PART. XII. THEOL HISTORIQUE.— II. IIIST. DE FRANCE. UV. XV
bliger la ville à se rendre à discrétion, et. plutôt que de changer, il se flattait rie vaines espérances. De peur de l'accabler tout à (ait pendant sa maladie, on n'osait lui rapporter le triste état de l'année; enfin, comme il commença à se mieux porter, il força deux pages à lui dire ce qui se passait. Il apprit que le camp n'était plus qu'un cimetière; il en eut le cœur si serré, que son mal reprit sa force et l'emporta.
Un grand nombre de seigneurs, et entre autres le comte de Vaudemont, périrent do la môme sorte, et le marquis de Saluées prit la charge de ces troupes ruinées. Il ne fut pas longtemps sans tomber lui-même malade; la plupart des officiers Tétaient aussi; il restait à peine cent hommes d'armes, de huit cents qui avaient commencé le siège, et vingt-cinq mille hommes do pied se trouvaient réduits à quatre mille.
Les ennemis, cependant, ne s'oubliaient pas; ils prirent Capoue et Noie, d'où les vivres venaient aux Français; il fallut enfin lever le siège. Pierre de Navarre ayant été pris dans la retraite, mourut à Naples, et ce fut un grand bonheur au marquis de se retirer sans grande perte dans Averse. Il y fut bientôt assiégé, et contraint de se rendre à discrétion, le 30 d'août, avec tous les officiers; il fut transporté à Naples, où il mourut peu de temps après.
Les affaires allaient d'abord un peu mieux dans le Milanais. Le comte de Saint-Pol s'était joint avec, le duc d'Urbin et avait repris Pavie ; mais la peste était si furieuse à Gènes, que la garnison l'avait abandonnée; en sorte que Théodore Trivulce, qui en était le gouverneur, fut contraint de se retirer au château.
Comme Doria était averti de ce qui s'y passait, il ne tarda pas à s'y rendre, et y étant reçu sans résistance, il rendit le gouvernement à la noblesse, content de vivre en sa maison en simple particulier, après avoir mérité le titre de libérateur de sa patrie. On dit que le désir qu'eut Trivulce de sauver son argent, l'obligea à rendre trop tôt le château; et il est certain* d'ailleurs, que le comte de Saint-Pol, dont l'armée diminuait tons les jours, faute d'argent, n'osait approcher de Gènes. Tout ce qu'il ht, fut de jeter dans Savone quelque secours, qui ne la défendit pas longtemps. Les Génois la prirent, comblèrent le port et rasèrent les murailles.
[1529] L'hiver empêcha Saint-Pol de faire aucune entreprise. Au printemps suivant, les confédérés firent des projets inutiles sur Milan, et le comte de Saint-Pol lâcha de reprendre Gênes. Comme il marchait dans ce dessein, le débordement d'un torrent enflé d'une pluie soudaine, l'obligea à passer un jour à Landriane, où Antoine de Lève vint le surprendre. Il fut abandonné par les siens et fait prisonnier : un petit reste de son armée se réfugia à Pavie : les Espagnols, maîtres du pays, reprenaient tous les jours de nouvelles places, et les confédérés demeurèrent sans espérance.
Durant tout ce temps, on faisait de grandes négociations pour la paix. La duchesse d'An-
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ilAme, et Marguerite d'Autriche, (ante l'empereur, gouvernante des Pays-Bas, s'é-
taienl rendues ;i Cambrai, pour la traiter vers la fin du mois de mai; et le Pape, qui vu; les affaires des confédérés ruinées, travaillait de tonte sa force à se concilier l'empereur (but il prétendait se servir pour établir h Florence la domination de sa maison : une conjoncture importante lui donna un puissant moyen de gagner ce prince.
Le roi d'Angleterre s'était dégoûté de Catherine d'Aragon, sa femme, tante m a:ernelle de l'empereur, .et le cardinal de Volsey lui avait mis dans l'esprit qu'il pouvait faire dissoudre ce mariage. Sa raison était que Catherine, veuve dArthus, frère aîné de Henii, n'avsit pu devenir la femme du cadet, et que la dispense que le Pape avait donnée pour ce mariage était nulle, comme accordée au «préjudice des lois divines.
