RÉPONSE DE M. DE MALEZ1EU
Il témoigne au prélat la difficulté qu'il y aurait à empêcher le débit de la traduction de Richard Simon, et lui propose des ejpédients pour remédier au mal.
J'ai reçu, Monseigneur, la lettre (pie
OEtVRES COMPL. DE BOSSIET. XI
vous m'avez fait l'honneur de [n'écrire, et
je l'ai lue avec toute l'attention que mérite la matière et la personne. Je vois clairemem qu'il eût été à souhaiter que vous eussiez fait votre examen avant notre édition : mai> après tout, Monseigneur, que pouvait faii.de mieux le souverain de Dombes et son chancelier, que île prendre des examinateurs de votre main et de celle de M. le cardinal de Noailles? Et quels examinateur»
encore ! des professeurs de théologie , que vous nous avez indiqués par distinction, qui, après avoir lu cet ouvrage pendant une année entière, nous ont dit et fait dire vingt fois, avant qu'on l'imprimât, que c'était un livre excellent, et qu'ils le soutiendraient comme leur propre ouvrage. Après cela , Monseigneur, si l'édition s'est faite, et si elle est sortie de la souveraineté par la permission du souverain ; s'il a permis qu'elle lui fût dédiée, il me parait qu'il n'a fait que ce qu'il devait. Enfin, Monseigneur, elle est à présent hors de notre juridiction ; et tout ce qu'on peut faire, c'est de veillera une seconde édition, et de la réformer sur vos remarques, au cas qu'il s'en fasse une. Car, connue vous l'observez fort bien vousmême, le livre étant distribué chez les étrangers, il est malaisé , pour ne pas di:-; impossible, de remédier absolument ai passé. M. l'archevêque peut le défendre dans son diocèse, s'il croit qu'il soit assi z mauvais pour cela: mais, encore un coup, nous n'y pouvons plus rien : il est sorti de notre district; et, si le hasard avait fait qu'il fût encore entre nos mains, je ne sais, Monseigneur, si vous eussiez voulu prendre sur vous de déterminer absolument le prince à se servir de son autorité, pour étouffer une édition que l'imprimeur a faite sur la bonne foi des approbations authentiques que M. l'archevêque et vous êtes censés avoir données, puisque vous avez donné les approbateurs.
Cependant, Monseigneur, pour faire lotit Je bien qui dépend de nous, et nous conformer à votre esprit, j'ai mis en œuvre M. Bertin. 11 lit vos observations avec M. Rourret, et ils me tirent dire hier qu'ils espéraient que tout le monde serait pleinement satisfait. L'auteur est en Normandie; ainsi on n'a pu encore conférer l'à-dessus avec lui. Ces messieurs paraissent bien persuadés que rien n'est plus aisé que de mettre cet ouvrage en état de passer partout. Cependant l'examinateur persiste à dire que la traduction lui parait très-orthodoxe, et qu'il es impossible d'y donner une application plus sérieuse que celle qu'il y avait donnée avant de lâcher son approbation : mais, comme deux yeux voient mieux qu'un, j'espère aussi, Monseigneur, qu'ils déféreront tous à votre autorité, et qu'iis chercheront les expédients convenables. Voyez , Monseigneur, si je puis laire quelque chose de plus, et me laites l'honneur de me donner vos ordres, que je recevrai toujours avec tout le respect que doit avoir pour vous, etc. A Versailles, ce 29 mai 1702.
VUES COMPLETES DE BOSSI ! r.
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Sur /c mf'mc sujet.
1 roua envoie mes remarques, Monsieur : vous irojrei bien qu'il y fallait donner du temps. Ii" n'en faudra guère moins pour rc- : les correc4 ons de l'auteur, quand il en sera convenu. Je n!âi pas peur, Monsieur, que vous les trouviez peu importantes : au contraire, je suis assuré que plus vous les
garderez de près, plus elles tous paraîtront nécessaires, et que vous ne serez pas plus d'humeur que moi à laisser passer tant de singularités affectées, tant do commentai"
s el pensées particulières de l'auteur, ruis< s à la placé du texte sacré, et, qui pis est, des erreurs ; un si grand nombre d'affaiblissement des vérités chrétiennes, ou dans leur su!. s tance, ou dans leurs preuves, ou dans leurs expressions, en substituant celles de l'auteur à celles qui sont connues et consacrées par l'usage de l'Eglise, et autres semblables obscurcissements. Il faut avoir pour l'auteur et pour les censeurs toute la complaisance possible, mais sans que rien puisse entrer eu comparaison avec la vérité. Ce n'est pas assez de la sauver par des corrections : le livre s'est débité ; il ne sert de rien de remédier aux fautes par rapport à Paris, pendant qu'elles courront par toute la terre, sans qu'on sache rien de ces corrections (otlj. 11 n'en faut qu'un exemplaire en Hollande, où l'auteur a de si grandes correspondances, pour en remplir tout l'univers et donner lieu aux libertins de se prévaloir du nom glorieux de Mgr le duc du Maine, et de celui des docteurs choisis par un si savant et si pieux prince, pour examiner les ouvrages de sa célèbre imprimerie. Ce serait se déclarer ennemi de la vérité, que d'en exposer la cause à un si grand hasard.
