‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 259 sur 458 · A M. IM · texte numérisé non relu

A M. IM

11 lui montré combien la version de Richard S on est dangereuse, et lui propose les yen» d'en corriger le* erreur».

Permettez-moi , Monsieur, dans la Ionsueur el dans l'importance du discours que fai a vous faire, d épargner ma main el vos yeux. l'ai achevé mes remarques sur le Nouveau Testament en question. Leur nombre et leur conséquence se trouvent beaup plus grands que je ne l'avais pu imaginer : erreurs, affaiblissements dos vérités chrétiennes, ou dans leur substance, ou dans leurs preuves, ou dans leurs expressions, en substiiuanl ses manières propres de parler à celles qui sont connues et consacrées par l'usage 3e l'Eglise ; ce qui emporte une te d'obscurcissement : avec cela singularités affectées, commentaires ou pensées humaines de rauleur à la place du texte sacré, et autres taules de celle nature, se trouvent de tous cotés.

Il m'arrive ici à peu près ce qui m arriva avec feu M. le chancelier le Tellier, au sujet de la Critique de l'Ancien Testament du même auteur. Ce livre allait paraître dans quatre jours, avec toutes les marques de l'approbation et de l'autorité publique. J'en lus avril i très à propos par un homme bien instruit, et qui savait pour le moins aussi bien les langues que noire auteur. 11 m'envoya un index et ensuite une préface, qui me tirent connaître que ce livre était un amas d'impiétés et un rempart de libertinage. Je portai le tout à M. le chancelier, le propre jour du jeudi saint. Ce ministre en i léme temps envoya ordre à M. de la Reynie de saisir tous les exemplaires. Les docteurs avaient passé tout ce qu'on avait voulu, et ils disaient pour excuse que l'auteur n'avait pas suivi leurs corrections. Quoi qu'il en soit, tout y était plein de principes et de conclusions pernicieuses à la foi. On examina si Ion pouvait remédier à un si grand mal par des cartons ; car il faut toujours tenter les voies les plus douces : mais il n'y eut i as moyen de sauver le livre, dont les mauvaises maximes se trouvèrent partout : et 8| i es un très-exact examen que je lis avec les censeurs, M. de la Keynie eut ordre de brûler tous les exemplaires, au nombre do douze ou quinze cents, nonobstant le privilège donné par surprise, el sur le témoignage des docteurs.

Le fait est à peu près semblable dans cetle occasion. Un savant prélat me donna avis de cetle nouvelle version, comme s'im primant dans Paris, et m'en lit connaître les inconvénients. Dans la pen-ée où j'étais, j'allai droit, comme je le devais, à M. le cardinal de Noailli s. J'appris de lui que l'impression faisait à Trévoux. 11 ajouta qu'il me priait ir le livre, el rue lit promettre de lui

en dire mon avis, ce que je ne devais pas

refuser : mais je crus qu'il fallait aller à la source du privilège. le vous ai porté une plainte à peu près de même nature que celle que j'avais faite contre la Critique du Vieux Testament. Vous y avez eu le même égard, et tout est a peu près semblable, excepté que je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'eu venir ici à la même extrémité : car j'espère qu'à force de carions, on pourra purger I ouvrage de toutes les erreurs et autres choses mauvaises, pourvu que l'auteur persiste dans la docilité qu'il a lémoignéejusqu'iui, el (pie l'on revoie les cartons avec le même soin qu'on a fait l'ouvrage. Mais voici un autre inconvénient ; c'est que le livre cependant s'est débité. On aura beau le corriger par rapport à Paris, le reste du monde n'en saura rien ; el l'erreur aura son cours, el demeurera autorisée.

Vous voyez bien, Monsieur, que pour parer ce coup on ne peut se dispenser de relever les corrections ; et si j'avais à le faire, je vous puis bien assurer, sans présumer de moi-même, qu'en me donnant le loisir d'appuyer un peu mes remarques, je ne laisserais aucune réplique. Mais l'esprit de douceur et de charité m'inspire une autre pensée : c'est qu'il faudrait que l'auteur s'exécutât lui-même; ce qui lui ferait dans l'Eglise beaucoup d'honneur, et rendrait son ouvrage plus recommandable , quand on verrait par quel examen il aurait passé. 11 n'y va rien de l'autorité du prince ni du privilège : on sait assez que tout roule ici sur la foi des docteurs, à qui, s'il paraît un peu rude de faire paraître leurs inadvertances, il serait beaucoup plus fâcheux de se voir chargés des reproches de tout le public. Ainsi il vaut mieux qu'on se corrige soi-même volontairement.