Ce fondement est si faux, que même la loi de Dieu ordonne, en certains cas, à un frère d'épouser la veuve de son frère. Cependant le cardinal flattait par cette raison la passion de son maître; il contentait aussi la sienne en prétendant marier avec Henri Marguerite, sœur de François, et en obligeant le roi à se venger de l'empereur, qui avait changé en mépris l'extrême considération qu'il avait eue autrefois pour lui. Henri avait d'autre"? pensées, et son dessein était d'épouser Anne de Boulen, fille d'honneur de sa femme, dont il était devenu éperdument amoureux; mais il se gardait bien de découvrir d'abord cette pensée, qui aurait trop souffert de contradiction, il faisait semblant d'entrer dans les sentiments de son favori pour la France, et il pressa le Pape de lui donner des commissuires pour examiner la validité de sou mariage.
Les affaires des confédérés étaient alors florissantes, et le Pape était disposé, j>ar cette raison, à favoriser le roi d'Angleterre ; ainsi il lui donna pour commissaire son pr<> pro ministre, Je cardinal de V-ofsey, avequelques autres prélats de son royaume. Il lit plus ; il donna au cardinal Campége , son légat, une bulle qu'il pourrait monlrej au roi d'Angleterre, pour' dissoudre son mariage, avec défense toutefois de la délivrer sans un nouvel ordre, signé de la main du Pape; mais quand l'empereur eut repris le dessus, il changea bien de manière; il ordonna au cardinal de I rûler la bulle, et évoqua l'affaire à Rome, résolu de favoriser l'empereur, autant que ce prince entrerait dans ses intérêts. C'est ainsi que ce Pape intéressé faisait servir à la politique les affaires de la religion.
Cependant la passion du roi d'Angletcr.e pour Anne de Boulen s'augmentait tous les jours. Cette maiiresse impérieuse l'aigrit contre le cardinal de Volsey. a qui il se prit de ce que la bulle avait été brûlée; il le chassa <ie la cour. Le chagrin que lui causa sa disgrâce lui lit perdre, peu de temps après, la vie; et l'Angleterre se réjouit de voir périr misérablement le plussuperbe des favoris.
L'empereur, qui se regardait comme in-
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sullé personne lemenl par le dessein que le roi d'Angleterre avail rormé contre la reine, femme, prit le parti de rechercher famille du Pape, dont (autorité donnait le branle jnv affaires d'Italie : ce prince lui lit offrir des conditions fort avantageuses. Il promettait de rétablir les Médicisdans Florence, et de donner Marguerite, sa Bile naturelle, avec une grande dot, à Alexandre, fils de Laurent de Médicis, à qui le Pape destinait la puiss ulière «le sa maison. Il s'engageait aussi à faire rendre au Saint-Siège Ravenne, Il .. ne, Elége et quelques autres places importantes : en reconnaissance de quoi le Pape accorda l'investiture de Naples à l'empereur, et réduisit le cens annuel dû au Saint-Siège par les rois de Naples, à six mille dmats par an.
Pendant qnecetraitése négociait, la mère du rui et la tante de l'empereur avançaient en grand secret à Cambrai les affaires de la paix. Marguerite se cachait du Pape, avec qui son neveu traitait, el la duchesse d'Angoulôuie avait encore pius d'intérêt à se cacher des alliés, que le roi tâchait de tenir en honne disposition, en leur proposant toujours de nouveaux desseins de guerre.
Enfin, après beaucoup de difficultés , la paix tut conclue par l'entremise du Pape. Le lui payait à l'empereur deux millions d'or pour Ta rançon île ses enfants, et acqui liait l'empereur envers le roi d'Angleterre des grandes sommes que lui devait la maison d'Autriche : il promettait d'épouser Eléonore, sœur de l'empereur, et de donner !e duché de Bourgogne au (ils qui naîtrait de ce mariage, li renonçait à la souveraineté de Flandre et d'Artois, el à son droit sur Naples, sur Milan et sur Salins. La politique d'Espagne n'oublia pas les héritiers de Charles île Bourbon, à qui il fut stipulé qu'on rendrait les biens de ce prince.
