‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 374 sur 458 · ATEBTISSEMEN1 SIR LES OEUVRES INEDITES DE BOSSUET · texte numérisé non relu

ATEBTISSEMEN1 SIR LES OEUVRES INEDITES DE BOSSUET

u ctmpoêé pour le cardinal de Bouillon. Bossaet, en effet, dans l'écrit, s'exprimant ainsi: ■ Pour un si grand prince d* l'Eglise, et qui doit être une de ses lumières, il no faudrait - rien dire que de médité, » pariait évidemment à un cardinal, et de plus, a un cardinal jru ne encore. Or, Bremaauel-Théodose de là Teur^d'Auvergnt, abbé-due d'Albret, né le 2\ août 1643, n'était dune Agé que de vingt-six ans «tu mois d'août IGGi), lorsque le Pape Clément IX. lui accorda le chapeau, à l'instante prière do Louis XIV, dont la première lettre pour solliciter, en faveur du jeune abbé, cette grâce prématurée, avait été écrite le 8 novembre 1608, cl fut l'une des suites do l'abjuration de Turenuc, oncle de !'abbé-duc d'Albret, abjuration qui avait eu lieu le 23 octobre précédent.

a L'écriture bien connue do Bossuet, le désignerait elle seule, comme l'auteur de l'écrit. Mais l'écrit mène, les pensées, la manière, quoique hâtive, le révèlent plus manifestement encore. Reste d'en dire l'occasion, et d'en indiquer l'époque.

« Bossuet, en relations d'amitié dès longtemps avec Turenne, dont l'abjuration fut son ouvrage, ayant connu ainsi Emmanuel-Théodose de la Tour d'Auvergne, neveu du grand capitaine, avait été, en Sorbonne, au mois d'octobre 1GG5, l'un des indulgents examinateurs dont l'élogieux rapport, lu à la Faculté le k novembre suivant, fut si favorable au nouveau bachelier. Reçu docteur à deux années de là (septembre, octobre 1G67), l'abbé-duc d'Albret faisait ainsi, sous les auspices du grand doyen de Metz, son entrée dans la Faculté 1J0 théologie et dans l'Eglise. Promu par Clément IX au cardinalat (le 5 août 1GG9), en considéra-lion de l'abjuration de son oncle; et, apparemment, n'ayant pas imaginé encore, àcette époque, de se porter pour l'auteur de ce grand événement (auquel il n'avait eu, assurément, aucune part), il tenta, pour justifier une grâce, si vraiment grâce, dont on murmurait en France comme à Rome (et à laquelle la Gazette elle-même n'avait pu trouver aucun prétexte), de se signaler dans le ministère ecclésiastique. La prédication, à juste titre, lui en paraissait un des plus sûrs moyens, s'il y pouvait obtenir quelque succès ; il avait su sentir que des conseils, des instructions lui étaient nécessaires; et de qui en eût-il pu attendre de meilleurs que de ce grand doyen de Metz, l'ami de son oncle, le sien, son indulgent examinateur en Sorbonne; orateur en possession, depuis vingt années presque, de brilléi dans toutes les chaires avec tant d'éclat? Le grand homme, accablé desoins, s'élant empressé de déférer à celte prière, de là l'écrit qui va suivre, tracé de sa main, et auquel lui-même il mit ce titre : Sur le style et la lecture des Pères de l'Eglise pour former un orateur. — J'écris (mandait-il au jeune cardinal), j'écris ce qui me vient, sans donner repos à ma plume ; je n'ai pas même le loisir de relire; quoique, pour un si grand prince de l'Eglise, et qui doit être une de ses lumières, il ne faudrait rien dire que de médité.

« On voit assez quelle fut 1 'occasion de celle leilre. et pour qui Bossuet l'écrivit : reste d'en indiquer l'époque. Adressée à l'abbé-duc d'Albret, qui, le 1er septembre IGG9 avait reçu la ban lie, et était maintenant le cardinal de Bouillon, l'écrit, postérieur à celle cérémonie fut de plus, non moins certainement, antérieur au cinq septembre 1G70, jour de la nomination de l'évêque de Condora au poste de précepteur du Dauphin ; et quelle meilleure preuveen pourrait-on désirerque ces paroles de Bossuet lui-même : Si f avais (y dit-il) si j avais un homme à former, dans son enfance, à mon gré, je voudrais lui faire choisir plusieurs b aux endroits de l'Ecriture, et les lui faire lire souvent; en sorte quil les sçeust par ca-ur. L'évêque de Condom, après qu'il sera devenu, en septembre 1G70, précepteur de 1 héritier présomptif delà couronne de France, tiendra fidèlement ce grave engagement; mais n'est-il pas manifeste qu'au jour où il le prit il ne l'était pas encore ; que l'écrit précéda donc les premiers jours de septembre 1G70, date indubitable de sa nomination à ce posie de haute et intime confiance ?

