PART. XII. TIIEOL. HISTORIQUE.— H. H1ST. DE FRANCE. LIT. XV
que l'empereur se remuât pour défendre ni le royaume de son frère, ni les pays hérô« ditaires de sa maison. Il se (lai l au bon état de la place, et à la valeur de Philippe, comte palatin du Rhin, qui la défendait.
Cette conjoncture servit au Pape et aux princes d'Italie à mieux ménager leurs intérêts, et la négociation était déjà fort avancée, quand on cut que Soliman, après un mois d'attaque opiniâtre, avait été contraint de lever Je siège avec perte de soixante mille hommes. Il menaçait de retourner bientôt avec de plus grandes forces.
L'empereur, heureux partout, alla à Bologne où le Pape le couronna avec la mémo solennité que s'il avait été à Rome. Il lit la paix des Vénitiens et de Sforce. Ce malheureux duc fut obligé de se reconnaître coupable, et d'implorer à genoux la clémence de l'empereur, à qui il fallut promettre des sommes immenses, que les Milanais, tout épuisés qu'ils étaient, trouvèrent moyen de fournir, tant ils avaient en horreur la domination étrangère, ainsi il fut rétabli.
Les Vénitiens rendirent Ravenne et Cervie au Saint-S^ége, et tous les ports de la Pouille à l'empereur, qui fil ligue avee eux, avec le Pape et le duc de Milan, pour la défense de l'Italie. Après cette paix conclue il passa enfin en Allemagne pour chercher quelques remèdesaux maux extrêmes dont la menaçaient et le Turc et l'hérésie de Luther, qui faisait de si grands progrès, qu'elle semblait devoir bientôt être la maîtresse. Il laissa ordre, en partant, d'employer contre Florence toute son armée d'Italie, qui désormais n'avait plus que cette affaire.
Les Florentins se défendaient au delà de toute espérance, et François, qui les avait abandonnés, ne songeait qu'à délivrer ses enfants. 11 alla dans ce dessein à Bordeaux avec la somme destinée à leur rançon, qu'il avait ramassée avec une peine extrême. Le maréchal de Montmorency, grand maître de France, se rendit à Bayonne le 10 mars mil cinq cent trente, pour faire l'échange des princes, qui à peu près dans le même temps avaient été amenés à Fontarabie; mais il y eut des difficultés qui durèrent près de quatre mois ; enfin l'argent fut compté. On donna au connétable de Castil le tous les papiers concernant les souverainetés de Flandre et d'Artois. Les princes furent échangés au milieu de la rivière de Bidassoa. La reine Eléonore Futamenéeetie roi l'épousa près de Mont- Marsan, où il s'était avancé pour la recevoir. En ce même temps François et Henri firent quelques tentatives auprès de l'empereur pour raccommodement des Florentins.
L'entremise de deux si grands rois leur fut inutile. Un grand secours qui leur venait fut défait parle prince d'Orange ; mais il fut tué dans un combat, et Ferrand de Gonzague, marquis de Mantoue, eut ordre d'achever le siège. Le roi, cependant, jouissait d'un, repos qu'il n'avait jamais goûté depuis le commencement de son règne ; car il n'avait vu que de* guerres presque toujours mal heu* 'reuses, cl sa prison, dont il n avait été déli-
vré que parcelle de ses enfants, lui a va it causé des chagrins qu'on peutaisément{imaginer. Il avait le plaisir de revoir ces ai mari
princes, dont il avait été privé durant quatre ans, et son nouveau mariage donna lieu à des magnificences extraordinaires; il mè ait. à ses plaisirs celui des belles-lettres, qui lui étail naturel; car quoiqu'il n'eût pris dans sa jeunesse qu'une teinture assez légère des éludes, il avait acquis depuis, beaucoup de belles connaissances par les discours des habiles gens, à qui il donnait grand ai auprès de sa personne, et qu'il prenait plaisir d'élever : ainsi les sciences fleurirent de son temps.
