante. Je ne veux être mêlé ni de près ni
gieux en général. Si celui qui entreprendra de loin dans cette affaire ; mais il faut être
un si grand ouvrage ne se sent pas assez informé de tout.
fort pour ne point avoir besoin de conseil, j0 parlerai pour les séminaires d'épargne.
le mélange sera à craindre, et par ce mé- \\ esl assez à propos, .Monsieur, que vous
lange une espèce de dégradation dans l'on- fassiez un tour ici dans la semaine pro-
vrage. chaîné.
La simplicité en doit être le seul orne- \ Paris, ce £9 janvier 1701.
ment. J'aimerais mieux un simple narré, ''
tel que le pouvait faire dom le Nain, que lé- rTTttt, VFVYV1I loquer.ee affectée. RI. de Séez m'a parlé avec LJil ' KJi (^xxxli- ■ la meilleure intention du monde. Elle a a m. l'évêque de baveux (459}. commencé à paraître dans la relation : mais Sttr lc Uvre de M C(liU je ne sais pourquoi elle na pas réussi autant qu'il serait à souhaiter, et cela estbien J'ai reçu lundi, Monseigneur, la dernière remarqué dans votre lettre. Pour moi, qui lettre dont vous m'avez honoré, et en même suis simple, j'en avais été fort content. temps, par ordre de M. le curé de Saint- Mais il est vrai que le monde y a trouvé Sulpice, le livre en question. Je commençai bien des petitesses et dans le style et dans en même temps de le lire, et je viens enlin les choses. de l'achever. J'ai déploré l'égaremenl d<
Ce qu'il y a principalement à considérer, M.Cailly, qui étant d'ailleurs si habile et si
c'est qu'assurément on ne s'en tiendra pas homme de bien, a ; é un système si
à ce qu'un seul homme écrira. Tousles par- plein d'ignorance, de témérité et d'erreur,
lis voudront tirer h soi le saint abbé: c'est Puisque vous m'ordonnez de vous en dire
pourquoi il est capital de garder de quoi mon sentiment, vous le trouverez dans une
piouver l'élnignemcnt de tout parti, et de feuille à part jointe à cette lettre
ne se dessaisir jamais des originaux, pour J'ai par'é de celte affaire à M. ie cardinal
ne les montrer que dans une absolue néces- de Noailles ; el c'i si de con< eri avec lui que
site. j'ai l'honneur de vous en éeiire.
Voilà pour ce (iui regarde la vie. L'affaire Je ne vous dis rien, Monseigneur, sur
(ir>8) L'ablié de Jougla, fils d'un président an par* le nom de dom Arsène,
lement de Toulouse, il (il profession à la Trappe (459) François de Nesmond, r.é le 1" srptembra
en 1701, el lui envoyé à Buon-Solazzo en Toscane, 1629, nommé évêque de Baycux en 1661, mort k
pour y établir la réforme. Il mourut abbé «le Tamiès mai i Tio. en Savoie, en 1757. Mêlait connu en religion sous
CEI i 3 Di BOSSU! T. Ulifl
ut mériter ce bon curé pernicieux et perlurbatif de |a tranquillité
,,,,,. soluincnt } votre censure, de l'Eglise et du royaume, sous toutes lus
.'t nu> fa il assurer, par; quelques-uns de ses peines qu'elle avisera bon Btre.
„„, . il fera sur cette nouvelle doctrine Et pour l'auteur, attendu sa soumission à
ilaralioo el cétnai talion que vous or* la présente censure et jugement, il lui sera
merez. orqonné, et le reste, que Monseigneur mo-
i \ a certaines choses dans ce livre» sur les dérera selon sa prudence.
i apparences sacramentelles, les- A Paris, ce 9 février 170t.
quelles , quoique ce livre ne les explique —
l;|s '' rant,li. le cardinal de No«il les LETTRE CCLXXXIII.
ne croil nas, non plus que moi, qu'il faille J., . J j- ■ ■
nqer atteinte ;fà muse du soulèvement mî M- t M*W de lcçç* (460,.
