‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 297 sur 458 · MEMOIRES SUR LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

MEMOIRES SUR LES PROTESTANTS

veaux convertis, el il propose les mêmes moyens de les réunir. Il dit qu'il ne faut pas regarder si l'on force, mais à quoi l'on force; <iue laisser un hérétique dans sa liberté, cesl connue si on luisait un léthargique dans sou assoupissement, ou si on abandonnait un frénétique à sa fureur ; que si ceux que la charité attire sont meilleurs, ceux que la crainte corrige sont en plus grand nombre; que la nécessité, qui contraint à faire le bien el à fuir le mal, est toujours utile el avantageuse; que si dans Ja multitude de ces conversions, il y en a quelques-unes qui soient feintes et hypocrites, elles peuvent devenir sincères dans les suites, et que les hérétiques ou les schismaliques, obligés par la force à s'appliquer à la considération de la vérité, se désabusent enfin de leurs erreurs dans un examen qu'ils n'auraient jamais fait, s'ils n'avaient été contraints par l'autorité.

'foules ces raisons et plusieurs autres, qu'il serait trop long de rapporter ici, et que l'on peut lire dans la source, ont toujours déterminé les plus savants théologiens qui ont agité cette question, et surtoutsaint Thomas dans la seconde partie de sa Somme, et le cardinal Bellarmin, dans son traité, De laicis, à suivre le sentiment de saint Augustin, el la décision de ce Père ne doit pas être moins respectable dans cette matière que dans les autres qu'il a imitées pourJ'ulilité et pour la défense de l'Eglise.

On peut objecter, contre la doctrine que je viens d'établir, qu'il n'y avait nu! péril de forcer les donalistes d'assister aux saints mystères des Catholiques ; parce qu'ils croyaient faussement que l'on o lirait sur l'autel autre chose que ce que Jésus-Christ avait ordonné, et qu'abusés dans le fait, il fallait les contraindre, afin que, convaincus par leurs propres yeux, ils fussent détrompés de leur prévention el de leur erreur.

Je réponds à celle objection, qu'à la vérité quelques donatistes erraient dans ce fait-là, comme le rapporte saint Augustin : mais le plus grand nombre se trompait dans le dogme, et ne voulait point assister au saint sacrifice de l'autei . parce qu'ils croyaient que les prêtres catholiques n'avaient pas un pouvoir légitime pour l'offrir, puisqu'ils n'étaient , pas dans l'Eglise. Cependant saint Augustin veut qu'on les contraigne tous, malgré les mouvements de leur Conscience erronée; et tous les principes dont il se sert doivent s'appliquera tous les hérétiques en général, quoique ce Père n'ait pour objet que la conversion des donatisles en particulier.

J'ajoute que l'Eglise aujourd'hui a plus de droit sur les nouveaux convertis qu'elle n'en avait autrefois sur les donatisles. Nos néophytes ontfaitabjuralionde huis erreurs, ils l'ont signée : plusieurs ont assisté longtemps de bonne foi à nos mystères, et y ont même participé: leur conduite présente est plutôt un refroidissement qu'une apostasie. Un grand nombre n'a jamais fait d'exercice de la religion proleslanle, comme ceux jui

rES DE B03SUET.

ienl trop jeunes quand l'édit de Nantes l'ut suppi i ir. c. el ceui m1"- étanl nés depuis, ne vont pointa la Messe, parce qu'ils en

ni empêchés par leurs parents. Tous enfin en général appartiennent à l'Eglise par leur abjuration ou par leur baptême : elle ne les regarde pas comme des ennemis déclarés, mais comme des enfants indisciplinés, qu'elle . si en droil de revendiquer el de ramener à leurs devoirs, >« • 1 1 par les armes spirituelles, soi! par imploration du bras séculier; à peu près comme un père appelle à son secours la justice et les lois pour la punition de ses enfants, lorsque sa bonté el ses exhortationa senl impuissantes pour les corriger.

