PART. XII. TIIEOL. HISTORIQUE.— II. 1IISI'. DE FRANCE. LIV. \Y
avail délivré les commissions; il visita les provinces pour voir en quel éiat étaient les places, et pour faire la revue des troupes qu'on y levait.
L'empereur faisait aussi o!e grands préparatifs par mer et par terre; et comme il y avait déjà cinquante mille hommes sur pied, il résolut de les employer à une entreprise digne de lui. Le corsaire Rarberousse, après avoir Ole le royaume de Tunis à deux frères qui le disputaient, sous prétexte d'assister l'un d'eux, s'était rendu maître de la mer, et ravageait les côtes du royaume do Naples et de l'Italie. Muley Assan, l'un des deux frères, se réfugia auprès de l'empereur, qui prit celte occasion de purger les mers. Il s'engagea dans cette entreprise, dans l'espérance qu'il eut de l'achever promptement, et avant que François fût prêt.
En effet, s'étant embarqué au mois de juin, en trois mois de temps il prit la Gouletle, place importante d'Afrique, il battit une Hotte considérable de Rarberousse, il rétablit dans Tunis Muley Assan, et délivra gratuitement vingt mille esclaves chrétiens, de toutes les nations. 11 fortilia ia (ioulette et la garda.
Durant ce temps, François négociait avec le duc de Savoie. Outre le partage de sa mère qu'il demandait, il lui fil voir par d'anciens titres que plusieurs villes de Savoie et de Piémont avaient été usurpées sur le Dauphiné ou sur la Provence, et que le comté de Nice n'appartenait au duc que par un engagement des rois de Sicile de la maison d'Anjou. François, qui avait leurs droits, y pouvait rentrer, en remboursant quatorze mille écus, donnés par les ducs do Savoie, avec les intérêts depuis le temps de l'engagement.
Le président Poyet avait donné tous ces mémoires, et commençait à gagner la confiance du roi. Anne du Rourg, fait depuis peu chancelier de France, a la place de du Prat, n'entrait guère dans ces affaires. Poyet, qui conduisait tout, fut envoyé au duc de Savoie, chargé des instructions qu'il avait lui-même dressées. Tant que l'empereur fut en Afrique, le duc, qui senlait son prolecteur éloigné, était contraint de temporiser; mais ses troupes étaient ruinées, et il lui fallait beaucoup de temps pour les rétablir. Celles du roi cependant se grossissaient tous les jours.
L'empereur, qui appréhendait une soudaine irruption dans le Milanais, eut recours à ses artifices ordinaires, il se mit à amuser par mille propositions Velli, ambassadeur de France, en lui parlant de divers mariages pour le Dauphin ; mais ce n'était pas ce que François prétendait. Il voulait qu'on le satisfit sur le Milanais, et il ordonna à Velli d'en faire la demande à l'empereur dans le temps qu'il était à Palcrme, au retour d'Afrique : ce priuce sut si bien dissimuler ses sentiments, sans néanmoins s'engager, que Velli conçut dès lors l'espérance, qu'il ne perdit jamais depuis, d'achever cette affaire à la sa-
tisfaction de son maître. Ses espérances augmentèrent par la mort de Sforce, arri vers la lin de cette année.
[1536] A la nouvelle de cette mort, le roi lit redoubler se.-, instances, et l'empereur déclara que Sforce étant mort sans enfants, le duché lui était dévolu ; il témoigna toutefois qu'étant en état d'en disposer de plein droit, il voulait bien en gratiner, non le roi, car l'Italie ne pouvait souffrir qu'il fût incorporé h la monarchie française, mais un de ses enfants puînés.
On demandait en môme temps au duc de Savoie une réponse précise ; et ce prince qui ne voyait rien de prêt du côté de l'empereur, était résolu de rendre Nice. L'empereur le menaça, s'il le faisait, de lui redemander Vercell et d'autres places qui étaient de l'ancienne dépendance du Milanais : il lui lit même proposer un échange de la partie du Milanais qui était le plus à la bienséance du Piémont, contre ce qu'il possédait en deçà des Alpes, c'est-à-dire la Rresse et la Savoie. Par ce moyen il rompait la communication de la France avec les Suisses, d'où elle lirait sa meilleure infanterie; et le roi, environné de tous côtés de ia domination d'Autriche, était réduit à se soutenir par lui-même. Il vit bien la conséquence de ce projet, et il fit presser de nouveau l'empereur et le duc; mais ils ne songeaient tous deux qu'à gagner du temps.