Il s'appliqua 5 les cultiver principalement pendant la paix, en appelant de tous côtelés plus célèbres professeurs, à qui il donnait des appointements magnifiques, surtout à ceux de la langue sainte et de la langue grecque, les plus belles et les plus utiles de. toutes les langues. Il enrichit aussi beaucoup sa bibliothèque; ses libéralités s'étendirent bien loin hors de son royaume, tellement que tous les gens de lettres de l'Europe louaient à l'cnvi la générosité de François, qu'ils appelaient d'une commune voix : -< Le père et le restaurateur des sciences; » et à peine les victoires mêmes l'auraientelles rendu plus célèbre qu'il le fut parmi ses malheurs.
Il était malaisé que la paix fût stable entre les deux p.-inces. Les vastes prétentions de Charles, son bonheur, sa puissance, sa profonde dissimulation ne laissaient guère de repos à François. Il ne pouvait souffrir que l'empereur lui détachât tous les jours quelques-uns de ses alliés. Il avait perdu le duc de Savoie, que le sang lui rendait si proche; l'empereur avait donné à ce duc le comté d'Ast pour sa récompense. François était indigné de voir entre les mains d'un ennemi presque déclaré l'héritage de ses enfants; il voyait de plus quelques-uns de leurs domestiques qui les avaient suivis pendant leur prison , retenus en galère, sans que l'empereur voulût les relâcher, et il n'ignorait pas les pratiques que faisait Ferdinand pour rompre l'alliance des Suisses ave,-, la France; de son côté, il ne manquait pas de moyens de nuire à l'empereur, et l'état des affaires d'Allemagne lui en fournissait des occasions favorables.
Au sortir d'Italie, Charles s'était rendu à Augsbourg, où la diète de l'empire était convoquée : les luthériens s'y trouvèrent eu grand nombre : là fut présentée à l'empereur, au nom des primes et des villes de leur parti , leur confession de foi, appelée pour celte raison la confession d'Augs.»o:i .
Les zwingliens présentèrent aussi ce queZwingle leur avait dressée. 1! avait commencé à prêcher de n mveaux dogmes en Suisse, eu même temps que Luther troubla l'Allemagne; mais il ci lierait d'avec lui sur le pointue l'Eucharistie, où Zuingle croyait le corps de Jésus-Christ présent seulement en figure et en vertu, au lieu que Luther le tenait présent réellement et en substance,
niant seulement la transsubstantiation, c'està-ii'io que le nain soit changé au corps de J sus-Cnrist. Dieu permit cette division entre les ennemis de l'Eglise, pour affaiblir leur parti.
Carlostad, autrefois ma tire de Luther 1 1
devenu son disciple depuis qu'il avait <!
malisé, avait abandonne son sentiment pour
suivre celui de Zwingle, el il avait en plu-
b urs luthériens pour sectateurs; mais ceux
h confession d'Augsbourg étaient de-
irés, s - ■ mparaison, les plus forts, et
ils se rendaienl tous les jours plus redou-
s. . - rirent I • de protestants,
i rce qu'ils proteslèreot contre les décrets
d'une diète tenue à Spire.
Catholiques, qui les voyaient s'agranr (iic, m.' liguèren! contre eux, dans une assemblée faite à Nuremberg ; et, vers la lin de l'année, l'empereur commença à se déclarer sur le dessein qu'il avait connu de faire élire son frère Ferdinand roi des Romains, afin d'avoir un autre lui-même en Allemagne, pendant que tant de royaumes qu'il avait à gouverner l'appelaient ailleurs. Tout ceiaïii trembler les protestants, qui s'assemblèrent aussitôt après à Smalkalde, où ils se liguèrent pour défendre leur religion el empêcher, disaient-ils, les entreprises île l'empereur sur la liberté germanique. Celte ligue était composée dos princes de Saxe, de Lunebourg, d'Anhalt et de Hesse, tous luthériens. Les villes de leur religion, des plus puissantes de l'empire, y étaient entrées, et les dues de Bavière, quoique Catholiques, y avaient été attirés par l'intérêt commun des princes de l'empire, persuadés qu'ils étaient que la maison d'Autriche les opprimerait tous sans peine, en s'appropriant l'empire comme héréditaire, à quoi elle tendait ouvertement.
