PART. XIV. LETTRES DIVERSES.— MEMOIRES SUR LES PROTESTANTS
OBSERVATIONS DE M. L EVEQUE DE IUEL'X , SUR LA RÉPONSE DE M. l'ÉVÊQUE DE MEAUX A LA LETTRE DE M. DE BASVILLE.
La réponse de M. l'évê que do Meaux roule sur ce principe, qu'il y a deux sortes de nouveaux convertis errants : les uns, qu'il faut contraindre au vrai culte par certaines peines, qui sont ceux qu'on peut croire qu'étant rendus attentifs à la vérité, ils iront de bonne foi a la Messe ; et l'autre sorte, de ceux qu'il n'y faut pas admettre, bien loin de les y contraindre de quelque manière que ce soit, qui sont ceux que leur profession publique de n'y pas croire, et de refuser opiniâtrement de communier, rend incapables de profiter de la Messe; ce qui même les rend dignes de châtiment, avec la modération convenable, par pitié pour leur maladie.
Suivant ce principe, on est d'accord avec M. de Meaux, puisqu'il convient que tous les nouveaux réunis qui ne font pas leur devoir, sans exception, doivent subir des peines; les premiers, à cause qu'on pourra croire qu'étant ainsi rendus attentifs à la vérité, ils iront de bonne foi à la Messe ; et les autres, parce qu'ils doivent être châtiés par pitié de leur maladie.
D'où il s'ensuit premièrement, que le prince souverain peut et par conséquent doit faire une loi générale, avec des peines contre tous les nouveaux réunis qui ne font pas leur devoir : secondement, qu'il faut que l'exécution de cette loi soit continuée , puisqu'on ne sait pas le terme de la conversion solide et sincère de ceux qui paraissent dociles : Momenta quœ Pater posuit in sua potestale (Act. i, 7) ; et qu'il ne faut pas aussi laisser impunie l'obstination scandaleuse des derniers, que le temps rend plus criminelle.
On dira peut-être que les peines doivent être différentes à l'égard des deux sortes de nouveaux convertis dont nous avons parlé ; et que ceux de la dernière classe seront a la vérité punis, mais nos pas reçus à l'église.
Mais il s'agit ici de savoir s'il faut établir une uniformité de conduite, et une même loi de peines légères, contre les nouveaux convertis qui paraissent dociles, et ceux qui se montrent difliciles de venir au culte catholique. Sur quoi je demande quelle est la inarque qui les dilférencie sullisamment , pour fonder des peines différentes , puisque la proposition que les premiers doivent être contraints au vrai culte suppose qu'ils sont refusants aussi bien que difliciles: de sorte que la différence, entre les dociles et les difficiles, consiste en la vivacité du refus : différence bien trompeuse , puisque l'on voit très-souvent que par un miracie do la grâce, semblable à celui de la conversion de saint Paul, que l'on voit, dis-je, que ceux ijui se sont élevés avec le plus d'obstination, et qui ont déclamé avec le plus d'ardeur contre la foi de l'Eglise, sont des vases d'é- Icçlion dans le trésor de la Providence} et
que plusieurs qui se montrent dociles à recevoir l'instruction et a venir h la |f< couvrent, par ce bel extérieur, une indifférence de religion pire que l'obstination
autres : de sorte que tous ceux qu'on appelle nouveaux convertis qui ne font paa leur devoir, devant être tous corrigés ou châtiés par des peines convenables, et les présomptions générales, pour en faire le discernement, étant incertaines ou équivoques, on ne voit pas sur quoi on peut fonder la diversité de conduite; et qu'au contraire n'y ayant aucun de ces prétendus nouveaux convertis qui n'ait fait abjuration de l'hérésie, il faut que la loi du souverain soit la même pour tous , et que l'application en soit réservée aux magistrats départis dans les provinces, avec pouvoir de la modérer suivant les hypothèses ; et au surplus réserver les épreuves de la sincérité aux pasteurs, qui jugeront de la bonté de l'arbre par les fruits, avant de les admettre aux sacrements ; je dis aux sacrements en général , parce que, par exemple, je ne liens pas que celui qui ne témoigne pas un désir sincère d'avoir la la vie en soi, par la réception du corps et du sang de Jésus-Christ, soit capable de la résurrection spirituelle par l'absolution sacramcnlale, et de recevoir les sacrements que nous appelons des vivants. Ainsi jo blâme, de toute ma force, qu'on expose à des refus sacrilèges l'offre à la sainte communion.
