RÉFLEXIONS DU MEME, SUR LA LETTRE DR BOSSUET
Il est inutile de s'étendre plus au long sur le pouvoir des princes, ni sur les lois pénales qu'ils ont droit de faire contre les hérétiques; ce point est incontestable. .Mais si ce pouvoir est certain, pourquoi faut-il qu'il soit inutile? el si ces lois sont justes, faut-il qu'elles demeurent sans effet?
On ne demande point ici de distinction : il n'est pas question d'avoir une loi qui contraigne les hérétiques d'aller à la Messe. On demande seulement de pouvoir dire en général aux nouveaux convertis, qu'ils doivent pratiquer les exercices de religion, sans leur parler de la Messe plutôt que de la confession et île la communion. On suit l'exemple des lois anciennes des empereurs, qui n'entrent point dans ce détail. Telle est
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trouvent deux cent mille réunis qui sont en
Lang .
lois anciennes ne font [te distinction : les premières ne patent que d'une contrainte qui comprend tous es exercices en général. lustinien, dans sa relie 109, a été plus loin et n'a pas cru qu'on pût réputer un homme catholique, qui n'aurait pas reçu la communion : fgitur sacram communionem in Ecchsia catliolica non percipientes a sacerdotibus-, hœrelicos j".<te vo camus; et il prive les femmes de . si elles m1 la reçoivent pas : Nisi sacram cl adorubilem communionem a Dco amabilibus Ecclesiœ caiholicœ sacerdotibus acceperint. C'est peut-être ce qui a déterminé, dans les siècles suivants, tous les conciles tenus en Languedoc contre les albigeois, de les obliger de communier trois lois l'année; puisque les lois romaines y étaient établies, que l'on a voulu être aussi bien observées pour la religion que pour les contrats, substitutions el autres matières civiles. Quoi qu'il en soit, il est inutile de porter plus loin celle dissertation. On ne veut point de loi précise pour la Messe : on ne demande qu'une liberté de porter les réunis aux exercices de la religion | ar des voies justes et modérées. Et tomme le premier exercice d'un Catholique est d'aller à la Messe, on demande seulement qu'on ne trouve pas mauvais qu'ils y aillent, lorsqu'on n'est pas assuré que leur foi soit encore, bien affermie.
. On n'a garde de tenir quittes les réunis de tout autre exercice de religion, pourvu qu'ils viennent à la Messe : cela n'a jamais été (iil ni prétendu; au contraire, c'est à la Me>se qu'on leur apprend les principes de la religion et les règles de la discipline. C'est là qu'on leur enseigne qu'en bon Chrétien doit s'unir avec Jésus-Christ, en participant au sacrement de sa chair et de son sang : c'est là qu'on leur fait voir que notre religion ne consiste pas dans un culte extérieur, et qu'on leur montre à. adorer Dieu en esprit et en vérité. On souhaite qu'ils viennent 5 la Messe pour leur . nseiguer ces vérités : c'est le seul temps où ils peuvent être instruits el rassemblés. En recevant | instruction, i's s'accoutument au mystère, ils le connaissent : ils se désabusent par eux-mêmes des fausses impressions qu'on
leur a dénuées ; el l'on lire ce double fi uil, quand ils ; vont, qu'ils connaissent la Messe, el qu'ils apprennent en même temps leurs a ii 1res devoirs.
Itien de plus vrai que ce n'est pas dans la Messe seule que consiste l'exercice de la catholicité. On a peut-être appuyé sur la Messe, parce que c'est une des principales fonctions de la religion que d'y assister; parce que la Messe a toujours été comme un signe et un caractère de distinction entre le huguenot et le Catholique; pane que l'assistance au sacrifice approche davantage de la participation du sacrement; parce que c'est un exercice de la religion catho'i;|ue qui se réitère plus souvent; enfin, parce que la Messe est accompagnée de prônes, de sermons, d'instructions, et de loul ce qui peut augmenter et nourrir la foi. Mais on n'a jamais prétendu que ce soit dans la Messe seule que consiste la pratique de la catholicité : nous sommes tous d'accord sur ce point.
On pourrait citer et les lois de lustinien, el tous les conciles tenus sur l'hérésie des albigeois, pour montrer que les princes do l'Eglise ne se sont pas toujours conien es de prescrire la pratique en général de la religion, et qu'ils sont entrés dans le détail des exercices. Mais ce n'est pas le fait dont il s'agit : on convient du principe, que ce n'est pas dans la Messe que consiste la catholicité.
« Je demande pourquoi l'on n'emploie pas la même contrainte pour obliger les hérétiques à se confesser, que pour les obliger d'aller à la Messe'.' » elc.
