‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 37 sur 458 · PAHT. XII. THEOL. HISTORIQUE.— II. IIIST. DE FRANCE. LIV.XV · texte numérisé non relu

PAHT. XII. THEOL. HISTORIQUE.— II. IIIST. DE FRANCE. LIV.XV

Soliman. Cela fil dire à toute l'Europe qu'il le fuyait, il crut montrer qu'il ne le craignait pas, en prenant la résolution d'attaquer Alyr en personne. Tout le monde et ses amis mémos eussent mieux aimé qu'il allât où le besoin était le plus grand , et où étalent avec Soliman toutes les forces ottomanes.

Avant dese mettre en mer, il eut une entrevue à Lucques avec le Pape ; mais elle fut aussi inutile que les précédentes. La saison éiait avancée, et Doria lui représentait que la navigation allait être très-dangereuse, car on était assez avant dans le mois d'octobre. Le Pape fit tout ce qu'il put pour le détourner de son entreprise, mais inutilement:

prêt à partir il reçut une ambassade et des plaintes de François, sur un attentat dont tonte l'Europe était émue.

Dans le temps que Charles était en France, et qu'il taisait sonner de toutes parts son étroite correspondance avec le roi, ce fut. principalement à Conslanlinople qu'il fit publier cette union. Soliman en était entré en jalousie; mais quand il sut l'ambassade do du Guast et d'Annebaut à Venise, il se mit en telle colère, qu'il pensa faire décapiter Rincori, notre ambassadeur. C'était un espagnol disgracié, qui de dépit s'était donné à la France, homme actif, adroit et capable des plus délicates négociations. Il fit connaître à Soliman la politique de Charles, et s'étanlà peine tiré d'un si grand danger, il revint en France pour recevoir de nouvelles instructions.

Le roi ne tarda pas à le renvoyer pour négocier avec la Porte, et envoya en même temps César Frégose à Venise. Comme les affaires dont ces deux ambassadeurs étaient chargés avaient de la liaison, ils eurent ordre de partir ensemble, et Rincon devait passer à Venise. Arrivés en Piémont, d'où ils devaient continuer leur voyage sur le Pô, Langey, averti de tous côtés, les assura qu'ils étaient épiés sur leur passage, et que leur perte était assurée, s'ils ne prenaient un autre chemin qu'il leur indiquait. Il avait su que le marquis du Guast avait aposté des gens pour les assassiner et prendre leurs instructions. Par ce moyen il interrompit une négociation qui était redoutée par le conseil d'Espagne , et il découvrait des secrets capables d'animer toute l'Allemagne contre la France.

Quoique les avis de Langey fussent précis et circonstanciés, les malheureux ambassadeurs les négligèrent. Ils tombèrent dans les embuscades qui leur étaient préparées; mais ceux qui les tuèrent cherchèrent vainement leurs papiers. Langey les avait empêchés de les porter et devait les faire tenir à Venise. Cet assassinat fut commis vers le 3 juillet; mais il fallut du temps pour établir la preuve du crime, au milieu des artifices du marquis du Guast. Langey, néanmoins, en vint à bout; il fit voir ut quels étaient les assassins, et do qui le marquis du Guast s'était servi pour les suborner, et où il les avait renfermés après le meurtre,

do peur qu'ils ne le divulguassent : il l< s tira des prisons où ils étaient resserrés, il mit en évidence toute la suite du crime , et afin que l'information ne fût pas suspecte, il la fit faire à Plaisance , qui était une ville neutre.

Quand la preuve fut tellement complète, qu'il n'y avait plus de réplique, le roi en envoya des copies dans toutes les cours, et fit demander justice à l'empereur en la présence du Pape. Il en sortit par des paroles générales, et s'embarqua pour son entreprise d'Alger. Le roi, résolu de pousser la chose par toutes sortes • voies, porta sa plainte aux états de l'empire ; les minislresde l'empereur les avaient déjà prévenus, en publiant de fausses instructions des ambassadeurs, pleines d'étranges propositions contre la chrétienté. Une invention si grossière trompa les Allemands.

Olivier, homme de mérite, pressa en vain qu'on montrât les originaux, et il demanda aussi comment il se pouvait faire que les Espagnols, qui se disaient innocents du meurtre, eussent en main les papiers de ces ambassadeurs : il fallut revenir en France sans rien obtenir. Le marquis du Guast publia une apologie où il offrait le combat à la manière ancienne; Langey fit une réponse où il acceptait. L'un exagérait combien il était indigne d'un roi très-chrétien de se joindre avec les Turcs contre la chrétienté. L'autre représentait combien il était indigne d'un empereur de faire le religieux et de commettre des assassinats sur des ambassadeurs. Il remarquait que l'empereur ne voulait l'abaissement du Turc que comme il voulait celui de tous les princes du monde , et principalement de ceux d'Allemagne :

voilà ce qu'on s'objectait de part et d'autre ; mais ce qui se disait plus communément, c'est que l'intérêt et l'ambition causent d'étranges mouvements dans les conseils des princes.

Le roi crut la trêve rompue par l'assassinat de ses ambassadeurs et par le' déni de justice ; ainsi i! se résolut à faire la guerre. L'occasion était favorable : l'empereur revenait d'Alger, qu'il avait inutilement assiégée ; battu de la tempête, qui lui fit perdre plus de cent vaisseaux, il ne ramena en Espagne que la moitié de ses troupes. François armait puissamment, et il fit le projet de la guerre avec le chancelier Poyet entendu en tout ; il ne laissa pas d'èlre disgracié, comme on a déjà dit. Le roi avait commencé à prendre du dégoût de ce ministre, à cause des révoltes que la gabelle, imposée ou doublée par ses conseils en Guienne et en Saintonge , y avait causées; mais la duchesse d'Etampes acheva de le perdre, pour avoir refusé (quoique avec raison) unu grâce que demandait un homme qu'elle protégeait, et l'avait ensuite passé par commandement exprès du roi, non sans quelque plainte du crédit des dames. On l'accusàU d'être arrogant et insupportable.

[15V2] L'affaire fut poussée si avant, qu'on lui fit faire son procès, qui traîna longtemps.

OKI \7iKS COMPLETES DE DOSSUET.

Il n* soutint pas dans la disgrâce la hauteur el la fermeté qu'il avait montrées dans sa bonne fortune. Les sceaux lurent donnés .^ François de Ilonlholon, célèbre avocat el rare probité.