François n'eut pas les mômes égards pour les barons de Naples qui avaient suivi son paru, il n'en fil nulle mention dans le traité: il y comprit, à la vérité, les Vénitiens et les Florentins, à condition cependant qu'ils régleraient les dill'érends avec l'empereur, ce qui au fond ne disait rien ; pour Sforce, il demeura abandonné. Voilà à quoi fut réduit un roi si puissant et si généreux, moins par le malheur de ses affaires, que par le désir de revoir ses enfants, qui étaient captifs depuis si longtemps.
Ce traité, signé vers la fin du mois de juillet, demeura secret de concert entre les deux princesses, qui voulaient empocher les nouveaux desseins que cette paix pourrait faire [«rendre aux intéressés. Les articles furent publiés le 7 août au grand déplaisir des confédérés, dont le roi, durant quelques jours, évilail les ambassadeurs ; il fil ce qu'il pul pour les apaiser par des proni esses en l'air, dont aussi ils parurent peu satisfaits surtout le roi d'Angleterre, qu'on avait grand intérêt de ménager; caron s'obligeait I :!;• le liailé. à lui payer cinq cent mille écus, Fans qu'on sût sur quoi les prendre, et le ui ue s'j était engagé nue dans l'espérance
que le nu d'Angleterre ne presserait pas le lavement; c'était une chose assez difficile à obtenir; et Langey fui chargé d'une négociation si embarrassante : il y réussit pourtant, | arce qu'il sut entrer avec lui dans l'affaire de son mariage.
Langey était homme de lettres, et le roi d'Angleterre savait qu'il était considéré dans les universités de France, d'Italie et d'Allemagne. Il crut donc qu'il obtiendrait aisément, par son moyen, des consultations favorables pour son alfaire, d'autant plus que Langey lui en apportait par avance, sous noms empruntés, qui furent à son gré, et le gagnèrent tellement, que non-seulement il donna ternie de eiri(| ans pour le payement, mais il fit encore présent à Henri d'Orléans, son tilleul, d'une tleur de lis d'or, que le père de l'empereur lui avait engagée pour cinquante mille écus.
L'empereur s'était cependant rendu à Gènes. Il avait un grand désir de recevoir la couronne impériale de la main du Pape, et de se montrer en Italie où ses victoires l'avaient rendu si glorieux et si redoutable. Il crut que sa présence achèverait d'y établir son autorité; ainsi il n'eut pasplulôt fait son accord avec le Pape, qu'il se résolut à partir.
Il reçut à Gênes une ambassade des Florentins, contre lesquels il avait donné désordres fâcheux au prince d'Orange, moins pour satisfaire le Pape, que pour ruiner les plus fidèles alliés rie la France. Le prince devait les assiéger avec toute l'armée impériale, el quoiqu'ils fussent résolus de se bien défendre, ils tâchèrent auparavant d'apaiser l'empereur; mais il refusa audience à leurs ambassadeurs, jusqu'à ce qu'ils eussent reçu la bénédiction ou Pape. Le roi exécutait ponctuellement le traité de Cambrai, et faisait rendre les villes de la Pouille, que Rence de Ceri tenait encore.
Les Véniliens virent bien alors qu'il n'y avait plus rien à faire du côté de Naples, et ils retirèrent leur armée navale, pour distribuer leurs troupes dans les villes de Lombardie. Ils tirèrent parole de Sforce, qu'il ne s'accorderait pas sans eux ; mais le duc, un peu après, perdit Pavie et demeura si faible, qu'à peine lui resla-t-il aucune espérance. Environ dans Je môme temps, Pérouse fut rendue ■ au prince d'Orange. Tout cédait à l'empereur, et le fardeau de la guerre allait tomber loin entier sur les Florentins. Ils furent assiégés par le prince d'Orange, el abandonnés par les Français, en qui ils avaient mis leurs espéranees.
On croit qu'il y fut porté par le chancelier, qui en obtint du Pape, pour sa récompense, le chapeau de cardinal, qu'il avait jusqu'alors inutilement poursuivi. L'empereur s'occupait en Italie à négocier avec le Pape el avec les autres potentats, pendant que son frère Ferdinand perdaii les plus belles villes de la Hongrie, sous prétexte de secourir le roi Jean. Soliman s'était rendu maître de Cinq-Eglises, de Bude, d'A.lberoyale et d'Allembourg. 11 assiégea Vienne en Autriche avec une armée immense, sa., s