Premièrement, ce raisonnement semble trop prouver, et n'a jamais été fait lorsqu'il a été question d'éteindre les hérésies. On ne peut pas douler que les hérétiques n'aient été contraints à pratiquer la religion catholique; par conséquent d'aller à la Messe, qui est le premier dé ses exercices. On ne peut pas croire que, dans les premiers temps qu'ils ont été forcés à aller 5 l'église, ils aient eu une foi bien vive sur tous nos mystères, qu'ils no croyaient pas pour la plupart. Parce qu'ils ne se confessaient pas et ne communiaient pas, était-on agité de ce scrupule ? les mettait-on au rang des mécréants? disait-on qu'étant persuadés que la Messe était une idolâtrie, il nefallaitpas les presser d'y aller? On voit, par les lois, qu'ils étaient contraints d'aller à la Messe comme à tous les autres exercices : mais l'on ne voit point que l'on se soit embarrassé de ce raisonnement. Dans les premiers temps, les hérétiques ont élé reçus à l'église, où la puissance temporelle les obligeait d'aller : ils y ont élé instruits}; et accoutumés peu à peu, ils sont pan < nus par l'instruction à croire les mystères. On a eu de la patience à leur égard, on les a attendus : ils se sont détachés l'un après l'autre, et tous enfin ont perdu le souvenir de leurs eneurs. Il en est de même des re-
8) L. Ilonorii, log. 54 -, Cod.Theod., De kmretieis.
PART. XIY. LETTRES DIVERSES. — MKM01KKS SLR LES PROTESTANTS.
ligiounairès de ce temps. L'expérience nous apprend (pie rien n'avance quand ils ne viennent pas à l'église et à la Messe • ils demeurent comme dans un sommeil léthargique, qui les conduit a une mort certaine; ci quand ils sont modérément pressés d'aller h la Messe, tous les jours il y a quelqu'un d'entre eux qui se détache, qui se fait sincèrement catholique, et demande de luimême les sacrements. On ne les lui propose que (|uand il est- bien disposé. Si on veut donc les obliger d'al er à la Messe, sans les obliger de recevoir les sacrements, c'est qu'on ne peut avancer pour les rendre catholiques sans faire ce premier pas. Le progrès de la religion demande du temps : il faut attendre que le ciel ait mis dans leur cœur ces heureuses dispositions que l'Eglise demande, et que les supérieurs doivent discerner. Si l'on renvoie' souvent les anciens catholiques, môme pour la communion pascale, pourquoi ne la differera-t-on pas à l'égard des réunis? pourquoi l'Eglise n'espérera-t elle pas que le temps et l'instruction pourront effacer du cœur d'un mauvais converti les impressions fâcheuses qui y sont encore? 11 vient à la Messe ; il écoute : il faut espérer sa conversion, et non pas le traiter rigoureusement comme mécréant.
Secondement, l'idée de ces mécréants manifestes ne convient ni à l'usage ni aux discours de nos réunis. On n'en trouve point qui disent publiquement qu'ils ne croient pas, et qui s'en fassent honneur : au contraire, quand, après avoirassisté assez longtemps à la Messe, on leur remontre qu'il est du devoir d'un bon Chrétien de s'approcher des sacrements au moins une fois l'année , ils disent : Cela viendra, je m'instruis; il me faut encore un peu de temps. Voilà le langage qu'ils tiennent. Faut-il pénétrer dans le fond de leurs cœurs, pour interpréter leurs discours dans un mauvais sens? N'est-il pas plus raisonnable de les supporter avec charité, et de les attendre av.ee patience?
Voici l'endroit le plus important, et,àpro-' prement parier, le nœud de la difficulté. On convient qu'on doit recevoir à la Messe les réunis, quand on peut présumer qu'ils y viennent de bonne foi , et l'on fait consister celle bonne foi à les voir se présenter à tous les autres exercices. Ce principe convientil au progrès de la religion ? et cette maxime rigoureuse n'est-elle pas comme ces remèdes qui tuent le malade au lieu de le guérir?