Cette circonstance de l'abjuration et du droit que l'Eglise conserve sur ceux qui l'ont faite esl d'un si grand poids, qu'elle fut motif d'un canon célèbre du iv* concile de Tolède, tenu l'an 633, et ce canon esl rapporté dans le décret de Gratien ; et voici en peu de mois qu'elle en fut l'occasion. Le roi Sisebut lit en Espagne, dans le vi* siècle, une loi qui est insérée parmi les lois des Visigollis, par laquelle il était ordonné aux Juifs, sous des peines très-grièves, d'abjurer le judaïsme, et d'embrasser la religion chrétienne. Quatre-vingt-dix mille obéirent, et le reste s'enfuit dans les royaumes voisins. On en peut voir la relation et l'histoire dans la Chronique d'Isidore de Séville.

Il faut observer ici que l'Eglise a toujours fait uneditl'crence dans la conduite qu'elle tient pour convertir les Juifs, les infidèles et les païens, et celle qu'elle croit devoir garder pour convertir les hérétiques. Elle n'a aucune autorité sur les premiers, et ne se sert à leur égard que de la voie de la persuasion. Mais, quelque éloignés que soient d'elle les hérétiques, ils portent le nom de Chrétiens : ils ont été régénérés par le baptême qu'elle donne ; ils croient plusieurs de ses dogmes, et quoiqu'ils soient rebelles et désobéissants, elle estleur mère, el par conséquent en droit de les punir, et surtout quand ils ont abjuré leurs erreurs.

Sur ce fondement, le iv* concile de Tolède désapprouve d'abord, dans le canon lvu, la conduite que l'on avait tenue à l'égard des Juifs, par la raison que je viens d'expliquer : mais pour ceux qui s'étaient convertis, et qui étaient Chrétiens, soit par force, soit par leur choix , comme ils ont reçu le baptême, ajoute le canon, et qu'ils ont été initiés dans les mystères de l'Eglise, il faut les contraindre d'y persévérer; de peur que le nom de Dieu ne soit blasphémé, et que la foi ne soit regardée comme vile et méprisable.

Les albigeois, dans les xnc el xmc siècles, furent traités avec plus de rigueur que ne lavaient été les donatistes. Comme le présent Mémoire n'est point une disserlalion historique, et que ce n'est qu'une simple exposition des faits qui peuvent servir de i ndement a mon opinion, il eyt inutile de

rapporter les circonstances do l'hérésie des albigeois, dont on peut voir le détail dans les ailleurs contemporains. Mais, pour l'éclaircissement de la question dont il s'agit, il est nécessaire (h; lire le canon 27 du m" concile de Latran, tenu sous le pontificat d'Alexandre III; le canon 3 du iv" concile de Latran, sous Innocent III; les conciles de Paris, de Toulouse et de Béziers. tenus vers le milieu du xin' siècle.

Une vigilance exacte pour découvrir les hérétiques qui se cachaient, la confiscation des biens, l'exil, les punitions corporelles étaient les voies dont on se servait pour réduire les indociles et les opiniâtres. Les protecteurs des albigeois étaient aussi trèssévèrement punis; et l'on sait ce qu'il en coûta au comte de Toulouse. Je ne prétends I as établir, sur ces précédents exemples de sévérité, des préjugés pour la conduite que l'on doit tenir à l'égard des nouveaux convertis. Quoique je sois persuadé qu'il faut les contraindre d'aller à la Messe, je crois néanmoins que les moyens les plus modérés seront les plus efficaces; et qu'il convient à l'avancement de l'œuvre de joindre à un zèle attentif, et qui ne se désiste point de son objet, beaucoup de douceur, de patience et de charité.

Quelques docteurs croient que le canon 17 du concile de Toulouse,- que je viens de citer, et qui fut tenu l'an 1229, ordonnait que les albigeois nouveaux réunis communiassent à Noël, à Pâques et à la Pentecôte ; mais il ne faut que lire ce canon pour être désabusé de cetto fausse prévention. C'est un précepte que le concile donne à tous les anciens fidèles; et il ajoute seulement que ceux qui ne l'accompliront pas seront suspects d'hérésie. Et si dans tous les siè des 'esprit de l'Eglise a été que l'on forçât les îérétiques à se convertir; néanmoins elle n'a jamais vouluadmettre les nouveaux réunis à la participation des sacrements, lorsqu'ils étaient encore chancelants dans la foi qu'ils avaient embrassée.