Le connétable fut chassé quelque temps

rèsde la cour, où il avait eu de continuels dégoûts depuis le passade de l'empereur. Sa chute étonna toute la France, qui l'avait vu durant tant d'années maître de tout, et si respecté, que le parlement en corps, vn lui écrivant, le traitait de Monseigneur. Le roi m4 repentit de l'avoir souffert : on croit que l'attachement qu'il avait pour le dauphin, sur lequel il pouvait tout, contribua à sa disgrâce,

Le roi n'écoutait plus guère le cardinal de Lorraine, irrité de ses profusions, qui l'obligeaient sans cesse à demander et lui avaient fait accepter une pension de l'empereur sur l'archevêché de Tolède. Ainsi tout le conseil fut réduit au cardinal de Tournon et au maréchal d'Annebaut, tous deux d'un esprit médiocre, mais tous (Jeux désintéressés et affectionnés an bien de l'Etat.

La disgrâce du chancelier n'empêcha pas <pie le roi ne suivît les desseins qu'il avait projetés avec lui. Trois grosses armées devaient attaquer en même temps, l'une le Boussillon, l'autre le Piémont, el la troisième le Luxembourg; une quatrième, moindre que les autres, devait agir avec celle de Guillaume, duc de Clôves et de Juliers, que tous lus ordresde Gueldres avaient reconnu après la mort de Charles d'Egmont, leur dernier duc; mais l'empereur lui refusait l'investiture, et sur ce qu'il s'était jeté entre les bras de la France, il l'avait fait mettre au ban de l'empire, à la dernière diète de Ralisbonne.

Le roi s'était engagé à le soutenir, et lui avait fait épouser la princesse de Navarre. Il avait d'excellentes troupes, levées de l'argent de France. Le roi y en joignit d'autres , sous la conduite de Nicolas de Bossu, seigneur de Longueval , qui, après avoir traversé et ravagé le Brabant, devait se joindre à l'armée de Luxembourg.

Environ la mi-juin, les armées furent en campagne; pour faire apprendre la guerre à ses deux enfants, le roi lit marcher le dauphin avec Montpezat dans le Boussillon, et le duc d'Orléans dans le Luxembourg, avec Claude, duc de Guise ; il suivit l'armée de Boussillon, parce que l'empereur était de ce côté-là , et s'arrêta à Montpellier, dans le voisinage.

Le maréchal d'Annebaut commandait en Italie, oùLangey, quoique affaibli et perclus par ses fatigues passées, entreprenait tant d'intelligences et avait fait de si beaux projets, qu'on pouvait en espérer de grands avantages; mais Montpezat lui rompit toutes ses mesures, et obligea le roi à faire venir avec le dauphin la maréchal d'Annebaut: Langey lui remontra qu'il faisait bien, à la vérité , d'attaquer son ennemi par divers endroits; mais que le dessein du Boussillon ne pourrait avoir de succès, tant à cause que

le pays était, par sa propre situation, le plus fort de tous ceux de l'empereur, qu'à caustî qu'il y avait ses meilleures troupes, (pu étaient les Espagnols.

Les Pays-Bas et le Milanais, d'eux-mêmes plus accessibles, étaient de plus dégarnis et lui paraissaient hors de défense si le roi eût tourné toutes ses forces de ce côté-là. Il était louché de ces raisons; mais Montpezat le persécutai! pour le Houssillon, où il avait des intelligences; et il fit tant, qu'Annebaut, qui resta inutilement dans le Piémont durant deux mois, eut enfin ordre de rejoindre le dauphin, qu'il trouva h Avignon.

Cependant le duc d'Orléans, étant entré dans le Luxembourg, avait d'abord forcé Damvillers, pris Yvoi, la plus forte place do celle province, emporté Arlon en passant, et réduit en peu de temps Luxembourg avec Monlmédi : en sorte qu'il ne restait à l'empereur que Thionville. L'armée de Gueldres n'avait guère moins bien réussi. Martin do Bossen, maréchal de Gueldres, capitaine expérimenté, et Longueval, qui commandait la cavalerie, avaient pénétré dans le Brabant. Le prince d'Orange les avait attaqués sur leur passage, et avait été baltu : de sorte quu l'épouvante s'était mise dans tout le pays. Bené de Châlons, prince d'Orange, qui s'était sauvé à Anvers, eut peine à le rassurer en y jetant du secours. Bossen l'assiégea et se retira bientôt après, gagné, à ce que l'on dit, par l'argent des marchands de cette ville opulente. Louvain se racheta pour 50,000 éeus d'or, et l'armée, chargée de butin, vint joindre, selon ses ordres, le duc d'Orléans dans le Luxembourg. Par ce moyen, il avait plus de trente mille hommes; mais, sur la lin du mois de septembre, il quitta celte belle armée, quoiqu'elle fût en chemin de faire de grands progrès.

Son frère, le dauphin, tenait Perpignan assiégé avec la plus belle armée qui fût encore sortie de France; car depuis la jonction d'Annebaut il avait environ quarante mille hommes de pied, deux mille hommes d'armes et deux mille chevau-légers. Mais Ferdinand de Tolède, duc d'Albe, avait jeté du secours dans sa place, qui était munie d'ailleurs de toutes choses, et surtout d'une quantité prodigieuse d'artillerie, dont tous ses remparts étaient garnis.

Par malheur pour l'armée de France, la place fut attaquée du côté le plus fort; un faux avis venu du dedans engagea nos chefs à celte attaque, et, la saison fâcheuse avançant, l'empereur, sans se remuer, attendait de jour en jour la levée du siège. Il se répandit pourtant un bruit qu'il y aurait une bataille ; et c'est ce qui fit venir le duc d'Orléans en poste à Montpellier.

Deux jours après son arrivée, on sut que les ennemis avaient repris Luxembourg, place alors de peu de défense, et que la seule diligence du duc de Guise avait sauvé Montmédi. Le roi condamna l'ardeur inconsidérée de son fils, d'autant pi us qu'il avait déjà résolu défaire lever le siège. Les pluies avaient commencé, et si l'on avail lardé trois

PART. XII. T11E0L. HISÏOUiQIE. — 11. IIIST. DK FRANCE. L1V. XV.

jours, il n'y eût pas eu moyen d'éviter les torrents qui se précipitaient du haut des montagnes.

Pondant que les armées agissaient, Charles, duc de Vendôme, gouverneur de Picardie, eut ordre de ramasser quelques garnisons, pour brûler plusieurs châteaux qui incommodaient. Langey, de son côté, qui avait à peine quatre mille hommes, et a qui la maladie n'avait laissé de libre que la langue et l'esprit, ne laissa pas de surprendre Quiéras, avec quelques places voisines, et d'empêcher tous les progrès de du Guast, quoiqu'il eût quinze mille hommes, dont il lui en débaucha six mille.

