‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 294 sur 458 · PART. XIV. LETTRES DIVERSES. - MEMOIRES SCR LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

PART. XIV. LETTRES DIVERSES. - MEMOIRES SCR LES PROTESTANTS

sont donc ceux que M. de Meaux appelle cirants, qui ne veulent pas s'instruire de notre créance, qu'il faut mouvoir et qu'il faut contraindre.

La fin quo le roi s'est préposée, c'est d'abolir une hérésie enracinée depuis longtemps dans le sein de l'Eglise catholique. Si, parce qu'ils sont obstinés, ils doivent être à couvert de l'autorité et de la contrainte, ils regarderont leur obstination comme un litre de repos et de sûreté pour eux, et n'en reviendront jamais. Parce qu'ils sont errants , faut-il les abandonner à leur erreur? L'état d'incrédulité ou d'irréligion dans lequel ils vivent doit-il être une raison pour les y laisser? Faul-il qu'ils s'endorment tranquillement dans leur fausse paix?

Les hommes ne reviennent qu'avec de grandes difficultés d'une habitude longue et invétérée. Le changement de mœurs et d'opinion coûte beaucoup : il faut tirer de grands secours de soi ou d'ailleurs pour se vaincre , et l'esprit et le cœur ne se réduisent ordinairement quo par la violence qu'on leur fait ou par celle qu'ils se font eux-mêmes. Quelle apparence y a-l-il que des gens préoccupés se dépouillent, de leur propre gré, des préjugés qu'on a pris soin de leur inspirer dès leur enfance, dans lesquels ils ont été élevés, et qui sont, pour ainsi dire, presque adhérents à leur nature? lis ont donc besoin d'être ébranlés et ramenés par quelque violence étrangère , je veux dire, par la sévérité des lois et par l'autorité du prince.

Ces mouvements du dehors servent à exciter ceux du dedans, et h jeter dans les consciences ce trouble salutaire, qui fait sentir d'abord aux plus obstinés les défauts de leur religion , par les incommodités qu'elle leur cause, et les rend ensuite capables d'examiner leur état, d'écouler les instructions et les conseils des gens de bien, et de s'accoutumer aux exercices de la piélé chrétienne.

Il se trouve, il est vrai, des difficultés et des inconvénients, même dans les conduites différentes qu'on lient à l'égard des nouveaux convertis. La douceur ne les touche point, la sévérité les rebute : l'une les entrelient dans leurs erreurs, l'autre peut les rendre hypocrites. Mais enfin la condescendance n'émeut point , et la contrainte tait agir, et produit des fruits de bonnes œuvres du moins extérieures, dont le principe et le motif se purifient avec le temps. En tout cas, ceux qui se soumettent aux acies sont censés se soumettre aux dispositions que ces actes demandent.

Quoi qu'il en soit, ii faut considérer l'entreprise des conversions comme une affaire générale, où l'on ne doit pas raisonner par quelques considérations particulières. Les abus que les hommes devaient faire des sacrements n'ont pas empêché Jésus-Christ de les instituer, bien qu'il sût qu'ils seraient sujet de scandale et de ruine à plusieurs : il n'a regardé que le bien de ses élus, et la consommation de l'ouvrage qui lui avait été ordonné par son Père. On doit envisager

sans cesse la lin qu'on s'esl prop ms

cette affaire, qui est l'extirpai ion entière d«

l'hérésie dans le royaume, el la réunion de fous ses peuples à la foi et à la religion catholique; et ne pas s'arrêter trop sur quelqucs inconvénients particuliers, qu'il faul pourtant prévenir et corriger autant qu'on peut.

Mais la difficulté principale de M. de Meaux consiste à savoir si l'on peut obliger d'assister à la Messe ceux qui font une profession de n'y pas croire, qui refusenl opiniâtrement de communier, sans témoigner même la non répugnance pour cela, par où il faut commencer; soit parce (pie dans cet état ils sont incapables de profiler de la messe, soit parce que c'est leur donner une faible idée de la sainteté du mystère, et leur inspirer de l'indifférence pour les bonnes dispositions qu'il faudrait avoir. Il ny a personne qui ne convienne qu'il faudrait exclure de la Messe ceux qui sont dans l'état que suppose M. de Meaux; non-seulement la participation, mais l'assistance au saint sacrifice leur est interdite. Ils ne sont point du corps des fidèles : l'Eglise les regarde comme hérétiques; et les recevoir aux sacrés mystères, c'est intéresser son unité, et violer des règles dont elle ne s'est jamais relâchée.

