‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 291 sur 458 · PART. XIV. LETTRES DIVERSES. — MEMOIRES SLR LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

PART. XIV. LETTRES DIVERSES. — MEMOIRES SLR LES PROTESTANTS

paraît le fondement le plus solide de son opinion. Cependant il est de la prudence d'appliquer les remèdes suivant les dispositions des malades. Si deux cent mille nouveaux convertis ne sont pas disposés en Languedoc, comme l'est un petit nombre auprès de Paris, ce serait tomber en erreur que de ne faire aucune distinction de ces deux étals différents., et de vouloir réduire Je plus grand nombre aux règles du plus petit.

La première réflexion qu'il y a à faire sur l'ordre de la cour, est qu'il n'est pas général : il n'a été envoyé ni en Languedoc, ni en Guyenne, qui sont du département de M. de la Vrillière. M. de ïorcy l'a envoyé en Dauphiné : le grand -vicaire de M. de Valence l'a reçu en son absence; il en a distribué des copies à ses curés, qui l'ont lu publiquement et sans discrétion. Sur ce fondement, la cabale des religionnaires, qui subsiste encore et qui est toujours attentive à tous les événements , s'est imaginé que le roi voulait se relâcher à l'avenir : elle a insinué que cet ordre devait être considéré comme le premier pas, pour parvenir a une liberté entière de ne plus pratiquer aucun exercice, et cette fausse conjecture, répandue dans le parti, a retardé pour longtemps tout le bien qu'on a pu faire par les missions et par les soins assidus de plusieurs années. Je sais celle histoire du grand vicaire même de M. de Valence, dont une partie du diocèse est en Dauphiné, et l'autre en Vivarais, qui fait partie du Languedoc. Cet ecclésiastique se crut obligé de me consulter par cette raiso», pour savoir s'il rendrait cet ordre public dans cette province, comme il avait déjà fait dans l'autre. Je connus le danger, et je le priai de n'en rien faire; ces ordres ne devant pas être ainsi exposés aux yeux du public, par les mauvaises et fausses conséquences qu'on en peut tirer. L'ordre, en etfet, n'a point paru dans mon département. Je n'ai pu comprendre d'où venait cette diversité de sentiments; et j'ai toujours mieux reconnu que, pour le bien de la religion, il n'y a rien tant à désirer que l'uniformité de conduite.

M. de Meaux connaît parfaitement l'abus des nouveaux convertis, qui cessent de remplir leurs devoirs quand ils sont mariés : abus insupportable qui arrive très-souvent et qu'on ne peut trop réprimer. Mais si l'on fait scrupule d'admettre et de contraindre, par des voies modérées, ces sortes de gens d'aller à la Messe, comment en usera-t-on à leur égard, quand ils diront qu'ils n'ont plus de foi, qu'ils ne peuvent se résoudre à se confesser et à communier? Si la répugnance paraît invincible, il faudra donc cesser à leur égard toutes sortes de contraintes pour les exercices, et si on les punit comme relaps, celte punition, ou la crainte de la recevoir, ne sera-l-elle pas pour eux une véritable contrainte, qui les portera aux sacrilèges et à tous les inconvénients que l'on craint? D*où l'on conclut que l'Eglise élant maîtresse de la discipline, d'avancer ou de

différer les confessions et les communions suivant qu'elle* le juge à propos, elle pourrait se contenter, quant à présent, de von le troupeau réuni sous le même toit, en état, souvent même en volonté d'èlre instruit ei éclairé, et donner le reste au temps, aux soins des pasteurs, à l'habitude même, qui n'est pas indifférente en matière de religion. Il faut se contenter de les pêcher avec l'hameçon, sans vouloir les prendre tous d'un coup de lilet.

J'ajouterai un mot à l'égard des mariages. Ce n'est pas assez de punir ceux qui, après être mariés, abandonnent les exercices de la religion catholique : il est très-nécessaire de faire une loi pour punir ceux qui habitent ensemble sans se mariera l'église. C'est un désordre qui se répand impunément, et si l'on n'y met ordre, l'extinction de l'hérésie en France sera la source d'un concubinage public, et de ces unions illégitimes et scandaleuses. J'ai envoyé plusieurs Mémoires sur ce sujet, qui se réduisent à punir les pauvres par la prison s'ils ne veulent pas se séparer, et à poursuivre les riches rigoureusement, en vertu de la déclaration du 7 septembre 1G97, à la requête des promoteurs , qu'il faudrait aider de toute la puissance temporelle.

M. de Meaux dira peut-être : Que veulent donc précisément ces gens du Languedoc?

qu'ils s'expliquent clairement.