Le roi, fâché d'avoir négligé le Piémont, y renvoya Annebaut. Il lit quelques entreprises, contre l'avis de Langey, qui ne réussirent pas. Ce grand homme, dont les conseils étaient négligés, se crut inutile, et voulut retourner en France; mais il mourut en chemin. La pauvreté d'un serviteur si utile est une tache dans le règne de François 1er.

Le maréchal d'Annebaut ne tarda pas à repasser les monts, où il pensa être accablé des neiges. Il rencontra la cour à Chatellerault, d'où le roi alla à la Rochelle, pour y apaiser une sédition qui s'y élait élevée au sujet de la gabelle, durant le siège de Perpignan. Il venait résolu d'en faire un exemple, et déjà un grand nombre de séditieux lui avaient été envoyés la corde au cou et les mains liées; mais, en entrant dans la ville, il fut tellement ému par les larmes de tout le peuple, qu'il ne put retenir les siennes.

Il leur parla longtemps, les appela ses amis, leur représenta l'horreur de leur crime, non comme un juge qui veut châtier des criminels, mais comme un père qui veut empêcher ses enfants de tomber dans de pareilles fautes. Il loua même la fidélité de leurs ancêtres et la leur, jusqu'à ce jour malheureux; il s'étonnait qu'ils se fussent si fort oubliés, et, leur accordant leur pardon, il ne put s'empêcher de leur représenter la différence du traitement qu'ils recevaient, d'avec celui que recevaient les Gantois rebelles. Il finit en disant qu'il voulait les cœurs. Toute la ville retentit des cris de : « Vive le roi. » Il leur rendit leurs prisonniers, les clefs de leur ville, leurs armes, leurs privilèges, et voulut ce jour-là demeurer à leur garde, assuré de l'effet que devait faire dans tous les cœurs un si rare exemple de clémence.

Cependant les impériaux avaient repris tout le Luxembourg, excepté Yvoi et Montmédi, et François vit tous les efforts de cette campagne inutiles. Ces mauvais succès lui lirent reprendre le dessein d'exciter le Turc contre l'empereur.

Depuis la mort de Rincon, la négociation allait plus lentement. François, résolu de la réchauffer, fit aller Monlluc à Venise, d'où il pourrait traiter de plus près, et en même temps chercher les moyens de détacher la république d'avec l'empereur.

Monlluc élait un homme de qualité, qui, b'élant fait jacobin faule de biens, s'était tiré

de cet ordre par la protection de la reine de Navarre. Elle avait goûté son esprit poli nalureliemenl et cultivé | sr les belles-lettres

Mais ce qui l'avait tout h fait gâté, c'est qu'il avait donné dans les nouveautés du temps,

en suivant les opinions de Calvin. Il n'avait pas laissé d'accepter l'évêché de Valence, que la reine, sa protectrice, lui procura.

Comme il avait l'esprit vif et plein d'expédients, il se fit admirer à Rome, où le roi l'avait envoyé, et avait encore mieux réussi en Angleterre, où ii n'était pas obligé de déguiser ses sentiments.

Un homme si pénétrant ne fut pas longtemps à Venise sans connaître qu'il n'y ferait rien par la négociation. Il se rendit maître par intelligence de Maran, place importante sur !e golfe, que l'empereur avait fortifiée pour donner de la jalousie à la république. Il l.i munit si bien, que les généraux de Ferdinand l'assiégèrent vainement. Tantôt il l'offrait aux Vénitiens, et tantôt, s'il les trouvait difficiles, il leur faisait entrevoir qu'on pourrait bieq la livrer au Turc.

Les affaires, par ce moyen, étant en état d'avancer à Constantinople, il conseilla au roi d'y envoyer Paulin, connu depuis sous le nom du baron de la Garde, homme d'une condition médiocre, mais d'une grande capacité, que Langey avait déjà proposé pour cet emploi. Le roi connut bientôt qu'on ne pouvait lui donner un meilleur conseil que d'employer un tel homme [15-V3]. Il fut d'abord rebuté par Soliman, qui reprochait aux Français d'avoir manqué de parole; mais à la fin il réussit à se rendre agréable.

Soliman promit d'envoyer sa flotte, de concert avec le roi, et de former une ligue entre la France et la république. Fn effet, il envoya un chiaoux; mais avant que d'arriver à Venise, il fut gagné par les impériaux, et la république ne s'engagea point. Il se faisait de tous côtés de grands préparatifs de guerre. Les états d'Espagne avaient donné quatre millions à l'empereur; le roi de Portugal, dont Philippe, prince d'Espagne, avait épousé la fille, promenait de grandes sommes, et l'empereur n'en espérait guère moins du roi d'Angleterre, qui s'était entin ligué contre le roi depuis le refus qu'il avait fait d'imiter sa révolte contre le Saint-Siège; et il s'était encore aigri depuis peu par la protection que la France donnait aux Ecossais, avec qui Henri était en guerre.

Au commencement du printemps, Antoine, devenu duc de Vendôme par la mort de Charles, son père, rassembla un corps d'armée pour ravitailler Thérouanne. L'empereur avait garni cette frontière pour faire la guerre au duc de Gueldres, contre qui ses généraux venaient de perdre une bataille. Cette occasion parut favorable au duc de Vendôme pour faire quelque entreprise ; mais le roi, qui se préparait à se mettre luimême en campagne, ne lui laissa que le loisir de prendre Lilers, petite place près de Réthune. Il fit partir, vers la lin de mai, le maréchal d'Annebaut, fait depuis amiral do France par la mort du comte de Brion , avec

UEUVU! - COMPLETES I»i: ROSSUET.

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ordre d'investir Avesnes l es ^1 \ i s qu'il oui sar l<« chemin le déterminera I à attaquer Landrecies, où la roi na tarda pas ;i le joindra. Lee habitants, n'étant pas en état de résister, ne voulurent cependant pas se rendra. Ils aimèrent mieui mettre le feu dans la rilla, où ils brûlèrent pour plus d'un an de rivres, et se sautèrent dans la forêt de Mormaux. La roi lit fortifier cette place, et cependant le dauphin prit quelques villes de Hainaut, qu'il abandonna; il courut ensuite le pays jusqu'à lions et Valenciennes, et lit beaucoup de butin.

En même temps, la Hotte du Turc, comptosée de cent vingt galères, et conduite par Barberousse, était arrivée à Marseille; celle de François, composée de quarante vaisseaux, parmi lesquels il y avait vingt-deux galères, était dans le môme lieu, commandée par François de Bourbon, duc d'Enghien, Frère du duc de Vendôme, jeune prince de vingUleux ans et de grande espérance. Celle Botte portait huit mille soldats, et des vivres en ahondanec pour faire un grand siège.

