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iv.i .r ( ■ qu'une retraite si
■ udaine lai attirail, il laissa à Ferdinand une grande partie des troupes, mais en si mauvais ordre, qu'il n'en tira aucune utilité. On publia s toute l'Europe qu'il était jaloui vit> sou propre frère, et qu'il craignait de le voir en étal de se soutenir par luimême en Allemagne.
\ i rs la lin du mois d'octobre, les rois de France ii d'Angleterre se rendirent a Bougne-sur-mer. ils publièrent qu'ils s'assemblaient pour chercher les moyens de repousser le furc Le roi d'Angleterre faisait de iodes plaintes du râpe, sur ce qu'il voulait l'obliger de traiter à Home l'affaire de d divorce, contre l'usage, toujours ob- -■ rvé , d'envoyer des juges sur les lieux l>our entendre les parties qui, dans de telles allai res ne peuvent guère s'expliquer par procureur.
Il se plaignait aussi des grandes exactions que faisait I Eglise romaine sur le peuple et sur le clergé d'Angleterre. Il prétendait porter ses plaintes au concile universel, et il roulait que François se joignît à lui pour sommer le Pape de l'assembler. S'il en eût été cru, on n'aurait pas épargné les menaces; mais le roi ne voulait pas aller si vite; c'était terriblement choquer le Pape que de lui parler de concile.
L'Eglise n'en avait jamais eu plus besoin ; il n'y avait que ce seul remède contre l'hérésie de Luther et contre tant d'abus qui s'étaient glissés. Le scandale qu'ils causaient était le prétexte le plus plausible que les hérétiques pussent donner à leur séparation ; ils n'avaient encore osé s'élever ouvertement contie l'autorité des conciles, et, au contraire, ils demandaient eux-mêmes qu'on en tint un , faisant semblant de vouloir se soumettre à ses décisions; mais le Pape , occupé de la grandeur de sa famille , n'écoutait point ces raisons. Il regardait le concile comme un obstacle à ses desseins, • raignant toujours que, si l'on venait à réformer l'Eglise, à la fin il ne fût tenu de réformer et lui-même et la cour de Rome ; ainsi, quoiqu'il eut promis un concile aux sollicitations de l'empereur, il ne manquait jamais de prétextes spécieux pour en éluder la convocation.
François, qui connaissait celle répugnance, croyait qu'il fallait servir le roi d'Angleterre par des moyens plus conformes à l'humeur du Pape. On traitait le mariage d'un des cadets de François avec Catherine de Médias, nièce du Pape, qu'on appelait la duchesse d'Urbin. C'était le duc d'Albanie , son oncle, qui négociait celte affaire; et le roi avait tant de passion de détacher le Pape d'avec l'empereur, qu'il y était entré bien avant. Il croyait que ce mariage le lierait étroitement aVec le Pape , et lui donnerait moyen d'agir utilement pour son ami.
Pendant que les deux rois étaient ensemble, la nouvelle leur viut que Charles, en retournant en Espagne, repassait par l'Italie, et qu'il uevait revoir le Pape à Bologne. Cette nouvelle entrevue jeta la défiance dans
leurs esprits. Ils résolurent ensemble que
les cardinaux de Tournon cl de Grammont trouveraient à Bologne-la-Grasseau temps
que le Pape y arriverait, sous prétexte de I accompagner dans une cérémonie si considérable; mais, en effet, ils avaient ordre de parler au nom ili's deux rois, et comme ils présumaient que le Pape serait plus Bei par l'union qu'il paraissait avoir avec l'ètn- I i ii'ur. ils crurent qu'il fallait agir avec un peu de hauteur.