qu'elles causeraienl pajpmi les savants, et à Sur des erreurs qu'il prétendait avoir été
eau! ii vc-ii^ qui y est renfermé. avancées par M. du Pug} théologal de son1
\ dire, Monseigneur, qu'il ne faut pas église.
i loi ni pour article de foi en je Vous ai toujours regardé comme l'ora-
eeltemaliere, non plus yue dans les au'res, c|e des évoques; je vous supplie très-hum-
loutés, les explications des seolastiques : blement de ne pas désapprouver la libellé
aulrémenl il en arrive des. inconvénients , que je prends de vous consulter dans une
ilonl je pourrais alléguer beaucoup d exem- affaire qui me paraît assez délicate. C'est un
pics, de nies chanoines qui- a avancé en chair ces
Il ne nie reste qu à vous supplier de frai- propositions :
ter avec béni ;nité la personne de M. Cailly, £es grâees suffîsantesne font rien.
qui est d'ailleurs un digne curé, à ce que La coopération même de la volonté vient de
j apprends, supposé qu'il se range a la doe- /„ seule grâce
tripe que vous lui enseignerez, et qu il con- jM grave efjicacepar elle-même peut seule
(ente l'Eglise par sa soumission. \ oici donc enfanter les bonnes œuvres.
le jugement que j'en porterais' : après quoi çe n'est pas le libre arbitre gui agit avec la
il ne me restera qu a vous assurer de mes grâce; c'est la grâce qui agit dans le libre ar~
bu fables respect. bitte.
. . ,. , , Comme on ne peut pas douter que ces
Jugement .sur le : livre ; intitulé Durand commenté, ou propositions ne tendent à renouveler des
. ord de /„■ vh, los oplaeavecla ihéo tope ton- * * s d6jh condamnées, je l'ai averli de ne
s,/! la transsubstantiation Je l hucliurislu: ; a J. '-au . . . .
gne, ct|ez Pierre Ma. -n-au , aux ..ois Co- Pomt. commuer a prêcher une semblable
l.,.i,r.e.-, i TOI». doctrine. Mais il y en a qui prétendent que
je dois obliger ce chanoine à condamner ces
Il y a lieu de déclarer que le livre intitulé propositions, comme fausses, téméraires,
Durand tommi-nlé, etc., contient sur Ja Irans- scandaleuses, el renouvelant une doctrine
subslanliatîôn une doctrine fausse , témé- condamnée par l'Eglise. Je vous supplie
i ai ré, erronée, el induisant à hérésie. Sous très-instamment de m'honorer de votre
prétexte dé commenter Durand, il renouvelle avis, que je suivrai avec autant de souuns-
lairemeuf et scandaleusement sur la sion que j*: suis avec respect, etc.
transsubstantiation une doctrine de ce théo- j J. François, év. (Je Luçon.
bgieu trop hardi, qui est erronée, et qui a A Luçon, ce 20 février 1701.
été réprouvée depuis par le concile de Trente —
et ie commun consentement de toute l'E- LETTRE CCLXXX1V.
ol- . , RÉPONSE DE BOSSLET A LA LETTRE
Il ajoute aussi a cet auteur, sous prétexte précédente.
