PART. XIV. LETTRES DIVERSES. — MEMOIRES SLR LES PROTESTANTS
sermons des Catholiques, lorsqu'ils ne peuvent pas entendre le prêche des ministres. Mais si on examine cet expédient, on trouvera qu'il ne pouvait pas éviter les irrévérences contre nos divins mystères, suivant l'intention de ceux qui le proposent, et qu'il renverse le dessein de former de hons Catholiques des enfants des faux réunis. Il no faut, pour en juger, que comparer les dispositions où sont les nouveaux réunis, avec celles où étaient les catéchumènes et les pénitents : car, au lieu qu'après le commandement que le diacre leur faisait à haute voix de sortir de l'église, on voyait peint sur le visage des catéchumènes, singulièrement de ceux qu'on appelait compétentes , qui étaient les plus près d'être baptisés, l'impatience d'être admis aux divins mystères ; sur le visage des pénitents, la douleur d'être privés d'y participer. Eh ! que ce spectacle édifiait les fidèles 1 Que sera-ce lorsque de six portions, par exemple, de ceux qui auront entendu l'explication de l'Evangile, l'on verra les cinq se retirer tumultuairement de l'église, sans révérence ni respect, et avec un air dédaigneux, laissant les ministres de Jésus-Christ avec une petite troupe de Catholiques, d'ordinaire les plus pauvres de la paroisse? Quelle impression ne fera pas dans les esprits des enfants cette retraite scandaleuse de leurs parents, fortifiée des discours qu'ils leur tiendront dans leur domestique, dont on a parlé dans la deuxième raison du grand mémoire? Et il me semble voir les tilles de six à sept ans courant après leurs mères, qu'elles verront s'en retourner à leur maison; et d'autres, retenues par les maîtresses d'école, pleurant a hauts cris, et cent autres accidents que la faiblesse de l'âge ou l'artifice des parents fera naître chaque jour; et les intendants des provinces, occupés à décider si ce seront des cas où les parents doivent être condamnés à l'amende, suivant la déclaration que le roi aura donnée.
Je conviens que, depuis l'abjuration générale, on a vu de faux Catholiques se placer au fond de l'église, pour s'en aller sans être aperçus, après la prédication. Mais il faut qu'on convienne aussi que cette manière de se dérober n'est pas injurieuse aux mystères de notre religion, comme lésera la sortie tumultuaire et insolente, parce qu'elle est autorisée de la loi du prince et de tous les nouveaux réunis d'une paroisse.
Au reste, pour répondre à ce qu'on allègue, que cette assistance forcée à une partie de la Messe incitera plusieurs d'y rester, l'on peut compter que les principaux du consistoire secret de chaque lieu , dont on a parlé dans le grand mémoire, sortiront les derniers de l'église, observant et faisant signe d'en sortir avec eux a ceux qui auraient envie d'y rester; et ils feront tout cela sans rainte d'être punis, de même qu'on ne peut
(534) Dans le synode de Paris de lao9 rapporté \ix observations sur l'art. 4 du ebap. 15 Des manges, eieiicoie au texte de l'art. 20, et aux ob-
pas trouver mauvais que de deux amis qui sont venus ensemble à l'église, celui qui a plus tôt fini sa prière fasse signe à son smi de sortir; et les chefs de la cabale huguenote
ne manqueront pas de prétexter quelque affaire, pour justifier ce qu'ils auront fut.
Enfin il faut, ce me semble, faire attention, dans toute celte affaire, qn"il s'agit ici d'établir une conduite à l'égard de gens qui ont tous fait abjuration de l'hérésie : et s ils s'excusent sur ce qu'ils l'ont faite forcés parla crainte des troupes, que peuvent dire la plupart qui l'ont renouvelée et la renouvellent tous les jours dans toutes Jes rencontres où il faut se dire Catholique, pour avoir des emplois , exercer des charges , obtenir des degrés dans les universités , singulièrement pour contracter des mariages avantageux, où on leur fait renouveler expressément leur abjuration : ce qui ne doit pas paraître étrange, puisque, suivant la discipline ecclésiastique des huguenots (534), ils ne reçoivent aucun Catholique à se marier, qu'il n'ait fait profession ouverte de renoncer à la Messe : de sorte que l'Eglise catholique n'exige, pour le sacrement de mariage, que ce qu'ils exigent pour le mariage contrat civil.
MÉM01KE DE M. LÉVÊQUE DE MONTAUBAN SUR LES MOYENS DE RAMENER LES NOUVEAUX CONVERTIS.
Avant que d'entrer dans la discussion de la difficulté qui est proposée, il est nécessaire de connaître le caractère, l'état et les dispositions des nouveaux convertis, puisque cette connaissance doit être le principal motif d'une décision juste et solide.
