PREUVES POUR AUTORISER LA DÉCLARATION
Ex Capilutarîbus regum Francorum , edit. !>aiuzii.
Capilulare lerlium Cawli Magni, anni 78f>, lom. 1, p.%r. 245. Ut in diebus feslis vel diebus Uominicis omnes ad ecclesiam ventant . Lib. i, cap. 75, loin. I, p. 716. Slatuimus , etc., ut opéra servilia diebus Dominicis non agantur , etc., sed et ad Missarum solemnia , ad ecclesiam undique conveniant, et laudeni Deum pro omnibus bonis quœ nobis"in illa die fecil.
Le litre entier de la Conférence des ordonnances 6s r observation des jèles et dimanches,' marque (pie nos rois ont souvent, ordonné sur celle matière , pour obliger les nouveaux convertis d'assister nommément au service divin : l'article 40 de l'édil de Henri 11, l'ail à Ghâteaubriant, y est exprès en ces termes :
< Et afin que ceux qui auraient été ou seraient dévoyés du chemin de leur salut puissent faire connaître par leurs actions quelque bon commencement de réduction à l'observation de l'honneur et crainte de Dieu, el de l'obéissance de son bglii nous exhortons tous nos sujets indifféremment , de quelque état, qualité, autorité ou condition qu'ils 6uie.nl, el, en tant (pie besoin serait, leur commandons t ès-expresséniénl, que dorénavant ils aienl à lié.pnijiei le plus qu'ils p urroui le service
et par spécial es jours solennels , avec due révérence et démonstration , tel qu'un bon dévot el tidèle Chrétien doit faire, à genoux ci dévuleu i adorant le saint Sacrement de l'autel à l'élé\a et exhibition d'icelui, même les gentilshoium ceux de la justice, et ceux qui ont autorité en chose publique ; à ce qu'en taisant leur devoir , soient exemples aux peuples, et montrai! à I inférieurs de faire le semblable qu'eux , s I ainsi qu'un chacun est tenu de faire envers Di et est défendu à toutes personnes indiffën mmeiil , de quelque qualité ou condition qu'ils soieni se promener es églises durant le service divin; : se tenir prosternés el en dévotion, sel. m el ai que dessus est dit, pour eue l'église la maison de Dieu el d'oraison. »
Les lois romaines oui été encore plus séve sur ce sujet que les ordonnances de i • >-i
oui a, tulé une peine. />. Honorii , leg. Théoà, . '• hwrelicis, condamne les hérétique ., une amende différente, suivant les qualités des , sonnes, s'ils ne veulent pas se réduire à prat les exercices île la religion : Sisi ad o catholicam, meniem proposilutuq erterittl, du-
cenlas argenti libras cogentur exsolvere , etc., pour Ceux qui sont de la première condition ; cl t . loi parie un tardif d'amendes pour les autres, iuo.no les femmes.
NULS C0HPLE1 ET.
D . h us en tout temps les assemblées qui . ni produire aucun scandale, même |eS irjues, pendant le ser-
ein.
reniement défenses à tous cars el laverniers de recevoir dans leurs - el tavernes aucune personne, de quel pie qualité et condition qu'ils soient; et à tous nos sujets, de les fréquenter ; le les peines portées par les ordonnai! - "'•>! .
Enjoignons a tous nos juges et officiers de t h .1 .1 .i aiii à l'eiéculiou de la présente déclaration , à .peine d'interdiction de leurs chai .'■-. môme do privation, en cas de dissimulation.
Si donnons en mandement, c!c.
LETTRE DE M. DE LAYI01GN0N DE KÀSVIl.LE.
Sur Us dispositions des prolestants, et la conduite qu'on pourrait tenir à leur égard pour les ramener à i Eglise.