C'est l'auteur lui-même qui m'a donné cetle vue. Il se souviendra sans doute que, lorsqu'on supprima sa Critique du Vieux Testament, il reconnut si bien le danger qu'il y avait à la laisser subsister, qu'il m'offrit, parlant à moi-même, de réfuter son ouvrage. Je trouvai la chose digne d'un honnête homme ; j'acceptai l'offre avec joie, autant que la chose pouvait dépendre de moi; et, sans m'expliquer davanlage, l'auteur sait bien qu'il ne tint pas à mes soins que la chose ne fût exécutée. Il faudrait rentrer à peu près dans les mêmes errements, la chose serait facile à l'auteur; et, pour n'en pas faire à deux fois, il faudrait qu'elle remarquât volontairement tout ce qu'il pourrait y avoir de suspect dans ses critiques. Par ce moyen, il demeurerait pur de tout soupçon, et serait digne alors qu'on lui confiât la traduction de l'Ancien comme du Nouveau Testament.

Je puis vous dire avec assurance que se* Critiques sont farcies d'erreurs palpables. La démonstration en est faite dans un ouvrage qui aurait paru il y a longtemps (510), si les erreurs du quiélisme n'avaient dé-

i ouvrage est celle eUil.oH.

la Défense de la tradition et des saints Pères, qui commence le loine II

PART. XIV. LETTRES blVER

il",

tourné ailleurs mou attention. Je suis assuré de convenir de tout en substance avec l'auteur. L'amour et l'intérêt de la vérité, auxquels toute notre raison doit céder, ne permet pas qu'où le laisse s'autoriser par des ouvrages approuvés, et encore par des ouvrages de celte importance. II faut noter en même temps les autres qu'il a composés, qui sont dignes de répréhension ; autrement le silence passerait pour approbation. Un homme de la main de qui l'on reçoit le Nouveau Testament doit être net de tout reproche. Cependant on ne travaille qu'à donner de l'autorité à un homme, qui n'en peut avoir qu'au préjudice de la saine théologie : on le déclare déjà le plus capable de travailler sur le Nouveau Testament, jusqu'à le donner pour un homme inspiré parles évangélistes eux-mêmes dans la traduction de leurs ouvrages. C'est l'éloge que reçoit l'auteur dans l'épitre dédicatoire ; ce qu'on prouve par le jugement des docteurs nommés par Son Altesse Sérénissime.

Un tel éloge, donné sous le nom et presque sous l'aveu d'un si grand et si savant prime, si pieux d'ailleurs et si religieux, donnerait à cet écrivain une autorité qui sans doute ne lui convient pas, jusqu'à ce qu'il se soit purgé de toute erreur. Les journaux le louent comme un homme connu dans le monde par ses savantes critiques. Ces petits mots, jetés comme en passant, serviront à faire avaler doucement toutes ses erreurs, à quoi il est nécessaire de remédier ou à présent ou jamais.

Pour lui insinuer sur cela ses ohligations, conformes au premier projet dont vous venez de voir, Monseigneur, qu'il m'avait fait l'ouverture, on peut se servir du ministère de M. Berlin, qui espère insinuer ses senti» ments à M. Rourrel, et par là à M. Simon lui-même. Quoi qu'il en soit, on ne peut se taire en cette occasion, sans laisser dans l'oppression la saine doctrine. Vous savez bien que, Dieu merci, je n'ai par moi-même aucune envie d'écrire. Mes écrits n'ont d'autre but que la manifestation de la vérité : je crois la devoir au monde plus que jamais, à l'âge où je suis, et du caractère dont je me trouve revêtu. Du reste, les voies les plus douces et les moins éclatantes seront toujours les miennes, pourvu qu'elles ne perdent rien de leur ellicace. J'attends, Monsieur, vos sentiments sur cette affaire, la plus importante qui soit à présent dans l'Eglise, et sur laquelle je ne puis aussi avoir de meilleurs conseils que les vôtres. Tenez du moins pour certain que je ne me trompe pas sur la doctrine des livres, ni sur la nécessité et la facilité d'en découvrir les erreurs; Ce 19 mai 1702.

LETTRE CCCIil.

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