Les Pères de l'Eglise ont dit sur celte matière tout ce que les conciles avaient expliqué dans leurs décisions. Saint Léon, daDS sa lettre 75 à l'empereur Léon (535), lui adresse ces belles paroles : « Grand prince, je vous parle sans adulation; elle ne convient pas à la liberté évangélique. Vous êtes digne d'être associé au ministère apostolique par votre piété, et d'être mis au nombre des ministres de Jésus-Christ; vous en avez le zèle, si vous n'en avez pas le caractère : vous êtes le protecteur de la foi de Nicée, d'Ephèse et de Chalcédoine. Dieu vous a non-seulement appelé au gouvernement de l'empire, msis encore à la défense de la religion : vous devez punir les sectateurs de Nestorius, de Dioscore et d'Euslychès, et ne pas permettre qu'ils divisent l'unité de l'Eglise par leurs erreurs, » Saint Léon dit la même chose en d'autres termes

(oô%) Epi ;. 12

1:2 i PART. XIV. LETTRES DIVERS:*: S. I VIOMKS SUR LES PROTi.STANTS. lirn

dans ses lettres à l'empereur Marcicn el à seur de l'empire, et qu'il n'eut plus ni de cou-

lu princesse Pulchérie. currents, ni de c ->, et qu'il eut dunn

Or il csi certain que toutes ces exhorta- la paix à l'univers et à l'Eglise, il von ;

lions ferventes avaient pour objet quelque non-seulement renverser les idoles, mais

chose de plus qu'une simple abjuration, La détruire encore le schisme el l'hérésie. Sa

notion naturelle du mot do convertir veui Augustin, dans le neuvième chapitre de

dire la pratique d'un nouveau culte. Il y a lettre aux donalisies, qui est la ceci cin-

cu dans tous les siècles des nouveaux rèu- quième dans la nouvelle édition, explique

nis ; mais on ne verra point, dans aucun en- les lois qui furent données par les empe-

droit de l'histoire ecclésiastique, que Ton reurs contre les donatistes, depuis Constat}-

les ait laissés vivre dans une indifférence tin jusqu'à Arcade et à Hononus. entière pour leurs devoirs: et si le senti- Le Code Théodusien, au litre Dehœreticis,

oient des Pères a été que les princes devaient rapporte en détail les constitutions de i

contraindre les hérétiques à renoncera leur princes contre tous les hérétiques qui trou-

fausse religion, il est évident aussi qu'ils ont Lièrent l'Eglise pendant leur règne; el, pour

cru qu'il fallait les forcer au moins aux fbnc- en être pleinement convaincu, il faut li

lions extérieures de la véritable. ces lois dans la source. Non-seulement les

Saint Grégoire Pape, dans sa lettre à Pa- empereurs privaient les hérétiques de toutes

triée, exarque d'Afrique (536), l'exhorte à les charges el de tous les emplois; mais

employer le pouvoir (pie Dieu lui avait cou- encore ils leur défendaient de passer aui une

lié a la destruction de I hérésie; et dans celle forme de contrat : tout pouvoir de vendre,

qu'il écrite Audi bert, roi d'Angleterre (537), d'acheter, de faire testament el d'hériter leur

il le loue d'avoir procuré le progrès de la était ôté; les enfants ne pouvaient recueillir

religion par les instructions, par la (erreur, les successions de leurs parents, ni les maris

par ses bienfaits et par ses exemples. celles de leurs femmes, s'ils n'embrassaient