Les princes n'eurent pas plutôt conclu ieur ligue, qu'ils envoyèrent à François pour lui demander sa protection : sans entrer avec lui dans l'affaire de la religion, ils lui représentaient seulement qu'il était digne de lui de les aider à sauver les restes de la liberté de l'empire, et de s'opposer à un prince qui, s'établissant en Allemagne une puissance sans bornes, s'ouvrait manifestement le chemin à la monarchie universelle ; mais, parmi ces difficultés qu'on suscitait à l'empereur, il ne laissait pas d'avancer toujours ses desseins.
Ce fut en vain que les princes de la ligue de Smalkalde écrivirent aux électeurs que, pour faire un roi des Romains, il fallait le consentement de tout l'empire. Ils étaient déjà gagnés, et malgré les oppositions du duede Saxe, l'élection de Ferdinand passa le ojanvier,de l'avisde tous les autres électeurs. [1531] Les princes sentirent bien qu'après une action si hardie l'empereur ne larderait pas à marcher contre eux, el ils sollicitèrent François de se déclarer. La formidable puissance de la maison d'Autriche fit qu'il écoula les propositions, résolu toutefois de ne rien faire contre le traité de Cambrai ; el y tin de n'oublier rien pour entretenir
la paix, il souffrit que la reine Eléonore sa femme, avec la duchesse d Angoulême sa mère, négociassenl 9ei rètemenl une entrevue entre l'empereur et lui, où l'on chercherait les moyensde les unir | ar une ferme alliant e. Le roi la désirait plus qu'il ne l'espérait, el à vrai idire, les deux princes ne sortaient qu'à s'amuser l'un l'autre par celle négociation, pendant que chacun de son côté léchait de se Faire de nouveaux a . is. Durant ce temps l'empereur se préparait à aller à Ratisbonne, tenir la diète qu'il y avait indiquée, et comme les prince.- de la ligue voyaient bien qu'il y ferait prendre des résolutions extrêmes contre eux, ils pressèrent tellement le roi, qu'il se résolut à conclure. Il y avait un homme en Allemagne qui ménageait cette affaire; mais il était trop uni avec le roi d'Angleterre, pour la finir sans la participation de ce prince, à qui la ligue avait aussi député; il le trouva disposé à faire plus qu'il m; voulait.
Le roi d'Angleterre voyait bien que l'empereur ne lui pardonnerait jamais. l'affront qu'il lui faisait, en répudiant sa tante, ( i, quoiqu'il eùi autrefois écrit contre Luther, il haïssait un peu moins les luthériens, depuis les sujets de plaintes qu'il croyait avoir contre le Pape. Ainsi, il voulait qu'on lit une ligue offensive et défensive avec les princes de Smalkalde, el on avait peine à le réduire au sentiment de. François, qui n'en voulait l'aire qu'une défensive.
L'ambassadeur de l'empereur eut vent de cette menée et eu lit ses plaintes au roi, qui répondit qu'il garderait invioiablemenl les traités; mais que, pour prendre plaisir à obliger son maîlre, il lui en donnait trop peu de sujet : ainsi il dépêcha Langey en Allemagne, avec ordre de déclarer aux princes qu'il était prêt, à les secourir, s'ils étaient attaqués, < t qu'au reste il n'avait tardé a s'expliquer avec eux quedaus l'espérance d'attirer le roi d'Angleterre dans ses sentiments.
La liaison que François prenait avec les princes de la ligue, invita Jean, roi de Hongrie, à rechercher a leur exemple la protection de la France par une ambassade so;ennelle. François crut que, sans violer la paix de Cambrai et sans rompre avec la maison d'Autriche, il pouvait faire le mariage de ce prince avec la sœur du roi de Navarre, et lui payer argent comptant une dot considérable, qu'il lui serait libre d'employer à se défendre. Des affaires si importantes, qui se tramaient contre l'empereur, l'obli0èrenl d'envoyer de Ratisbonne, où il tenait la diète, le marquis de Balançon, pour [trier François de prêter ses galères, sa gendarmerie et de grandes sommes d'argent, qui le missent en état de résister au Turc, dont les mouvements menaçaient la Hongrie; que la maison d'Autriche ferait le reste, et qu'élu espérait opposer à Soliman une année de gens de pied du moins aussi forte que la sienne.
Son inlenlion était de rejeter sur François la haine de l'invasion du Turc, s'il refusait ce secours, ou de l'épuiser d'or et u 'argent, s'il était assez facile pour raccorder. Frau-