Enfin, comme les peines des deux sortes de nouveaux convertis, qui ne font pas leur devoir de Catholiques, doivent être médicinales, et qu'il est nécessaire de le leur faire entendre, afin qu'ils ne conçoivent pas d'aversion contre l'Eglise et le roi ; comment séparer dans l'esprit la vue que les uns et les autres concevront, que le moyen de les faire cesser, c'est d'aller aux instructions et à la Messe? et comment et pourquoi ne les y pas recevoir lorsqu'ils s'y présenteront, quand on se doutera bien qu'ils ne sont | as convertis sincèrement?!// incipiant esseqaud décréteront (ingère.
AUTRES RÉFLEXIONS DU MÊME SUR LA LETTBB DE M. L'ÉVÊQUE DE MEAUX A M. DB BAS- TILLE.
M. l'évêque de Meaux demeurant d'accu- 1 que les princes peuvent contraindre, par des lois pénales, les hérétiques a se conformera la profession et aux pratiques de l'Eglise catholique, la difficulté ne roule que sur la conséquence de ce principe , puisqu'on convient avec M. de Meaux «pie ce n'est pas dans la .Messe seule que consiste l'exercice de la catholicité, et qu'il faut aussi qu'il convienne que l'assistance à la Messe, les dimanches et fêtes chùmables, est un des principaux exercices de la catholicité, et que c'est pour cela que l'Eglise en a t'ait un Commandement,
Il s'ensuit, de celle dernière supposition
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que l'obligation d'aaaisler a la Messe étant comprise dans les pratiques de la catholicité, l'est aussi dans lea lois pénales, hors que le roi, par une déclaration de sa volonté, no l'en excepte ; el qu'aux ternies de celte con- - luencedu principe dont nous convenons, l.ï Question n'est pas, si on obligera les hêrétiques, qu'on appelle nouveaux Catholiques, d'aller à la Messe, tuais bien si on 1rs en dispensera : et ainsi, ce n'est pas a ceux qui ne sont pas du sentiment de M. de Meaux , mais bien à ce grand prélat, de prouver qu'on a fait une distinction particulière de la Messe d'avec les autres exercices, dans les lois pénales contre les héréliqu î,
m. l'évoque de Meaux suppose qu'on est d'accord <pie les mécréants manifestes ne doivent pas y être contraints, et qu'on doit prendre pour marque certaine de mécréance une répugnance invincible à se confesser premièrement , et ensuite è communier.
Celte supposition mérite qu'on s'explique. Premièrement , on n'entend pas par mécréants manifestes tous les gens qui avouent qu'ils ne croient pas; mais ceux qu'une longue expérience l'ait connaître semblables à l'aspic sourd, qui se bouche les oreilles : et à l'égard même de ces particuliers, on entend seulement que, par un concert secret rie MM. les intendants avec les évoques diocésains, on peut suspendre, sans qu'ii paraisse d'exception de la part du prince de ses lois pénales I usage qu'on en fait, qui ne va d'ordinaire qu'à ordonner de temps en temps une amende de quelques dix sous, qu'on n'exige pas souvent, et qui ne mérite pas le nom de contrainte à l'égard des mécréants manifestes, dont le terme de répugnance invincible forme une idée qui n'est pas ordinaire. Secondement, on ne trouve de répugnance à se confesser et à communier, qu'on puisse appeler certainement invincible , qu'en ceux qui meurent refusant les sacrements, l'expérience nous faisant voir que (eux qui se sont défendus le plus longtemps iennenl lorsqu'on y pense le moins, et (pie ce n'est pas à nous à juger des temps et des moments (pie Dieu a réservés à son souverain pouvoir. Troisièmement , que ce qu'on appelle répugnance invincible à se convertir n'est d'ordinaire, pour la foi aussi bien que pour les mœurs, qu'un délai et une négligence qu'il faut rompre avec quelque aiguillon, et qui lient le plus souvent à si peu, que dès qu'il s'agit de faire un mariage avantageux et d'être reçu dans quelque charge pour laquelle il faut faire preuve de ^a foi ut de ses bonnes mœurs, il n'y en a aucun qui ne fasse ce qu'on désire pour rerevoir les sacrements; ce qu'ils continuent même <^ pratiquer pendant quelque temps, ^jusqu'à ce que le mauvais exemple et les discours de leurs amis les fassent retomber '/» i) peu dans leur ancienne habitude, de ivre sans culte de Dieu et sans exercice de religion .