Saint Bernard, qui a été le plus doux et la religion catholique; et toutes ces peines

le moins sévère de tous les Pères de l'Eglise, étaient portées avec note d'une perpétuelle

dans le soixante-sixième sermon qu'il a com- infamie. C'est ainsi que s'en explique la se-

posé sur le Cantique des cantiques (538), en ronde loi de Théodose contre les mani-

parlant de certains novateurs de son temps, chéens. |ui niaient la nécessité du baptême des en- Dans la constitution xm, nous voyons que

fants, le purgatoire, et les prières pour les Jes hérétiques étaient chassés des villes et

morts, cite les paroles de l'Apôtre {Rom. de la société des autres hommes. Outre lus

xm, k), que les princes sont les ministres impositions ordinaires, ils étaient condain-

de Dieu pour exécuter ses vengeances, en nés, de quelque sexe et condition qu'ils fns-

punissant celui qui fait mal ; et conclut qu'il sent, à des amendes considérables, sel-n

vaut mieux punir les hérétiques par le glaive leurs moyens; et lorsqu'ils les avaient payées

de la puissance temporelle, que de souffrir jusqu'à cinq fois, sans renoncer à leurs er-

qu'ils persistent dans leurs erreurs, ou qu'ils reurs, ils étaient condamnés à l'exil; et le

pervertissent les fidèles par leurs p. rsua- motif de cette sévérité, selon la loi lxiii,

sions et leurs discours. était de ramener par la terreur ceux que

C'est sur ces principes, établis par une l'on ne pouvait persuader par la raison. tradition consente de l'Eglise, que les cm- Et il est évident que l'instruction toute

pereurs chrétiens ont toujours donné des seule, sans le secours des puissances icm-

lois très-sévères contre les hérétiques, pour porelles, n'aurait pas dé ruit ce grand nom-

les obliger à se réunira l'Eglise catholique, bre d'hérésies qui se sont élevées depuis la

et, à plus forte raison, .à en faire profession naissance du christianisme; et plusieurs

publique après l'abjuration de leurs erreurs, subsisteraient encore sur la terre, si l'auto-

A la vérité, l'empereur Constantin, peu de rite ne les eût éteintes. L'Eglise instruisait,

temps après qu'ij fut parvenu à l'empire, fil, elles empereurs punissaient selon les be-

coDjoinlemenl avec Licinius son beau-frère, soins : elle remplissait son ministère par la

une loi qui permettait à chacun de ses sujets parole, et ils accomplissaient le leur par le

de suivre la religion que sa conscience lui pouvoir que Dieu leur a confié. El c'est par

inspirerait. Mais il est aisé de voir par l'exa- ce concert mutuel du sacerdoce el de l'em-

men de celte constitution, qui est rapportée pire, que la religi >n catholique a conservé

par Eusèbe dans le chapitre v du dixième le dépôt précieux de la foi, el que les porles

livre de son Histoire, que cette tolérance de l'enfer n'ont pu jamais ; revaloir conlre

universelle de toutes les opinions n'était elle, selon la promesse de Jésus-Christ.

qu'un prétexte, dans un règne naissant et (Matth. xvi, 18.)

mal affermi, pour procurer un libre exercice Le Code Juslinien répèle les mêmes lois ;

à la religion chrétienne, qui avait été tou- et cet empereur en lit une à Couslanlinople,

jours persécutée [taries empereurs païens, qui déclare que lorsque les hérétiques mour-

et contrainte de demeurer, jusqu'au temps raient dans leurs erreurs, leurs enfants or-

de Constantin, dans l'obscurité et dans le thodoxes,s'ily en avait, recuci.leraienl seuls

silence. la succession, et que ceux qui ne seraient

Mais lorsque le prince fut paisible posses- pas Catholiques en seraient exclus; que si

(556) Episl., Ut». i; epist. G I. II. (538) M. 12 , i. I.

Ç>->1) Lit). M, episl. (»0.

OC" VRES COMPI.. DE liOSSUET, XL '+*■

». Il

Ml Vit! S ' ■ il LK1ES DE U0SS1 ET.

tcm> les enfanta étatenl dans l'hérésie, le plus

iche parent sérail appelé à l'hérédité : et que si aucun ne faisait profession de la religion catholique, les biens seraient réunis au fisc impérial. Et il y a une autre loi, dans les N (Telles, qui Au- aux femmes qui ne font point profession de la foi catholique, tons leurs droits et leurs hypothèques sur les biens de leurs maris, el que le droit romain leur attribue.

