‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 36 sur 458 · II. 1IIST. DE FRANCE. LIV. XV · texte numérisé non relu

II. 1IIST. DE FRANCE. LIV. XV

cusation, le roi, de l'avis de son parlement, adjugea au procureur général ce qu'il demandait. Pour venir a l'exécution, après avoir fait ravitailler Tbérouanne, il se mit en campagne sur la fin de mars- avec une armée de vingt-cinq à vingt-six mille hommes.

Lo grand maître de Montmorency était son lieutenant général. Il assiéga lo château de Hijsdin ; on fut trois semaines à saper la place inutilement: le roi ensuite désigna lui-même le lieu d'une batterie, et la brèche en trois jours fut de trois toises. Aussitôt la jeune noblesse courut à l'assaut sans ordre, et fut repoussée avec perte. Il fallut faire des défenses, sous peine de la vie , d'entreprendre rien de semblable : un peu après la place se rendit. Saint-Pol se rendit aussi avec quelques petites places et voilà tout l'exploit de cette campagne.

Le roi demeura quelque temps après pour faire fortifier Saint-Pol, qu'un ingénieur italien lui promettait de rendre imprenable. On employa beaucoup de temps, et on y fit de grandes dépenses; mais le roi étant parti le 3 mai, un mois après la place, attaquée par le comte de Bure, gouverneur des Pajs- Bas, fut prise de force en moins de trois jours, avec le gouverneur et une grosse garnison que le roi y avait laissée : le comte fit raser la place, qu'il trouva commandée de trop d'endroits pour être fortifiée, après quoi il prit Monlreuil sans Deine, et mil le siège devant Tbérouanne.

Quand le roi se relira de Picardie, on crut qu'il allait en Italie, en exécution du traité conclu avec Soliman. Barberousse avait paru vers le mois de tuai sur les côtes de Naples avec une flotte redoutable ; car quoique Soliman n'eût point de vaisseaux, quand la négociation commenta, il commanda qu'on en bâtit quatre-vingts en Egypte, et il était si bien obéi, qu'ils furent prêts dans le temps qu'il l'avait promis. 11 attendait en Albanie que Barberousse prît quelques places sur la côle, pour entrer en Italie avec cent mille hommes : quand il apprit que le roi, au lieu d'attaquer le Milanais, faisait la guerre en Picardie, il retourna àConstantinople, plein de colère et de dédain pour le roi ; mais son intérêt l'empêcha de rompre.

Barberousse, indigné que son maître eût fait inutilement uu armement si considérable , lâcha de surprendre l'île de Corfou : il la trouva si bien munie, qu'il n'osa l'attaquer et se contenta de piller quelques places de la côte, d'où il enleva quinze à seize mille prisonniers. Le comte de Bure pressait Tbérouanne, et comme, après douze jours de siège, elle manquait de poudre et d'arquebusiers, Annebaul trouva moyeu d'y en faire entier la nuit quatre cents, avec chacun un sac de poudre; mais à son retour quantité de jeune noblesse qui l'avait suivi, voulant donner l'alarme aux ennemis, elle les trouva à cheval , et n'en fut pas bien reçue : Annebaul fut obligé de retourner sur ses pas pour dégager les siens; mais

m | VRI S COMPLETES DK BOSSU ET.

il fut entouré 8l pris avec presque tous ses

gi us.

Cependant le Dauphin él il avec le grand mettre autour d'Abbeville, où il ramassait des troupes pour faire lever le siège. Le comte de Bure, n'espérant plus réussir dans son entreprise» fil proposer une suspension d'armes pour traiter de la paii : elle fut ac« oeptée pour trois mois, et les affaires de l'ioardie finirent par là. n

Bn Piémont, le marquis du Guast prit le château de Carmagnole, où François, marauis de Salaces, fut tué en reconnaissant la place. Les affaires de France étaient en mauvais état par la division des chefs et par le manque d'argent. Ainsi le marquis du Guasl reprit aisément toute» les bonnes plaies du Piémont, excepté Turin et Pignerol ; il tenait cette dernière place bloquée: pour remédier à ces désordres, le roi envoya premièrement de l'argent avec une armée île trente-six mille hommes de pied et quatorze cents hommes d'armes.