Vous avez été si occupé, Monsieur, depuis quelque temps, el à des affaires si importantes, que je n'ai o.-é vous interrompre, quoique je dusse, pour satisfaire à la dernière (élire qu • vous m'avez fait l'honneur de m'éerire, vous mander mes pensées sur les réflexions que vous avez bien voulu faire, louchant la question de savoir si l'on peut Lraindre par des voies modérées les nouveaux convertis d'aller à la Messe. J'ai employé ce temps à conférer sur ce. te importante matière avec MM. les évêques de Rieux, de Mirepoix et de Nimes. Je leur ai ne communiqué votre lettre'; et après y avoir hieu réfléchi, ils ont écrit eux-mêmes les réflexions que je vous envoie, qui valent bien mieux que tout ce (pue je pourrais penser: j'y ajouterai seulement ce que l'expérience m'a appris depuis dix-huil ans que je liavaille aux affaires de la religion. Je vois, Monsieur, que voire principale difficulté ist que l'on donne une faible idée de la sainteté du mystère aux nouveaux convertis, qui y vont avec indifférence et même a\n répugnance.
il e>l certain que s'il n'y en avait qu'un petit nombre, on devrait ne les y admettre qu'après une épreuve, et ce devrait être C0 mue le dernier sceau de leur foi. Il faudrait leur faire désirer un aussi grand bien, et qu'ils ne [Missent le recevoir qu'après en avoir connu parfaitement l'excellence. Mais lorsqu'il y a uans une \ rovince plus de deux cent uii le nouveaux convertis, il semble que
le gran 1 nombre doit faire changer de conduite. Vous savez mieux que moi combien cette raison du grand nombre a été forte dans tous les temps; que saint Paul et saint Augustin', et même le Sauveur du monde, y ont eu beaucoup d'égards : c'esjt ce que *M. de Mire poix a très-bien démontré dans un petit traité qu'il a fait sur celte malice.1.
Il semble en effet que c'a été de tout temps l'esprit de l'Eglise. Nous avons plus de soixante et dix lois faites par neuf empereurs orthodoxes, depuis Constantin ; pratiquées par les rois goths contre les ariens, par Gharlemagne contre les Saxons, par saint Louis contre les albigeois ; qui contiennent des peines rigoureuses contre les hérétiques réunis, pour les porter à suivre les exercices de notre religion. Elles ont été faites souvent à la prière des évêques, et quelquefois des conciles : elles ont été louées et approuvées par les Pères de l'Eglise. Craignait on en ce temps-là de profaner le mystère, ou de n'en pas donner une assez grande idée? Les ariens réunis par la crainte des lois, et entrant à l'église, parce qu'ils y éiaient contraints, avaient ils dans les commencements une foi bien vive de la divinité de Jésus-Christ? Cependant non-seulement ils y étaient soufferts, mais on les obligeait d'y aller, parce qu'ils étaient en grand nombre ; que plusieurs d'entre eux se déterminaient à croire par l'instruction. Ils entraient à l'Eglise encore héiétiques dans le cœur: le temps, le soin des pasteurs, la vue de nos mystères, la grâce qui y est attachée, les détrompait peu à peu. La foi venait insensiblement : faihle dans les premiers temps, elle se fortifiait dans la suite; et la bonne nourriture prenant, [jour ainsi dire, la place de la mauvaise, les conversions devenaient parfaites et sincères.
C'est, Monsieur, ce qui arrive encore aujourd'hui dans ce que nous appelons nouveaux convertis. Si on ne leur demande rien, ils demeurent abandonnés à eux-mêmes , dans une espèce de langueur, sans culte, sans religion ; et l'ouvrage du roi ne consisterait à leur égard qu'en ce qu'il leur aurait Ole celle qu'ils professaient.
Quand on les presse d'une manière modérée, bien moins sévère que celle qui est portée par les lois des empereurs, et qui se termine après tout au précepte de saint Paul, Insia, increpa, obseera, nous voyous q.i'il s se réveil lent de ce sommeil léthargique; que venant à l'église, ils se détrompent des fausses idées qu'ils ont [irises dès leur naissance. Ils comprennent ce que c'est que la
On mel ces trois articles principalement
bjet de celle Déclaration ne paraisse
■e ie ijui regarde '.es nouveaux convertis,
' seulement l'observation ou la défense d, s
i qui concernent le culte divin. Voyez les
s, Toi. lîi»; Biter. 1-233; Narbon. 1SS5;
K »< ■ - i ; Albi. 1-234 ; Statut» Ludov. reg. 1228.