Ou ne v.'ii point que l'Eglise se soit jamais plainte do la sévérité de ces lois; au

ntraire, nous avons prouvé qu'elles avaient pour la plupart approuvées, demandées et sollicitées par les conciles; et il faut remarquer que toutes ces constitutions obi irent les hérétiques a faire profession de la toi catholique. Or, faire celle profession,

5t èire en société de vœux, de devoirs, de sacrifice, de prières avec le reste des lidèles. En effet, un Catholique qui ne remplit point les devoirs de la religion diffère peu de l'hérétique : sa foi est toujours avec raison suspecte, quand il n'en fait pas les œuvres , et ilyaapparence que les lois pénales des empereurs auraient eu leur etl'et contre ces réunis, qui, contents d'une simple et froide abjuration, ne seraient entrés dans l'Eglise que pour avoir plus d'éloignement pour !a doctrine qu'elle professe, et pour le cuite qu'elle pratique.

J'avoue qu'il y a des inconvénients à forcer nos nouveaux convertis d'aller à la Messe ; et il est impossible que, dans une affaire aussi importante, il ne s'y rencontre des difficultés et des obstacles.

On peut craindre des irrévérences extérieures, des infidélités secrètes, des embarras dans les détails de l'exécution, et la désertion des fugitifs, qui aimeront mieux sortir du royaume que de se soumettre:

quoique à l'égard des irrévérences il soit aisé de les empêcher; et pour la désertion, on peut la prévenir par une vigilance exacte sur les côtes maritimes, et sur les passages des frontières.

Mai>s laisser imparfait l'ouvrage de la conversion générale; souffrir au milieu de l'Etat un parti nombreux, mal intentionné, et toujours attentif aux événements; ne pas tendre la main à beaucoup de gens qui voudraient revenir de bonne foi, et qui ne l'osent pas par respect humain ; sacrifier au scrupule des mauvais partis, que pourraient

Itrendre des opiniâtres, le salut d'un nombre infini d'âmes qu'une crainte salutaire sauverait, et qui se perdront si on ne les force; exposer les enfants, malgré nos écoles et nos catéchismes , à la séduction infaillible de leurs parents, sont des inconvénients beaucoup plus considérables que ceuxqui pourraient déterminer à l'avis contraire: et si on ne contraint nos néophytes issister à nos mystères, on ne doit plus compter sur l'espoir d'avancer l'œuvre de. la religion.

Le soin de l'éducation de la jeunesse semble en apparence sullire pour éteindre un jour l'hérésie ; et celte raison paraît spé-

cieuse. Elle sérail en effet très-bonne, si on

pouvait ôler tous les enfants à leurs parents ; mais, comme cet enlèvement général est impossible, il faut quelque chose de plus pouraboiirle calvinisme dans le royaume.

Ces jeunes gens n'auront jamais beaucoup de foi au saint sacrifice de la Messe, quand ils verront que leurs pères et mères n'\ assistent point. Au retour des écoles et de IV • glise, le premier soin des parents est d'effacer du cœur et de la mémoire de leurs enfants toutes les impressions qu'ils pourraient avoir de la foi catholique, et de leur en inspirer la haine et l'éloignement. Ils les séduisent avec beaucoup de facilité; et les exemples domestiques ont plus de pouvoir sur ces jeunes esprits, que toutes les instructions de leurs pasteurs el de leurs maîtres.

Nos nouveaux convertis doivent d'autant moins se plaindre de cette nécessité d'aller à la Messe, que les docteurs protestants enseignent que les puissances temporelles doivent conlraindre les hérétiques. Je ne fais pas cette remarque pour nous prévaloir de l'exemple îles calvinistes. L'ancienne et véritable Sion, dit saint Augustin, ne se règle point sur la conduite de la fausse et nouvelle Sion ; mais il est raisonnable de convaincre ces protestants, par leurs propres raisons, de l'injustice des plaintes qu'ils font contre nous sur ce sujet.