Ainsi l'instruction des cardinaux les obligeait à représenter combien le Pape avait d'inlérôt à ne point choquer deux si grands rois inséparablement unis. Ils devaient parler des coin îles nationaux qu'ils pourraient assembler dans leurs royaumes pour remédier aux désordres, et du concile général qu'ils pourraient aussi lui proposer, sans donner lieu aux délais dont il amusait le monde depuis longtemps; qu'au reste, il n'était plus de saison de les menacer de censures, qu'il avait déjà assez d'affaires du côté de l'Allemagne et des Suisses, et qu'en cas qu'il les maltraitât, ils iraient à Rome si bien suivis, qu'il serait trop heureux de révoquer ses sentences . qu'ainsi le plus court pour lui était de traiter plus doucement les affaires d'Angleterre, et de regarder ce qui arriverait s'il poussait les choses à l'extrémité.
[1533] Ces paroles étaient dures; aussi l'intention de François n'étail pas d'en venir aux effets, et les cardinaux avaient ordre à la fin d'adoucir le Pape, en lui proposant une conférence des deux rois avec lui à Nice, où les affaires s'accommoderaient à l'amiable. Les choses ayant été ainsi disposées, Henri et François se séparèrent, et celui-ci vint passer l'hiver à Paris ; les cardinaux arrivèrent à Bo!ogne-la-Crasse au commencement de l'année suivante. Il y avait quelques jours que le Pape et l'empereur conféraient ensemble : il s'agissait de continuer la ligue d'Italie, où l'empereur voulait faire comprendre la seigneurie de Cènes, quoique la Fiance n'y eût pas renoncé.
Le Pape inclinait à ses sentiments, parce qu'il savait les mauvaises dispositions du roi d'Angleterre, et qu'il voulait se faire un appui contre un prince dont les intérêts seraient portés par François. Dans cette conjoncture, les cardinaux jugèrent dangereux d'irriter le Pape, et craignirent qu'en le pressant de la part des rois, ils ne l'obligeassent d'autant plus à se livrera l'empereur.
Ainsi, laissant à part toutes les mesures dont on avait chargé leurs instructions, ils remontrèrent au Pape que le roi le voulait prendre pour juge du droit qu'il avait sut- Cènes ; ils lui proposèrent une entrevue pour y traiter les affaires, surtout celle du mariage de Catherine de Médicis , duchesse d'Urbin, et le conjuraient en même temps, tant pour le bien de la chrétienté que pour son intérêt particulier, de tenir tout en état en attendant. A ces paroles , le Pape commença à se rassurer de la crainte où il était
i AllT. XII. T1IE0L. HISTORIQUE. - IL HIST. DE FRANCE. LIV. \\
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de se voir réduit à dépendre tout à l'ait de l'empereur.
Ce prince , le trouvant plus froid , ne fut pas longtemps à découvrir la cause de ce changement, et il se mit a représenter au Pape que le roi ne voulait que l'amuser en lui parlant d'un mariage qui avait si peu d'apparence. Il lui proposa en môme temps une affaire plus vraisemblable, qui était de donner sa nièce au duc Sforce ; mais le Pape répartit que le moins qu'il pouvait faire était d'écouter un roi de France qui lui faisait tant d'honneur, et qu'il ne fallait pas le choquer dans un temps où le roi d'Angleterre le sollicitait à se séparer du Saint-Siège.
Cependant, pour ménager toutes choses, il consentit à la continuation de la ligue d'Italie, en faisant toutefois entendre au roi qu'elle tournerait à la fin à son avantage, puisqu'elle obligeait l'empereur à licencier ses troupes, si aguerries, qui lui avaient gagné tant de victoires : sur de si vaines apparences, François avançait le mariage.
L'empereur, qui ne crut jamais qu'il voulut de bonne foi une alliance si inégale, déclara au Pape qu'il ne prétendait point l'empêcher de procurer à sa nièce et à sa maison un avantage si considérable; lui-même il lui conseilla de demander aux cardinaux français s'ils avaient pouvoir de conclure : ils ne l'avaient pas, mais ils offrirent de le faire venir, et ne demandaient que le temps qu'il fallait pour avoir réponse d'un courrier qu'ils dépêcheraient.
