PART. XII. THEOL. HISTORIQUE.— II. HIST.DE FRANCE. LIV. XV
trop courtes pour nous combattre de si loin; mais si on s'approchait (Unis quoique bataille où l'empereur et moi nous nous trouvassions, je me montrerais disposé à le satisfaire.
Celait peu dû bien répondre aux paroles, il fallait se préparer à des combats plus sanglants. L'empereur avait Irois armées r l'une de cinquante mille hommes, qu'il voulait commander en personne, et avec laquelle il prétendait faire une irruption en Provence; l'autre, qui ne devait pas être moindre, s'assemblait dans les Pays-Bas, sous le commandement du comte de Nassau, pour entrer dans la Picardie; et une troisième en Espagne, qui menaçait le Languedoc.
Avec de si grandes forces il ne se proposait rien moins que d'engloutir tout a coup la France, d'autant plus qu'il croyait avoir empêché que François ne pût faire aucune levée ni en Suisse, ni en Allemagne ; il voulait qu'en même temps qu'il entrerait en Provence, Nassau entrât en Picardie. 11 avait pour cela besoin d'un peu de temps, et il lâcha de le gagner, en continuant d'amuser Velli, qu'il engagea à écrire au roi d'envoyer l'amiral, afin de conclure l'a Ha ire du Milanais.
Quand le roi apprit cette nouvelle, lui qui était averti que tout était en armes contre la France : Quoi! dit-il, l'empereur nous veut encore flatter de quelque espérance? sans doute il veut avoir mon général pour ambassadeur, afin de tomber à V improviste sur l'armée. Que ferons-nous à cet homme-ci? si nous ne lui envoyons pas l'amiral, ce lui sera un sujet de plainte; et si nous l'envoyons, nous n'en tirerons aucun profit ; mats arrive ce qui pourra et ce que Dieu a résolu, faisons connaître de notre part à amis et ennemis que nous avons fait tout le possible pour empêcher La guerre.
Cela dit, il envoya à l'a m ira! tous les ordres nécessaires pour mettre le Piémont en état. Il lui commandait de jeter dans les places ce qu'il y faudrait de monde, et après de se retirer, avec le reste de l'armée, en lieu sûr vers la France, où il put attendre de nouvelles forces. Il devait laisser le commandement des troupes qui restaient en Italie à François, marquis de Saluées, homme entendu à la guerre, en qui le roi avait une confiance particulière; et pour lui, il avait ordre de se tenir prêt à aller vers l'empereur, si le cardinal de Lorraine le mandait. lui mène temps que le roi fit ces dépêches, il pourvut à Ja sûreté de la Picardie et de la Champagn°, et lit lever des soldats de tous côtés avec une extrême di-bgence. il envoya aussi le marquis d'Humières dans le JDauphiné, pour fortifier les places et rassurer les peuples effrayés. Il donna quelques troupes au roi de Navarre, gouverneur de Guyenne, pour tenir les Espagnols en crainte, et il lit partir Langey pour regagner la confiance des princes d'Allemagne, aliénés de la France par les mauvaises impressions que l'empereur leur avait données.
Comme on leur avait persuadé que le roi
voulait la guerre, et qu'il prétendait ôter !e Milanais à l'empire, Langey eut ordre an contraire de soumettre l'affaire qu'il a avec l'empereur au jugement de la diète, parce que c'était à elle à connaître des prétentions de tous les vassaux de l'empire, tels que lui et ses enfants se reconnaissaient à cause de ce duché.
Après avoir donné ses ordres, il délibé a dans son conseil de la manière de faire la guerre, et résolut d'abord d'aller avec toii. s ses forces du côté où serait l'empereur, jugeant bien que ce serait là le grand effort. Il déclara toutefois qu'il ne voulait point hasarder de bataille, mais seulement ruiner le plat pays, sur son passage pour le consumer, etque, pendant ce temps-là, il viendrait tous les jours de nouvelles forces à l'armés de Fiance, et celle de l'empereur se ruinerait d'elle-même : avec ces résolutions il attendait de pied ferme que l'empereur commençât : il n'eut pas longtemps à attendre. Antoine de Lève avait déjà passé la Sesia avec vingt mille hommes de pied et six cents chevaux. L'empereur le devait suivi e avec le reste de l'armée, et il lui fit assiège- Turin.