L'empereur amassait de tous cotes de grandes forces, et i! agissait en attendant, comme s'il eût de bonne foi voulu restituer le Milanais, il semblait qu'il n'y eût plus qu'une seule difficulté : c'est que l'empereur l'offrait à Charles, duc u'Angoulème, et que le roi s'obstinait à le vouloir pour le duc d'Orléans; il craignait de mettre dans sa maison une source éternelle de division, s'il préférait le cadet à son aîné, et renversait l'ordre de la nature.
Plus le roi appuyait sur celle raison, plus l'empereur témoignait qu'il voulait gratifier le duc d Angouiême. C'était, disait-il, mettre de nouveau le feu dans l'Italie, que d'y établir le duc d'Orléans, avec les prétentions qu'il pouvait avoir du chef de sa femme sur les Etats de Florence et d'Urbin. De plus.il était marié, et l'empereur disait qu'en faisant un présent si considérable à la maison de France, le moins qu'il pût faire pour la sienne était de donner au prince une de ses nièces.
L'a lia ire demeura longtemps en cet état, et l'empereur, qui voulait passer à Rome, s'avança à Naples, où les négociations continuèrent. Tout le dessein de l'empereur était de tenir le roi en espérance : par cette espérance il lui lit rompre les mesures qu'il prenait avec les Vénitiens. Il se mettait en eiat de faire avec eux de nouvelles liaisons; il continuait sourdement les préparatifs d'une grande guerre, où il ne prétendait rien moins que d'envahir la France, et il reculait la perte du duc de Savoie.
Ce duc, comme s'il n'eût pas eu assez d'fiffaires, avait entrepris de soutenir Pierre do la Baume, évêquç et prince de Genève, (
SUET. -li.'j
1res - i s révoltés; il en était venu jus- obligea le duc h l'abandonner; La place se
qu*a mettre 1rs e evanl celte ville, sur rendît le 3 avril, et Lève cilla camper sous
[uelle il avait des prétentions. sj Y'erceil avec douze mille hommes de pied et
jeta quelque secours; mais ceux de Berne, six cents chevaux.
leurs ancons alliés, aiirenl bien plus forte- L'amiral éla i plus fort ; mais Velli, permenl • ils 6rent dire au dueques'il ne lais- suadé que la guerre de Savoie était un obsève en i s, ils marcheraient au lacle à l'affaire de Milan, fit tant auprès du - ■ i- . vec toutes leurs forces, etqu'appa- roi, qu'il révoqua l'ordre donné à I amiral, i nmenl la France se mêlerait bien avant de ne rien ménager, et lui manda au con- - tte querel traite d'aller lentement. L'empereur, en par- Ces m ices ne furenlpas vaines. Leduc, tant de Naples, s'était plaintaigrement&lamnlinuer le siège, se vit bassadeur, de l'entreprise faite contre le duc bientôt contraint de le leyer par l'approche son beau-frère et son vassal, et poursuivant
i douze mille Bernois. Il n'en fut pas quitte son voyage à Rome, il lui lit dire que le roi
I oui- >i peu : les Bernois lui prirent Lan- pouvait envoyer l'amiral pour conclure l'af-
sanh ■. Is chassèrent l'évoque. Son état faire du Milanais, comme- entièrement aocor-
iut cntainé de plusieurs autres côtés par ses dée, pourvu seulement qu'il tirât ses irou-
\ isins. Ceux de Genève, si bien secourus pés duPiémont.
par ks Bernois, leurs amis, embrassèrent Velli lu crut bonnement, sans considérer leur religion, et apj elèrent Farel et Viret, combien d'incidents il y avait a essuyer endisciples de Calvin, qui n'étaient pas éloi- ire la promesse- el lexéeution. En effet, i és des sentiments de Zwingle, qu'on sui- l'empereur, loin d'avoir envie de donner le vait à Berne. Ainsi le duc de Savoie, avec Milanais à un des princes de France, avait beaucoup d'autres pays, perdit encore ses déclaré aux légats du Pape qu'il ne soulî'rips érances sur Genève. rait jamais que la France eût un pied de
Cependant, ou il ne voulut pas, ou il terre en Italie, et lui-même il pressait sous
n'osa donner satisfaction à la France. Poyet main les Vénitiens de s'opposer à I'invesli-
l'écrivit au roi, qui déclara le guerre au ture de toutes personnes étrangères.