Quand le Pape vit la procuration en bonne forme, il ne fut pas moins surpris que s'il eût vu un enchantement, et l'empereur étonné n'eut plus autre chose à faire, que de le prier d'insérer en sa faveur quelques conditions dans le traité qu'il ferait avec le roi ; à quoi le Pape répondit que l'honneur que recevait sa maison était si grand, que ('était au roi, et non pas à lui, de faire des conditions. 11 fut pourtant assez heureux, pour qu'une si haute alliance ne lui coûtât que des paroles.
Il sut persuader à François que, pour ménager sa dignité, il ne fallait rien exiger de lui avec le mariage, et qu'ensuite il ferait si bien de lui-même, que le roi réparerait, par son union avec le Saint-Siège, les pertes que lui et son prédécesseur avaient faites pour n'y avoir pas été assez unis. Tels étaient les discours du Pape.
François, qui connaissait combien était grand ce qu'il faisait pour lui, crut qu'il aurait autant de reconnaissance qu'il recevait d'honneur, et donna son fils sur cette espérance ; encore le bonheur du Pape voulut-il qu'on aimât mieux en France lui donner pour sa nièce le duc d'Orléans, que le duc d'Angoulème, son cadet.
On s'imagina qu'il procurerait tant d'élévation à celui des enfants de France qui deviendrait son neveu, qu'il y aurait de quoi donner de la jalousie à l'autre, et on crut qu'en préférant le duc d'Angoulême , on ferait au duc d'Orléans un tort qui mcl-
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trait une division éternelle entre les frères
!n fondement si léger fit qu'un choisit pour Catherine le second fils de France, sans considérer combien il était proche de la ronronne , que les temps suivants nous feront en effet voir sur sa tête. Pour achever ce mariage, il fut résolu (pie le Pape et le roi se rendraient a Nice. Celle résolution fui tenue secrète, et l'empereur partit de Bologne sans en rien savoir : François en lit avenir le roi d'Angleterre, afin qu'il se trouvât a l'entrevue et qu'il y sollicitât lui-môme son divorce; mais les affaires avaient pris un autre cours.
Henri, impatient, avait obtenu de Thomas Cranmer, archevêque de Cantorbéry, primat d'Angleterre qui prenait la qualité de légatné du Saint-Siège, qu'il déclarât nul son mariage avec Catherine d'Aragon, et le mariât avec Anne de Boulen : il tenait l'affaire secrète, en attendant le succès de l'entrevue , résolu de se séparer de l'Eglise romaine, si le Pape lui refusait sa demande. Henri avait fait dire ce secret à François, qui n'oublia rien pour lui obtenir des juges sur les lieux, avant qu'on vînt à savoir ce qui s'était passé en Angleterre; mais le Pape remettait tout à la conférence de Nice.
Le temps destiné à la tenir approchait, et le Pape n'attendait que l'éloignement de l'empereur pour la déclarer. Aussitôt qu'il fut parti d'Italie et qu'il eut pris le chemin d'Espagne, il 'a fit agréer aux cardinaux. Les empêchements qu'y voulut mettre l'empereur furent inutiles, et le refus que fit le duc de Savoie de prêter Nice fit résoudre le Pape à venir en France ; mais , avant le temps convenu, on sut à Rome et en Espagne la sentence donnée par Cranmer contre la reine d'Angleterre. Les cardinaux persuadés, par diverses consultations, de la validité de son mariage, et excités par les sollicitations de l'empereur, pressèrent tellement le Pape, qu'il prononça l'excommunication contre Henri, au cas que, dans un certain temps, il ne réparât l'attentat qu'il avait commis.
Quoique le roi fût touché de celte sentence prononcée contre son ami, il ne désespéra pas d'y apporter du remède, parce qu'elle n'élait que comminatoire, et qu'elle donnait du temps au roi d'Angleterre; mais il lui vint en même temps de Milan une autre nouvelle qui lui causa bien plus d'émotion.