t'.e le commenter, des choses qu'il. n'a jamais ,. .. .' ,
dites, et auxquelles il ne parait pas qu'il ait ;/ frPl[(1ue en^ud seTns le* propositions rap-
nsé, lesquelles sont erronées, destructives portées par M. de Luçon lui paraissent cotise la présence réelle du précieux corps el damnubles , et marque avec quelle presangde Noire-Seigneur Jésus-Christ dans caution on doit éviter de donner atteinte icharislie , induisant à hérésie sur fa aux vérUes dc la 9râce> el de la»°rwr les trapSsubstantialion,suriaco.ncomitance,ét.au- erreurs contraires. très points de doctrine décidés dans lemêma four obéir en simplicité au désir de votre concile <Je Trente, el autres conciles u,éné lettre du 2.0, j'aurai l'honneur de vous dire, .•aux cl décisions de l'Eglise, et tendant à sans hésiter, que votre qualification sur les affaiblir, par de vaines el dangereuses sub- quatre propositions contenues dans la même liblés, l'ancienne tradition de l'Eglise calho- lettre est très-juste. On ne peut dire sans lique, dès l'origine du christianisme, sur ce erreur que les grâces suffisantes ne font rien, sairé mystère : au moyen de quoi le livre puisqu'elles opèrent toujours des illustra mérite d'être mis es mains.de lé justice se- lions et des délectations, qui, en rabattant eulière, pour être supprimé comme il con- jusqu'à un certain point la concupiscence, • ; et ^a Majesté sera très -humble- pourraient s'étendre plus loin, si nous vuuil suppliée de le l'aire pareillement sup- lions agir, adhibitis tetis viribus voluntalis, primer dans tout son royaume ^ comme comme parle souvent saint Augustin.
. 0 Jean François de Valdc: ie roorlen .1725.
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PAU:. XIV. letîkks m\
Il.*i8
C'est une autre prreurde dire que la seule grâce efficace par elte-méme peut enfanter les bonnes œuvres, puisque col!e prôpôsilioft, comme elle est connue, ôte aux justes qui tombent le pouvoir absolu, qu'ils ont par la grâee, d'accomplir les commandements'; si I déliter laborare voluerint, aux termes du eonci le d'Orange-, auxquels il faut joindre le Faccre quod possis, et pctere qxod non possis, etc., du concile de Trente.
Dire aussi que le libre arbitre n'agit point arec la grâce, et que c'est la grâce qui agit clans le libre arbitre; en prenant le dans exclusivement de Vavec, c'est directement combattre saint Paul, selon qu'il est traduit dans la Vuîgate, et conformément à la tradition, qui est universelle sur ce point.
La condamnation de cette quatrième proposition induit celle de la seconde, ou il <s[ porté que la coopération delà volonté vient de la seule grâce; puisqu'elle exclut la grâce qui est avec nous, et avec laquelle personne n'a jamais nié que le libre arbitre coopérai. Tous ceux qui avancent de telles propositions errent contre la doctrine de la grâce, en ce qu'ils ne veulent pas expliquer qui; tous les justes qui tombent lui résistent, pèclient contre elle, lui manquent, lui sont tnfidèles, et se perdent par leur faute.
•Ils abusent de celte expression, efficace par elle-même; d'où l'on veut induire l'exclusion de la coopération du libre arbitre, sans laquelle la grâce n'opérerait point. Saint Augustin dit bien, et dit partout que la grâce est efficace, invincible, peut ce qu'elle veut, fléchit les cœurs les plus endurcis, opère le vouloir et le faire, selon l'expression de saint Paul : maisje n'ai point encore trouvé qu'il se soit servi de ce moi, efficace par elle-même, dont on peut très aisément abuser ; encore qu'il ait un bon sens, qui ne permet pas de le condamner indistinctement.
Voilà, Monseigneur, ce qui me fait dire que votre qualification est juste : je la crois aussi suffisante; et, en votre place, je n'hésiterais pas à la faire telle qu'elle est. Au surplus, puisque vous voulez que je vous parle en évoque, on doit prendre garde que, dans une matière si délicate, souvent la censure d'une erreur induit à une autre, si <-n ne sait tenir la balance droite; et il se faut bien garder de laisser passer la doctrine
(401) L'an mil sept cent un, et le cinquième jour d'avril; s'est présente en personne au greffe île la cour métropolitaine à Poitiers, tnessire Germain du Puy, prêtre archidiacre d'Aizenay, et théologal de Luçon ; lequel a dit él déclaré à ions cetts qu'il appartiendra, ee qui s'ensuit : Premièrement, qu'il n'a jamais avancé ni soutenu les quatre propositions urées pur son seigneur Péveque de Luçon, le dix-huitième de mars dernier, ainsi qu'il lui a déela'é dans sa chambre de vive *ei*, avec serment, le cinquième jour du mois de lévrier dernier; api-; 3 laquelle conversation, le prélat l'engagea à prèc. trois jours après, aux prières des quarante heures, un sermon à sa nomination ; ce qui l'ait voir qu'il d vait être satisfait de sa doctrine; dans lequel sermon qu'il fit du ji'ûuc, personne ne l'accuse d'aucune erreur; secondement, qu'il a même protesté, eonjoLutetncut avec quatre de ses confrères dignitaires
qui, contre la décision du concile de Trente, ne mettrait dit côté de Dieu dans ceux qui font bien et qui pei ni à bien foire,
aucun secours spécial, ni par conséquent aucune préférence gratuite. Vous êtes maître en Israël, et il suffit de marquer les choses pour se faire entendre. Je suis, Monseigneur, olc.