Personne n'ignore que Calvin fil faire par le sénat de Genève le procès à Servel, qui était anabaptiste, et qui avait renouvelé les erreurs de Sabellius et d'Eulychès, La condamnation de cet hérétique fut approuvée par les docteurs de Zurich, el par ious les théologiens du parti. Calvin, pour justifier sa conduite, composa un traité qui a pour litre : S'il est permis aux magistrats chrétiens de punir les hérétiques ; el il prouve, par un nombre infini de raisons, qu'ils le peuvent et qu'ils le doivent. De plus, dans le livre qu'il appelle Harmonies des Evangiles de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Luc, expliquant ces paroles, Forcez-les d'entrer (Luc. xiv, 23), il dit qu'elles ne peuvent s'entendre que de l'autorité qu'ont les princes de la terre d'obliger leurs sujets à obéir aux décisions de l'Eglise. Voici ses propres termes : « J'approuve que saint Augustin ait souvent usé de ce témoignage contre les donatisles , pour montrer qu'il est permis aux princes fidèles de contraindre les rebelles et les obstinés, et faire des édils pour les faire revenir à l'unité de l'Eglise : car, bien que la foi soit volontaire, nous voyons néanmoins que les moyens profilent , pour dompter l'obstination de ceux qui n'obéiraient jamais s'ils n'avaient élé forcés. »

Ce fut sur ces principes que Jeanne, reine de Navarre, lit publier, l'an 1571, uneordonnance intitulée, Règlement pour la dicipline des Eglises du Bénrn; et il esi porté, parcelle déclaration, que toutes personnes assisteront aux prêches à peine de cinq sous d'amende pour les pauvres, et dix pour les riches; el pour la seconde fois, si l'on y manque, de

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cent sous pour 1rs pauvres, et dix livres pour commettre les foulions de la judicaturc aux

les riches; pour la troisième fois, de prison conditions qu'il lui pltfît, et selon les vues

et de plus grande peine si la rébellion était de sa prudence el de sa piété.

obstinée. Il y a beaucoup d'autres exemples S'il est nécessaire de punir les indocitea,

tirés de leurs auteurs ; mais ceux que l'on il ne l'est pas moins de récompenser ceux

vient de rapporter suffisent pour faire con- d'entre les nouveaux réunis qui se disliu-

naître en cela la doctrine et la conduite de guetit par leur ferveur et per leur zèle. I

la prétendue réforraation. bienfaits seront d'un s< cours inûni dans te

Malgré tous ces préjugés, je suis persuadé grand ouvrage. Il n'y a dans chaque ville

que, pour obliger les nouveaux convertis ou dans chaque province que deux ou tr<;i>>

d'aller à. la Messe, on doit employer les chefs de parti, qui mènent tout le lest-- ; i |

voies les [dus douces que la prudence et la peu résisteront à l'espoir ou à la certitude

charité pourront suggérer. Le logement de la récompense : une grâce bieu employé3,

effectif des gens de guerre et les punitions et quoique donnée h un seul, excite Pespé-

corporelles seraient des moyens odieux, rance de plusieurs autres,

quoique justes dans le fond; et les obstinés, Rien n'est [dus triste pour les pasteurs,

par vanité ou par faux zèle, s'attribueraient que de voir que les nouveaux convertis meu-

une vaine idée de martyre : quelques reléga- rent tous les jours sans sacrements, et qu'ils

tiens el desamendos pécuniaires bien décer- les refusent même avec opiniâtreté et avec

nées et bien exécutées pourront suffire sur- scandale. Cela vient des sentiments peu

tout dans un pays comme celui-ci, où il n'y catholiques dus mourants, et plus souvent

a point de passion plus vive et plus univer- encore des mauvaises dispositions de leui 5

