MEMOIRES SLR LES PROTESTANTS
qu'on n'a songé de contraindre qu'à l'égard de la Messe, se sont disposés volontairement à s'approcherde la confession. On commence par I instruction, à quoi M. de Moaux no trouve point d'inconvénient : on y ajoute l'assistance à la Messe, parce que c'est un des exercices de la religion catholique, qui recommence tous les huit jours, en sorte qu'on rie peut être catholique pendant huit jours sans assister à la Messe, et qu'on peut l'être plusieurs mois sans être obligé de participer à aucun des sacrements. On espère même que, quand les nouveaux convertis auront rempli tous les devoirs de Catholiques pendant quelques mois, ils s'approcheront volontairement des sacrements, et c'est en effet ce qui arrive presque toujours. Il n'est pas même absolument nécessaire, pour remplir tous les devoirs de Catholiques pendant quelques années, de recevoir aucun sacrement. l'Eglise ordonne, à la vérité, à tous ses enfants de se confesser une fois l'année, et de communier à Pâques ;raais elle ajoute, à moins que le confesseur ne juge à propos de différer et la confession et la communion. Ainsi, pourvu que les nouveaux convertis se présentent à un confesseur dans le temps prescrit par l'Eglise, quand le confesseur leur différera l'absolution, on pourra dire qu'ils remplissent tous les exercices de la religion catholique. Or on a lieu de croire, par l'expérience que l'on en a faite' dans les provinces de Languedoc et de Guyenne, que les nouveaux convertis ne passeront point deux années dans cet état, qu'ils ne se portent volontairement à s'approcher des sacrements.
Troisième réflexion. — Que, quoique l'Eglise, dans les lois qu'elle a établies, ou qu'elle a demandées aux princes temporels, pour contraindre les hérétiques aux exercices de la religion catholique, n'ait pas distingué l'assistance à la Messe, ni la participation aux sacrements , et qu'ainsi il ne faille jamais faire entendre aux. nouveaux convertis qu'on ne leur demande point de s'approcher des sacrements, puisque ce serait leur donner lieu de croire qu'on peut être catholique sansy participer, ce qui serait sans doute une grande erreur; on ne voit point qu'il y ait aucun inconvénient à appliquer différemment la contrainte aux différents exercices de la religion, et à contraindre par des peines plus sévères à l'assistance aux instructions, par de Irès-légères à l'assistance à la Messe, et par la seule exhortation h la participation auxsacrements, et c'est là précisément le sentiment des évoques de Languedoc que nous examinons à présent.
Quatrième réflexion. — Que les dispositions nécessaires pi>ur pratiquer utilement les exercices de la religion catholique étant différentes selon la nature de ces exercices, il semble absolument nécessaire de tempé-
cetle raison, l'Eglise n'en a jamais exclu ni les infidèles, ni les hérétiques, ni les catéchumènes ; il parait certain qu'on peut employer les plus grandes peines, pour obi iles nouveaux convertis à assister aux instructions, et ce point là n'est contesté du personne. A l'égard de la Messe, quoique, pour en retirer tout le fruit que l'Eglise sa propose, il faille être en état de grâce, afin de pouvoir offrir le sacrifice avec le prêtre, en qualité de membre vivant deJésus-Cbrist, qui en est le principal prêtre : cependant, comme le sacrifice peut être utile, même à ceux qui ne l'offrent pas, quand il est offert pour eux, et que c'est par cette raison que l'Eglise souffre non-seulementque les pécheurs, qui ne sont pas excommuniés, y assistent, mais que même elle leur ordonne d'y assister ; il semble qu'on ne peut pas disconvenir que les princes ne puissent employer do légères peines pour y faire assister les nouveau'; convertis, qui ne paraissent pas devoir être regardés d'une manière différente des autres pécheurs. Il n'en est pas de mémo de la participation des sacrements, et surtout delà participation de l'Eucharistie, qui, étant une nourriture de vie pour ceux qui y participent saintement, devient un poison mortel pour ceux qui osent s'en approcher en état de péché. Ainsi, quand la crainte d'engager les nouveaux convertis dans des sacrilèges énormes fera changer en de simples exhortations les peines que les princes temporels ont autrefois employées pour obliger les hérétiques à y participer, loin d'en conclure qu'il ne faut pas les contraindre, même par des peines légères, à l'assistance à la Messe, il faudra louer, au contraire, en cela la modération de l'Eglise d'aujourd'hui, comme plus conforme à l'esprit de l'Eglise, et aux différentes dispositions qu'elle demande de ceuxqui assistent à ses exercices, ou qui participent à ses sacrements.