Le duc de Milan, accablé par la puissance de l'empereur, et n'espérant plus de liberté que par le support de la France , souhaita d'avoir auprès de lui un ministre du roi , mais si caché que les Espagnols n'en pussent rien soupçonner. Il avait demandé pour cet emploi François de Merveille, natif do Milan, écuyer d'écuries du roi, qui avait fait grande fortune en France en dressant des chevaux et apprenant a la jeune noblesse à les monter. Il avait été connu du duc dans un voyage qu'il avait fait en son pays, où il s'était signalé par ses libéralités.
Le roi l'avait renvoyé avec deux sortes do lettres au duc : les unes secrètes, où il pa.-
s complètes de e<
raissait minisire do roi ; -tes autres, qu'on pouvait montrer eu besoin, étaient de
simples lettres de recommandation, afin
u'il fût favorisé dans ses affaires particulières. Cette finesse n'empêcha pas que l'emi ereur ne - onnâl ce qui était : il lit do rides - au duc de Milan, et ne s i
de Pexcuse qu'il lui donnait, que tilhomme n'était à Milan que pour ses les lettres qui semblaient le in . Il fallut venir à des preuves plus
Iles, et Sforce, intimide par l'empereur,
solul de ier Merveille à sa jalousie.
Il lui suscita Castillon, seigneur milanais,
qui lui lit une querelle ; et quelque soin
que prît ' lie pour l'apaiser, elle fui
•: avant qu'un en vint aux mains.
stillon prit mal ses mesures, il fut lue par
Franc duc lit arrêter l'envoyé,
ravi de pouvoir se justifier sans laisser aucun
q çon de sa conduite ; après qu'il lui eut l'ait l'aire son procès avec une étrange précipitation, contre toutes les formalités observées dans le Milanais, il lui iil couper la tète dans la prison.
Il est aisé de juger combien le roi fut sensible à cet affront. Il en lit ses plaintes à tous les princes chrétiens, comme d'un attentat commis contre le droit des gens ; mais surtout il eu demandait réparation à l'empereur, protestant de se la faire lui-môme, m elle était refusée, et l'assurant toutefois nue ce serait sans renouveler ses prétentions sur le Milanais, qu'il ne voulait point ir par cette voie.
L'empereur fut ravi d'avoir rendu le duc irréconciliable avec le roi, et non content d'excuser son action, il lui donna aussitôt en mariage une lil le de sa sœur et de Christiern, roi de Danemark. Le duc tenta vainement de se justifier auprès du roi, à qui il envoya son neveu , dont les raisons furent aussi mal reçues que la conduite de
;i oncle était mauvaise. Un peu après, le e fut porté sur les galères de France à Marseille, qui avait été choisie pour l'enirevue. 11 logea le premier jour hors de la ville, et fit "son, entrée le lendemain avec beaucoup de magniiieence , en habits ponti- '.icaux, porté dans une chaire, sur les épaules de deux hommes.
L"n jour après, le roi vint lui rendre l'obédience, où Jean du Bellei, frère de Langey, alors évoque de Bavonne, et depuis de Paris, commença à faire connaître son grand génie ; car Guillaume Poyet, président au parlement, qui passait pour un des plus éloquents hommes de son temps, ayant préparé une harangue latine , dont le sujet ne plul pas au Pape, à qui elle fut communiquée la veille de la cérémonie, le président n'osa entreprendre d'en faire une autre pour le lendemain, et l'évoque de Bayonne, qui prit ;a place, fît admirer son éloquence.
On commença à traiter les affaires, et le roi était si persuadé des bonnes intentions du Pape, que, tans rien exiger [jour ses intérêts, il parla seulement de la conclusion . mariage : il fui fait et consommé. Le
Pape en fui quitte pour faire quatre cardinaux français, et pour de belles paroles qu'il
donna sur le Milanais. François lit bien plus d'instance pour le roi d'Angleterre que pour lui-mê ne. Il n'en obtint pas davantage; la chose fut remise à Home, pour être traitée en plein consistoire.