bnjoignent aux nouveaux convertis d'aller 1rs
■ - >i ilimanches à l'église, d'y enteii Ire la Messe
■ i piedicalion, l'office diviu
De visiter les églises les samedis, à l'honneur de la Vierge;
Que les prêtres fassent un dialogue de ceux qui n'obéissent pas, sous peine de privation de leurs bénéfices ;
Qu'ils avertissent les évêques d'y tenir la main ; car le Seigneur recherchera les évêques du sans des nouveaux Catholiques qui périront pour l'inexécution des '. anons.
mo PART. XIV. LETTRES DIVERSES. — Hl SUR LES PROTESTANTS. Il
Messe, en la voyant dire: en lisant eux- terais ou plutôt j'affaiblirais ce <\ a-
mêmes ce qui s'y liit, ils sont surpris de n'y vants .prélats, dont je vous envoie les écrits,
trouver qur des prières admirables, dont ils vou s représentent. Je me contenterai d<- vous
sont très-édiflés; j'en ai vu plusieurs bien dire que s'il y a quelque inconvénient de
convertis, qui m'ont avoué qu'ils n'a mai eut ne pas donner une gran le idée <in mystère
jamais été détrompés, s'ils n'avaient pas pris à ceux qui n'en sont pas persuadés, cela i
sur eux d'y aller dans les commencements, bien récompensé par le nombre des conver-
mêine avec répugnance. sinus sincères qui se font tous les jours, et
Il y aurait d'ailleurs \inn espèce d'impos- qui ont commencé par un mouvement do sibilité de les instruire, s'ils ne se rassem- contrainte. Le respect et la vénération pour blaîent. Comment un seul curé pourrait-il le mystère ne manquera pas de venir, lorsen détail instruire deux ou trois mille nmi- qu'ils seront assez heureux pour goût r veaux convertis, qui sont dans sa paroisse? (instruction, et qu'ils commenceront a vou- Si on les rassemble hors le temps d • la loir connaître de bonne foi notre religion Messe, rien ne fait un plus méchant effet : telle qu'elle est : cependant l'habitude se ils se fortifient, par cet éloignement, dans forme, et l'habiiude aide beaucoup les boniles fausses idées qu'ils ont du mystère; et mes poursuivre les exercices de la religion. ils se croient en droit de demeurer toujours Mais comme je n'ai rien de phs à cœur dans leurs erreurs, quand ils n'ont pas fait que de ne point excéder les bornes du véce premier pas pour en sortir. ri table zèle que je dois avoir pour remplir I 11 me semble que tout doit céder à l'expé- mes fonctions, et que je nepuis mieux Irourience. On voit que sans force, sans violence, ver celte juste mesure que dans vos lumièet par la seule application qu'on se donne à res, je serai ravi d'en, pouvoir profiler, et presser, à exhorter, h faire voir la nécessité qu'elles règlent ma conduite. Mais permelqu'ii y a de suivre les engagements qui ont lez-moi de vous supplier encore une fois de été pris par l'abjuration, en exilant seule- considérer un peu l'état de celle province, ment dix ou douze personnes dans tout le la situation présente des affaires de la reli- Languedoc, qui y donnaient un très-mau- gion , que je viens de vous expliquer. Juvais exemple, et qui faisaient gloire de le gez, par toutes ces circonstances, plutôt que . donner, presque toutes les églises sont pardes principes séparés du fait dont il s'amainlenant remplies. N'est-il pas plusavan- git, si l'on doit avoir de la peine à se résoutageux d'y voir le troupeau rassemblé, que die de faire venir les nouveaux convertis à d'avoir a courir après toutes les brebis éga- la Messe, quand on sait, par une exj érience réos? Il est certain