Voici ce que je voudrais en mon particulier, et dont je serais très-content :

Premièrement, que le roi continue les secours qu'il donne pour les missions, qui sont suffisants, et qui s'emploient très-utilement.

Secondement , que l'on ne trouve pas mauvais que les intendants pressent, sollicitent sans relâche les nouveaux convertis de pratiquer la religion catholique qu'ils ont embrassée, en faisant abjuration de la protestante; qu'ils s'en tiennent pourtant, dans leurs exhortations, aux termes d'assister aux instructions, à l'église, à la Messe; qu'ils regardent la réception des sacrements comme une matière très-délicate, qui doit uniquement dépendre des pasteurs de l'Eglise ; qu'ils s'abstiennent même, autant qu'ils pourront , de parler nommément de la Messe, et qu'ils se réduisent ordinairement à l'observation générale des exercices: cela suffit dans la plupart des endroits.

Troisièmement, en Languedoc on ne s'est encore servi que de ces exhortations générales pour la Messe : on n'a employé ni amendes, ni peines, ni logement de gens de guerre. Mais on reconnaît qu'il y a certains cantons où le peuple ignorant et grossier, n'étant presque point capable de discipline et d'instruction, ne saurait perdre qu avec peine la répugnance qu'il a pour les exercices de notre religion, où il trouve plus de dilficullé et plus d'assujettissement que dans celle qu'il professait. N'aurait -on pas raison de réduire par de petites amendes ces gens-là, qui ne se conduisent que par leu s intérêts; non pas précisément parée

Ûtl VRES COMPLETES DE BOSSUET.

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qu'il* n'assistent pas à la Messe, mais parce qu'il* ne pratiquent ras les exercices de la religion catlioli |tie? Kl le choix de ces lieux, <>ù ces petites punitions sont nécessaires, ne devrail-il pas dépendre de ceux qui travaillent avec application, depuis plusieurs muées, a cette grande affaire, de concert

avec MM. les êvê pic-V

Quatrièmement, il n'y a qu'a suivre ce qui rst prescrit par la dernière instruction du roi pour l'éducation dos entants. Il ne faut pas seulement trouver à redire si on met les I les au-dessus de douze ans dans des couvents, ou des garçons au-dessus de quatorze dans des pensions. L'expérience n'apprend que trop le danger qu'il y a de remetire les entants à leurs pères et mères à cel â^e-là : ils sont alors plus soumis (pie jamais à la puissance paternelle, et plus susceptibles de toutes sortes de mauvaises impressions. Il faut laisser à la discrétion des évêques à se régler sur les bonnes ou mauvaises dispositions qu'ils verront dans les pères ou dans les enfants.

Je finis ce Mémoire, peut-être trop long, par ces deux réflexions :

La première, pourquoi craint-on de contraindre les nouveaux convertis d'aller à la Messe, dans certains endroits, par des moyens très-doux, puisqu'on en emploie déjà de très-forts qui tendent à la même On ? N'est-ce pas contraindre, que d'ôter à un père ses enfants s'il ne va pas à la Messe, de le priver de ses charges, de sa profession,

frère de M. de Bonrepos :e'est on saint homme nouveau converti , qui fait do grands bien. pour la religion, par son zèle, par sa capacité, et par les bons exemples qu'il donne. Il avait été persuadé, plus que personne, qu'il ne fallait pas contraindre les réunis à aller à la Messe : l'expérience l'a fait changer d'avis, et il disait qu'il a remarqué que c'est un état trop violent à l'homme, do professer extérieurement une religion quand il n'en est pas persuadé, pour qu'il dure longtemps, et que de là vient que ceux qui vont à la Messe par politique, ou par la crainte dequelque peine, s'y accoutumant peu à peu, en viennent à croire tout de bon, et à faire sincèrement ce qu'ils ne faisaient que par des motifs humains. C'a été la pensée de saint Augustin, qui ne s'est pas embarrassé de ce scrupule, lorsqu'il a dit qu'il fallait les contraindre, afin qu'ils commencent à être tout de bon ce qu'ils avaient voulu feindre: Ut incipiant esse quod décréteront fingere.

LETTRE DE M. l'ÉVEQUE DE MIREPOIX A M. DE BASVILLE, SUR LA RÉPONSE DE BOSSUET.