Si après celte explication, qui réduit à un Uirt pelil nombre les mécréants manifestes
qui no doivent pas être contraints, on exceplo de cette prétendue douceur les relaps, c'eslà-dire ceux qui ont renouvelé leur abjuralion, de parole ou par effet, comme il est très-juste, et qu'on y ajoute les jeunes gens qUi , n'ayant pas atteint l'âgo de douze el quatorze ans en l'année 1685, que se fit l'abjuration générale, n'ont fait aucun exercice de l'huguenotisme; il faut avouer que la difficulté sera plus spéculative que de pratique, et on aperçoit qu'en une heure de conversation on serait d'accord avec M. l'évêquo do Meaux.
On ne saurait continuer ces réflexions sur la lettre de M. de Meaux, sans le prier de considérer deux choses : la première, la fâcheuse conséquence qu'il y a de ne pas traiter de relaps tous ceux qui ont fait la première abjuration générale , puisque c'est leur donner lieu de croire qu'elle n'a pas été un acte de religion , et de se persuader quo tous les renouvellements ne le sont pas d'avantage r la seconde, que séparer l'obligation d'assister à la Messe des autres pratiques de la caiholicité, contient une dispense générale de mettre le pied à l'église, pour tous les nouveaux convertis de la campagne, où est le plus grand nombre; parce que dans la plupart des villages pendant l'hiver, et toute l'année dans les paroisses étendues, où les maisons étant écartées on ne peut assembler le peuple qu'une fois le jour, un curé est contraint de consommer l'instruction et le service divin pendant la Messe : trop heureux lorsqu'il peut rassembler quelques enfants l'après-midi, si le temps est beau , pour leur enseigner les premiers éléments du christianisme. Et, à parler de bonne foi, croit-on qu'il faille attendre dans les villes de fort grands progrès, de ce que les nouveaux convertis iront entendre vêpres le dimanche, et quelqu'un des sermons do l'après-midi, qui sont le plus souvent des panégyriques des saints et des pièces d'éloquence? Et si, pour remédier à ces inconvénients, on revient à l'expédient de laisser à ces prétendus mécréants la liberté de sortir de l'église après la Messe des catéchumènes, ce triage est-il bien faisable? Et si on veut que la liberté soit générale à tous les nouveaux Catholiques d'un certain âge, on agréera qu'on rapporte ici ce qu'on remarqua dans les Mémoires envoyés le 6 août
RÉFLEXIONS SUR LEXPÉDIENT DOBL1GER LES NOUVEAUX RÉUNIS DASSISTER SEULEMENT A LA PARTIE DE LA MESSE APPELÉE ANCIENNE- MENT des catéchumènes.
Je ne doule pas que les nouveaux réunis ne soient fort satisfaits, si l'on se contente de les obliger de mener leurs enfants à la Messe, pourvu qu'ils soient en liberté de les y laisser, et de sortir après l'explication de l'Evangile. Ils n'en attendaient pas tant à la co clusion de la paix , et leurs docteurs no condamnent pas absolument l'assistance aux