qu'un grand nombre re- certaine, qu'il n'y a qu à parler pour être vient de bonne foi, et que l'on voit un fruit obéi ; el si le scrupule d'y déterminer queltrès-évident de la parole de Dieu. ques personnes sans foi doit l'emporter sur i Plusieurs, à la vérité, sont encore à l'é- le fruit certain de voir naître celte même foi glise sans foi ; mais plusieurs y acquièrent dans les cœurs de plusieurs, de la foi tous les jours : ceux qui l'ont faible Au surplus, nous ne voyons personne qui sentent qu'elle se fortifie, et marchent in- nous dise : Je vais à la Messe, je n'y crois sensiblement au point de perfection: elle point. C'est un langage qui nous est invient aux uns plus lot, et aux autres plus connu; et si j'entendais parler ainsi, j'emtard; mais enfin nous en voyons les progrès, pécherais celui qui tiendrait ce discours On compte toujours, dans les lieux où l'on d'aller à l'église. Il faut donc pénétrer dans travaille avec application, quelque conquête leurs cœurs, et interpréter à mal les exernouvelle et assurée; et nous n'entendons cices extérieurs qu'ils pratiquent. N'est-ce dire autre chose à des gens bien revenus, si pas pousser la chose trop loin? L'Eglise ce n'est qu'ils bénissent la main qui les a étant une aussi bonne mère, doit-elle l'aire fait entrer à l'Eglise avec quelque espèce de celte espèce d'inquisition ? !!•> ne se préseucontrainte ; parce que sans cela ils n'auraient lent pas, dit-on, a la communion : il est esjamais pris la résolution d'y venir. Plusieurs sentiel de l'aire ses pâques lous les ans, attendent le moment qu'on leur parle avec Mais plusieurs les font; les autres s'y préfermeté, et ils se déierminenl dès qu'on leur parent : il y en a eu celle année beaucoup a parlé ; ils le disent ainsi eux-mêmes. plus qui s'y sont présentés, que les ann< -
Je dois ajouter, Monsieur, qu'il y a un précédentes. Quand ils y viendront le
nombre très-grand de nouveaux convertis l'ouvrage sera dans sa perfection, il iaul tra-
qui sont fatigués de vivre sans religion. Le vailler pour l'y mettre, et croire qu'il H*)
peu ue résistance qu'on irouve en eux d'al- sera qu'avecdu temps et beaucoupde ueiûe ;
1er à l'église et à la Messe vienl de ce prin- mais l'objet du travail mérite bien qu'on en
ci je : mais ils sont encore arrêtés par une prenne, et qu'on ne se rebute pas aisément,
fausse honte, parie mauvais exemple de quel- il me semble qu'il n'est rien si important
que esprit malin. Quand on rompt ces Mens, par rapport à la religion , que de unir, s'il
iis en sont ravis; et rien ne leur fait plus esi possible, celte grande entreprise; et jo
de plaisir que de voir imprimer un mouve- puis dire encore, par rapport à l'Elat ei 5 la
ment général qui les entraîne, et qui les publique.
porte où ils iraient d'eux-mêmes, s'ils u'é- Il n'esi question, dans tout ceci, que de taient retenus par les préjugés, qui ont fait savoir si l'on peut Obliger les nouveaux (onde tout temps tant de peine aux hérétiques, verlis d'aller à la Messe : car pour la parii-
Si je ne m'arrêtais en cet endroii, je répé- cipation des sacrements, il ne peut v avoir
pcul pas douter que i e
a Imeltre, quand
silions nécessaires ; ce
iniquement de la » onnaissance
ipérieurs ecclésiasti |ues en doi-
: pren Ire, < m examinant en détail la
ceux qui son! commis a leurs soins.
j suis avec respect, etc.
A MontDellier, ce -2i septembre 1700.
il n iB DE BOSSI rr v H. DE BASTILLE.