Les Français, que Barberousse avait ordre de satisfaire, se déterminèrent à celui de Nice. Elle ne tint pas longtemps. Le gouverneur, qui en sortit le 20a\)ût, se retira dans le château, bâti sur le roc, qu'il résolut de défendre jusqu'à la dernière extrémité. L'empereur, (tendant ce temps, faisait puissamment la guerre au duché de Gueldres. Il était parti de Barcelone peu après que la flotte ottomane fut arrivée en France; il n'avait fait que passer en Italie, où le Pape l'avait obligé à une entrevue inutile; de là il était venu en Allemagne, où il déclara aux princes qu'il voulait faire un exemple du duc de Gueldres, rebelle à l'empire.

En effet, il vint à Bonne, où il fil la revue de son armée; elle se trouva d'environ quarante mille hommes; de là, sans s'arrêter, il alla meltre le siège devant Duren, place du duc, sise sur l'Adure et très-bien fortifiée; elle ne tint pourtant pas longtemps; une batterie de quarante pièces de canon et la mort de son gouverneur la déterminèrent à se rendre. L'empereur y entra le même jour que les Français entrèrent dans Nice, et ne put la sauver du feu. Il continua la conquête des pays du duc, et laissa François agir dans le Luxembourg pendant qu'il dépouillait son allié. Luxembourg fui assiégé, le 17 septembre, par le duc d'Orléans, qui avait l'amiral pour conseil ; la place se renuit peu de jours après, quoiqu'il y eût une grosse garnison, composée de la meilleure infanterie de l'empereur.

Le roi s'opiniâtra à vouloir garder celte place, que la plupart des chefs ne jugeaient point lenablc.ll y arriva le 25 septembre, et y apprit que Je duché de Gueldres avait été tout à fail réduit. Julier, Ruremonde, Venloo, toute la Gueldre, tout le comté de Zulhphen s'étaient tendus sans résistance; ces deux pays avaient reconnu l'empereur pour seigneur; le duc n'avait sauvé le reste de ses Etals qu'en renonçant à ceux-ci et

aux alliances de France, de Suède et de Danemark.

Pour l'aire celte importante conquête, qui tenait en crainte les vassaux do l'empire,

cpii décriait les Français comme de faibles alliés, et joignait à ses provinces deux pays si considérables, l'empereur abandonna ses propres pays; mais il espérait de les recouvrer bien lot; et en etfet ayant augmenté ses troupesde douze mille hommes que le roi d'Angleterre lui envoya, il marcha avec toutes ses forces pour assiéger Landrecies.

En même temps Ferrand de Gonzague, son lieutenant général, assiégea Guise; mais le roi ayant marché pour secourir Landrecies, il se relira, et le seigneur de Brissac lui défit une partie de ses gens dans sa retraite. L'empereur, qui était demeuré malade au Quesnoy, ne put arriver au camp avant le mois d'octobre. La place était,, battue de quarante-huit pièces de canon; mais quoiqu'il y eût brèche, il y avait peu de sûreté à tenter l'assaut contre la Lande, gouverneur habile et résolu, qui avait une bonne garnison. Quand les vivres commencèrent à lui manquer, il fit résoudre les soldats à se contenter d'eau et d'un demi-pain par jour ; ainsi il donna le temps au roi d'approcher pour le secourir.

Ce prince était à Cateau-Cambrésis, près de la place assiégée, et le duc d'Enghien l'y vint trouver, sur la croyance qu'il eut que l'affaire de Landrecies engagerait à une bataille. L'approche del'hiver,et celle d André Doria, avec le manque de vivres, l'avait obligé à lever le siège du château de Nice. Barberousse, indigné qu'il eût traîné si longtemps, reprochait brutalement aux Français leur lâcheté, et à ce prince sa jeunesse. Un peu après l'amiral tenta heureusement le secours de Landrecies.

Les quartiers des ennemis étaient séparés par la Sambre; ainsi diverses attaques qu'on fit en même temps ouvrirent à l'amiral l'entrée de la place ; il en renouvela la garnison, et Martin du Belley, frère de Langey, y jeta des vivres; le roi, la voyant en sûreté, se retira vers Guise avec le dauphin, le 2 novembre. L'empereur, peu de jours après, leva le siège; les officiers de l'ancienne garnison furent diguement récompeusés et les soldats furent anoblis leur vie durant.

L'empereur alla à Cambrai, où il fut reçu par l'évêque, de la maison de Croï, sa créature; et pour s'assurer de cette place qui n'était pas du domaine des Pays-Bas, il y fit construire une citadelle, quia été jusqu'à nos jours la terreur de la Picardie [1544]. Boutière, à qui le duc d'Enghien avait laissé le commandement dans le Piémont, n'y réussit pas. Mondevis fut pris sur lui par composition ; mais du Guast, sans avoir égard au traité, maltraita les Suisses qui l'avaient bien défendu. 11 s'empara de Carignan, pendant que Boutière la faisait démanteler, et en fit rétablir les fortifications.

L'armée d'Italie avait reçu un secours de dix à douze mille hommes français, suisses et gruyers, peuples du comté de Gruyers,

PART. XII. TI1E0L. HISTORIQUE. — il IllsT. DE FRANCE. LIV. XV.

sujets dos (Irisons. Le roi, voyant que Routière n'était pas bien obéi, renvoya le duc d'Enghien. Ce prince trouva Routière devant Ivrée, qu'il abandonna à sa venue, ne voulant pas lui laisser la gloire (Je la [irise.

Rarberousse passa l'hiver en Provence, et en partit au printemps, après avoir laissé des marques de sa barbarie. Au commencement du printemps, le duc, résolu de bloquer Carignan , se saisit pour cela de tous les postes des environs, et lit bâtir des forts où il en fallait; pour lui, il vint camper à Carmagnole. Le marquis du Guast se préparait à dégager une place qui donnait le Montferrataux Français. Sur l'avis de sa marche, le duc demanda au roi la permission de le combattre, et il l'obtint aisément. Toute la jeune noblesse de la cour s'étant rendue en foule auprès de lui , tous donnèrent volontiers leur argent au prince pour contenter son infanterie, et le roi en envoya d'Anet par du Belley, qui arriva au camp le vendredi saint.