Le roi et le Pape se séparèrent le 20 novembre, après avoir été plus d'un mois ensemble, et avoir consumé un temps m considérable en cérémonies ou en vains discours. An retour de Marseille, le roi reçut a Avignon le' jeune duc de Wittemberg, qui lui demandait sa protection pour être rétabli dans ses Liais.
Son père Ui rie en avait été dépossédé par les primes de la ligue deSouabe, à cause do sa cruauté, et surtout pour avoir traité avec des violences inouïes sa femme Sabine, sœur des ducs de. Bavière, qui étaient des principaux. de la ligue. L'empereur avait investi de ce duché Ferdinand son frère, qui en était en possession; mais le jeune prince Christophe ne fut pas plutôt arrivé à l'âge de dix-huil à vingt ans, que son mérite attira la compassion de tous les princes. Ses oncles, les ducs de Bavière, furent fâchés de lui voir porter l'iniquité de son père, qui semblait de son côlé s'être corrigé, et il y avait une diète convoquée à Augsbourg, pour traiter de leur rétablissement.
En l'état où était le roiavecl'empereur, il fut aisé au jeune prince d'obtenir sa protection. 11 envoya en Allemagne Guillaume du Bellei, seigneur de Langey, qui y avait déjà fait de si grandes et de si heureuses négociations. 11 eut ordre non-seulement de solliciter les intérêts des princes dépossédés, mais encore de faire tous ses etï'orls pour rompre la ligue de Souabe, qui était tout à l'avantage de la maison d'Autriche.
[1 534] En même temps qu'il partit pour l'Allemagne, son frère Jean du Bellei, évêque do Paris, fut dépêché en Angleterre pour empêcher Henri de rompre avec le Saint- Siège. Ce prélat, agréable au roi d'Angleterre, à cause de sa doctrine et de la beauté de son génie, lui persuada de fléchir le Pape par quelque soumission. Il s'offrit d'ailer à Rome, et«lo roi promit de lui envoyer sa procuration pour se soumettre, en cas qu'il pût apaiser le Pape. Il partit sur celte parole, et trouva le Pape irrité contre Henri, qui semblait ne se plus défendre qu'en menaçant de faire schisme.
L'évêque l'adoucit un peu, en lui promettant d'obtenir du roi d'Angleterre un ample pouvoir de traiter. 11 convint d un terme prefiï , dans lequel il devait recevoir réponse ; le terme vint, et il n'eut aucune nouvelle. On élait au cœur de l'hiver, et l'évêque crut que le courrier était retardé par les mauvais temps; mais les créatures de i'emperenr firent tant de bruit, que le Pape ne put résister à leurs instances. Il renvoya l'affaire au consistoire, où ils étaient tout-puissants. Ce fut en vain que l'évêque se jeta aux pieds du Pape, pour obtenir sçubv"."'1 sis jours de délai. La sen-
; ...'.\ Xi!. T11E0L. PIS! RIQ1 : Ul! T. DE FRANCE. Ll\. \V.
tence définitive d'excommunication fui prononcée; le courrier vint deux jours après avec la procuration.
Le roi d'Angleterre offrait de se soumcltre au Saint-Siège, pourvu seulement que quelques cardinaux suspects ne fussent point de ses juges, et qu'il plût au Pape du déléguer quelqu'un à Cambrai, pour écouter lès témoins qu'il produirait. Il nommait Cambrai comme un lieu qui ne devait pas être suspect, et où les témoins ne pourraient être forcés. Alors le Pape et les cardinaux se repentirent d'avoir tant hâté leur décision ; 'mais l'affaire fut sans remède. Le roi d'Angleterre, indigné d'une telle précipitation, se relira de l'Eglise qu'il avait si bien défendue, et malgré les anciennes traditions, il se déclara lui moine chef de l'Eglise anglicane. Ainsi changea un royaume autrefois si catholique.