Cinquième réflexion. — Que les paroles de saint Augustin, dans sa lettre à Vincent, montrent clairement qu'on contraignait les donatisles à assister à la messe dans les églises catholiques, quoiqu'ils fussent persuadés que les évoques et les prêtres catholiques n'étaient pas de véritables évoques , ni de véritables prêtres, et qu'outre cela ils crussent qu'ils mettaient sur l'autel des choses que la piété ne permettait pas d'y mettre, sans que l'Eglise ait l'ait aucune attention à la fausse persuasion dans laquelle ils étaient, ni qu'elle les ait jamais regardes connue des mécréants, qu'il ne fallait pas souffrir dans l'Eglise pendant la célébration des divins mystères. Elle a cru qu'ils étaient obligés de déposer leur erreur, et de se conformer à la créance de l'Eglise catholique; et c*esl aussi ce que pensent les évêques de Lan-
rer différemment la contrainte que l'Eglise guedoc à l'égard des nouveaux convertis.
croit que les princes peuvent employer pour —
obliger les hérétiques à les pratiquer. Ainsi, y..
comme, en quelque état que l'on soit, on
peut entendre utilement les instructions qui réflexions de m. i i di Mues,
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i -| OEUVRES CQMPLE
de Humilie, touchant la conduite qu'on doit
tenu- à Végarddtt nouveaux convertit.
If, de M eaux convient d'abord de l'autorité de< souverains à forcer leurs sujets errant* d'entrer dans la véritable religion, sous certaines peines. Us sont en effet, selon sainl Paul ( Rom. xm, 6), ministres de D h pour procurer du bien à leurs peuples, surtout le pins grand bien, qui est le saint, et ee n'est pas sans raison qu'ils portent le glaive.
Il propose ensuite deux sortes de sujets erranta, qu'il faut conduire différemment : les uns corrigés, rendus attentifs à la vérité, et portés de bonne foi à nos mystères, et ceux -le il veut non-seulement qu'on les y
oive, mais encore qu'on les y contraigne: les autres, faisant une profession publique i;e n'\ pas croire, et refusant opiniâtrement d'y participer; et ceux-ci il les juge incapables d'en profiter, et dignes même de chât i m t ii i avec la modération convenable. M. l'évêque de Meaux est en cela beaucoup pins sévère que nous: il veut qu'on contraigne même ceux qui sont déjà corrigés, et qu'on punisse ceux qui paraissent incorrigibles.
Ceux qu'on a corrigés, et qu'on a rendus attentifs à la vérité, ne sont plus dans Je cas de la contrainte ; ils sont presque sortis des voies de l'erreur. La tribulalion les a rendus sages, ils n'ont besoin que d'instruction et de connaissance ; et comme ils s'appliquent à connaître la vérité, la vérité les délivrera de leurs préventions : il faut les recevoir avec charité, et les attendre avec patience.
Ceux qui font une profession publique de ne pas croire nos mystères , et qui refusent opiniâtrement d'y participer, sont proprement ceux que M. de Meaux appelle errants, et sur qui nous croyons que doit tomber la contrainte, pour les obliger de réfléchir sur eux-mêmes, pour affaiblir par une contrainte salutaire les préventions qui les retiennent , pour les accoutumer aux exercices de la religion qu'on veut qu'ils embrassent, et pour les désabuser des fausses impressions qui leur restent de nos mystères, en les y introduisant comme témoins et comme assistants, et les disposant insensiblement par les prédications qu'ils entendent, par les bons exemples qu'ils voient, par les protiques de piété qu'ils exercent avec les fidèles, à se rendre dignes d'y participer.