« Un mot encore en ce qui regarde l'écriture; car pourquoi négligerions-nous cet indice de détail? Les caractères de cet autographe (qui a neuf pages in-4°) appartiennent, sans nul doute, à cette période intermédiaire de la vie île Bossuet; ce n'est plus, de tous points j'écnture du député des trois ordres de Metz à Gaillel de Chanlay, cet intraitable agent do Conde (1653] ; ce n'est plus celle des premiers sermons de l'archidiacre de Sarrebourg ; ce

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n'est pas encore celle (beaucoup plus connue) de l'éfôque de lieaux. Hais JOIl I n-trouvé ces particularités distinclivBs caractéristique, ces singularités, commuiM écritures différentes de Bossuet, à ces époques extrêmes, et qui tout dai gnaJefll

main à ceux qui ont examiné Ion-temps le manuscrit du grand évoque. »

2» < Quant aux Lettres, ,, dit M. Floquet, « elles ont été transcrites par nous d'après 1rs originaux existant dans les archives de la maison de Coudé, qui appartiennent aujourd'hui à Mgr le duc d'Aumale, MM. Alphonse de Cailloux et Cuvillierdc Fleurv avant obtenu pour nous, du prince, l'autorisation do compulser les registres de ce dépôt. »

3° La Lettre au chapitre de l'église cathédrale de Metz a été copiée sur l'autographe qaî est aux archives de la préfecture de Metz; elle avait été transcrite le 19 octobre 1169 sur les registres du chapitre de la môme ville.

Il nous reste à parler des Lettres de Bossuet à Mme de la Maisonfort. L'éditeur de ces lettres raconte ainsi l'histoire de cette correspondance. « On sait que Mme de la Maisonfort était religieuse de Saint-Cyr. Or les rapports particuliers que les religieuses de celle maison avaient eus avec Fénelon et Mme Guyon, avant la controverse du quiétisme, avant fait concevoir à quelques personnes des inquiétudes sur les maximes de spiritualité répandu ! dans cette communauté, Bossuet, qui, avant cette époque, n'avait jamais prêché ni exhorta à Saint-Cyr, eut (vers le commencement de Vannée 1696) le mouvement d'y faire des conférences (1) sur les caractères de la vraie et de la fausse spiritualité. Ces conférences eurent lieu le 5 février et le 7 mars 1696 (2), à la grande satisfaction de Mme de Mainlenon, si affectionnée, comme on sait, à la maison de Saint-Cyr. Mme de la Maisonfort, parente et amie de Mme Guyon, fat charmée, comme elle nous l'apprend elle-même, des principes développés par le prélat dans ses deux conférences. Cependant ses doutes n'étaient pas encore entièrement éclaircis ; elle témoigna à Mme de Maintenon le désir d'avoir quelques entreliens particuliers avec l'évêque de Meaux. Mme de Maintenon pensa qu'une correspondance par écrit serait plus propre aux éclaircissements, et Mme de la Maisonfort entra volontiers dans ce projet, à condition néanmoins que Bossuet n'en serait pas averti, et qu'on se bornerait à lui remettre ses questions, sans lui dire de qui elles venaient. Elle écrivit donc au prélat deux lettres assez longues, et le fit prier de mettre ses réponses à côté, sur des marges très-amples qu'elle y avait laissées exprès.

« Mme de la Maisonfort, dans ses deux premières lettres, rend compte à Bossuet de son oraison, de toute sa conduite intérieure, et des principes de spiritualité dont elle a été nourrie depuis plusieurs années, spécialement par Fénelon, qu'elle se garde bien de nommer, mais qu'il est aisé de reconnaître à la manière dont elle parle de son ancien dir< leur. On peut donc regarder ces deux lettres comme une expression fidèle dos | rinripesde direction que Fénelon avait constamment suivis à l'égard de Mme de la Maisonfort avant la controverse du quiétisme (3) ; et l'on remarque avec plaisir que Bossuet, dans sa réponse, bien loin de les condamner, les approuve expressément quant au fond, quoiqu'il juge nécessaire d'aller au-devant des fausses conséquences auxquelles ils pourraient donner lieu.

« Mme de la Maisonfort fut si satisfaite des réponses de l'évoque de Meaux, qu'elle lui écrivit une troisième fois, pour lui faire ses remercîments, et le prier de vouloir bien terminer dans une conférence particulière ce qu'il avait si heureusement commencé par écrit. Bossuet se rendit à ses désirs, et lui témoigna, dans celte conférence, qu'il sérail toujours prêt à lui donner tous les avis et tous les éclaircissements dont elle pourrait avoir besoin. Ces dispositions mutuelles donnèrent lieu à plusieurs lettres nouvelles, soit pendant le séjour que Mme de la Maisonfort fit encore à Saint-Cyr, soit depuis qu'elle eut été renvoyée de cette maison, par suite des soupçons que Mme de Mainlenon avait conçus contre sa doctrine.

(1) Premier Avertissement de Mme de la Maisonfort sur sa correspondance avec Bossuet

(2) Hist. de Fenélon, liv. 1, n. 54.