La passion d'un roi emporté le sépara du Saint-Siège, d'où la foi y était venue, et la sentence du Pape, juste dans le fond, mais précipitée dans la procédure, fut l'occasion d'un si grand malheur. La négociation de Guillaume de Langey eut un meilleur succès ; les princes de la ligue furent persuades par ses discours qu'il n'était plus temps de s'unir pour soutenir la maison d'Autriche, dorénavant tiop puissante ; au contraire qu'il valait mieux diminuer un pouvoir capable de les accabler.
Ainsi la ligue de Souabe, qui avait duré soixante etdixans, fut rompue, et Ferdinand s'étant opposé au rétablissement des deux princes de Wittemberg, les ducs de Bavière, le landgrave de Hesse et leurs alliés résolurent de l'entreprendre de force, lis avaient besoin de l'argent du roi, qui ne voulait point en prêter contre la maison d'Autriche, à cause du traité de Cambrai. L'expédient qu'on trouva fut que Jeduclui vendrait le comté de Monlbéliard, à charge de rachat. Avec ce secours, les princes armèrent, et par une grande victoire ils reprirent le duché de Wittemberg, où ils rétablirent Ulric. 11 fit ensuite sa paix avec la maison d'Autriche, et relira son comté.
Le landgrave de Hesse, qui avait conduit celte guerre, avait promis, par le traité fait avec Langey, qu'après qu'elle serait achevée il mènerait les troupes dans le Milanais, pour venger la mort de Merveille. 11 ne se vit point en état d'exécuter celte promesse, pour être trop exposé à la maison d'Autriche, qui ne manquerait pas à le dépouiller en son absence ; mais François ne laissa pas de persistèrdans son dessein: outre qu'il faisait lever en Allemagne vingt enseignes de lansquenets, sous la conduite du comte Guillaume de Furstemberg, il ordonna qu'on format sept légions, chacune de six mille .hommes, et désigna les provinces où elles seraient levées. Ces légions furent divisées en six compagnies de mille hommes, qui avaient chacune un capitaine pour les commander. il trouvait belle cette imitation des anciens Romains. Avec ces forces il se croyait en uu. d'attaquer le Milanais; mais il ne fal-
lait !>as laisser derrière les terres le duc Sav ii\ qui paraissait ennemi, et même lo plus sur chemin était de h .s traverser.
Charles (c'était le nom du ducLquoiq proche | arent du roi, lui refusa le pass dans le Piémont, disant qu'il voulait vivie
dans une exacte neutralité.
Le roi élait déjà pi |u '• i outre lui, il avait toujours sur le cœur l'argent qu'il avait prêté au duc de Bourbon révolté, pour lever des troupes contre .'■on roi, et l'attachement qu'il avait montré depuis si longtemps à favoriser l'empereur. Ainsi il se sentait porté à lui faire la guerre; et afin d'eu avoir une raison plus plausible, il résolut de demande!- dans le duché tle Savoie la part qu'il prétendait lui appartenir du chef de sa mère, pour le respect de laquelle i! disait avoir différé d'inquiéter sa maison.
Quoiqu'il espérât peu de secours du côlô du Pape, il croyait que le moins qu'il pouvait faire était de demeurer neutre, ei il comptait pour quelque chose de n'avoir pas, dans celle guerre, le môme obstacle du côté de Rome qu'il avait eu dans les autres; ruais pendant qu'il se préparait à son entreprise, il apprit la mort de Clément. 11 mourut le 5 septembre, âgé de cinquantesix ans, au milieu de ses desseins ambitieux, Le cardinal Duprat, chancelier, aspira à la papauté, et s'en étant expliqué au roi, à qui il offrit des sommes immenses pour avancer ce dessein, il fui premièrement méprisé, et ensuite chassé de la. cour. Le roi (il saisir ses biens, qu'il avait étalés si hors de propos.