J'ai beaucoup réfléchi , Monsieur, sur ce que M. l'évêque de Meaux vous mande au sujet des nouveaux convertis. 11 me parait que la difficulté qu'il fait d'approuver qu'on les contraigne par des peines légères à assister à la Messe, vient de ce qu'il regarde Ja Messe comme on regarde les sacrements,

du moyen de gagner sa vie, des biens qu'il qui, ne profitant qu'à < eux qui les reçoivent,

possède, s'ils ont appartenu à des parents fugitifs? Disons plus, n'est-ce pas contraindre un homme mourant à recevoir les sacrements, que de lui représenter la ruine entière de sa famille par la confiscation de ses biens, s'il ne meurt pas en bon Catholique? Cependant, par les dernières instructions et par les déclarations qui s'observent, on pratique toutes ces espèces de contraintes. Un réuni qui se détermine par ces motifs à aller à la Messe , y va-t-il avec une volonté plus libre que celui qui prendra son parti par la crainte d'une amende?

La dernière réflexion est qu'on ne peut assez considérer l'importance du temps présent, pour achever ce grand ouvrage. Les vaines espérances qu'on avait données aux religionnaires sont évanouies; ils sont détrompés de toutes les chimères dont ils ont eu l'esprit rempli : tout a succédé au roi heureusement, et il semble que l'on peut compter sur une paix profonde et durable. Quand trouvera-t-on une conjoncture plus heureuse et de plus belles dispositions? Si ■ "ii suit avec un peu de vigueur et de fermeté ce qui est déjà si avancé, on en verra la lin : au contraire, si l'on se relâche, si lient une conduite lente, le bon temps oulera , et les restes de l'hérésie, qu'on pouvait entièrement éteindre, seront peutêtre encore redoutables quand la guerre recommeucera.

le crois devoir encore ajouter ce que disait, il y a peu de jours, M. de la Guerre,

demandent en eux des dispositions de foi, de désir et d'amour, «ans lesquelles iis n'y participeraient que pour leur condamnation. 11 est vrai qu'il y a une manière d'assister à la Messe, qui demande des dispositions presque semblables à celles qu'il faut apporter à la communion. C'est sur ce fondement que les anciens croyaient que ceux qui n'étaient pas en état de participer à l'Eucharistie n'étaient pas dignes d'assister à la célébration des saints mystères. Mais comme la Messe est un sacrifice qui n'est pas seulement offert par les tidèles , auquel cas il demande les dispositions de foi, de désir et d'amour que demandent les sacrements; mais encore un sacrifice offert pour les fidèles et pour les fidèles pêcheurs, auxquels il profite non comme les sacrements à ceux-là seulement qui les reçoivent, mais comme les prières à ceux pour qui on les offre; il faut, ce me semble, faire une grande différence de l'assistance à la Messe, à la participation des sacrements.

La Messe est, à l'égard des pécheurs pour lesquels on l'offre, une sorte de prière; mais une prière incomparablement plus excellente que les autres, dans laquelle Jésus- Christ, immolé mystiquement par la parole du prêtre, s'offre lui-même en cet état à son Père, et intercède envers lui pour les pécheurs. Or, comme on n'a jamais pensé qu'il y eût aucune irrévérence d'obliger les pécheurs d'assister aux prières que l'on fait pour eux, il semble qu'il n'y en peut pas

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avoir davantage à les obliger d'assister à un sacrifice que l'on offre i^our eux. Ii y en aurait sans doute, si on voulait les obligera offrireux-mêmes avecle prêtreel ave i - - Christ, qui est le principal prêtre, le saor iti-e de la Messe, ce qui est, sans contredit, la meilleure manière d'y assister; mais manière qui ne peut convenir qu'aux fidèles, qui, étant par la charité unis à lésas -Ghi comme à leur chef, sout en état de s'offrir en : lui et [ ar lui, comme ne composant avec lui qu'un même corps; ce qui tait qu'ils sont appelés prêtres par saint Pierre et par saint Jean. (/ Pelr. n, 5, 9; Apoc. 1,6: v, 10 ; xx, 6.

! s pécheurs, que la discipline de l'Eglise d'aujourd'hui n'exclut point de la célébration des saints mystères, quand ils ne sont point excommuniés , n'y peuvent assister en cette manière, puisque n'étant pas unis avec Jésus-Christ par la charité, ils ne composent pas avec lui un même prêtre et une même victime. Il faut donc qu'ils y assistent en la seconde manière , et c'est en celle seconde manière que l'on peut et que l'on doit, ce me semble, contraindre les nouveaux convertis d'y assister; non comme à uu sacrifice qu'ils' offrent, mais qu'on offre pour e .x, conformémenl lux paroles du canon, Pro quibus tibi offerimus tel qui tibi offerunt. 11 est même à remarquer qu'on prétend que ces paroles ne se disaient pas anciennement, et peut-être par la raison que l'on ne souffrait point alors que personne assistât au sacrifice, que ceux qui étaient en état de l'offrir avec le prêtre.

