‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 30 sur 458 · PART. XII. T1IE0L. HISTORIQUE.— II. HIST. DE FRANCE. LIV. XV · texte numérisé non relu

PART. XII. T1IE0L. HISTORIQUE.— II. HIST. DE FRANCE. LIV. XV

rois répondit avec hauteur, disant qu'il n'était pas bananier ni marchand, pour no faire que fournir de l'argent; niais prince chrétien, qui, dans une telle affaire, voulait avoir sa part dans le péril, pourvu qu'on lui en donnât dans la gloire; que son armée de mer était destinée à garder ses côtes, et que, pour sa gendarmerie, qui était la force de son royaume, elle ne marchait point qu'il ne fût lui-môme à la tête ; qu'au reste il voyait bien, par les discours de l'ambassadeur, que l'Allemagne, munie d'une armée aussi puissante, que celle dont il lui avait parlé, n'aurait pas besoin de secours, de sorte qu'il valait bien mieux garder l'Italie abandonnée, ce qu'il offrait de faire avec cinquante mille combattants, et de conduire encore de plus grandes forces partout où il serait besoin, avec son bon frère le roi d'Angleterre.

Il savait bien que l'empereur n'aurait garde d'accepter ses offres; mais il voulut opposer artifice à artifice, et faire une ré-ponso aussi captieuse que la proposition. L'empereur s'en servit pour persuader aux Allemands que le roi ne tenait aucun compte de leurs périls, et ne songeait au contraire qu'à s'en prévaloir, pour enlever à l'empire ce qui lui restait en Italie.

Ce discours tit son effet, même sur les princes de la ligue, tellement que Langey, qui les vit ébranlés, ne tarda plus à conclure absolument le traité, par lequel il promettait de les secourir, s'ils étaient attaqués contre les droits de l'empire. François eut nouvelle en même temps que le roi d'Angleterre consentait à la ligue défensive, et promettait de plus de contribuer de cinquante mille écus à la conservation des libertés du saint empire.

Ce traité, conclu dans la Bavière, fut apporté au roi comme il était en Bretagne, où François, Dauphin, avait été déclaré duc dans les états de cette province, à tondition que, venant à la couronne, la Bretagne y serait réunie, et que les fils aînés de France porteraient, avec le titre de Dauphin, celui de duc de Bretagne, avec les armes de celte province, jointes à celles de France et de Dauphiné.

Aussitôt que le traité d'Angleterre eut été porté à Langey, l'union des deux rois avec la ligue fut conclue, et il fut arrêté entre tous les princes qu'ils ne pourraient faire aucun traité sans communication mutuelle. Le roi s'obligeait de donner cent mille écus, qui ne pourraient être employés à aucune invasion, mais à la simple défense des droits de l'empire, et la somme fut déposée entre les mains des ducs de Bavière, à qui le roi se fiait de l'entier accomplissement de ses intentions.

Langey revint en France, glorieux d'avoir achevé une affaire si délicate, et passa en Angleterre, pour régler l'entrevue qui devait se faire entre les deux rois. On parlait toujours de celle de l'empereur et du roi, qui laissait faire sa mère et sa femme, jusqu'à ce que la mort de la première mit tin à tout cet amusement.

L'empereur, qui savait profiter de tout, s'en était servi pour rendre suspect su l' i tout ce qu'on lui proposait de la part eu roi. Pour se l'acquérir tout à fait, il mil Florentins sous la puissance (Je la maison de Médicis. Ils avaient sout< nu toutes h incommodités d'un long siège , et, trahis par leurs propres capitaines, ils avaient été contraints de se rendre à l'empereur, qu'ils suppliaient de régler dans un certain temps le gouvernement de leur ville. Il leur ôla leur liberté, comme à des gens qui avaient pris les intérêts de la France contre l'empire i et leur donna pour prince absolu Alexandre de Médicis, révoquant ce qu'il leur laissait de privilèges, aussitôt qu'ils attenteraient quelque chose contre l'autorité des Médicis.

Il se préparait cependant des affaires plus importantes du côlé d'Allemagne [15-J2].

Soliman avait traversé la Hongrie, et Charles, étant à la diète de Ralisbonne, apprit par les lot. tes de son frère Ferdinand, que Vienne élail menacée par une armée de six cent mille hommes. Sur ces nouvelles, les affaires de la religion qui occupaient la diète furent remises à une autre assemblée.

L'empereur demanda trente mille livres aux états de l'empire, ce qu'ils accordèrent sans peine. Le Pape promit quatre mille écus par mois, et envoya ses meilleures troupes sous le jeune cardinal Hippolyle de Médicis, qui ne respirait que les armes. Pour la maison d'Autriche , jamais elle ne parut plus puissante, ayant levé elle seule quatre-vingt-dix mille hommes do pied et trente mille chevaux, qui attendirent, sous le canon de Vienne, Soliman qui s'approchait; ilmitlesiégedevantLintz, qu'il leva au bout d'un mois sous prétexte d'aller combattre l'empereur.

C'était un grand spectacle de voir en présence les deux plus puissants princes du inonde, Charles d'un côté, et Soliman de l'autre, avec deux armées si redoutables; mais ils ne firent que se regarder, et tous deux parurent craindre l'événement d'un combat qui eût décidé de la fortune de deux grands empires.

Soliman se relira furieux, après avoir détaché deux partis de vingt mille chevaux chacun pour ravager les provinces héréditaires ; et Charles, qui le pouvait forcera combattre, fut plus circonspect que ses capitaines, qui le pressaient de donner. Il crut cpie, sans mettre tout au hasard, il devait se contenter d'avoir rendu inutiles de si grands efforts du Turc; mais il est malaisé d'entendre pourquoi il manqua l'occasion d'abattre en Hongrie le parti de Jean Sépus. Soliman s'était retiré; des deux détachements qu'il avait faits, l'un avait été taillé en pièces, et l'autre s'en retournait chargé de butin : il n'y avait, ce semble, qu'à se montrer aux Hongrois. Ferdinand le pressait de ne l'abandonner pas; mais rien ne le put arrêter, il voulut repasser en Espagne sans alléguer d'autre raison que le désir de rc L'impératrice.

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