PART. XII. TIIEOL HIST( . . . - II. HIST. XV
Velli oui peine à le croire, tant l'empereur el ses ministres l'avaienl enchanté par leurs promesses flatteuses; mais son collègue, pins éclairé, lui ouvril les yeux. Il sentit que l'empereur le jouait, cl il alla tout en colère lui faire ses plaintes. L'empereur ne demeura pas sans repartie : il avouait (j"n voir offert le duché an duc d'Orléans ; mais il disait que le roi n'avait pas accepté ses offres, puisqu'au lieu d'envoyer l'amiral pour ratifier le traité, il l'avait envoyé faire la guerre au duc de Savoie. Yclli soutint, au contraire, que le roi avait accepté par lettres expresses, et qu'il avait eu raison de ne point laisser son armée sans chef, on envoyant l'amiral, sur une espérance de paix incertaine; mais qu'il envoyait le cardinal de Lorraine pour aplanir les difficultés, alinque l'amiral n'eût plus qu'à ratifier.
Il ajoutait que le roi avait interrompu, pour l'amour de l'empereur, tous les traités commencés, et suspendu l'action de ses armes, pendant que l'empereur ne cherchait que des prétextes pour ne point tenir sa parole, et se jouait de Ja crédulité de son nnilre. Sur cela, l'empereur, ou las ou pressé, lui demanda s'il avait pouvoir de conclure. Ce n'était pas de quoi il s'agissait, et Velli répondit que non.
L'empereur rompit là-dessus, en disant qu'il n'avait donc plus tien à traiter avec un homme sans pouvoir, et tourna le dos à Velli, qui le suivit inutilement. II ne se rebuta pas, et il retourna chez l'empereur, dès le lendemain, sons prétexte d'accompagner l'évêque do Mâcon, qui allait saluer ce prince pour la première t'ois. Il fut ravi de les voir, parce qu'il voulait les avoir pour témoins d'un discours qu'il méditait contre le roi. Il devait entrer dans le consistoire où les cardinaux étaient déjà assemblés avec les ambassadeurs el tout ce qu'il y avait de plus illustre dans Rome. L'empereur obligea nos ambassadeurs à le suivre dans cette auguste assemblée : on remarque qu'il prit un soin particulier de les faire entrer et placer.
Le Pape arriva un quart d'heure après, soit qu'il fût de sa dignité de se faire attendre, ou qu'il voulût laisser l'empereur recevoir quelque temps tous les respects. Aussitôt qu'il fut assis, l'empereur, le bonnet au poing, témoigna qu'il voulait parler et commença un long discours qu'il prononça avec beaucoup de dignité et de véhémence, il dit qu'il était venu à Rome pour deux raisons : Tune, pour baiser les pieds au Pape; l'autre, pour exposer le désir qu'il avait eu de tout temps d'être en amitié avec le roi de Fran e, à quoi n'ayant pu réussir, il se voyait contraint de rendre compte de ce qui s'était passé entre eux, afin que tout le monde pût juger qui avait raison.
Là, il reprit tous les différends de la maison d'Autriche avec celle de France, dès le temps de Maximiiicn et de Louis XII. Il vint à son élection à l'empire, première cause, disait-il, de la jalousie que François avait eue contre lui, et des guerres qu'il lui avait
susci'ées. Il reprochait à ce prince qu'il avait violé tous les traités, premièrement celui de Madrid et ensuite celui de Cambrai, et n'avait jamais voulu entrer dans les proi isilions que lui, empereur, lui avait fai tant contre les Turcs que pour l'extirpation de l'hérésie; qu'il n'avait néanmoins rien oublie: pour le satisfaire, cl qu'après la mort deSforce, il lui avait promis le duché de Milan pour son troisième (ils, le duc d'AngOUlême, ne jugeant pas expédient, pour le repos de l'Italie, de le donnerai ducd'Orl ;ans, qui avait trop de prétexte pour la troubler, par les prétentions de sa femme.