La plupart d'entre eux sont dans un état absolu d'indifférence et de tiédeur : ils demeureront éloignés de l'Eglise catholique , si on les laisse libres; ils se réuniront si on les presse. C'est le caractère des lièdes et des indolents : ils prennent toujours le parti le plus commode, et les inspirations étrangères les déterminent d'ordinaire. Plusieurs nouveaux convertis sont de celle espèce. Comme ils vivent depuis longtemps sans instruction, sans culte, sans prédication et sans aucun exercice de religion, ils ont presque oublié la religion même. Tous s< >i: t dans une ignorance grossière des premiers éléments de la foi : ce n'est point une exagération , c'est une vérité; et ils sont venus au point de ne rien savoir et de ne rien croire.
La foi de ces nouveaux convertis dépendra des événements : ils se réuniront à l'Eglise . et ils en rempliront les devoirs, si on leur dit aue le roi le veut. C'est toujours beaucoup', que de les unir avec nous par les liens extérieurs de la religion : ils seront au moins instruits et catéchisés, et, comme disait
serva lions suivantes, où il parait quu plusieurs provinces voulaient attendre que le^ pro*élyles eus eut fait la Cène, avant de bénir leur mariage.
s al Augustin pour les doua listes, peute que' la grâce de l'unité sera pour eu* une source de bénédictions, et produira dans leurs coeurs le désir d'une conversion solide ei sincère.
Il j a une autre classe de nouveaux convertis, <iui sont bons Catholiques dans le cœur, et qui n'osenl en faire une profession publique, par la crainte des reproches de leurs parents. Le nombre de ces Catholiques - rets est plus grand que l'on ne pense. Plusieurs m'ont avoué qu'ils sentent le besoin de leurs consciences : ils connaissent qu'il est presque impossible de faire son salut sans un culte, et ils seraient ravis que l'on les y contraignit. On a beau les exhorter, ils ne sont point assez forts pour se mettre au-dessus du respect humain. Quelquesuns d'entre eux vont à la Messe en secret : c'est une moisson tonte prête pour l'Eglise, s'il plaît au roi de donner un ordre général qui oblige tous les nouveaux convertis à aller à la Messe.
Enfin il y a une dernière classe d'obstinés et d'opiniâtres, qui se feront un mérite de leur résistance, et une vertu de leur faux zèle. C'est à la piété du roi, et à la prudence de ceux qui exécutent ses ordres dans les provinces, à prendre les moyens les plus propres à les réduire. On doit mêmeêtre persuadé qu'entre ces obstinés, il y en a peu qui résistent ou aux seules menaces ou aux bienfaits.
Il est à propos de remarquer qu'il y a une très-grande opposition entre les anciens Catholiques et les nouveaux. On l'éprouve dans les villes mi-parties, comme Montauban : ce sont comme deux peuples différents, qui ne sont liés ni de mœurs, ni de négoce, ni de mariages, ni même de la société civile. Celle différence, qui est nuisible à la religion et à l'Etat, et qui produit presque toujours la haine entre les partis , tomberait insensiblement d'elle-même, si on les unissait dans les pratiques et dans L'exercice d'un même culte.
Il ne s'agit point de délibérer si on doit obliger les nouveaux convertis à communier. L'Evangile, saint Paul et les lois de l'Eglise ordonnent de ne donner les sacrements qu'à ceux qui tâchent de s'en rendre dignes. Plus leur foi ou leurs mœurs sont suspectes, plus les pasteurs doivent observer de précautions prudentes ou de délais salutaires avant de les y admettre. Il faut que les nouveaux convertis les désirent et les demandent longtemps; et on ne peut pas trop s'assurer de leurs dispositions pour les recevoir à la participation de nos mystères.
Il ne peut y avoir aucun inconvénient à les obliger d'aller aux instructions, sous quelque peine contre les contrevenants. Si on n'envoie les enfants aux écoles et les adultes à nos catéchismes, par quelque loi pénale, on ne pourra jamais avancer l'œuvre «le la religion. Us ne croiront point et ne seront point instruits, s'ils n'écoutent; et ils n écouleront pas, s'ils n'y sont contraints : on ne doit point espérer qu'ils y aillent
d'eux-mêmes. L'instruction no gôno point leur liberté, et l'on sait qu'à Rome on oblige les Juifs d'entendre les catéchistes qu'on leur donne pour les convertir.
Toute la difficulté se réduit donc à savoir si on obligera les nouveaux convertis «l'aller à la Messe. 11. semble (pie l'on ne peut sur cela prendre un meilleur parti, que de suivre les maximes et la conduite dont l'Eglise d'Afrique s'est servie à l'égard des donatistes. On sait que c'était une Eglise trèssavanle, remplie de l'Esprit de Dieu, surtout du temps de saint Augustin, et trèsexacte pour la discipline ecclésiastique. Personne n'ignore quel a été 1j schisme des donalistes et dans sa naissance et dans son progrès: on en peut voir les circonstances dans saint Augustin et dans Optât ; et Henri Valois en a fait une relation très-curieuse, à la fin de ses notes sur l'histoire d'Eusèbe de Césarée.