A Paris, ce 27 février 1701.
I>F. M. DV II "V, tBCHIDIACRE ET THÉOLOGAL DE Ll 0;)N.
// lui fait un détail ae son affaire, et implore éà protection.
Depuis la lettre que j'ai pris la liberté de vous écrire, je n'ai pu attendre tranquillement la réponse que j'espère de Votre Grandeur. Deux jours après, je reçus nonseulement la censure faite uniquement contre moi, quoique en termes vaines ; mais j'appris encore qu'on m'attaquait nommément à l'oflicialilé, où l'on me faisait citer comme avant avancé les propositions censurées, pour m'y déclarer suspens ipso facto; (pie de plus on nie dénonçait que l'on pourvoirait a mes dépens à la théologale. Toutes ces choses, Monseigneur, me déconcertèrent dans les mesures de tranquillité que je m'étais prescrites, jusqu'à ce que je reçusse lesordres que vousauriez labonté demedonner. La veille de la réception de la censure, j'eus l'honneur de faire la révérence à Mgr de Poitiers, et de souper avec lui. il me porta, avec sa charité et sa prudence ordinaire, à donner satisfaction à Mgr de Luçon, en condamnant les quatre proposition.-, en question, et me dit qu'il était sûr que inondit seigneur de Luçon ne demandait que cela. Je protestai à Mgr de Poitiers que je ne me ferais nulle peine de les condamner; maisje ne pouvais les rétracter, qui élait ce qu'on me demandait, parce que la vérité et la conscience s'y opposaient. Ce digne prélat partit dès le lendemain matin pour ses visites; ainsi je ne pus plus avoir l'honneur de le voir, et de leconsulter aprèsavoir reçu la censure. Je consultai en son absenco d'habiles gens; et par leur conseil je tis an greffe de la métropole, établi à Poitiers, l'acte ci-joint (46i), que j'ai lait imprimer
et chanoines, qui l'ont entendu parler le deuxième février, qu'il a prêché huit propositions sur la grà. toutes contraires à ces quatre propositions censurées; troisièmement, qu'il a encore prolesté dans nue lettre de, vingt pages, toutes écrites de sa main, audit seigneur prélat, le vingt-unième lévrier, qu'il n'a nullement avancé ces quatre propositions ; q • irièmement, comme étant théologal, et par conséquent dépositaire de la doctrine après l'éveque, il condamne derechef lesdites quatre propositions.
Cinquièmement, qu'étant à Poitiers pour ses ; faires particulières, et surtout pour une qui regarde I • temporel de son archidiaconé, touchant une renie de froment, que doit une terre que l'on va vendre, il y a reçu ledit jour, cinquième avril, ladite censure, qu'un ami lui a envoyée >ie Lueoti; à laquelle il ne se l'ail nulle peine île souscrire, puisque ce «ont des p oposiiions auxquelles il n'a point île
VUES COMPLETE i DE BOSSUET.
I artoul lémoi i i île i rume Loulesces pi rit, nue j'avais inutiles, cl qu on m atta- . . . - : (douleur,
, t ! . . de l'aire signilier
, ,.i, a (in d'arrêter par là is qui causenl fil entretiennent la divi- . De plus, comme j'ai fari us de tenir p mit susp cte l'offi-
d'ici, j'appelai de tout à la cour wéolitaine.