Puisqu'il faudra se déclarer sincèrement, et se faire honneur de l'aveu des fautes de cette traduction, il n'en faut pas faire à deux fois, et il est temps de proposer à M. Bourret et à l'auteur, le dessein que je vous ai confié. Je vous répète qu'il m'a offert à moimême de réfuter sa Critique du Vieux Testament ; et i! ne tint pas à moi que la chose ne fût acceptée et exécutée, au grand avantage de la vérité, et au grand honneur de la bonne foi de l'auteur. Il faudrait pousser ce dessein plus loin, et qu'il relevât pareillement les autres lautes de ses critiques suivant s. Il me sera aisé de les indiquer, car
s ai toutes recueillies; et si je n'avais été empêché de les publier par d'autres besoins de l'Eglise, qui paraissaient plus pressants, je puis assurer avec conliance, sans présumer de moi-même, qu'il y aurait longtemps que l'auteur serait sans réplique. Je n'en veux pas dire ici davantage. Tout ce qui le fait paraître si savant rie paraîtrait
que nouveauté, hardiesse, ignorance de la tradition et des pères ; et s'il n'était pas nécessaire de parler à fond à un homme comme vous, je supprimerais volontiers tout ceci; mais enfin le temps est venu qu'il laul contenter la vérité et l'Eglise.
Je vous laisse à ménager l'esprit de l'auteur avec toute votre discrétion : je ferai même valoir sa bonne foi, tout autant qu'il le pourra souhaiter. Quant au fond, je suis assuré d'en convenir avec lui; et quant aux ', manières, les plus claires et les plus douces seront les meilleures. Je ne veux que du bien à cet auteur, et rendre utiles à l'Eglise ses beaux talents, qu'il a lui-même rendus suspects par la hardiesse et les nouveautés de ses critiques. Toute l'Eglise sera ravie do loi. voir tourner son esprit à quelque chose de meilleur, el se montrer vraiment savant, non par des singularités, mais par des recherches utiles. Pour ne rien oublier, il faut dire encore que la chose se peut exécuter en deux manières très-douces : lune, que j'écrive à l'auteur une lettre honnête, où je J'avertisse de ce que l'édification de l'Eglise demande que l'on corrige ou que l'on explique dans ses livres de critique, à commencer par la Critique du Vieux Testament, et consécutivement dans les autres, y compris sa version et ses scholies ; et qu'il y réponde par une lettre d'acquiescement; l'autre, que s'excitant de lui-même à une révision de ses ouvrages de critique, etc., comme ci-dessus, et examinant les propositions qu'on lui indiquera secrètement, il y fasse les changements, corrections et explications que demande l'édification de l'Eglise. Il îïy aura rien de plus doux ni de plus honnête, ni qui soit de meilleur exemple.
Ce sera alors qu'on pourra le regarder comme le digne interprète de l'Ecriture, non-seulement du Nouveau Testament, mais encore de l'Ancien, dont la traduction a beaucoup plus de difficultés. Pour m'expliquer encore davantage, il ne s'agit pas de rejeter toute la Critique du Vieux Testament, mais seulement les endroits qui tendent à affaiblir l'authenticité des saints livres : ce qui ne sera pas fort difficile à l'auteur, puisqu'il a déjà passé condamnation pour Moïse, dans sa préface sur saint Mathieu. Au reste, on relèvera ce qui sera bon et utile dans la Critique du Vieux Testament, comme par exemple, si je m'en souviens bien, sur l'étendue qu'il donne à la langue sainte, au-dessus des dictionnaires rabbiniques, par les anciens interprètes et commentateurs. S'il y a quelque autre beau principe qu'il ait développé dans ses Critiques, je ne le veux pas priver de la louange qu'il mérite; et vous voyez, au contraire, que personne n'est mieux disposé que moi à lui faire justice, dès qu'il la fera à l'Eglise.
Ce 19 mai 1702.
511) Bossuet a ajouté de sa main dans l'original corrections.il faudra en indiquer brièvement les u i un arque suivante : Nota , qu'en relevant les taisons principales en substance.
i:07 PART
LETTRE CCCV.
RÉPONSE DE M. BEtlTlN.
Il tâche d'excuser les intentions de l'auteur de lu Critique, et lui propose une difficulté sur le serment (pion fait faire en S orbonne, de soutenir l'opinion de l'Immacuculéc Conception de la sainte Vierge.
J'ai reçu , Monseigneur, vos remarques que j'ai mises entre les mains de M. Bourret, qui m'a parlé avec, toutes les marques d'estime et de respect qui vous sont dues. I les lira aussitôt après la fôtede l'Ascension,