La somme qu'il apportait ne suffisant pas pour payer un mois aux étrangers, il fallut user d'adresse : on commença le payement, et on fit semblant de ne pouvoir l'achever, par la soudaine arrivée du marquis qu'on savait proche; en effet, le 10 avril, qui était Je propre jour de Pâques, il était à une petite distance, et ce jour-là même Je duc, marchant au-devant de lui, sut qu'il était à Cérisoles, et s'étant avancé sur une éminence , il la quitta bientôt, à cause qu'il manquai1, de vivres et de chariots pour en apporter; ainsi, comme il gagnait son camp de Carmagnole , du Guast, qui crut qu'il fuyait, et qui se sentait le plus fort (car il avait dix mille hommes plus que lui), passa le Pô sur un pont pour le suivre.

Son armée marchait sur une ligne , divisée néanmoins en trois bataillons, qui avaient cljacun leur aile de cavalerie ; l'aile droite était de six mille vieux soldats allemands et espagnols, avec leur escadron de huit cents chevaux ; le prince de Salerne faisait l'aile gauche, avec dix mille Italiens, et huit cents chevaux florentins ; Je corps de bataille était formé par un bataillon de dix mille Allemands et de huit cents chevaux de la même nation.

Le duc donna la même forme à son armée. Vis-à-vis des Italiens et du prince de Salerne, il mit un bataillon de trois mille hommes de vieilles bandes françaises, qui avait à sa droite six cents chevau-légers, et à sa gauche quatre-vingts hommes d'armes : il opposa aux Espagnols quatre mille Gruyers et Italiens soutenus des guidons et des archers de la gendarmerie. Le corps d'armée était de trois mille Suisses, à côté desquels il devait combattre avec la jeune noblesse. Boutière, bientôt revenu sur le bruit de la bataille, menait l'avanl-garde , et Terme commandait la cavalerie légère. On détacha, sous la conduite du capitaine Montluc , sept ou huit cents arquebusiers, tant Italiens que Français, qu'on mil à la tète des batailles, comme enfants perdus.

Caîllac marchait devant les Suisses, ave.1

huit pièces d'artillerie de campagne. Mailli en avait autant devant les Gruyers, et du Belley avait Tordre d'aller partout, pour faire marcher les troupes du rôle que l'ennemi agirait. La description qu'il fait de cette bataille est un grand ornement dans {'Histoire qu'il a écrite de François I '.

Comme le duc vit le marquis passé, il jugea qu'en reculant davantage il paraîtrait fuir, et jetterait la terreur dans les troupes ; ainsi il tourna face, et tâcha de regagner la hauteur qu'il avait abandonnée ; mais le marquis le prévint, et le duc ne laissa pas de marcher à lui, après avoir tellement disposé ses troupes qu'elles ne pussent être offensées de l'artillerie ennemie. Ces mouvements se firent la nuit qui précédait le lundi de Pâques, et le jour commençait quand les armées se trouvèrent en cet état. On fut trois heures de part et d'autre à gagner le flanc de l'ennemi, et tout ce temps se passa à escarmoucher; enfin, entre onze heures et midi , les ennemis, qui se voyaient les plus forts, résolurent de commencer l'attaque : alors le seigneur de Tais, qui commandait les bandes françaises, tourna face pour chasser les Italiens du prince de Salerne.

Ce prince ne branlait pas et était encore assez loin, car ii attendait l'ordre de du Guast, qui l'avait ainsi commandé. Belley qui le voyait immobile, et qui voyait dans ie n.ême temps le gros bataillon allemand de dix mille hommes de pieds fondre sur nos Suisses, qui n'étaient que quatre mille, manda à Tais de les joindre. Le duc , qui devait soutenir les Suisses, courut aux Gruyers, qui paraissaient étonnés ; mais Terme chargea brusquement la cavalerie florentine, qui prenait de flanc les Français, et la renversa sur le prince de SaJerne; en la poussant, il s'engagea si avant dans le bataillon, que son cheval étant tué sous lui, il fut pris. Par ce moyen, le prince, embarrassé de la cavalerie florentine et des nôtres, qui lui tombaient sur les bras, fut sans action.

Nos Suisses , joints aux Français, donnèrent sur les Allemands sans être empêchés; ils s'élargirent d'abord, et tirèrent de leur Jiauteurde quoi égaler le front des Allemands , qui les voulaient envelopper. Pendant que le uns et les autres combattaient opiniâtrement, Boutière fit agir si à propos et avec tant »ie vigueur ses quatre-vingts hommes d'armes , que les Allemands plièrent , de sorte que le marquis, qui regardait le combat d'une éminence, n'en voulut pas voir davantage, et se retira sans même envoyer les ordres au prince de Salerne, qui les attendait. Nos archers, qui avaient Dampierre à leur tête, rompirent aussitôt la cavalerie qui leur était opposée ; mais nos Gruyers et nos Italiens ne purent soutenir l'effort des Espagnols et prirent la fuite. Les Espagnols et les Allemands, qui combattaient avec eux, les pressaient de sorte qu'il ne s'en serait pas sauvé un seul, si le duc, en même temps, n'eus enfoncé par un coin le bataillon espagnol ;

0FUVR1 S COMPI

s nrsq .'il - nurna pour se rallier, il vit 5 G jrers ; fuile.

i i rail aucune nouvelle de» Suisses ni s i j, qu'une colline lui cachait, al

- Espagnols victoi ii u\ au non fore de quatre mille, auxquels il ne pouvait r que cent chcvaui «jm i

l'a gnaient. Il ne laissa f»as de charger

. tantôt de l'autre) comme de périr, quand il vit les Espagnols, a de la défaite des leurs, pren-»

tout d'un coup la fuite. On les poursuivit , - i . i dans les villages où ils nt .h* se sauver, et presque tous fureni es ou pris.

i courait après témérairement, a

\ - nt- André, qu'il voyait aller

Bill lui ; et averti qu'il devait craindre le même sort qu'eut Gaston de Fois a Ra- \ ne, il rêpondU qu'on arrêtât doncSaintré, si i n roulait l'arrêter lui-même. Le carnage fut horrible dans celte bataille; les s se «.souvinrent du traitement qu'on leur avait fail à llondevis, el ne donnèrent quartier a personne; ainsi on compta pour les ennemis douze a quinze mille morts : ils perdirent outre cela plus de trois mille prisonniers, quinze pièces de canon, toutes h urs armes et tout leur bagage, sans que nous y perdissions plus de deux cents mi s.