Sur cette question, si Von peut contraindre ■ protestants d'assister à la Messe.
reniant, Monsieur, que je suis ici solitaire et libre, j'ai profité du repos que je - lis donné pour lire et étudier à fond \ « savantes réflexions, avec relies des savants prélats, sur une de mes lettres, et en i ôme temps un dof.te écrit que M. de Monlauban m'a donné en nous séparant, sur la drain e dont on doit user contre les hérétiques. J'ai tâché, sur ces beaux écrits de pei sonnes donl j'estime tant f s sentiments, de former dans mon esprit une résolution sur cette importante affaire; et comme j'ai cru avoir pris ont le temps dont j'avais besoin pour y réfléchir, et que je prenais la plume pour mus expliquer ma pensée, il est venu un ordre 'le la cour qui inan.de do se donner garde de forcer personne à la Messe; ce qui semblait vouloir décider noire queslion. Mais comme la cour a ses raisons et vues, qui peuvent changer selon les temps, je me suis déterminé à faire deux choses : l'une, d'examiner la matière en -même, indépendamment de cet ordre; l'autre, d'examiner ce qui est à faire, et ce qu'on doit remontrer à la cour sur cet ordre ne.
Je commence donc à traiter eu soi la question. Si et jusqu'où l'on peut contraindre les hérétiques : et je déclare d'abord, ce que j" crois aussi avoir fait paraître dans ma lettre qui a donné sujet aux réflexions qu'il vous a plu m'envoyer : je déclare dis-jo , que je suis et que j'ai toujours été du sentiment, premièrement, que les princes peuvent contraindre, par des lois pénales, tous 1 s hérétiques à se conformer à la profession et aux pratiques de l'Eglise catholique ; deuxièmement, que cette doctrine doit passer pour constante dans l'Eglise, qui nonseulement a suivi, mais encore demandé de semblables ordonnances des princes.
En établissant ces maximes comme constantes et incontestables parmi les Catholiques, voici où je mets la difficulté : c'est h savoir si on a raison de faire une distinction particulière pour la Messe, et d'employer des contraintes particulières pour y forcer les hérétiques.
5t ce qu'il me semble qu'il fallait prouver, si l'on voulait s'opposer à mon sentiment • il fallait, dis-je, prouver que les lois ut on s'est servi pour contraindre les hô- • iques, ou par des supplices plus modé-
>SSUKT.
■ : a (•;('■ pratiqué contre les ,Jo-
natistes , ou par les derniers supplices, comme l'ont fait b's siècles suivants contre les albigeois et les vaudois, ont l'ail mut distinction particulière de la .Messe d'avec les autres exercices.
Or c'est constamment ce qui n'a jamais été. On a condamné à des amendes tous les donatistes; on les a déclarés Intestables et incapables de succéder,;) moins que de pratiquer la religion catholique : mais qu'on les en tint quittes pour seulement venir à la Messe, pendant qu'ils montreraient une répugnance invincible aux autres prati |ues do l'Eglise autant ou plus nécessaires; c'est assurément ce qui n'a jamais été pensé.
Ce n'est pas dans la Messe seule que consiste l'exercice de la catholicité; le réduire là, ce serait une manifeste erreur : aussi n'y a-t-i'l aucune loi des princes, aucune règle de l'Eglise , aucun passage des Pères qui contraigne en particulier à la Messe. La contrainte n'a jamais regardé que l'exercice de la religion catholique en général : de sorte que ou l'on ne prouve rien, ou l'on prouve plus qu'on ne veut, en alléguantces anciens décrets.
Qu'ainsi ne soit : je demande pourquoi l'on n'emploie pas la même contrainte pour obliger les hérétiques à se confesser, que pour les obliger d'aller à la Messe? C'est sans doute qu on ne les y croit pas disposés, et qu'on craint de les engager à un sacrilège, en les engageant à la confession contre leur conscience. C'est donc qu'on les met au rang d^s mécréants; et si on les met en ce rang/coniment les force-t-on d'aller à la Messe, où ils ne peuvent assister avec édification sans commettre ce qu'ils jugent être une idolâtrie ?
Voici donc ce que je crois être la règle certaine de l'Eglise.
Premièrement, que l'on peut user de lois pénales plus ou moins rig ureuses, selon la prudence, contre les hérétiques.
Deuxièmement, (pie ces peines étant décernées par l'autorité des princes, l'Eglise reçoit à sa communion tous ceux qui y viennent du dehors, quand elle peut présumer qu'ils y viennent de bonne foi, et que la vexation qui les a rendus plus attentifs les a aussi éclairés.
