Î7 SUR LA LECTURE DES PERES DE L'EGLISE
lesse. — Les Livres et les Préfaces de MM. Ponr l'Ancien Testament, je n'ai jamaii
de Port-Royal sont bons à lire, parce qu'il fait autre chose que de lire la îelon
y a uc la gravité et de la grandeur; mais Vkébreu, la conférer avec fa Vulgate, pren-
corame leur style a peu de variété, il suffît dre le génie de la langue sainte el de
d'en avoir vu quelques pièces. manières de [•.•nier. Valable, seul, foui
Les versions [de Perrol] d'Ablancourt sont tout cela dans sa traduction et dans !
bonnes; il a fait le Corneille , Tacite et lo marque» (9). Quand il se rencontre des difli-
Thucydide. — Car, pour le Lucien, c'est le cultes qui ne sont pas expliquée*, je <
stjle propre et familier, et non le sublime lerais de passer outre. Car on i put être
et le grand, qui doit être, néanmoins, celui savant sans savoir tout, < t jamais on ne
de la chaire (8). tout dans ce livre. Au reste, j'ai connu,
Pour les poêles, je trouve la force et la expérience, que quand on s'attache opiniâ-
véhémence dans Corneille; plus de justesse trément à pénétrer les endroits obscurs,
et de régularité dans Racine. avant (pie de passer plus avant, on consume
Tout cela se fait sans se détourner des au- en questions difficiles le temps qu'il faudrait
très lectures sérieuses, et une ou deux piè- donner aux réflexions sur ce qui est clair;
ces suffisent pour donner l'idée et faire cou- et c'est ce qui forme l'esprit et nourrit la
naître le Irait. piété. Il faut, sans impatience, lever une
• Mais ce qui est le plus nécessaire pour difficulté, et puis une autre ; mais cependant
former le style, c'est de bien comprendre s'attacher à bien posséder ce qu'on a trouvé
la chose, de pénétrer le fond et le fin de de (dus clair et de plus certain,
tout, et d'en savoir beaucoup; parce que Pour le Nouveau Testament, Mahionat, sur
c'est ce qui enrichit, et qui forme le style les Evangiles (10) et Eslius (11) sur saint
qu'on nomme savant, qui consiste principa- Paul, instar omnium.
lement dans des allusions et rapports ca- Il ne faut guère lire les commentaires que
elles, qui montrent que l'orateur sait beau- lorsqu'on trouve, actuellement, quelque dif-
coup plus de choses qu'il n'en traite, et di- ficullé. Car ils se farcissent de beaucoup do
vertit l'auditeur par les diverses vues qu'on choses superflues, et ils ont peut-être rai-
lui donne. Cicéron demande à son orateur son ; parce que les esprits sont fort dif-
mullarum rerum scienliam; car il faut lauplé- férenls, et, par conséquent, les besoins,
nitude pour faire la fécondité, et la fécondité Mais pour trouver ce qui nous est propre,
pour faire la variété, sans laquelle nul agré- il faut nous éclairer seulement où notre
ment. esprit son lire.
Venons, maintenant, aux choses. La pre- Il y a une observation nécessaire à faire
mière et le fond de tout, c'est de savoir sur l'Ecriture, el principalement sur saint
très-bien les Ecritures de \ Ancien et du Paul. C'esl de ne pas chercher si exactement
Nouveau Testament. la suite et la connexion dans tous les mem-
La méthode que j'ai suivie, en les lisant, bres. Il dit tout ce qui se peut dire sur la c'est de remarquer, premièrement, les beaux matière qu'il traite; mais il songe, as endroits qu'on entend, — sans se mettre en souvent, plutôt à la thèse proposée qu peine des obscurs. Parce moyen on se rem- qu'il vient de dire immédiatement. Celle vue plit l'esprit de tonte la substance des Ecritu- m'a sauvé bien de l'embarras dans les é| ires. Car saint Augustin a raison de dire que très Ad Romanos, Ad Galatas et dans les enci les endroits obscurs ne contiennent pas droits qui regardent la doctrine. d'autres vérités que. ceux qui sont clairs. » Pour les Pères, je vomirais joindre en- Les raisons en sont belles, mais longues à semble saint Augustin et saint Chrysostome. déduire. Les endroits clairs sont les plus L'un élève l'esprit aux grandes et sul beaux, et si j'avais à former un homme dans considérations; et l'autre le ramené et le son enfan e, à mon gré, je voudrais lui faire mesure à la capacité du peuple. Le premier choisir plusieurs beaux endroits de l'Ecri- ferait, peut-être, .s il était seul, une manière ture, et les lui faire lire souvent, en sorte de dire un peu trop abstraite; — el 1 autre qu'il les sût par cœur. Ainsi on saura, sans trop simple et trop populaire. Non que ni doute, ce qu'il y a déplus beau, et après on l'un ni l'autre au ces vues; — m. viendra aux difficultés. que nous prenons ordinairement dans les
(8) Nicolas Pe-ro-i d'Ablancourt. — Sa traduc- j'ai vue et que n'indiquent point les ouvrages talion des Annales de Tacite parut à Paris en 1640- bliosraphiques.