Le marquis du Guast, plein de confiance, avait ordonné en passant à ceux d'Ast de lui fermer les portes, s'il ne revenait rictoneux. Il fut mieux obéi qu'il ne le voulait; tout le pays fut en crainte. Carignan tint pourtant encore un mois, et tout le Monlferrat se

- unit, < xcepié Casai. Il n'y avait dans le Milanais que Milan et Crémone qui pussent tenir. Le comte de Pelillane, Pierre Strossi cl autres Italiens qui étaient dans les intérêts de la France, aussitôt après la bataille, se jetèrent dans le Crémonais avec dix mille hommes, où ils attendaient tous les jours le duc; mais ils s'en retirèrent avec grande perte, le roi ayant ordonné à son armée de s'arrêter, sur Tes nouvelles qu'il eut du côté du Rhin.

I ' mpereur y avait paru avec une armée plus puissante que jamais. Les états de l'empire y avaient contribué, et avaient, refusé

<[q audience aux ambassadeurs de Fran- '. •>. Le comte de IJure attendait dans les Pays-Bas avec quatorze mille hommes le roi d'Angleterre, qui venait à Calais avec toutes ses forces. Les deux princes devaient marcher en même temps vers Paris, sans s'arrêter, pour partager entre eux le royaume, suivant le traité qu'ils en avaient lait. Au bruit de la bataille de Cérisolcs, l'empereur crut le Milanais en proie, et hésita quelque temps s'il n'irait pas au secours, il nevoula.it pas exposer une si belle province à une perte assurée, pour des conquêtes hasardeuses qu'il tenait en Fiance.

Quand il vit que notre armée victorieuse

- musait premièrement si longtemps au • - le Carign n, cl ensuite s'arrêter tout court, il continua son voyage et assiégea

lis DE BOSi I ET. 2€0

Luxembourg. Celte place ne lit pas la résistance que ha roi avail attendue, car il croyait que le siège lui donnerait le loisir d'assembler ses troupes; et si l'empereur eût marché droit à Paris, comme il l'avait projeté, il n'\ avait encore rien de prêta lui opposer; mais la facilité qu'il trouva à ce premier sié^c l'engagea à en faire d'autres. Ii prit Commerci et Ligni, et le 8 juillet il mit le siège devant Saint-Dizier, place mal fortiliée, où il no s'attendait pas d'être si longtemps retenu.

A ces nouvelles, le roi fit jeter cinq à six mille hommes dans ChAlons, et ses troupes étant déjà rassemblées, il envoya le dauphin avec quarante mille hommes, deux mille hommes d'armes et deux mille chevaulégers. L'empereur était plus fort de près de la moitié : mais il perdait le temps et des troupes au siège de Saint-Dizier, où le comte de Sancerre faisait une défense étonnante avec la Lande, qui avait déjà défendu Landrecies. Il était aussi fort incommodé par François de Lorraine, comte d'Aumale, fils aîné du duc de Guise, qui faisait des courses continuelles aux environs de Stenay, ville de la Meuse, dont il était gouverneur. L'armée du dauphin était assemblée et s'était postée entre Epernay et Châlons, le long de la Marne, tant pour couper les vivres à l'empereur, que pour l'empêcher de passer outre. Il avait auprès de lui l'amiral, pour Jui servir de conseil.

Cependant le roi d'Angleterre avait assiégé Boulogne par lui-même, et Montreuil par le comte de Nortfolk. Il -avait négligé de s'approcher de Paris, aussi bien que l'empereur, et il s'attachait à la Picardie , qu'il avait trouvée sans défense. L'empereur le sollicita en vain de suivre Je premier projet. Il ne voulut point quitter les sièges qu'il commençait, ni l'empereur celui de Saint-Dizier : ainsi, par une aventure surprenante, Paris et le cœur de la France furent sauvés par le trop de facilité que trouvèrent les ennemis dans les frontières dégarnies.

L'empereur commençait à craindre le même sort qu'en Provence, et il fit à tout hasard jeter des propos de paix par un jacobin de sa suite, de la maison de Guzman, qui en lit quelque ouverture au confesseur du roi. Il ne laissait pas de presser violemment Saint-Dizier: la brèche était raisonnable, et deux tours avaient été renversées; mais leurs ruines avaient entassé tant de pierres l'une sur l'autre devant la brèche, (ju'on ne pouvait entrer que par escalade. Pour faciliter l'attaque, l'empereur voulu» élever un cavalier, qui voyait par-dessus : aussitôt les assiégés en firent un semblable. La Lande fut emporté d'un coup de canon, au grand regret de Sancerre, el l'empereur eut à regretter llené de Châlons, prince d'Orange, tué d'un éclat de pierre.

Les Espagnols, indignés d'une si longue résistance, tentèrent d'eux-mêmes l'assaut; ils fuient suivis des Italiens. L'empereur les fit soutenir en diligence par les Allemands : l'attaque dura tout un jour et fut funeste

PAUT. XII. TIIEOI.. IIISTOIUQ1F. — 11. IIIST. DE FRANCE. LIV. XV.

■•mx assiégeants. Brissac ne réussit pas mieux en voulant mener des poudres et du secours à la place.

Cependant l'affaire tirait en longueur, et l'empereur était réduit à commencer de nouveaux travaux. Sanccrre ne songeait qu'à continuer sa défense, quand il reçut une lettre, sous le nom du duc de Guise, qui lui mandait que le roi était content de sa résistance, et que dans l'extrémité où il était, faute de vivres et de poudres, il était temps qu'il fit une composition honorable. Cette lettre avait été faite par les ennemis, qui avaient intercepté un paquet où était la clef du chiffre.

Le comte, persuadé que /a lettre était véritable, consentit à capituler; mais il voulut avoir douze jours pour apprendre l'intention du roi par un homme exprès : l'empereur lui accorda tout ce qu'il voulut, tant il craignait que Je siège ne se prolongeât, et que le roi d'Angleterre ne se servîtde ce prétexte pour abandonner tout à fait le premier dessein. Ainsi une place faible et de peu de considération arrêta près de deux mois , dans la plus belle saison de l'année, le plus puissant empereur qui eût été depuis Charlemagne.

Le roi ayant consenti à la capitulation, manda en même temps au dauphin qu'il serrât d'aussi près qu'il pourrait l'armée impériale, sans néanmoins hasarder de combat. Le dauphin se servit de cette occasion pour demander le connétable, que le roi lui refusa avec indignation. Comme l'empereur ne s'attendait plus à la jonction du roi d'Angleterre, il lit presser les propositions de paix, sans faire semblant de s'en mêler : elles allèrent si avant qu'on nomma des députés de part et d'autre; et cependant l'empereur, qui commençait à manquer de vivres , s'avançait assez lentement; mais un ordre mal exécuté lui ouvrit un pays qui n'avait pas encore été fourragé. Un officier, à qui le dauphin avait commandé de rompre le pont d'Eperuay, le laissa surprendre : on crut qu'il y avait de l'intelligence, et que l'empereur, averti secrètemement du dessein, en prévint l'exécution.