lise rendit h Lyon le C d'octobre ; et le 10, avant que toutes les troupes fussent assemblées, le dauphin accompagné du grand maître , s'avança avec douze mille hommes de pied et deux cents chevaux, résolu de chasser du pays de Suze dix mille hommes que le marquis y avait mis pour le garder. Le grand maître ayant reconnu des hauteurs d'où l'on voyait dans les retranchements, les occupa, et chassa les impériaux à coups d'arquebuse; le marquis, qui était campé à Ri vole, y reçut ses gens, et délogeant aussitôt, laissa Pignerol en liberté : il ne demeura pas longtemps à Monlcallier , où il s'était retiré, et il abandonna au dauphin tout le Piémont, qui se remit sous l'obéissance du roi, qui était arrivé en personne dans son armée.

On reprit tout le marquisat de Saluées,, que du Guast avait occupé; le roi le donna à Gabriel, évêque d'Aix, frère du dernier marquis, et le seul qui restait de la maison. Il en jouit le reste de sa vie, et étant mort au règne suivant, le marquisat fut réuni à la couronne. Le marquis du Guast, renfermé dans Ast, et n'ayant pas de quoi résister à une si grosse puissance, crut le Milanais perdu, quand il vit- hors de ses mains le Piémont qui en était le rempart ; mais François se laissant flatter de l'espérance de la paix, consentit à une trêve de trois mois, semblable à celle qui avait été faite pour la Picardie, à condition que chacun garderait ce qu'il tenait. Les armées se retirèrent de part et d'autre.

Montéjan fut fait gouverneur du Piémont, et Langey qui, retourné en Allemagne, avait bien servi dans cette guerre, eut le gouvernement de Turin. Un peu après, le roi, qui ne voyait rien au-dessus des services du grand mailre , l'éleva au comble des dignilés, en lui donnant la charge de connétable, qu'il avait si long-temps laissée vacante. Anncbaut fut fait maréchal de France à sa place, et Montéjan eut celle du maréchal

de la Mark , qui était mort peu de temps

auparavant

Ce grand capitaine avait reçu a la cour, au retour du siège de Péronne, tout l'applaudissement que méritait l'importance de. ses services. Il apprit la mort de Robert do la Mark son père; et comme il allait pour prendre possession de sa principauté de Sedan et de ses autres Etats, il mourut luimême dans le temps qu'il devait attendre les plus grandes récompenses.

Environ dans ce môme temps, le chancelier Anne du Bourg, étant à Laon, la foule du peuple le lit tomber de sa mule : les blessures qu'il reçut en celte occasion lui causèrent la mort. Le président l'oyct fut mis à sa place. La trêve qui avait été faite jusqu'à la fin de février fut prolongée pour six mois. Cependant le temps parut favorable au Pape pour commencer le concile, qu'il avait une extrême envie de tenir: il crut qu'en assemblant les deux princes , il les ferait concourir à une œuvre si importante, et peut-être qu'il trouverait les moyens de les mettre tout à fait d'accord ; il leur fit dire à tous deux qu'il avait un désir extrême de les voir, ensemble.

Il était facile d'attirer François, qui aimait à se montrer, et qui croyait toujours gagner tout le monde par son procédé noble et sincère. L'empereur se lit prier davantage ; mais au fond il était bien aise d'avoir occasion d'amuser François. L'assemblée se fit à Nice, au commencement de juin.

Les deux princes ne se virent pas, et on ne sait pas bien pourquoi l'empereur ne voulut jamais cette entrevue : il craignit apparemment d'être pressé sur le Milanais en la présence d'un tiers si considérable ; ainsi le Pape portait les paroles de part et d'autre : mais comme ces conférences n'étaient que grimaces, il ne fit pas longtemps un si mauvais personnage.

[1538] Il négocia le mariage de deux enfants d'un fils bâtard qu'il avait eu avant d'être Pape ; par l'un il s'alliait avec la maison de France, et celui-là, quoique résolu, ne s'accomplit pas. Par l'autre, il avait pour son petit-fils une fille naturelle de Charles V. Au surplus, ne pouvant conclure la paix , il tuoyenna une trêve pour dix ansentre lesdeux princes, pendanliesquels il se promettait nonseulement de tenir, mais d'achever le concile.