L'amiral, en se retirant, selon les ordres du roi, y avait laissé cent hommes d'armes, trois cents chevau-légers et cent hommes de pied. Il y avait d'autres troupes dans le Piémont, capables d'incommoder les Impériaux; mais le marquis de Saluées, qui en avait le commandement, trahissait les intérêts du roi et s'entendait avec Lève.
1! avait oublié que le roi lui avait donné en pur don le marquisat de Saluées, tief du Dauphiné, revenu à la couronne, et qu'encore depuis peu il l'avait comblé de nouveaux bienfaits. Cependant il lui préféra l'empereur, ébloui des prédictions des astrologues, qui pronostiquaient à ce prince l'empire du monde, et des promesses encore plus va:nes d'Antoine de Lève. Il fut assez lâche pour garder le commandement de l'armée, aiin de tout perdre, s'il eût pu. il voulait d'abord qu'on abandonnât toutes les places, à la réserve de Turin. Sur la résistance qu'il trouva dans les capitaines français, il fit semblant de vouloir défendre Fossan et Coni ; mais il fit inutilement consumer les vivres qui étaient dans Fossan, et sous prétexte d'y faire transporter le canon el les munitions de Coni, il les ht conduire à llevel, une de ses places.
Il se déclara ensuite ouvertement pour l'empereur, el ne prévint que peu de temps les ordres qu'on avait donnés pour l'arrêter. Il dit, pour excuse de sa défection, que sou marquisat relevait naturellement de l'empire, et que c'était par usurpation que les Dauphins s'en étaient attribué l'hommage. Eu même temps Antoine de Lève, qu'il avait averti du mauvais état de Fossan, y vint mettre le siège, et laissa seulement dix mille hommes pour continuer celui de Turin.
Cette entreprise sauva la France; car le siège de'Turin alla lentement, et Lève trouva dans Fossan une résistance inespérée.
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. a l'en tirer q main.
i , ome le marquis lui avait donné un état de Fossan, il ne pressa pas le luranl donzejours, et s'étonnail que la place ne dîi pas. Il étail si persuadé
que ens l'abandonneraient, qu'il leur
ava • un passage libre pour-se retirer
dans «.oui : ils s'en servirent pour se fournir tu ; el au reste, par !e grand ordre qu'on donna aux vivres, celle place, que Lève espérait emporter d'abord, ne panait pas encorede capituler au bout 'le vingt-six jours: car encore qu'il y eût brèche, Lève ap[>réhendait 'le perdre trop de gens à l'assaut, et il invita Monlpezat à traiter par le moyen de la Roche du Maine, qui était de son ancienne connaissance.
La plupart des officiers voulaient plutôt mourir que se rendre ; mais Villebon, qui ne cédait à aucun autre ni en valeur ni en zèle, leur remontra que ce ne serait pas bien servir le roi, que de lui faire perdre, dans une place qui ne pouvait plus tenir, ce qu'il avait de meilleures troupes. Son avis lut suivi, et la Hoche du Maine agit si bien, que par la capitulation il gagna dix ou douze jours qui étaient le reste du mois de juin, au bout duquel on devait se rendre s'il ne venait point de secours.
Huit jours après qu'on eut composé, l'empereur vint visiter son camp; il y trouva la Hoche du Maine, qui servait d'otage, et il eut avec lui un entrelien que les historiens ont jugé digne de remarque , particulièrement la réponse qu'il fit, lorsque interrogé par l'empereur combien de journées il pouvait bien y avoir encorejusqu'à Paris, il lui dit que s'il prenait journées pour batailles, il pourrait bien y avoir douze, si l'agresseur n'avait la tête rompue dès la première. Il représentait à l'empereur que lui et son maître étaient trop puissants pour se ruiner l'un l'autre, et au surplus, il souhaitait qu'une aussi belle armée que la sienne fût employée à une entreprise où elle pût espérer un meilleur succès.