commencement de lévrier, et donna le com- Le roi savait ces choses; et comme il es-
mandement à Philippe de Chabot, comte de pérait peu de la négociation, il avait de nou-
Brion, amiral de France. Pour détourner la veau lâché la main à l'amiral, lui ordonnant
tempête de dessus le Milanais, L'empereur de combattre les impériaux-, s'il les trouvait
se vit obligé de se déclarer en laveur du duc à son avantage dans les terres du duc de
d'Orléans. Savoie. Mais, afin de ne rien omettre, il ré-
A l'entendre, il ne fallait plus que faire solut d'envoyer à Rome le cardinal de Lor-
venir l'amiral, déjà avancé vers l'Italie, et raine, l'homme du monde le plus capable
qui devait faire un voyage vers l'empereur de traiter avec de grands princes et de s'en
pour résoudre la l'orme de l'investiture; mais faire considérer : dans le Temps qu'il partit
malgré ces belles paroles, le roi découvrit de France, l'empereur s'approchait de Rome,
que l'empereur venait de conclure une li- où il fit son entrée le 5 d'avril,
gue défensive avec les Vénitiens, et qu'il Quelques-uns prirent à mauvais augure,
pratiquait contre lui le roi d'Angleterre. 11 que pour élargir les chemins sur son pas-
recevait des avis qu'il paraissait de tous sage, il fallut abattre les restes* du temple de
côtés, dans les pays de l'empereur, de grands la paix. Il eut avec le Pape, le lendemain de
préparatifs de guerre : Doria était sur mer son arrivée, une conférence de six à sept
c sa Hotte, et le prétexte de l'entreprise heures, après laquelle le Pape donna audien-
d'Algcr ne couvrait pas assez le vrai dessein ce à Velli et à l'évêque de Mâcon, ambassa-
d'attaquer la France : ainsi le roi se résolut deur de François auprès du Saint-Siège. Ils
d'entrer sans retardement dans la Savoie, lui parlèrent avec grande précaution sur
Cet Etat ne lil nulle résistance, non plus l'affaire du Milanais ; car entre les autres que ia Bresse; Pignerol se rendit d'abord, et discours dont l'empereur avait amusé Verli, les troupes Commencèrent à défiler dans le il lui avait surtout recommandé le secret de Piémont environ le 6 mars. Un peu après, l'affaire du Milanais, principalement avec le l'amiral passa la grande Doaire. Les enue- Pape, qui était, disait-il, le plus opposé à mis, qui gardaient celle rivière au nombre rétablissement du duc d'Orléans. de quatre a cinq mille hommes, voyant avec La crédulité de l'ambassadeur fut si granquelle ardeur nos gens se jetaient dans l'eau, de, qu'il demanda la permission à l'em pesé retirèrent à Verceil. reur de rendre compte au Pape de ses bon:
Un des légionnaires passa la rivière à la nés dispositions, el de le prier d'être favora-
nage pour aller quérir un bateau de l'autre ble an roi, dans Une affaire que l'empereur
côlé, et l'amena au travers des arquebusa- faisait dépendre de sa Sainteté. L'empereur
des. L'amiral lui donna un anneau en pré- le permit. L'ambassadeur lit sa prière et le
senec de toute l'armée, suivant l'ordonnance Pape, après avoir fait sur le. sujet du duc
du roi, qui avait établi, à l'exemple des Ro- d'Orléans les mêmes-difficultés que l'empe-
mains, ces récompenses militaires, Cepen- reur, peut-être de concert avec lui, à la lin,
dant l'empereur avait envoyé quelques trou- pressé par Velli, comme si l'affaire n'eût
pt-s au duc son beau-frère, sous le comman- dépendu que de lui seul, il lui dit qu'il crai-
'. "ment d'Antoine de Lève, qui, ayant jugé gnait bien que tous ces discours ne fussent
que Turin n'était pas en état de se défenure, qu'amusements.