Il suffit de remarquer que les donatistes furent très-puissants dans l'Afrique ; qu'ils y avaient des villes, des provinces, des églises et des évêques ; qu'ils y érigèrent autel contre autel, et que le schisme devint si considérable, qu'il n'était pas encore tout à fait éteint dans le sixième siècle, comme on le voit dans les lettres du Pape saint Grégoire. Les évêques catholiques ne négligèrent ni exhortations, ni prières, ni conférences amiables et pacifiques, pour ramener les donatistes. Plusieurs qu'on avait mis à la place des prélats schismàtiques, chassés de leurs sièges, offrirent de les leur rendre, s'ils voulaient renoncer à leurs erreurs et revenir à l'unité. Mais toutes les voies de paix furent inutiles, et l'Egùse d'Afrique fut enfin contrainte d'avoir recours aux puissances séculières et à l'autorité des empereurs.
Plusieurs conciles furent assemblés pour ce sujet : celui qui fut convoqué à Carthage, l'an 404, envoya à l'empereur Honorius deux députés, appelés Evode etThéodosius, avec une instruction qui portait qu'il serait trèshumblement supplié de renouveler les lois pénales que son père Théodoseavail établies dans l'empire, pour obliger les donatistes à se réunir à l'Eglise catholique, afin qu'ils fussent convertis par la crainte, puisqu'ils ne le pouvaient être par le motif do leur . salut. Ce sont les termes de l'instruction, et c'est ainsi que l'Eglise s'est toujours adressée aux empereurs par voie de recours, quand elle a vu que la parole et l'instruction, qui sont les moyens les plus doux et les plus naturels quand ils peuvent suffire, devenaient inutiles par l'opiniâtreté des hérétiques.
Il est nécessaire de remarquer que les donatistes refusaient d'entrer dans l'unité de l'Eglise, par les mêmes maximes dont se servent aujourd'hui les nouveaux convertis pour se défendre d'aller à la Messe. Il y a de la différence dans les dogmes et danslcs erreurs de ces deux partis ; mais ce n'est qu'une même chose dans les principes et dans les conséquences. Les donatistes disaient qu'en conscience ils ne pouvaient vi-
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vre dans la société et dans la communion de l'Eglise catholique; qu'elle n'était plus l'Epouse de Jésus-Christ, puisqu'elle ne rebaptisait point ceux qui revenaient de l'hérésie ; que le Saint-Esprit était dans le seul parti de Donat, et qu'ils ne pouvaient point aussi en conscience assister aux mystères de l'Eglise, parce que les prêtres qui les olfraient n'étaient point de légitimes ministres. Leur haine contre les Catholiques fut extrême, et on sait quelle était la rage des circumcel- Jions.
11 ne faut pas douter quo les donatisles, qui étaient forcés de se réunir, ne fissent dans leurs cœurs des désaveux tacites de leur profession publique, et qu'ils ne commissent d'abord beaucoup d'infidélités secrètes. Cependant cette raison n'empêcha pas les évoques d'Afrique d'implorer la puissance séculière. Ils crurent que pour quelques donalistes que la contrainte rendrait ou obstinés ou hypocrites, la plus grande partie se réunirait enfin de bonne foi , et la crainte de quelques inconvénients particuliers céda au motif d'une réunion universelle et du bien public de l'Eglise.
L'effet des déclarations des empereurs, et des rigueurs salutaires dont la charité était le principe, fut si grand, que presque toute J'Afrique fut convertie : quelques restes malheureux de donatistes obstinés échappèrent seulement au zèle des princes et des prélats; et un concile s'assembla à Carlhage, l'an 405, sous le consulat de Stilicon et d'Anthème, sans autre affaire que celle de rendre à l'empereur Honorius de très-humbles actions de grâces d'un événement si heureux et si utile à toute l'Eglise.
Ce fut cette foule de conversions subites qui firent changer de sentiment à saint Augustin. Il avait cru d'abord, contre l'avis des anciens évêques d'Afrique, qu'il ne fallait point contraindre les donalistes ; que l'on devait regarder l'instruction comme l'unique moyen dont il était permis de se servir, el que le support et la patience à leur égard étaient les règ es de la charité chrétienne. Ces raisons, qui sont en effet spécieuses, le frappèrent longtemps : mais quand il eut vu la ville de Tagaste où il était né, et une grande partie de l'Afrique, réunies par la crainte des châtiments de l'Eglise catholique, il se rendit au sentiment commun 'lèses collègues. L'expérience détermina si fortement son esprit, qu'il composa sur ce sujet les deux lettres à Vincent et au comte Boniface, que M. Ferrand traduisit en français, il y a dix ans, et que la question présente a rendues célèbres.
Il semble qu'il suilit de lire ces deux lettres, pour décider la difficulté dont il s'agit. Ce Père y rapporte un nombre infini de preuves tirées des Ecritures, de la raison et des conciles, pour établir que l'on doit contraindre les hérétiques, fit il répond, avec autant de solidité crue d'éloquence, à toutes les objections que l'on peut faire sur cetie matière. 11 représente les donatistes dans la même situation où sont à présent nos nou-