Mais souffre-t-on dans le royaume ceux qui font profession publique de ne point croire? Le roi n'y a-t-il i»as interdit leali' autre religion que la catholique? A quoi servent lant do déclarations et tant cl'édils? Toute la rigueur de ses lois et la vigilance de ses magistrats doit s'attacher à réprimer ces rebelles : le zèle même des ministres de l'Eglise doit s'appliquer, par toutes les voies canoniques, à les soumettre à la seule foi catholique.

Mais, outre qu'il n'y a pas beaucoup de personnes de celle espèce, il me parait (pi'on ne doit pas avoir lant d'égard à certaines déclarations particulières que quelques malintentionnés font par esprit de parti, qu'à l'étal général des nouveaux convertis, auquel on doit accommoder sa conduite.

On leur a fait abjurer l'erreur ; l'Eglise les a reçus dans son sein : on a démoli leurs temples, interdit leurs prêches, puni leurs assemblées : on les a assujettis à s'ép >user en face de l'Eglise; et l'on leur impose, sous de grandes peines, la nécessité de mou- . rir dans la foi catholique, et dans l'usage même des sacrements. Il semble que c'esl une conséquence naturelle de les obliger à remplir lous les devoirs de la •'éligion, i d'employer pour cela toute la persuasion et toute la contrainte convenables.

En vain on a fait entrer dans le berça. Jésus-Christ les brebis égarées, si l'on leur laisse une liberté funeste d'en sortir, et de se dédire autant de fois qu'il leur plaira de réveiller leurs préventions. Pourquoi les obliger de se aire Catholiques, si on leur permet de n'en point embrasser la croyance et les pratiques? N'a-t-on voulu que leur faire changer de nom, et non pas de fui? Ce serait peu de leur avoir l'ail perdre leur reli-

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gioOi si l'on n'avait le soin de leur en faire pren re une nuire. On ;i voulu les conduire dans les s du salut: il n'est pas juste du les abandonnerai] premier pas qu'on loin* a (ail faire,

il faul donc les faire vivre selon les règles de la religion où l'on les a fait entrer, et les rendre capables d'en remplir tous les de-

rs. le ne cl i s pas qu'on les reçoive à la

îse, à la communion, aux sacrements, tandis qu'ils font profession publique d'une foi contraire : je dis qu'on les doit obliger de iv: ourir B Dieu, d'implorer ses miséricordes, de lui demander la foi qu'ils n'ont pas encore, île la leur supposer môme lorsqu'ils témoignent l'avoir déjà; et, dans cette disposition, les l'aire assister au saint sacrifice de la Messe.

Ils en tireront un grand profit ; ils se trouveront enrôlés dans l'assemblée des fidèles; ils auront part à l^urs prières, à leurs intercessions, à leurs exemples. Ils seront édifiés de la sainteté du mystère, et perdront l'horreur qu'on leur en avait donnée. On prendra occasion de leur en faire connaître la grandeur et la vérité : ils se prosterneront devant Jésus-Christ qui s'offre pour eux, et commenceront à sentir sa propiliation, en reconnaissant qu'ils en sont indignes.

Ce n'est pas en les approchant de nos mystères que nous avons à craindre de leur en donner une faible idée; c'est le moyen de leur ôter la fausse idée qu'ils en ont. Les uns ne s'en approchent pas, parce qu'ils n'en conçoivent [tas l'excellence; les autres se font de la dignité des mystères un prétexte pour s'en éloigner. Il faut ies mettre dans la nécessité de les connaître : ils jugeront que la préparation d'esprit et de cœur qu'on leur demande n'est pas indifférente ; ils verront celles qu'on exige des Catholiques : on 1 s éprouvera ; ils apprendront à s'éprouver eux-mêmes, de peur de se rendre coupables du corps et du sang de Jésus-Christ, et regarderont leur communion comme le gage de leur salut, et le sceau de leur conversion.