M. de Meaux est d'avis qu'on peut châtier ces gens-là, qui sont par leur obstination incapables de profiler de la .Messe ; et nous demandons seulement qu'on les contraigne d'y assister avec respect, pour se rendre dignes d'en profiler.
M. de Meaux ne connaît pas sans doute 1 état présent des nouveaux convertis de celle province. On n'y voit presque plus de ces opiniâtres déclarés, qui soient ouverlent opposés à la foi, et qui aient conservé dans leur cœur l'horreur qu'on leur avait donnée de nos mystères. Le temps ralentit les passions; les impressions d'erreur s'ef»
TES DE HOSSUET.
faeent, et une religion sans exercice s'affaiblit insensiblement; La plupart de nos nouveaux convertis ont perdu le zèle et la vivacité de leurs préventions : s'ils n'ont pas d'ardeur pour la religion catholique, ils sont du moins parvenus à n'en avoir point d'aversion; en s'approchant de nous, ils s'accoutument peu à peu à nos pratiques. Lassés de vivre sans culle et sans consolation spirituelle, et ne prévoyant plus rien qui puisse rétablir leurs temples, ils sont sur le penchant de venir chercher leur salut avec nous dans nos églises. Un peu d'autorité, un peu de contrainte est capable d'en déterminer la plus grande partie : ils conviennent eux-mêmes qu'ils ont besoin de ce secours, et nous l'éprouvons tous les jours.
Il faut donc supposer, premièrement, que les hommes ne se défont pas aisément de leurs premiers préjugés , et que les fortes habitudes, telles que sont celles de la naissance, ne se détruisent que par succession de temps, et qu'autant que quelque nécessité les y oblige.
Secondement, que la contrainte ne peut pas tomber sur les dispositions intérieures, qu'il n'appartient qu'à Dieu , qui sonde les cœurs, de connaître et de pénétrer ; mais sur les actes extérieurs de la religion, dont les hommes peuvent juger, et qui sont les seules preuves des bonnes ou mauvaises intentions de ceux qui les pratiquent.
Troisièmement, qu'il ne s'agit pas ici de conduire au vrai culte un petit nombre de gens savants, capables de goûter la raison et de la suivre, d'être ramenés par la persuasion, et de se rendre attentifs à la vérité qu'on leur propose : mais de réduire un grand nombre de peuples ignorants et grossiers, en qui il ne reste qu'une idée confuse de sa première religion, qui n'a d'autres principes de christianisme que ses préventions, qui demeure dans l'erreur par la seule raison qu'il y est né, et qui, n'ayant qu'une aversion vague qu'on lui avait inspirée contre l'Eglise catholique, n'a presque besoin, pour y rentrer entièrement, que d'être pous« se par l'autorité du prince.
Quatrièmement, que, s'il était possible de leur rendre la vérité si évidente que le souhaiterait M. de Meaux , et de les y rendre attentifs, iJ ne faudrait plus alors de contrainte : la seule force de la vérité suffirait, si Dieu voulait la leur rendre évidente ; mais il n'accorde pas ordinairement ces grâces extraordinaires, et sa miséricorde sauve plus universellement les hommes par la soumission que par la connaissance claire et distincte de ses vérités.
On doit considérer ensuite sur qui doit tomber la contrainte, et quel en doit être l'effet;
Ceux qui, pénétrés de la vérité de la religion, et pressés par leur conscience, viennent s'offrir d'eux-mêmes, et demandent, dans la sincérité de leur foi , à participer .iux sacrés mystères, y doivent être admis avec charité et avec joie ; et, bien loin de les presser, il faut aller au-devant d'eux. Ce
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