L'empereur estima ce gentilhomme, mais il attribua ses réponses au zèle qu'il avait pour son prince. Au reste, il n'y avait rien qu'il craignît moins que les armes de François ; c'est pourquoi, quand les deux légats lui parlèrent de la part du Pape, ils le trouvèrent peu disposé à entendre parler de la paix; mais comme ils avaient ordre de lui intimer, aussi bien qu'au roi, la convocation du concile général, indiqué à Mantoue pour l'année suivante, il répondit qu'il s'y trouverait en personne, et qu'il n'v avait que
Di m qui pût L'en en t (il croyait qu'il
serai! alors maître de la France] ; et pour la paix, il dit au légal qu'il y entendrait, lors- ■ le roi, après avoir rétabli le due d\ï Savoie, la lui ferait demander.
Charles V avait continuellement devant les yeux une carlede Provence, que le marquis de Saluées lui avail donnée, et l'Aché que Fossan eût arrêté si longtemps le cours de ses victoires, i1 résolut d'entrer dans cette province, sans- attendre qu'il eût réduit les autres places du Piémont : les plus sages de son conseil lui remontrèrent en vain le danger qu'il y avait délaisser derrière tant de garnisons' françaises, et de s'engager dans un pays où ils ne seraient pas longtemps sans manquer de vivres : il répondit qu'il valait mieux que In France servit de théâtre à la guerre que l'Italie; que François serait attaqué de tant d'endroits, par mer et par terre, qu'il ne sauraii.de quel côté se tourner; qu'il n'aurait ni Suisses ni lansquenet", et qu'ainsi il serait réduit à n'avoir pour toute infanterie (pie des Français, méchants soldats a pied ; cependant, disait-il , vaillant comme il est, il ne souffrira jamais d'être attaqué sans donner bataille, et il faudra qu'il succombe; ainsi il se promettait une victoire non-seulement assurée, mais prompte et facile.
On dit que Lève, qui l'incitait sous main h cette entreprise, faisait semblant en publie de l'en détourner pour lui laisser la gloire d'avoir conçu seul une entreprise aussi incertaine que hardie : chose étrange que les prédictions des astrologues aient été en cette occasion une raison d'entreprendre 1 Lève se laissa flatter des grands succès qu'ils lui promettaient; mais l'empereur, pour faire les choses aveu plus d'éclat, assembla l'armée, dont il voulait, disait-ii , prendre les derniers conseils.
11 harangua ses soldats, qu'il appelait ses compagnons, dont les Français avaient tant de fois éprouvé la valeur.- Il leur représentait la France déjà vaincue, et leur insinuait qu'outre la force il avait des intelligences secrètes, par lesquelles il espérait se voir obéir à Paris dans peu de jours ; les soldats refondirent par des cris de joie, et l'empereur aussitôt fit marcher vers la Provence. Il partagea son armée en quatre :la moindre partie demeura pour continuer le siège de Turin et conquérir le Piémont, le reste marcha en trois corps du côté de Nice. Le bagage et l'artillerie furent envoyés par mer sous la conduite d'André Doria, qui commandait l'armée navale.
L'empereur prit à bon augure d'arriver à Sainl-Laurent, première place de France, le 25 juillet, dédié à saint Jacques, patron d'Espagne, jour que d'ailleurs il tenait heureux pour l'avantage qu'il avait eu l'année précédente, en pareil jour, en Afrique, sur les infidèles. Cette rencontre lui donna un sujet de haranguer ses soldats encore une fois, et de leur dire qu'ils auraient affaire à un roi qui n'était Chrétien que de nom, et qui avait renoncé a la foi de ses ancêtres par