Comme on était sur le point de se séparer, l'empereur fit dire au roi secrètement qu'ils n'avaient pas besoin d'une si grande assemblée pour terminer leurs affaires, et qu'il le verrait à Aiguemorte en retournant en Espagne. Le roi s'y rendit, 'l'empereur y vint, il ne se parla d'aucune atfaire : François entra sans précaution dans les vaisseaux de l'empereur qui, de son côté, passa une nuit dans, le logis de François. Les festins furent magnifiques, les démonstrations d'amitié furent merveilleuses: François, plein de l'espérance de faire une bonne paix , quoiqu'on n'en eût traité aucun article, promit à l'empereur de ne rien entreprendre contre ses intérêts. Il n'en voulait pas

davantage; il parti t aussitôt après, et pour endormir toute l'Europe, il la remplit des nouvelles de la parfaite intelligence de lui et du roi. Il avait soigneusement préparé colle entrevue par l'entremise- do la reine Eléonorc, dans le besoin qu'il avait de ménager le roi.

• Ceux do Gand , toujours rebelles, avaient commencé do s'émouvoir, dès l'an 1536, pour ne point payer leur part d'un impôt mis sur le pays. Le consentement de tous les ordres des Pays-Bas ne put jamais les obliger à céder, et l'empereur, qui prévoyait qu en les pressant, comme il avait résolu, ils s'appuieraient de la France, n'oublia rien pour s'assurer de ce côté-là ; le reste de celle année se passa tranquillement, et il n'y eut rien de remarquable qu'une dangereuse maladie du roi : on tâ-eha de couvrir du nom d'apostume. un mal plus fâcheux; mais les princes ne peuvent cacher ce qui regarde leur personne.

Le maréchal de Montéjan étant mort, Langey lui succéda dans le gouvernement de Piémont, où le maréchal d'Annebaut fut envoyé pour commander les armées. En ce temps fut publiée l'ordonnance de faire dorénavant en langue française les actes pur blics, qui jusqu'alors s'étaient faits en latin. Le roi était à Compiègne quand il releva de maladie. Marie, reine de Hongrie, sœur de l'empereur et gouvernante des Pays-Bas, vint le visiter : il lui rendit sa visite. La reine Eléonore, par une bonne intention qu'elle avait pour la paix, ménageait ces visites réciproques, et les deux reines tâchaient de tenir le roi en bonne disposition pour leur frère.

Un peu après, la révolte des Gantois éclata ; ils offrirent de se donner au roi qui, loin de les recevoir, fit avertir l'empereur de leurs desseins. Charles, craignant de trop commettre son autorité en les faisant châtier par ses lieutenants, voulut marcher en personne ; mais il n'était pas assez assuré ni des Anglais pour aller par mer, ni des protestants pour passer l'Allemagne: ainsi, dans la bonne disposition où il sentait le roi, il lui demanda passage par la France : il promit tout ce qu'on voulut, et il s'engagea, entre autres choses, et de vive voix et par lettres, à donner le duché de Milan au duc d'Orléans.

Sur cette parole, le roi, non content de lui accorder ce qu'il demandait, lui prépara des honneurs extraordinaires, et envoya ses enfants au-devant de lui jusqu'à Bayonne. Le connétable les suivit, et s'étant avancé pour faire signer à l'empereur la concession du Milanais, ce prince, sans lui témoigner trop de répugnance, dit seulement qu'il n'était ni honorable pour lui, ni sûr pour le roi, de lui faire signer une grâce qui paraîtrait forcée dans le besoin qu'il avait de traverser la France. Le connétable, endormi des belles choses qu'il promettait quand il serait en pleine liberté* consentit à ce qu'il voulut, et l'empereur tii son entrée à Bayonne au mois de décembre.

- 11. I1IST. DK1KANCK. LIV. XV.

Le roi l'attendait à ChAlel'erault a?ec toute la cour, qui ne futjamais plus superbe ; personne aussi ne paruUjamais plus adroit et plus poli que l'empereur : il sut s'accommoder en un moment au\ mœurs et aux façons de tous ceux avec qui il avait affaire; mais dans une occasion si pressante il déploya plus que jamais son adresse, et pour ne perdre aucun avantage; dès les premiers jours qu'il fut avec le roi, parmi les discours perpétuels qu'ils faisaient entre eux de la paix et des desseins qu'ils projetaient contre le Turc, il lui proposa d'envoyer ensemble un ambassadeur à Venise, pour détourner la république de la paix qu'elle méditait avec le Turc, en lui promettant la protection des deux souverains.