\].rr> ci i acte signifié, je ni eu vins a Lu- ■ r.pour monter aujourd'hui en chaire; ce queje croyais indubitable. J'arrivai à huit heures du soir, et j'appris qu'une heure auparavant, on m'avait l'ail une seconde déclaration de la pari du prélat, avec défi >s de prêcher. Gela me pa-
rut fort extraordinaire; premièrement, parce que, aussitôt la censure reçue, j'avais ■■tourné purement et simplement les itre prop isitions, qui est tout ce qu'on Uemande ci' s plus hérétiques, reconnus tels et même convaincus; les anciens conciles et les derniers n'ayant jamais exigé ; ques les plus obstines, que dédire anail ème a la mauvaise doctrine : mais on < n veut ici à la personne, et à tous ceux qui i ni eu liaison avec feu Mgr de Barillon : secondement, parce qu'il n'y avait point de onlre moi, ni ne pouvait y en ir, n'ayant été cité qu'une fois dans une sence de trois semaines ; absence permise à tout chanoine pour ses affaires, et qui n'a ni affectée, ni de libertinage ; troisièmement, que quand il y aurait eu sentence, l'appel interjeté aurait tout suspendu, d'autant que la sentence aurait été conditionnelle : Si vous ne condamnes telles propositions; encore aurait-on dû, suivant le droit, liler un temps : et c'est ce qui est l'or- I, émeut exprimé dans les Décrétâtes, livre ii, titre ±3, De appellationibus, canon , ; nereit, ou le Pape Célestin li ï écrit a uu doyen de Rouen : Videtur aulem nobis, ,(i in hujusmodi sententiam, appellationis ubstaculum debeat impedire.
p.i.t, ci qi.i ont été forgées à plaisir par des personnes qui veulent décrier la doctrine du diocèse, et celle de feu llgr de Barillon , évèquc de Luçon. Ce qui ne l'empêche pa de soutenir la grâce ( Ibcace par < lle-mé i.e, et la prédestination gratuite, - ..in les irés-illuâlres docteurs saint Augustin et saïui Thomas, Connue parle le Saint-Siège. Aiusi il proteste do nullité de toutes les procéuures qu'on [oui uni faire contre lui eu son absence, directement ou indirectement, comme ayant déjà suilisamut déclaré qu'il condamnait lesdites quatre prol>osilious, qu'il n'a point avancées; et ayant un cerlltical écrit ilo la main de M. Gaiile, docteur do Sorbonne, supérieur du séminaire et vicaire général ds son seigneur l'évêque de Luçon, qui témoigne, mémo • in sermon du deuxième lévrier, que sa doctrine est très-saine.
ï iJèmement, comme, dans la lettie circulaire
dudit seigneur pieiat a tous ses curés, il dit « qu'il
\ a eu eus gens a;st/. téméraires pour Oser dire
il y avait deux cents coiéa dans te diocèse qui
tiendraient ces propo irions; > il déclare qu'il
: : de semblable ; ci il
Nonobstant ces raisons, mes amis m'ont conseillé de ne point me présenter pour
I rêcher, sans avoir u.il la révérence l\ nJon
prélal ; el l'a nour de la paixm'j a porté. J'ai été le prendre avec d'autres chanoines, aptes
Tierce, pour aller à la grand'Messe ; c'i il une marque de respect assez ordinaire. J'ai commencé par la plus respectueuse de toutes les révérences, en entrant dans sa chambri , et je lui ai dit : «Je viens ici, Monseigneur, vous assurer de mes profonds respects, et de la douleur que j'ai qu'on me nielle mal dans l'espritde Votre Grandeur. Vous m'avez ordonné de condamner les propositions; je1 l'ai fait. Vous me sommez do venir remplir ma théologale ; j'y viens, suivant vos ordres.