(3) Oit peut consulter aussi à ce sujet, dans le tome VU de la Corresvondanct de Fê*ff<M, ses lettres \ Mme de la Maisonfort, ami. 1690-1696.

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« Quelques années après la mort de Bossuet ('•)» Fénelon ayant témoigné lo désir de connaître lea détails de cette correspondance, Mme de la Maisonfort les lui envoya, en y joignant quelques notes, et plusieurs avertissements, eu Tonne do lettres à l'archevèqin: de Cambrai, pour lui apprendre l'occasion et le sujet des diverses parties de sa correspondance avec l'été |ue de .Meaux.

I i plus grande partie de cette correspondance était demeurée manuscrite jusqu'à ce jour. La Relation du quiéiismt de l'abbé Phelippeaux, publiée en 1732, renferme seulement un extrait fort court des deux premières lettres de Mme de la Maisonfbrt à Bossuet, et des réponses de l'été [ne de Meaux. C'est de là que les éditeurs des OEuvres de Bossuet ont tiré cet extrait, imprimé sous Je titre ae Réponse uux difficultés de Mme de lu Maisonfort (5), et uniquement dirigé contre les erreurs des faux mystiques. 11 y a tout lieu do croire que l'abbé Pfaelippeaux, par suite de ses préventions si connues contre l'archevêque de Cambrai, craignit de faire connaître au public le reste do cette correspondance, dans laquelle Bossuet se montre beaucoup plus favorable qu'on ne le pense communément, à. la doctrine spirituelle de Fénelon. »

Nous ne devons prendre dans le recueil publié en 1829 que les Lettres de Bossuet et celles de Mme de la Maisonfort à ce prélat. Quant à celles que cette dame a écrites à Fénelon, elles seront reproduites plus convenablement dans notre édition des œuvres de l'archevêque do Cambrai. Nous ferons observer en finissant que les originaux des Lettres de Bossuet n'om pas été envoyés à Fénelon par Mme de la Maisonfort; mais elle a copié ces lettres en partie par elle-même et en partie par un ami à qui ellejavait confié cette correspondance, comme elle le déclare elle-même dans une lettre à l'archevêque de Cambrai.

Ce que nous réunissons ici sous le litre û'OEuvres inédites de Bossuet, a donc tous les caractères de l'authenticité la plus certaine. C'est un nouveau fleuron que nous ajoutons à l'auréole do gloire dont nos pères ont couronné l'immortel évoque de Meaux.

Aux opuscules inédits dont nous venons de parler, on doit ajouter une Instruction à M. le Dauphin pour sa première communion Celte instruction, dont on trouve une copie au lome XXIX, page 19, des manuscrits de Bossuet possédés par la Bibliotliè |ue impériale, n'a jamais été éditée. Elle est néanmoins digne de figurer dans les OEuvres do l'évêque do Meaux. Nous n'avons aucun doute sur son authenticité : tout y révèle Bossuet ; malgré I élégante simplicité du style, on y sent celte autorité empreinte de foi qui subjugue. Or, c'est là le caractère dislinctif des Instructions de Bossuet.

Il en est de même d'une Exhortation à la vertu, aussi pour le Dauphin. Cette pièce a élé écrite en français par Bossuet, et afin de la mieux inculquer dans l'esprit de son royal élève, il la lui a fait traduire en latin. Mais cette version est évidemment le travail d'un é.ève encore peu habitué 5 la langue de Cicéron : nous n'avons pas à nous en occuper. C'est encore du tome XXIX des Manuscrits que nous avons extrait celte Exhortation.

Nous reproduisons encore un recueil de cent neuf Sentences, extraites par Bossuet, pour l'usage de son élève, des auteurs anciens.

Enâu nous ajoutons aux OEuvres inédites de Bossuet d'assez nombreuses pièces de vers qui se trouvent au tome 1" de ses Manuscrits. Mais un Monitum particulier précède tes poésies, et c'est dans ce Monitum qu'on verra ce que nous en pensons.

Notre édition des OEuvres de Bossuet est donc, sans contredit , de beaucoup la plus complète qui ait encore paru jusqu'ici.

(4) Postérieurement au mois de septembre 1707 ; car Mme de la Maisonfort, dans un de ses Avertissements, p;ule du cardinal le Camus comme mort depuis quoique temps.

(5) Œuvr. de Bonuel, t. IV, col. 395 et suiv. de celte édition.

Ce volume était entièrement imprimé et même la 1" édition en était épuisée tout entière, quand, en la r lisant pour on présenter une 2m% nous nous sommes aperçu que la première pièce, savoir : I alloc mon Minèhre sur M"" Yolande de Monterby, qu'un savant digne de foi nous avait affirmé être inédite, se trouvait déjà à la col. 1331 du mrne VII de nos Œuvres complètes de Bosmel Mais comme enlèvement de cette allocution nécessiterait troo de remaniements à h préface, à la pagination et aux tables particulières et universelles des œuvres inédites du grand orateur, nous nous d'éridous à'-laisser subsiste) te double rinp'oi, nous con lento nt d'en avertir ici le Lecte r.

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