11 ajoute que, pendant que François, Ire sa promesse, lui suscitait, autant qu'il pouvait, d'ennemis en Allemagne el en Italie, et qu'il attaquait sans raison le duc de Savoie son allié et sujcl de l'empire, il n'avait de son (ôlé, que trois partis à lui proposer : le premier était celui de la paix, pour laquelle il offrait Milan au duc d'Angoulôme, à. condition que le roi son père con ourûl à l'extirpation de l'hérésie, à la tenue d'un concile que le Pape lui avait accordé, au n pos de l'Italie, et à secourir la chrétienté contre le Turc.
Au refus d'un parti si raisonnable, il lui en offrait un second : c'était de vider en:rc* eux deux leur querelle par un combat de personne à personne, et d'éviter par ce moyen plus grande effusion de sang, il laissait le choix des armes au roi, et proposait le combat ou dans une île, ou sur un pont ou sur un bateau; car il descendit à ces particularités, comme si la chose eût dû se faire, et il voulait pour condition nécessaire de ce combat, que le duché de Bourgogne fût mis en dépôt d'un côté, et celui de Milan de l'autre, pour être livré au vainqueur.
Le dernier parti qu'il offrailéiai: la guerre: il dit qu'il voudrait pouvoir l'éviter, mais que s'il était contraint de prendre les armes, rien ne les lui ferait quitter, jusqu'à ce quo lui ou son ennemi fût entièrement dépouillé; au reslo, il no doutait pas que ce malheur ne regarda François, agresseur injuste, qui attaquait la maison d'Autriche dans le temps qu'elle élail la plus puissante en hommes et en argent. Là, il se mil à vanter les victoires, le zèle et l'expérience de ses capitaine'; et de ses soldats, tellement supérieurs aux Français, que s'il sentait à son ennemi le môme avantage, il irait la corde au cou lui demander miséricorde. Il déclarait cependant qu'il voulait la j aix par tous les moyens honnêtes. Il finit en disant d'un ton "plus haut, qu'il la conseillait, qu'il la désirait, qu'il la demandait, et après une légère interruption, durant laquelle il jetait les yeux sur un écrit qu'il tenait, il pria le Pape de juger lequel des deux avait tort.
Le Pape en deux mots loua l'empereur de l'amour qu'il témoignait pour la paix, à laquelle il espérait (pie le roi ne serait pas moins disposé ; il détesta le combat qui t rail perdre à la chrétienté un de ses appuis; et après avoir déclaré qu'il était résolu d.o demeurer neutre, il conclut en disant qu'il
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ne pourrai! s'empêcher d'employer l'autorité île r'Eglise c< Dire celui qui se tuonlrerail nnable.
fui une chose étrange que la faiblesse dt s ambassa leurs de François : non-seulernenl ils laissèrent l'empereur déchirer tranquillement la réputation de leur maître; mais après qu'il se fut tu, l'évêque de Maçon - i ontenta de dire un mot de la paix, et crut au surplus s'être assez acquitté de son devoir, eu répondant qu'il n'entendait pas la langue espagnole, dans laquelle l'empereur avait parle.
a l'égard de Velli il s'approcha comme ir demander d'être ouï, et donna lion à l'empereur de lui marquer plus do mépris, en lui répondant durement qu'il était las de paroles, et qu'il voulait des effets : «tu reste, qu'il donoerait son discours par écrit à l'ami assadeur, el que pour l'heure il n'aurait point d'autre audience : cela dit, il se leva et laissa la corni agnie fort étonnée.
Le défi, dont l'elfe t était impossible, parut une vanterie peu digne d'un si grand prince ; mais le peu de mesures qu'il avait gardé dans son discours lit croire qu'il avait des forces capables d'accabler la France. Il s'en vantait publiquement,' et il remplit toute l'Europe du bruit de ses prodigieux préparatifs. Il craignait cependant lui-même de s'être trop déclaré, et le lendemain il (il tout ce qu'il put pour adoucir sa harangue en présence du Pape, de toute la cour de Home et de Velli.
Le Pape même prit soin d'apaiser nos ambassadeurs el leur lit promettre que pour le bien de la paix ils manderaient les choses au roi avec toute ia douceur possible. Le crédule Velli tint parole, et touché des nouvelles promesses que l'empereur, parlant pour Rome, lui fit faire par ses ministres qu'il y laissa, il crut rendre service à son maîlre de lui déguiser ce qu'il y avait de plus piquant dans la harangue : surtout il se garda bien de lui mander les paroles méprisantes que l'empereur avait dites contre les Français, sachant bien que le roi ne souffrirait pas aisément cet a liront fait à son royaume, et la faiblesse pitoyable qu'on lui reprochait.