Ce prince haïssait les Vénitiens, qui étaient ses ennemis d'inclination, et ses alliés seulement par force; ainsi il était bien aise de les engager, sous l'espérance d'un puissant secours, dans une guerre ruineuse à leur république. Il espérait par le même moyen rompre l'alliance du roi avec le Grand Seigneur, et éloigner tout à fait de lui le roi d'Angleterre, quand il le verrait si étroitement uni avec l'empereur. Tels étaient ses secrets desseins; mais il faisait voir au roi la gloire qui lui reviendrait d'empêcher que Venise ne s'accordât avec le Turc aux dépens de la chrétienté, comme elle allait faire; et relevant l'amitié qui était entre eux, il ne trouvait rien de plus beau que de la faire éclater dans toute Ja terre par une si belle ambassade.

Le roi, sensible à la gloire et à l'amitié, donna dans ce piège. Il nomma le maréchal d'Annebaut pour ambassadeur. L'empereur nomma le marquis du Guast, et comme ils étaient tous deux en Italie, ils se joignirent bientôt pour aller ensemble à Venise. Le premier effet de cette ambassade fut couforme au projet de l'empereur : elle acheva d'indisposer le roi d'Angleterre, qui était déjà fort aigri contre François; mais le sénat de Venise eut peu de foi aux promesses des deux princes et aux discours qu'on lui faisait de leur amitié réciproque, il en voulait voir les effets : il demanda aux ambassadeurs si l'empereur s'était résolu à donner Milan ; comme ils n'eurent rien de positif à répondre, le sénat se hâta de faire la paix avec Soliman, en lui abandonnant ce qui restait de places à la république dans le Péloponèse.

Pendant que l'empereur était en France, une puissante cabale, formée à la cour, luchait de persuader au roi qu'il ne devait point laisser sortir ce prince sans s'assurer le Milanais. On louait la bonne foi dont il se piquait, mais on lui représentait qu'il n'était pas juste qu'il fût seul à tenir parole, qu'il devait aussi obliger l'empereur à èlre fidèle. La duchesse d'Etampes, que le roi aimait, lui parlait encore plus fortement, et ne cessait de lui reprocher qu'il serait la risée du monde, s'il se payait de paroles dans un temps" où il lui était si facile d'avoir des effets.

mi YliKS COMPLETES I>K BOSSUET.

iii8

L'Ile 6laH ravie d'avoir un prétexte de pousser le » ounéiable, qu'elle baissai! ; mais Charles De lut pas longtemps sans pénétrer ses intrigues. Il avait auprès de lui des genlilshommes français qui avaient été au service du duc de Bourbon : ceux-là se mêlaient

en avant avec les courtisans, et découvrirenl à l'empereur les desseins de ia du- L'hesse. Ce prince s'appliqua a la gagner. Un jour qu'elle présentait la serviette aux deux crimes, l'empereur laissa tomber de son doigt i comme par Regarde, un de ses plus beaux diamants: la duchesse l'ayant relevé, le lui présenta aussitôt; mais il ne voulut point le recevoir. Pressé par la ducliesse, il allégua une loi inviolable de l'empire qui voulait que ce qui tombe tics mains de l'empereur appartint à celui qui le recueillait; enfin, il fit tant valoir cette loi, ingénieusement inventée, que le roi même obligea la duuhesse à garder le diamant. Depuis ce temps, adoucie non tant par le présent que par 1rs manières galantes de l'empereur, elle lui Tut toujours favorable : on arriva à Paris Je 1" janvier.

[15V0] L'empereur fut reçu et liailé durant^ sept jours avec de nouvelles magnificences.* Il l'ut à Chantilly, où le connétable souhaita de le régaler; jamais il ne témoigna aucune impatience de sortir des mains du roi , persuadé que rien ne l'assurait tant, que l'assurance qu'il témoignait. Le roi le conduisit jusqu'à Sainl-Quentin, et envoya ses deux lils jusqu'à Valenciennes. Ce fut là qu'il commença à parler de Milan : il trouva mille moyens d'éluder; tantôt il fallait attendre le roi des Romains, pour autoriser la concession pleinement, tantôt il voulait ériger les Pays-Bas en royaume en faveur du duc d'Orléans, son prétendu gendre; enfin il dit nettement qu'il n'était engagé à rien, et ne laissa pas pourtant les envoyés du roi -sans quelque espérance.