Troisièmement, qu'on ne peut présumer de la bonne foi, que quand ils se soumettent également à tout l'exercice de la religion catholique.
Ce qui me fait donc penser qu'on ne doit point contraindre à la Messe ceux qu'on n'ose contraindre au reste des exercices, c'est que la répugnance opiniâtre qu'ils montrent à les pratiquer fait voir qu'ils sont indignes de la Messe comme du reste.
Je n'entre point par là dans la question des dispositions nécessaires pour assister utilement 5 la Messe ; c'est ce qu'il ne sert à rien d'examiner : il me sulîil qu'on est d';:ccord que les mécréants manifestes ne doivent pas y être contraints, et qu'on doit prendre pour marque certaine de mécréance
ÏÎ88
PAitT. XIV. LETTRES D1YEKSES. - MK.V, , ; LES PROTESTANTS.
une répugnance invincible à se confesser premièrement, et ensuite a communier.
Je distingue pourtant ici entre exclure les hérétiques de la Messe, ou les y contraindre. Je ne les en exclurai pas quand je pourrai présumer qu'ils viennent de bonne loi, et du inoins avec quelque bon commencement des dispositions nécessaires.
Mais quand je les vois déterminés à no passer pas outro , c'est-à-dire à refuser la confession et ses suites, je prends cela pour marque évidente d'incrédulité; et (es contraindre à la Messe en cet état, c'est les induire à erreur, et ravilir la Messe dans leur esprit; c'est en môme temps déroger aux choses plus nécessaires, connue par exemple à la confession , et leur faire croire que l'exercice de la religion catholique consiste en un culte extérieur, auquel même on fait voir d'ailleurs qu'on ne croit pas. C'est ce que je crois avoir expérimenté en ces paysci : et sans parler des expériences qui peuvent être différentes en différents endroits, la règle me paraît, indubitable.
Il resterait à réfléchir sur !e dernier ordre de la cour; et aussitôt qu'elle sera tic retour, je me propose de représenter qu'il est un peu trop général. Car si l'on n'excepte de cette douceur ceux qui ont tout promis pour se marier ou pour réhabiliter leurs mariages, sans après rien exécuter de ce qu'ils ont promis et déclaré, et que l'on n*use envers eux d'aucune contraint;', je er^is pouvoir démontrer que c'est tout perdre, et que c'est autoriser une espèce de relaps qui se moquent publiquement et impunément de la religion. Je fais un Mémoire pour cola, dont je prendrai la liberté de vous envoyer copie, et queje voudrais pouvoir concerter avec vous-même : car on avance bien plus dans de telles discussions par la vive voix que par des écrits, où l'on ne trouve point de repartie. CepenJant, Monsieur, ne nous lassons point de traiter une matière si difficile, eten mêmetemps si essentielle. I! me semble que les écrits que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer, et tous les autres que j'ai pu avoir sur ce sujet, n'envisagent point la matière du côté que je la regarde ici. M. l'évoque de Montauban, avec qui j'ai eu occasion de m'expliquer, vous dira ce que nous avons dit ensemble, et qu'assurément je pousse au plus loin la doctrine des contraintes, sauf à se régler dans l'exécution par des tempéraments de prudence.
Si Dieu vous donne quelque chose sur cette lettre, ne me le refusez pas; car je cherche : je vois la difficulté de tous ses côtés, et je vous assure, Monsieur, queje suis disposé à profiter non-seulement des lumières de ces saints et savants prélats, mais encore et plus particulièrement des vôtres, par la connaissance que j'ai qu'ayant joint tant d'expérience au bon esprit, à la bonne intention et au savoir, vous oies l'homme du inonde le plus à écouter en cette occasion. Je finis en vous assurant de mon sincère respect que vous connaissez.
A Germiguy, ce 12 novembre 1700\
Je crains, i n l'ai ant décrire, de pi le temps do faire partir celle lelln . vous demande pardi n d'épargner si peu \<>, yeux.