Premièrement, on demande, que faut- il faire de ces sortes de gens qui viennent à la Messe, qui y assistent modestement, et qui pourtant ne se sont pas encore présentés aux sacrements? les chassera-l-on de l'église? leur dira-t-on qu'ils ne seront plus reçus à la messe; qu'il leur est libre de vivre dans une autre créance que celle de la religion catholique? L'Eglise a-t elle jamais [iris un parti semblable? Combien d'âmes perdra-ton, qui se seraient converties avec le temps? Que deviendra l'ouvrage du roi, qui n'aboutira qu'à faire des mécréants? 11 ne faut pas
Œuvres compc ue Bossuet. XL
s'y tromper, rien n'est si important que la résolution que l'on prendra sur ce point. Si la cabale des religionnaires peut découvrir
qu'on tire celte conséquence : Cet homme va à la Messe, il ne se confesse pas, il nu communie peint; il faut le rejeter, et ne le pas réputer Catholique: elle fera les dernier-, efforts pour jeter dans cette perverse situa lion un grand nombre de personnes, qui feront gloire de dire qu'ils ne se confesseront ni ne communieront jamais, et qui par cette adresse s'excluront eux-mêmes des exercices de la r-ligion, et se feront fermer la porte île l'église, où l'on avait dessein de les faire entrer. Tout le bien qu'on a fait jusqu'à celte heure sera renversé, et on leur apprendra, par ce moyen, à tenir des discours auxquels ils ne pensent pas maintenant, quoique les églises soient remplies presque partout en Languedoc , et que cela se soil fait sans violence et sans aucune peine. Il faut bien se garder d'exposer la foi de ces néophytes, encore faible, à de pareilles tentations, et de leur laisser entrevoir la moindre espérance de retour à leur ancienne créance Les exercices de la religion catholique paraissent si difficiles à ceux qui ont vécu dans la liberté de la religion prétendue réformée, qu'il faut toujours craindre qu'ils ne s'en rebutent, et qu'ils ne retournent à leur ancienne discipline , si on ne leur en ferme avec soin toutes les avenues.
Secondement, un principe n'est pas bon lorsqu'il tend à la destruction de l'ouvrage qu'on a dessein de perfectionner. Or, exclure les réunis de la Messe, parce qu'ils ne pratiquent pas les sacrements, c'est détruire l'œuvre des conversions; car il suit de là que tout homme qui dira qu'il ne veut pas les recevoir doit être laissé dans une parfaite tranquillité, et sur la connaissance que nous avons de l'inclination et de la conduite des nouveaux convertis, il ne faut pas douter qu'un grand nombre ne prenne ce parti.
Troisièmement, un principe dont les extrémités sont trop grandes doilêlre évité : or il semble que lesdeux plus grandes ds toutes les extrémités suivent de ce principe. Tout ou rien; tout, si on contraint les nouveaux réunis à tous les exercices; rien, s'ils déclarent qu'ils ne sont pas disposés à iccev ou1 les sacrements. N'y a-l-il pas un milieu entre ces deux fâcheuses extrémités? Ne peut-on prendre d'autre parti que de les abandonner, ou de les porter à des sacrilèges ? N'est-il pas plus à propos d'attendre, d'espérer, de les instruire, et de ne les pas condamner comme mécréants? Ils viennent à la Messe; il faut espérer qu'ils feront le reste. Ce raisonnement n'est-il pas pins doux, plus conforme à l'esprit de l'Eglise, que celui-ci ; Ils viennent à la Messe, ils ne veulent pas se confesser et communier : il laul les retrancher de l'Eglise.
On dira peut-être qu'il ne s'agit pas de chasser de l'Eglise ces réunis ; mais desavoir si on doit les contraindre de venir à la Messe.
o: l VRES COMPLETES OH BOSSUET.
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A quoi je répondi que, s'ils y viennent par ,tn»' contrainte très-modérée, comme pourrail être une forte exhortation île la part de la puissance temporelle, accompagnée de luelquea menaces, en excluant tous les
ijens violents ; ou doit présumer qu'ils v viennent volontairement. Les moyens pi 'on veut employer sont si doux, qu'on peut pas présumer quo la volonté soit absolument contrainte ; et s'il faut traiter de mécréants ceux qui ne se présentent pas aux sacrements, il doit s'ensuivre qu'il faut exclure de l'Eglise la plupart de ces nouveaux convertis, qui y sont entrés sans aucune violence.