— N'avez-vous pas reçu, interrompit le prélat, la défense que je vous en lis signilier hier? — Oui, Monseigneur, répondis-je; et c'est ce qui m'amène ici, pour éviter un éclat et uu scandale public dans l'église, si je m'y étais présenté d'abord pour prêcher, sans avoir eu l'honneur de vous faire la révérence. Je ménage la faiblesse des Catholiques, les caquets dus hérétiques, et par-dessus tout le respect qui vous est dû, Monseigneur. — Je vous défends absolument de prêcher, repartit le prélat ; sinon j'userai de toute mon autorité contre vous. Je me serais contenté d'une condamnation des propositions; je veux, à présent une rétractation en forme, elqoe vous les reconnaissiez comme devons.
— J'ai l'ait se; ment, repris-je, et je le proteste encore devant Dieu, que je ne les ai point avancées, et je le déclare prêt à aller offrir le saint sacrilice. — Quoi ! vous aile/, dire la Messe étant suspens ? me dit le prélal.
— Commeti: cela, Monseigneur? répondis-je, fort sûr du contraire et fort étonné.» Le prélat continua, et m'assura que la censure renfermait la suspension ipso facto; qu'il ne voudrait pas enlendro ma Messe; que j'étais dans le crime, el que la sentence du supérieur, soit juste, soit injuste , est toujours à craindre, comme dit saint Grégoire. Sur quoi je lui répliquai qu'il n'y avait nulle sentence- contre moi, et que de plus il savait ce tpie M. Talon avait cité d'Yves de Cbar-
> ; ! pour le diocèse, comme le connaissant Lien, qu'il ne se trouvera pas un seul curé qui soutienne ct-s propositions"; puisque ta doctrine du dioièse, qu'ils ont apprise de l'eu Mgr de Barillon leur .saint évoque, est celle de saint Thomas. Mais ii se souvient bien (pic dans une dépulatiou que le chapitre fil à son dit seigneur de l'Escure, plusieurs chanoines lui dirent, « que plus de deux cents curés soutiendraient et signeraient, que la doctrine du t'en seigneur de Barillon avait toujours été tressa.ne ; qu'ainsi on avait tort de l'accuser d'avoir une doctrine suspecte : » qu'il certifié que ces paroles, « plus de deux cents curés le témoigneront, » lurent dites à celle occasion.
De tout ce que dessus, il a requis et demandé acle à moi, greffier de ladite cour, soussigné: et que ladite déclaration, protestation et condamnation de quatre propositions reste en minu e, dont copies lui so.ent délivrées, pour lui servir comme de raison ; attendu que louies ses autres protestations vert aie. ci par écrit n'ont pas été reçues : ce que je lui ai octioyc pour valoir el servir eu temps et lieu, le jo ir et an que dessus : el s'est soués gué.
I Cl
PART. XiV. LETTRES DIVERSES.
très, dans sa proleslalion au Pape Innocent XI : Si vencrit excommunient unes injuste, ipse excommunicalus recédât (462j : «S'il vient pour excommunier injustement,*!! s'en retournera lui-même excommunié. » A ces paroles, un des assistants peu éclairé s'écria : « Quelle clfronterie 1 vous excommuniez Monseigneur! — Entendez-vous le latin? lui dis-je. » Lo prélat finit par une grande colère, et par des paroles outrageantes, et on s'en alla à l'église.
Je n'ai pas voulu prêcher; et j'ai mieux aimé souffrir en patience un si sanglant affront, que de faire de l'église le théâtre de la division et de la chicane. J'attends incessamment vos ordres là-dessus, Monseigneur. Vous voyez bien que toutes les juridictions me sont ouvertes, et la cour métropolitaine et le parlement, contre des procédures si pleines de nullités. Par amour de la paix, je différerai volontiers, a moins que je ne sois forcé de me défendre. Plaignez mon malheur, Monseigneur; [daignez un pauvre diocèse où tout est en combustion , et où les hérétiques se prévalent do ces éclats ; et honorez d'une réponse favorable celui qui est avec le plus profond respect, etc.
Du Puv, arc.hid. et théologal de Luçon.
Dimanche, ce 10 mars 1701.