A Rome, les cardinaux qui voulaient la paix, se hâtaient d'élire un Pape qui ne lût point partial, avant que les créatures du l'empereur et uu roi lussent arrivées. Ils élirent unanimement Alexandre Farnèse, âgé de soixante-dix-sept ans, doyen du sacré collège, (jui prit le nom de Paul 111. Une des raisons de l'élire fut le zèle qu'il avait toujours témoigné pour la tenue uu concile que tous les gens de bien désiraient.
[153oJ Ce fut un peu après son exaltation que la secte luthérienne, après avoir renversé toute l'Allemagne, commença à troubler la France. De iaux SzéJés de celte secte tirent des affiches sacrilèges contre la croyance île l'Eglise, et surtout contre le sacrifice de la Messe. Après lesavoir attachées è toutes les rues, iis eurent la hardiesse de les répandre dans la propre chambre du roi.
On avait tenté divers moyens de le rendre favorable à la nouvelle doctrine; quand le roi d'Angleterre rompit avec le Saint- Siège, pour rendre sa vengeance plus illustre, il s'efforça d'entraîuer François avec lui. La nouveauté avait gagné quelques princesses de la maison royale. Le roi recevait tous les jours de nouvelles attaques sur ce point par des moyens délicats et imperceptibles. Marguerite, sa sœur bien-aimée, connaissant son inclination pour les gens île IctlreSj s'en servit pour l'obliger à faire »c«
i . . ■. LETES ÛOSSLET. 220
mi- Mêlant lilliun, l'un d< s j lus savant* hom- Refaire les martyrs. L'empereur, qui faisait
m 3 ( m temps, usais tout servira sa profonde politique, ne mem-
ssi un îles chefs des luthériens. qua pas à tirer avan âge du zèle de Fran-
I cardinal de Tournon rompit ce coup : çois : il faisait représenter sous main .*)u\ on dit qu'il entra dans la chambre dn roi princes de la ligue de Smalkalde combien
ec mi litre ><>:i> son bras. Le roi, qui ai- peu ils devaient se 6er à un prince qui l'aimait les livres, ne man pia pas de lui deman- sait brûler ceux de leur religion, eten monte ùer ce e c'était, ci le cardinal répondit temps il disait aux Catholiques que l'amour it un ancien évèque de l'Eglise gai- que François témoignait pour la religion licane ; le roi l'ouvrit aussitôt, et trouva les n'était que feinte ou politique, puisqu'on i •. ■ , . - de saint Irénée, évoque de Lyon nifcme temps qu'il persécutait les hérétiques et martyr, qui vivait dans lo n' siècle dans son royaume, il lâchait d'introduire
■ l'Eglise, li lui demanda aussitôt dequel 1<^S Turcs au milieu delà chrétienté.
avis il était sur les nouvelles doctrines, elle Ce qui donnait sujet a ce reproche, c'est
car inal, qui avait prévu cet effet de sa eu- qu'il y avait à la cour de France un ambas-
riosité, lui lut dos passages importants sur sadeur du Grand Seigneur : savoir ce qu'il
le point de l'Eucharistie, sur l'autorité île la y traitait, c'est une chose difficile, et sous
tradition, et sur la prééminence de l'Eglise prétexte d'ajuster les affaires du commerce
i i . ..me. tenue dès les premiers temps pour il n'y avait rien que l'on ne pût mettre aisé-
le centre «le la communion ecclésiastique. Il ment sur le tapis. La suite put donner quel-
s'élendil ensuite à faire voir que Luther et que soupçon de ce qui se commençait peut-
ses Si dateurs avaient renverse, avec, les an- être alors ; mais comme il n'éclata rien dans
neimes maximes de l'Eglise, les fondements ce temps, qui marquât une grande liaison,
du christianisme, et lit tant d'impression Langey persuada aisément aux princes d'AI-
dans l'esprit du roi, que depuis il n'écoula lemagne que son maître, en recevant bien
jamais les nouveautés sans horreur. l'ambassadeur du Grand Seigneur, avait eu