« Ce qui me fait donc penser qu'on ne doit pas contraindre à la Messe ceux qu'on n'ose contraindre au reste des exercices, c'est que la répugnance opiniâtre qu'ils montrent à les pratiquer fait voir qu'ils sont indignes de la Messe comme du reste. »
Si on suit cette règle, l'ouvrage est abandonné : car si on ne porte pas les réunis à aller à la Messe, que peut-on leur demander? Sera-ce d'aller à des instructions séparées de la Messe? L'usage et l'expérience font connaître que l'on ne gagne rien par ces instructions , impraticables dans la plus grande partie des paroisses: d'ailleurs cette séparation des anciens et des nouveaux Catholiques entretient entre eux une désunion dangereuse d'esprit et de parti; on ne doit penser qu'à les unir et à les confondre les uns avec les autres. Quand on a fait desemblables instructions pour les réunis seulement , ou ils n'y ont pas assisté, ou ils les ont écoulées avec répugnance, comme des exhortations vaines rt ennuyeuses. L'expérience nous fait voir qu'ils profitent beaucoup plus à un sermon, qui se fait tous les dimanches à la Messe; et que la vue du mystère, la prière commune qui s'y fait, la lecture de l'Evangile, et tout cet appareil de religion qu'ils y voient, les désabuse plus que tout ce qu'on peut leur représenter. Il serait juste qu'on s'en rapportât un peu à ceux qui ont pratiqué toutes sortes de moyens , et qui ont sur cela une longue expérience.
On mécréant manifeste ne doit pas être contraint d'aller à la Messe : cela est vrai, et l'on aurait raison d'exclure de l'Eglise, et de priver de l'assistance au sacrilice, un homme qui dirait : Je ne crois point. Mais, encore une fois , ce n'est point là notre système; et c'est ce que nous ne voyons pas, ou très-rarement.
On doit prendre pour une marque certaine de mécréance, une répugnance invincible à se confesser et à communier , cela est vrai : mais pourquoi croire la répugnance invincible? La volonté de l'homme est sujette à un perpétuel changement du bien au mal, et du mal au bien. Nous voyons tous les jours revenir ceux des réunis qui paraissent les plus éloignés. La dureté des cœurs s'amollit par les réflexions, par les instructions , par les exemples, par les inspirations : tel avait horreur des sacrements l'année der- !••, qui les den amie celle-ci. Y a-t-il de
répugnance qui soit invincible à la erâre? Pourquoi ne pas croire qu'elle viendra tôt ou tard sur cet endurci? Ainsi la maxime, qui peut être véritable dans la thèse générale, ne l'est pas dans l'hypothèse, et il semble qu'il n'est pas avantageux à l'Eglise qu'on en fasse l'application.
'< Je dislingue pourtant ici entre exclure les hérétiques de la Messe, ou les y contraindre. Je ne les exclurai pas, quand je pourrai présumer qu'ils viennent de bonne foi, et du moins avec quelque bon commencement des dispositions nécessaires.»
Nous voilà d'accord par cette règle; c'est précisément l'état des réunis du Languedoc : on peut présumer qu'ils viennent de bonne foi. On voit en la plupart un commencement des dispositions nécessaires : mais c'est une foi faible, qu'il faut encourager et soutenir par des condescendances charitables, bien loin de la déranger ou de l'affaiblir par des craintes indiscrètes , ou par des soupçons d'hypocrisie ou de mauvaise conduite.
" Mais quand je les vois déterminés à ne passer pas outre, c'est-à-dire à refuser la confession et ses suites, je prends cela pour marque évidente d'incrédulité; et les contraindre à la Messe en cet état, c'est les induire à erreur, etc. »
Pour cette règle-ci, elle peut causer dans son application de grands inconvénients, si l'on s'y arrête avec exactitude. Il faut abandonner la meilleure partie de ces brebis égarées, qu'on pourrait autrement ramener dans le bercail. On prie encore M. de Meaux de marquer en quel temps de l'Eglise on a suivi cette conduite, de traiter de mécréants et de chasser de l'église ceux qui viennent à la Messe en vertu des lois des empereurs, lorsqu'ils ne se présentent pas encore à la confession et à la communion. Quand est-ce qu'on a traité leur répugnance d'invincible?
Quand à l'idée qu'ils prennent de la religion, c'est à la Messe qu'on leur enseigne qu'elle ne consiste pas dans un culte extérieur : c'est là qu'on leur explique ce qu'ils voient et ce qu'ils entendent, et ce n'est que là qu'ils peuvent être bien désabusés de toutes les fausses impressions qu'ils ont reçues sur ce mystère : l'expérience le fait connaître tous les jours.
La disposition des religionnaires auprès de Paris pourrait être très -différente de celle où se trouvent ceux du Languedoc. On ne répétera point ici la facilité qu'il y a de les porter à tous les exercices de la rebgion, quand on veut s'y appliquer; le peu de répugnance même qu'ils ont à se confesser et à communier, pour peu qu'on voulût les presser sur ces articles : mais il vaut nreux attendre qu'ils le désirent et qu'ils le demandent. Il faut laisser croître leur foi , et prendre garde do ne pas les engager à des confessions et à des communions prématurées. Je remarque seulement cette disposition, pour faire connaître à M. de Meaux que nous ne voyons point cette répugnance invincible qui le frappe avec raison, et qui