L'expérience justifie tous les jours qu'il n'y a que la voie de l'autorité qui puisse généralement les ramener. Il ne faut pas attendre qu'ils se soumettent de leur gré à toutes les règles de l'Eglise, et qu'ils se portent d'eux-mêmes à approcher des sacre-' monts : ils demeureront dans leur assoupissement, s'ils ne sont réveillés par des m tuvemenls extérieurs qui les fassent rentrer en eux-mêmes. Toutes les hérésies ont fin i ainsi par la sévérité des princes chrétiens, et par la vigilance des pasteurs évangéliques.

Si -M. de Mcaux voyait ce nombre infini de nouveaux convertis des diocèses de cette province s'assujeliir à l'Eglise, assister à ses exercices, écouter ses instructions et se soumettre à ses règles, dès qu'on leur signifie ordres du roi, et qu'on les accompagne remontrances ci d'instructions charita- -i en voyait la plus saine partie se détacher tous les jours les uns après les au-

1res, par une nécessité qu'ils bénissent mille lois, (>t embrasser, avec une sincérité manifeste et une piété exemplaire, la religion dans tous ses points, et la pratiquer exactement dans tous ses devoirs, il changerait peut-être île sentiment.

Ils sortent de leur erreur comme le Lazare sortit du tombeau, encore liés des impressions qui leur restent de leurs premiers préjugés, ne voyant la lumière du jour qu'à demi, et n'étant capables de rien par eux-mêmes.

C'est une charité de dissiper ces nuages qui les environnent, et de rompre ces liens qui les retiennent, par une sage contrainte, qui, ménageant le respect dû au sacrement, n'en hasarde jamais la profanation; mais qui s'affectionnent au salut de l'homme, le porte à ne pas négliger les moyens, et le force même à les prendre d'une manière utile pour lui, et respectueuse pour les mystères dont il se sent obligé de s'approcher.

Le succès que la Providence a donné à ce moyen efficace doit convaincre invinciblement qu'il est selon l'ordre de Dieu. Nous voyons un assez grand nombre de véritables convertis chanter avec nous les louanges du Seigneur, se présentera ia sainte table, nonseulement avec révérence, mais encore avec dévotion, et remercier tendrement ceux qui les ont pressés d'entrer dans la salle du festin. Nous avons vu dans Nîmes deux de leurs plus fameux ministres bénir la main qui les avait enlevés à leurs troupeaux, et publiersur celajusqu'à la mortl'étendue des miséricordes divines, dans le temps qu'ils participaient au corps et au sang de Jésus- Christ, et qu'ils étaient prêts de rendre compte au souverain Juge de la sincérité de leur conversion.

Pourquoi donc avoir tant de ménagement au sujet de la religion, pour un peuple qu'on veut toujours regardercomme catholique? Y a-t-il une occasion essentielle dans la vie où l'on n'exige d'eux qu'ils en fassent profession? Sans cela, les charges interdites, les ordres de succession ôtés, les enfants enlevés, les mariages défendus, et les biens confisqués, s'ils ne reçoivent en mourant tous les sacrements de l'Eglise. On les contraint par tant d'endroits : pourquoi ne les obliger point à s'accoutumer de faire pendant leur vie des actes qu'on leur rend nécessaires à la mort?

M. de Meaux considérera sans doute qu'un penchantnaturel a besoin, pour être redressé, d'un contre-poids violent; qu'une conduite molle et relâchée est sans fruit et sans effet pour des esprits opiniâtres; qu'il ne faut pas laisser ces errants dormir dans le sein de leur erreur; que c'est les opiniâtrer davantage que de faire servir leur opiniâtreté même à les mettre à couvert de toute contrainte; et qu'enfin, pour bien juger des moyens qui sont les plus efficaces pour les converlir, la meilleure raison est l'expérience.

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