1644; celle .le l'Histoire (tu même) en ii>:>\ ; mut (10) Ces Commentaires de Maldonai sur i -
lo.iv.-age forme 3 vol. in-8°, et a élé imprimé dix giles n'ayanl été publies qu ap.es sa ... l,
f 0 s trouve, ce docie »cli,i m oayanl pu les «von
s', ira.luction de. Lucien parut t» en 1654-1653, Bossuel le devaii rrmarquj-r dai.s la su:
2 vol. in-*; 2» eu 1664, 3 vol. in-12. sens dont s;- pourraient prévaloir les socmieiis H
Sa traduction de VHisloire de Thucydide parut à que les Calhohq es repoussent. (Bossi ...
Paris on 16C2. in-fol. Gui Patin écmaii, le il oc- trurtion contre tan won du N. T d<
lobre 1055, à Falconet : * M. Perrol est un habile 1 > s; piembre I «02 . h- 2o el 17 , el «<
homme. On le blâme po rtant de s'être trop don 6 préliminaires, e m.» i de Vusailtes, i. i>. | • •
de licence à son Taci/c, -ei, de fait, je ne rcnieuJs 36o, 367eisuiv.) ,.,.„.,;
oas si bien que le latin. > (» ) ts'« [GuIMmi analir. m -; .
(9) Bossnet se servait, apparemment-, d'une édi- et aliom m avoi i. episiolas ; luac. 1014, - vol. ... tion de la Bible d" Valable . imprimée pendani m fo..; idem, UwO,- vol. m i i.
régne de Lwuis N.Î1! , en deux volumes, iu-S", que
iy
OKCYUES INEDITES DE BOSSILT.'
auteurs et qu'il y a de p+us émi tient (12). Dans saint Augustin [on trouvera] toute la dbctrioe ; — dans saint Chrysostome, l*ex- |ioi . IMncr palion, la vigueur; la ma-
nière de traiter les exemples de l'Ecriture, 1 1 d'en faire valoir tous les mots et toutes li - circonstances.
A l'égard de saint Augustin, je voudrais le lire à peu près dans cet ordre : les livres De lu doctrine chrétienne ; le premier : théologie admirable. — Le livre De catechxxandis ritdibus; — Dtmoribus Ecclesiœ cathoticœ; — L'nehiridion, ad Laurcntium ; — De spiritu et littera; — De vera rcligione ; — De cicitate Dei (ce dernier, pour prendre, urne en abrégé, toute la substance de sa doctrine. J — Mêlez quelques-unes de ses épttres : celle à Volusien; Ad Honoralum, De gratin Novi Tcstamcnti, ainsi que quelques autres. — Les livres De sermone Domini in monte, — et De consensu evangclislarum.
A L'égard de saint Chrysostome, son ouvrage sur saint Matthieu l'emporte, à mon jugement. Il est bien traduit en français (13); h| en le lisant] on pourrait, tout ensemble, apprendre les choses, — et former le style. Au reste, quand il s'agit de dogmatiser, jamais il ne se faut fier aux traductions. — Les Homélies [de saint Jean Chrysostome] sur la Genèse, excellentes; — sur saint Paul, admirables; — au peuple d'Antioche, trèséloquentes. — Quelques homélies détachées, mit divers textes et histoires.