Ses troupes, rafraîchies et encouragées, poussèrent'jusqu'à Château-Thierry, et Paris fut en alarme, quoique le roi dût le rassurer par sa présence. Le dauphin , après y avoir envoyé du monde, se mit sur le passage de l'empereur, qui, craignant de s'engager et de retomber dans sa première disette, tourna vers Soissons. La jalousie s'était mise dans son armée, et les Allemands, irrités de recevoir leurs vivres par les Espagnols, furent prêts plusieurs fois à décider leur querelle par les armes.

En ce même temps, les députés convinrent des conditions de la paix. L'empereur devait dans deux ans donner au duc d'Orléans., ou sa fille, ayee les Pays-Bas, le comté de Bourgogne et le Charofais, ou sa nièce, fille du roi des Romains, avec le Milanais. Il réservait les châteaux de Milan et de Crémone, jusqu'à ce qu'il y eût un mâle de ce mariage;

et en remettant ces places au duc d'Orléans, le duc de Savoie devait être rétabli dans lu Piémont. Au surplus, on rendait les places

• le part et d'autre, et le roi renonçait à Naples. On ne peut croire combien le dauphin souffrit i m patiemment ces propositions; il se

plaignait qu'on ne songeait qu'au duc d'Orléans, aux avantages duquel on sacrifiait les intérêts de l'Etat, et ne pouvait digérer qu'on rendît seize places importantes à l'empereur ou à ses amis, tant en Italie que dans les Pays-Bas, pour trois ou quatre petites qu'il ne pouvait conserver.

Celte affaire fut agitée avec beaucoup de partialité. Deux cabales depuis quelque temps divisaient la cour : l'une était pour le dauphin, et l'autre favorisait le duc d'Orléans; elle était la plus puissante, parce que la duchesse d'Elampes était à la tète, par la crainte qu'elle avait de Diane de Poitiers son ennemie, passionnément aimée du dauphin; elle se cherchait un appui en son jeune frère , très-ardent pour ceux qui embrassaient ses intérêts; ainsi elle n'oubliait rien pour faire que cette guerre tournât à son avantage. Elle entretenait avec l'empereur de secrèies correspondances, et on tenait pour certain qu'elle l'avertissait de tous les conseils: elle appuya la paix de tout son créditauprès du roi, qui s'y laissa aisément porter, par les mauvaises nouvelles qu'il recevait de Picardie.

Vervin, gouverneur de Boulogne, manquait de courage, et se rendit lâchement dans le temps qu'il allait être secouru parle Dauphin ; ce prince lui reprocha de s'être rendu pour faire plaisir au duc d'Orléans. Le maréchal de Biez, beau-père de Vervin, défendait vigoureusement Montreuil ; mais tout commençait à lui manquer. La paix fut signée à Crespi, en Laonnais ; les troupes des Pays-Bas, qui étaient avec les Anglais, se retirèrent ; le dauphin s'étant rapproché de Montreuil, Norlfolk fut obligé de lever le siège. Le roi d'Angleterre repassa ia mer, et l'empereur sortit du royaume, accompagné du duc d'Orléans.

Le dauphin, après avoiF fait une entreprise inutile sur Boulogne, chassé par les pluies et le mauvais temps, revint à la cour, où sur la fin de l'année, peut-être du consentement du roi son père, il fit une solennelle proteslalion contre la paix, en présence des princes du sang et de quelques autres seigneurs. Il avait laissé les troupes <iu maréchal de Biez, qui voulut se saisir li'un poste à un quart de lieue de Boulogne, qui tenait en sujétion le havre de cette p!ace. Il s'y donna un combat, où la perle lut ég.de de part et d'autre; mais le maréchal fut contraint de se retirer.

[15-V5] Le roi s'appliquait à rendre inutiles les etforts du roi d'Angleterre, et pour lui susciter des affaires dans son lie, il appuya les intérêts de la jeune reine d'Ecosse, fille du roi qui était mort depuis peu. 11 résolut aussi de faire une puissante flotte pour descendre en Angleterre, et il envoya le baron de la Carde, nommé auparavant le capiaiue

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::i Unir alors, après de longues pn , «• lures, le pi - du chancelier Poyet, qui lui condamné, par arrêt du ÏSavnl, a , m mille livres d amende, et à être tenu cinq ans en prison, où il plairait au roi; au surplus, déclaré incapable de tout olhce . pour avoir mal versé dans .sa charge et 'fait d( s profils honteux. On luiavail choisi des juges de tous les | arlemetitsdu royaume,

cquels il était odieux, pour avoir voulu l orter trop haut l'autorité du conseil. Son arrél lui fut prononcé publiquement à l'audience; il fut mis dans la tour de Bourges, d'où il ne sortit qu'en abandonnant tous ses biens, et fut réduit à reprendre dans le palais son ancienne profession a'avocat. François Olivier fut mis en sa place.

Le maréchal de liiez partit avec son armée pour travailler à la construction de son fort. Le roi alla au HAvre-de-Grâce, où il attendit ses galères. Ce fut un beau spectacle de les voir venir au nombre de vingt-cinq : elles étaient grandes et bien équipées ; après une si longue navigation, la (lotte se trouva, sans h s galères, de cent cinquante gros vaisseaux, munis d'hommes, de vivres et d'artillerie, ce qui fait admirer l'économie de Françoisl", qui, parmi tant d'autres dépenses que lui causaient de si grandes guerres, lui fournit encore les moyens de faire et d'entretenir une tlolle si considérable.

On remarque en effet que dans ses dernières années il mit un te! ordre à ses finances, qu'elles sullirent à fortifier une infinité de places, à entretenir de grandes armées par mer et par terre, et à faire en divers endroits de superbes bAtiments, sans qu'il cessât pour cela d'être magnifique, plus que tous les rois ses prédécesseurs, dans sa dépense ordinaire. Le 6 juillet il fit partir da Havre l'amiral avec la Hotte, et vil brûlera ses yeux le plus beau vaisseau de la mer, qu'on appelait le grand Caracon, où il faisait préparer un festin aux daines. L'amiral fit sa descente en trois divers lieux d'Angleterre, où il fit quelque butin, et chassa les Anglais de l'Ile de Wigth; mais il n'osa les poursuivrejusque dans Portsmouth, quoique plus fort qu'eux, à cause des difficultés du passage. Les Anglais crurent quelque temps que le vent leur allait donner quelque avantage sur nous : il tourna, et au lieu de nous attaquer, ils se retirèrent.