Mais quand il serait vjai qu'en contraignant les nouveaux convertis les plus opiniâtres à assister à la Messe, onferait, si 1' n veut, quelque plaie à la discipline présente, n us sommes dans une de ces occasions où l'utilité qui en reviendra infailliblement à l'Eglise récompensera avantageusement ce qu'elle peut perdre par le relâchement de n discipline. Car il ne s'agit pas ici du salut de quelques particuliers , mais d'un nombre trè>-îrand de nouveaux convertis, et particulièrement des enfants qui vont se perdre et s'attacher à la secte de leurs pères, ou plutôt vivre dans l'irréligion où vivent leurs * pères, si l'on ne contraint généralement tous les nouveaux convertis à assister à la célébration des mystères.

Ainsi, jamais on n'a eu tant de raison de dire ce que disait saint Augustin dans une cause presque semblable : «Dans es eaus où, vu la violence et l'étendue des divisions, il ne s'agit pas seulement du salut de quelques particuliers, mais où l'on doit travailler à ramener des peuples entiers, il faut relâcher quelque chose de la sévérité de la discipline , afin qu'une charité sincère puisse apporter des remèdes convenables à de plus grands maux. » In hujusmodi causis, ubi per grâces dissensiouum scissures non Itujus aut illius hominis est perieuhun, sed populorum tirages jncent , detrahendum est aliquid sereriiati, ut majoribus ivalis sanandis charitas

sinctra mbveniat >33 . L'L. 3 louju suivi cette maxime, quand il a été question

Eglis de schismatiqoe- . >us

le nouvel i :. Monsieur, a>sez au l< dans le M dre que je vous donnai aax étals derniers.

Q . ■ s'il en faut juger par l'expérience, il n'y a que trois mois ou environ qu'on a commencé de faire venir tout le monde à la M sse à Mazères , et cependant il y en a de^ plus opiniâtres qui m'ont avoue qu'il; venaient au commencement avec une gra: . répugnance, n ais qu'à présent ils y venaient non-seulement sans peine, mais avec plaisir. Or que sera-ce si l'on continue de les y faire venir? que sera-ce dans un an et dans deux ans ? 11 n'y a point de doute qu'on n'y voie un très-grand chan .ement. Dans ie f-jnd,

- eux qui "sont si opiniâtres avaient tant d'horreur p»ur la liesse, iis n'y viendraient pas si facilement, et ii faudrait des peines pius grandes pour les y obliger.

Quand à ce que M. de Meaûx ajoute, que

?i leur donner une faible idée de la sainteté de nos m v stères que de les y aimettre, même de les y contraindre dans les disp lions où ils sont, il est aisé de remédier à cet inconvénient par les instructions qu'on leur fera sur la grandeur et la sainteté des m • tères qui s'opèrent à la Messe, que la seule créance de la présence réelle de Jtsus-ùirist sur lauiel relève si fort au-dessus de la Cène des protestants , outre que la manière dont les Catholiques assistent à la Messe, si di rente de celie dont les protestanis assistaie:.i à la célébration de leur Cène, est seule capable de leur faire sentir la différence qu'il y a de l'une à l'autre.

Je finis, Monsieur, en vous assurant que je trouve déjà des changements très-avantageux à Mazères, depuis qu'on y contraint tout le monde aux exercices ; et voici un lait considérable qui le fait voir bien claireme.

Il y a dans cette seule ville jusqu'à quarante-cinq mauvais ma: ges ie nouveaux convertis, qui vivaient dans une exlrèm ■ indolence à i'égard de leur étal. Mais depui» qu'ils ont vu qu'il fallait venir à tous les rcices, et que, pour peu qu'ils ajoutassent à ce qu'on exigeait deux, iis pourra.

- :ir ue ce malheureux état, plus de moitié sont ^enus me demander : Q ie tautil que nous Bissions pour èire ma: s -liment? Je leur ai | réécrit, première uent,

se séparer d'habitation de leurs préti femmes peu lanl un mois entier, pendant lequel, - s enl pas suffisamment il

truits, ils se feraient instruire; et j 'ai commis des personnes p"ur instruire les hommes et les femme-s : secondement, que d le même délai ils feraient leur fess

raient pour cela Se confesseur qu'ils choisiraient autant de l'ois qu'il v rait : s -.», jus-; i |u'ilseuss reçu l'absolu*

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