Je conseille beaucoup le Pastoral de saint Grégoire, surtout la troisième partie; c est celle, si je ne me trompe, qui est distinguée en avertissements à toutes les conditions, — qui contiennent une morale admirable et tout le fond de la doctrine de ce grand Pape.
Ces ouvrages sont pour faire un corps de doctrine. Mais comme l'usage veut qu'on
cite quelques sentences, c'est-à-dire accvra'ius aut tUgantius dictata, Tertullien < n
fournit beaucoup. Seulement il faut prendre garde que les beaux endroits sont fort communs. Les beaux livres de Terlulien sont : V .\p<dogctiquc; — De spectaculis ; — De cultu muliebri ; — De vclandis rirginilius ; - - De pœnitentia, admirable ; — l'ouvrage contre Marcion; De carne Christi; — De resiwreetione carnis ; — celui De prœscriptione. excellent, mais pour un autre usage. — On apprend admirablement dans saint Cyprien Je divin art de manier les Ecritures et do se donner do l'autorité en faisant parler Dieu sur tous les sujets par de solides et sérieuses applications.
Saint Augustin enseigne aussi cela divinement par la manière et l'autorité avec laquelle il s'en sert dans ses ouvrages polémiques, surtout dans les derniers contre les pélagiens. Ce qu'il faut tirer de ce Père, ce ne sont pas tant des pensées et des passages à citer que l'art de traiter la théologie et la morale, et l'esprit le plus pur du christianisme.
Au reste, ce que je propose ici de lecturedes Pères n'est pas si long qu'il paraît. Il n'est pas croyable combien on avance pourvu qu'on y donne quelque temps et qu'on suive un peu.
Clément Alexandrin viendra à son tour et l'on pourra mêler la lecture de son Pédagogue ; — comme aussi quelques discours choisis de Saint Grégoire de Nazianze, [auteur] très-propre à relever le style.
J'écris ce qui me vient sans donner repos à ma plume. Je n'ai pas même à présent le loisir de relire; quoique, pour un si grand prince de l'Eglise et qui doit être une de ses lumières, il ne faudrait rien dire que de médité. Je sais à qui je parle et qu'un mol suffit avec lui pour se faire entendre.
(12) C'esl-à dire: ce qui y domine , ce qui y est le plus or.liuaire, et comme habi uel. Bos util a dil, au iiièiii-* sens : On définit ks hommes pur ce qui domine en eux. (Bossuet , De la connaissance de bien ei de soi-même. <hap. Ier, n° 11.)
[\o\ Les homélies ou sermons de saint Jean Chryome.. sur tout C Evangile de saint Matthieu, trai h'U en français par Paul Antoine de Mahsilly [i> eudoayme]; Paris, ch z P. le Petit , imprimeur, trois v.,l,ini-s in-4°, 1665. (Ouvrage achevé d'impr mer, pour ta première (os , le 8 janvier 1665.) Le> d cteii'S Grenet (cure de Saint-Benoît) et Marlni (cmé de Saiut-Eu tache) , dans l'approbation rollecli»e donnée par eux a l'ouvrage, le 1" juillet •654, sYx rimèrent ainsi : i Cette iraduclion étant
« HilêlequK juste, e> conforme à l'expression du *ty(e et des p-n-éesdu saint, on peut due que les Kauiés i^aïui elle, de ce Père si éloquent ne parais-
sent pas moins sous la plume de cet excellent interprète que sous celle de cesauit... Il semble que ce suit lui même qui se soit expliqué, une seconde fois, en nc»tr« langue. > Sous le nom, supposé, d'Antoine de Marsilly s'était cach ' Louis-lsaac Le Maistre de Saci, auteur véritable de celte traduction , à laquelle, toutefois, Nicolas Fontaine pi il part peutêtre. (Voir le Dictionnaire des anonymes el pseudonymes, par Barbieb, 2"" édition, 1823, l. Ier, p. 11, n° 159, et i. Il, p. 147, n° 8362.) — L'abbé Goujet indique formellement Louis-Is ac le Maître ( de Saci), comme l'auteur de la traduction des Homélies m saint Chrysostome sur l'Evangilede saint Matthieu, publiée sous U nom de Paul-Antoine de Marsilly. (Vie de M. Nicole, el Histoire de ses ouvrages [par GougetJ ; Luxembourg , 1732, in-12, ire parle, ciiap. 10, p. 185.)