II lit faire, le 19 janvier, une procession un dessein aussi innocent que le roi des solennelle, où il assista en personne. Là, Romains, lorsqu'il avait fait à de sembladans un concours incroyable (te peuple, il blés envoyés une pareille réception. représenta les malheurs que l'hérésie avait A l'égard des protestants, il fallut leur dire toujours causés dans les Etats. 11 lit voir en que ceux qui avaient été condamnés au feu particulier que depuis que Luther elZwin- étaient des séditieux, dont on ne pouvait gle s'étaient révoltés contre l'Eglise, il s'é- souffrir l'audace, à moins que de vouloir tail répandu parmi les peuples des opinions mettre la division dans tout le royaume. En séditieuses, qui avaient armé les sujets les effet, les hérétiques jetaient les esprits dans uns contre lesauires, et contre leurs prin- d'étranges dispositions, et il fallut avoir la ces, et avaient sapé les fondements de la main ferme pour empêcher que les désor- Iranquillilé publique. dres. que la faiblesse des règnes suivants
De là étaient nées les fureurs des anabap- fit éclater, ne commençassent dès lors : car listes, qui venaient de faire encore nouvel- ce fut en ce temps que Jean Calvin, natif de lement, dans Munster, des révoltes et des Noyon, publia en latin et en français son carnages infinis ; il fit voir que ce n'était pas livre de Y Institution, où il n'y avait pas ainsi que la doctrine évangélique s'était moins de malignité que d'éloquence, établie ; qu'elle n'avait excité dans l'em- Jamais homme ne couvrit mieux un orpire romain ni troubles, ni révoltes, ni se- gueil indomptable sous une modération apdilions, mais qu'elle avait au contraire aug- parente. Il ne se souciait point des biens du mente la concorde des citoyens et l'obéis- monde, et la seule ambition qui le possédait sauce envers les princes, qui n'avaient élait celle d'exceller par les talents de l'espoint de meilleurs sujets que les premiers prit, ei de dominer sur les autres hommes Chrétiens : au lieu que ces docteurs nou- par le savoir et par l'éloquence. C'est ce qui veaux, qui se disaient réformateurs, susci- le rendit à la fin insupportable à ses mettaient tous lesjours mille fanatiques capa- leursamis.il remplissait ses écrits d'une blés de tout entreprendre sous prétexte de aigreur extrême, qui passait à ses lecteurs, piété ; d'où il concluait que ces nouveautés par la véhémence de ses figures et les ornen'élaient pas moins pernicieuses à l'Etat ments de son discours ; ainsi son Institution qu'à la religion , et il exhorta ses sujets à remua loute la France, •persévérer aussi constamment dans la foi de Le roi, qui prévit les suiles d'un livre si leurs ancêtres, qu'il élait résolu à suivre pernicieux, ne put, avec tout son zèle, vecelté même foi, à l'exemple des rois ses pré- nir à boul de le supprimer. Le seul avandécesseurs, parmi lesquels, depuis Clovis, lage qu'en tira l'Eglise, fut que Calvin, comil n'y en avait pas un seul qui se fût séparé battant le sentiment de Luther sur i'Euchade l'Eglise. rislie, il augmenta les divisions qui étaient
A ce pieux et éloquent discours il joignit dans le parti protestant; en sorte que la di-
de rigoureux édils, par lesquels il condam- vine Providence se servit du plus dange-
nail au feu les hérétiques. Ces édits furent reux hérésiarque de son temps, pour affai-
exé( niés durant longtemps avec une sévé- blir l'hérésie. Pendant que les levées que le
rite excessive; mais l'expérience les lui fit roi faisait en Allemagne avançaient par l'a-
tempérer, et lui apprit qu'il ne fallait pas dresse de Langey, il travaillait à mettre en
aner à des entêtés une occasion de con- éiat dans son royaume les légions dont il