Au reste, la suite fit voir qu'il ne s'était pas trompé en se promettant un si grand effet de sa présence en Flandre. Il n'y fut pas plutôt arrivé, que les Gantois lui demandèrent pardon : ils payèrent ce qu'il ordonna, ils souffrirent une citadelle, leurs privilèges leur furent ôtés, et ils n'en retinrent que ce qu'il pi ut à la bonté de l'empereur de leur conserver. Le roi des Romains vint en Flandre joindre l'empereur, et ne larda pas à retourner en Autriche. Pour le roi, on ne peut pas exprimer, ni combien il lut aigri contre l'empereur, qui avait abusé si visiblement de sa trop facile croyance , ni combien il fut confus en lui-même de s'être laissé tromper : il ne s'en prit pas seulement au connétable, auteur du conseil, mais encore il se dégoûta de tous ses ministres et de tous ses favoris : il rappelait en son esprit toutes leurs fautes passées ; mais celui qui ressentit le premier les effets de son dégoût, l'ut l'amiral.

On ne sait s'il voulut commencer par là à abattre le connétable, avec qui il était lié, ou s'il eut quelque jalousie de ce que l'amiral était aimé par la duchesse d'^tampes sa pro-

che parente, ou si c'est qu'il eût toujours; gardé sur le cœur le peu do succès des affaires du Piémont sous sa conduite, quoiqu'il n'y eût pas de sa faute. Quoi qu'il en soil, il

résolut de le mettre entre les mains de la justice; il s'en ouvrit au chancelier, qui lui donna les expédients pour lui faire son pro- • es. On en ôta la connaissance au parlement de Paris, juge naturel des officiers do la couronne. Le chancelier fut mis à la lêle de ses commissaires : l'amiral rejeta hardiment sur le roi môme le retardement des affaires du Piémont. On l'accusa de malversations dans sa charge, et en effet le plus grand crime dont on le chargea, fut d'avoir un peu trop étendu ses droits d'amiral. Ce crime, et d'autres semblables, le tirent condamner à payer une amende qui le ruinait, et à perdre ses gouvernements et sa charge.

L'amitié de la duchesse ne servit qu'à faire revoir son proeès deux ans après : il fui justifié et rétabli dans ses charges ; mais il ne véciit pas assez [tour voir dans la même année le chancelier son ennemi accusé et convaincu de malversations énormes, pour lesquelles il f>it destitué de sa place; ce que tout le monde regarda comme un juste châliment de l'injustice qu'il avait commise contre l'amiral. Le connétable demeura encore quelque temps dans les affaires, mais il n'avait qu'une apparence de crédit, et le chancelier avait la principale autorité , plus par son habileté que par l'inclination de François.

L'empereur passa dans les Pays-Bas le reste de l'année 15W), allant de pays en pays et de ville en ville, et confirmant les peuples dans l'obéissance. Au commencement de l'année suivante il retourna par Metz en Allemagne, pour y tenir la diète, qu'il avait convoquée à Ratisbonne. Là, dans la crainte qu'il eut de François, si justement irrité, et du Turc qui, entré dans la Hongrie, menaçait l'Autriche, il ne se trouva pas en état de contraindre les protestants à se soumettre à l'Eglise, comme il l'avait fait espérer au Pape : il leur accorda la liberté de conscience jusqu'au jugement du concile, qu'il promettait de procurer dans deux ans. Les troubles de la chrétienté n'avaient pas encore permis à Paul III d'en faire l'ouverture selon son désir. Les protestants ne demandaient que du temps pour s'alfermir; ainsi sur celte offre de l'empereur, non-seulement ils s'obligèrent à ne plus armer contre ses ordres, mais ils concoururent à i'envi, avec les Catholiques, à lui donner tout le secours qu'il souhaitait.

Los affaires de Hongrie n'en allèrent pas mieux, l'armée de Ferdinand fut battue auprès de Rude par le basse Mahomet. Soliman survint et prit Rude; il relégua en Transylvanie le jeune roi, fils de Jean Sépus, et s'empara de tout le pays qu'il possédait, quelque effort que fil Ferdinand pour le recouvrer. L'empereur apprit ces nouvelles en Italie, où il était allé aussitôt après la diète de Ratisbonne, dans un temps où l'on croyait qu'il allait marcher contre

Page 1