selle que la cupidité et l'intérêt. parents. Dans ces derniers moments, où l'es-

II est à propos de répondre à l'objection prit est abattu et le raisonnement affaibli, que l'on fait sur les désaveux tacites que ils les déterminent aisément à mourir dans feront plusieurs nouveaux convertis, quand leurs erreurs, et les curés ne sont jamais on les forcera d'aller à la Messe. Si celle avertis ni appelés. Peut-être serai t-il à proraison avait lieu, on n'établirait jamais des posquele roi renouvelasses anciennes déclalois pénales dans la religion. Quoiqu'elles rations contre ceux qui ne veulent pas, h la fassent souvent des hypocrites ou des obsti- mort, recevoir les sacrements. Celte préeaunés , elles sont pourtant nécessaires pour lion est d'autant plus nécessaire, que l'on conserverie bon ordre: d'ailleurs, dans le cas sait que plusienrsnouveaux convertis mourdes. mariages des réunis, nous nous exposons raient Catholiques, s'ils n'en étaient empotons les jours à une plus grande et [.lus 1er- chéspar les exhortations de leur famille. Mais iib!e profanation. On les diffère, on les si les héritiers craignaient une confiscation : éprouve ; mais enfin il en faut venir à les attentifs a la succession, ils les déterminent rie i> Ils se soumettent sans peine aux raient à remplir leurs devoirs, et à demandélais, aux épreuves: quand on les inter- der les sacrements de l'Eglise, ou du moins loge sur leur foi, ils répondent comme on à ne pas les refuser. Il ne convient pas néanle souhaite : ils se confessent, et cependant moins d'exécuter h la rigueur les éuils qui nous sommes presque sûrs que ces démons- regardent les cadavres Jus relaps : ce specliations extérieures sont simulées, [tarée lacle est plus nuisible qu'utile à fa religion, qm, après leur mariage, ils ne reviennenlja- La déclaration du roi, qui donnait le bien mais à l'église. Mille expériences nous don- de ceux qui sortaient du royaume au plus nenl celle juste persuasion: nous leur ad- proche parent, a eu de très-mauvaises suiuiinistrons néanmoins les sacrements de tes ; et l'on sait, par mille expériences, qu'une pénitence et de mariage, et nous laissons à famille fugitive laissait toujours quelqu'un la miséricorde de Dieu, ou à sa justice, à qui recueillait la succession, qui faisait souconverlir ou à punir ceux qui nous troin- vent très-mal son devoir de catholicité, et peut. qui envoyait tous les revenus à ses parents;

L'expérience des lieux et des esprits m'a en sorte que par ce moyen ils jouissaient de persuadé que, pour avancer l'œuvre de la leurs biens, comme s'ils eussent encore été religion, il serait important qu'il plùl au roi dans leurs terres et dans leurs maisons, ôler dans les corps de mairie, dans les ho- Enfin, pour faire une briève récapitulâtes de ville, dans les facultés de médecine, lion de lout ce Mémoire, j'établis, en peu de et surtout dans les parlements et dans les mots, quele sentiment de l'Eglise a toujours cours subalternes, toutes fonctions aux nou- élé que l'on contraignît les hérétiques, el veaux convertis qui ne rapporteraient pas que la conduite îles princes a été conforme tous les ans des certificats de catholicité, à cette doctrine. De plus, on peut, saus consignés par leurs évoques ou par leurs curés, tredit, forcer d'assister à la Messe les en- Ceux qui sont dans les charges sontd'ordi- fants nés depuis la suppression de l'édit naire iort jaloux de les conserver : comme ils de Nantes, et ceux qui, étant trop jeunes, sont même distingués parleurs emplois, leur n'avaient fait auparavant aucun exercice du exemple est plus utile et dans leurs familles culte contraire, puisque les uns el les auet parmi le peuple, qui règle presque toujours 1res appartiennent à l'Eglise. Les nouveaux sa religion sur celle de ses supérieurs. D'ail- convertis, tièdes et indifférents, seront lori leurs les constitutions impériales y seul ex- aisément déterminés. Ceux qui sont Calhopresses ; et le roi est le maître de confier les tiques dans le cœur ne demandent pas mieux charges à ceux qu'il en juge dignes, et de qu'un ordre qui les délivre de la crainte du

TÀBI E DfcS MATIE'.lK >.

. i humain, el de* reproches de leur

• reste donc gu un petil nombre il obstinés, dont la considération ne doit pas em- Ic bien général de l'Eglise, el qu'il

faudra réduire, en déiail, par les peines ou parles bienfaits, selon los vues que le caractère de leur esprit ou la situation de leur fortune pourront su ;érer.

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