Pendantque l'empereur exagéraitsa puissance par des paroles, peu s'en fallut qu'il ne ressentît de lûcheux effets de celle de l'armée de France, plus forte alors que la sienne. L'amiral s'élant avancé, sur les ordres qu'il avait reçus, résolut de donner l'assaut à Verceil; mais le cardinal de Lorraine, survenu dans le même temps, l'arrêta tout court. Il appiil par une lettre de Velli, ce qui s'élait passé dans le consistoire; mais Velli diminuait tout le plus qu'il pouvait, el il exhortait le cardinal à ne pas se rebuter.
il n'avait pas besoin de ce conseil, car il se confiait tellement à son éloquence et à la force de'son raisonnement, qu'il ne doutait presque point qu'il ne persuadât l'empereur. Ainsi il lit cesser l'amiral, en vertu de l'ordre qu'il lui portail de déférera ses sentiments, et il conclut à. une suspension d'ar-
mes avec Antoine de Lève, qui, riant encore plus faible de moitié que les Français, fut ravi de sortir d'affaire d'une manière si avantageuse.
Le cardinal n'eut plus qu'à poursuivre son voyage auprès de l'empereur, qu'il joignit à Sienne. Il le Irouva inflexible sur le sujet du duc d'Orléans. Il persistait à proposer le duc d'Àngoulême, en le mariant à une de ses nièces, et à condition qu'il tiendrait le duché, non comme un bien venu de ses ancêtres, mais par une nouvelle investiture, comme un fief échu à l'empire par la mort de Sforce, sans que le roi pût jamais se mêler de cet Etat.
C'est une chose surprenante qu'on ne l'ait pas pris au mot: il eût formé apparemment d'autres incidents, mais du moins celui-là eût été lini, et on l'eût mis dans son torl ; maison ne voulut jamais en France que les enfants de France pussent espérer quelque bien autrement que par leur père, et peutêtre qu'on avait déjà senti dans les deux frères ce fonds de jalousie qui se déclara davantage dans la suite.
Quoi qu'il en soit, le cardinal ne parla que du duc d'Orléans, et l'empereur demeura ferme à ne vouloir entendre parler que du duc d'Angoulême. Une partie de ces conférences se passèrent en altercations sur ce que l'empereur avait promis; il n'en convenait pas, et parlait toujours plus haut, à mesure qu'il sentait ses forces s'assembler. Enfin le cardinal désespéra de le pouvoir vaincre; il fallut mander au roi qu'il y avait peu d'espérance pour la paix, et à l'amiral qu'il eût à se tenir sur ses gardes.
Il lui restait à tenter ce qu'il pouvait faire par la médiation du Pape : il fut à Rome, el le Pape lui avoua sans peine que l'empereur tendait ouvertement à la guerre; mais il n'y savait aucun remède : seulement il envoya deux légats pour concilier les deux princes, et il conseilla au roi de céder au temps, qu'il croyait contraire à la France.
L'armée de Lève se fortifiait, et la nôtre, qui commençait à êire plus faible, ne songeait qu'à tenir dans les places, en attendant que le roi eût envoyé du renforCi L'amiral le conjurait d'amuser à son tour l'empereur au tant qu'il le pourrait, et du moins de gagner un mois, pour lui donner le loisir d'achever les fortifications de Turin ; et le roi voulait au contraire qu'on tînt ferme dans le Piémont, pour Jui donner le loisir de lever des troupes.
Cependant l'empereur fit montrer au roi, par Liedekerque, son ambassadeur, sa harangue au consistoire avec des adoucissements; Liedekerque avait défense d'en laisser copie; mais le roi ne laissa pas de dich r lui-même une réponse adressée au Pape et aux cardinaux. Ce qu'il y avait de plus remarquable était la manière dont il traitait le duel, chose déjà proposée et reconnue pour impossible. C'est pourquoi il ne fit pas sur cela le brave, et ne répondit point sérieusement à un appel qu'on savait bien qui n'aurait jamais d'effet : Car, dit-il, nos épées sont