L'amiral se contenta de croiser les mers, pour empêcher l'ennemi de jeter du secours dans Boulogne. Enfin, vers le temps de la mi-août, comme les vivres lui manquaient, il revint en Normandie, sans avoir fait autre chose .pie d'occuper les Anglais dans leur

lie et leur taire voir qu'hs pouvaient y être attaqués, On l'accusa d'avoir abandonné l'île de Wigth, OÙ il pouvait faire un fort et y m. lire honne garnison. Il crut apparemment l'affaire Irop hasardeuse. Le roi le reçut à Arques, où il attendait avec impatience les nouvelles du fort de Boulogne.

Le maréchal de Biez, trompé par un ingénieur italien, l'avait fait construire en un autre lieu que celui qu'on avait marqué, et si mal, qu'après six semaines de travail il fallut combler les fossés, dont l'enceinte était trop petite. L'ouvrage, qu'on recommença, n'avançait point, et François, qui s'en ennuyait, s'approcha pour le presser; et. pour le faciliter davantage, il vint a Fo-» rêt-Monlier, abbaye entre Abbeville et Montreuil, OÙ le maréchal lui faisait dire qu'il verrait dans huit jours l'ouvrage achevé. Le roi ne pouvait se persuader qu'un homme de cette importance voulût le tromper. Cependant ces huit jours en attirèrent d'autres. François commençait à croire que le maréchal était bien aise de faire durer le travail, pour avoir plus longtemps le commandement d'une si belle armée. Il y envoya coup sur coup des gens qui n'avançaient rien.

Un jour le maréchal, pour n'être pas tout à fait sans action, fit semblant de vouloir combattre les Anglais, disant qu'il avait reçu avis qu'ils étaient en marche pour attaquer notre camp : alors, contre l'avis de tous les gens sages, il abandonna le travail, laissant seulement dans le fort ce qu'il fallait pour le défendre; mais cet avis n'était qu'une illusion, et la noblesse qui accourut pour la bataille, reconnut qu'il n'y avait aucune apparence que les Anglais, plus faibles que nous, songeassent à nous combattre.

La maladie se mit à Forêt-Montier, et le 8 de septembre le roi y perdit le duc d'Orléans, a lâge de vingts-trois éms- Cette mort l'affligea d'autant plus, qu'elle lui renouvela celle du dauphin François. Elle avait encore cela de fâcheux , qu'elle semblait devoir rompre le traité avec l'empereur. Le roi partit de Forêl-Montier, et voulut qu'on mît fin, de façon ou autre, à l'affaire du fort.

11 y avait alors de continuelles escarmouches, et on remarque un coup étrange que reçut le comte d'Aumale; il fut percé entre le nez et l'œil, du fer d'une lance qui lui entra avec le bois près d'un demi -pied dans la tête, sans qu'il perdît ni la connaissance, ni les arçons : il se laissa arracher le tronçon sans sourciller, et fut heureusement guéri par ce grand chirurgien, Ambroise Paré, digne par son habileté d'être célébré dans toutes les histoires. Le roi apprit enfin qu'il ne fallait pas espérer que son fort pût être sitôt en état, et vit en même temps la belle saison écoulée; ainsi il ne pensa plus à l'entreprise de Guines, et se contenta d'envoyer le maréchal deBiez, pour ruiner les environs de Calais, d'où les vivres venaient à Boulogne. Les Anglais y pera;rent beaucoup de monde en diverses rencontres; mais c'était une faible consolation, et le roi eut sujet de

PART. Xil. TUEOL. H5STORIQ!

regretter de n'avoir pti seulement achever un fuit avec une armée dont il espérait la prise de Guines et de Boulogne.

Le loi étant à Follembrai envoya, le premier de novembre, l'amiral Annexant cl le chancelier Olivier, pour confirmer les (rai lés avec l'empereur, qui était alors à Bruges, < ù il faisait de grands préparatifs de guerre, (outre les protestants d'Allemagne. On craignait que la mort du duc d'Orléans ne lui donnât lieu de retenir le duché de Milan, promis à ce prince, lin effet, il répondit qu'il ne se croyait plus obligé à rien après la mort de celui pour qui il s'était engagé; et au sujet de la paix, il assura seulement qu'il ne serait pas agresseur.

Celle réponse lit connaître «tu roi ce qu'il avait à espérer. Il semblait qu'il n'y eût rien d'impossible a l'empereur, après avoir fait la paix avec la Fiance ; il ne songeait plus qu'à réduire les protestants par la ruine desquels il voulait parvenir à se rendre maître absolu de l'empire. Le roi commençait, à craindre qu'ayant exécuté ce dessein, il ne vint h tomber sur la France avec toutes les forces de l'Allemagne réunies, jointes aux siennes. Ainsi il donna ses ordres pour fortifier la Champagne, et se préparait lui-même à visiter ses provinces.

Le concile, si longtemps différé, fut alors ouvert à Trente, et la première session, quoiqu'il y eût encore peu de prélats, se tint sur la fin de décembre. Les Français et les Anglais étaient continuellement aux mains, malgré Timor, dans les environs de Calais et de Boulogne, et les nôtres avaient presque toujours l'avantage [1546]. Le maréchal de Biez les avant attaqués, dans le temps qu'il veii3it un convoi à un fort qui lui était important, demeura victorieux dans un grand combat. Un renfort de dix mille hommes de pied etdequalre mille chevaux, qui venaient d'Allemagne au toi d'Angleterre, futdissij é dans le pays de Lié^e faute d'argent. L'Angleterre en était épuisée aussi bien que de 'soldats. Boulogne était pressée, les forts bâtis autour en rendaient la défense difficile : parées raisons Henri était disposé à la paix, et François, qui craignait l'empereur, n'en était pas éloigné.

L'empereur se mêla pourtant en vain de l'empêcher; car les ambassadeurs de la ligne de Smalkalde obtinrent que les deux rois nommassent des députés, qui. s'élant assemblés entre Àrdres et Guines, conclurent aisément la paix : elle fut signée an mois de juin. Le roi donnait à Henri huit cent mille écus d'or, en huit ans; après quoi on devait rendre à ia France Boulogne avec le pays, et les places que les Anglais y avaient construites.

François employa le reste de l'année à visiter les frontières de son royaume : il commença par la Bourgogne, où il fortifia plusieurs places; il traversa la Champagne, où il visita en particulier les places de la Meuse, entre autres Sedan, qui lui élait assuré, et finit son voyage en Picardie. Cependant l'empereur avait tenu une diète à

Œuvres covpl. dk Bo*sust. Xf.

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