‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 380 sur 458 · A MADAME DE LA MAISONFORT · texte numérisé non relu

A MADAME DE LA MAISONFORT

LETTRE PREMIERE. été approuvées par un Irès-sainl prêtre

Le prélat répond aux difficultés quelle lui '!"« J'ai, vu <l«".x «»1 fois fois en ma i

avait proposées sur son oraison. (l"' » du savon-, et |iar un nouveau din -

tour (10) que je eonsulte depuis quel pie

A Paris, 21 mars 1090 (IV). temps, qui est aorte, généralement estimé,

Voilà, ma fille, mes réponses à vos deman- d'une grande piété, et qui est plutôt accusé

des. Faites effort, afin que ma méchante d'être opposé à une spiritualité exlraordi-

écriiure ne vous dégoûte pas du fond des mure, qae de la favoriser. Ajoutez, s'il vous

choses. Quand vous aurez bien lu et bien plaît, que mes supérieurs et mes confesseurs

compris, s'il reste quelque difficulté, vous ne m'inquiètent point. Mais je m'inquiète

pourrez encore !a proposer, et je vous ferai moi-même, et pour ne vous rien dissimuler,

réponsedeMeaux, comme de Paris ou de Ver- cela vient de ce que les deux hommes dont

sailles. Prions Dieu les uns pour les autres, je viens de parler sont un peu soupç innés

en l'unité du Saint-Esprit. Notre-Seigneur par quelques personnes de favoriser trop une

soit avec vous. certaine spiritualité, et que je crains [que le

I. — Demande. — Saint François de Sales second] n approuve les sentiments du |i"ré pondait à ceux qui lui reprochaient le mier, que pane que son autorité l'entraino temps qu'il employait à écouter certaines (t7j. C'est ainsi que je raisonne en certains personnes, que, si l'on savait ce que c'est de temps, que je pourrais, je crois , appeler mettre la paix dans un cœur, on s'estimerait moments de tentation. En d'autres temps, heureux d'y contribuer. J'espère, Aionsei- quoique je ne sois pas ferme dans les règles gneur, qu'entrant dans les mêmes senti- que j'ai reçues , je ne laisse pas d'être perments, vous ne vous rebuterez point de ce suadée qu'elles sont conformes à la doctrine que je vais vous écrire. de saint François de Sales, excellentes en • Réponse. — Oui, j'entre de tout mon cœur elles mêmes , et proportionnées à mes Dedans les sentiments de ce digne évoque. 11 soins. Quelquefois je doute seulement de ce faudrait écouter jusqu'à des inutilités, pour dernier, et crains uniquement qu'elles ne disposer ceux qui les disent à recevoir la conviennent point à mes dispositions. Je consolation qu'on leur doit. A plus forte rai- vais, Monseigneur, vous en faire juge ; et son, faut-il entendre vos propositions, qui j'espère que, si vous approuvez ces règles, sont sérieuses. Je vais donc y répondre arti- cela m'y affermira, et me mettra dans la paix, de par article. qui est un bien si désirable.

II. — Demande. —J'ai reçu des règles pour Réponse.— Vous paraissez dans une bonne ma conduite intérieure, dans lesquelles j'ai disposition pour écouter Dieu ; il ne reste besoin, Monseigneur, que vous m'affermis- qu'à l'écouter pour vous avant de vous parler. siez. Elles m'ont été données par un homme III. — Demande. — Il y a environ six ans d'une grande lumière,' d'une grande piété, que Dieu a commencé à m attirer au recueilque je crois même un saint, et qui m'a laissé lement. 11 y avait plusieurs autres années cette idée toutes les fois que je suis sortie oue je m'appliquais a 1 oraison, et que j n d'auprès de lui; qui m'a paru avoir grâce mais cet exercice. 3e n'étais pas alors soij pour moi, et sous la conduite duquel j'ai été la conduite du directeur dont je viens il mise par mes supérieurs : ce qui a été pré- parler. Il me dit que, lorsque je me seuiaii cédé, accompagné et suivi de circonstances recueillie en la présence de Dieu, je 0

qui ne me permettent pas de douter que y demeurer en paix : du reste, il nie cou- Dieu ne me voulût sous une te le conduite. sei-llail une oraison d affection tort libre, ae C'est bien a^sez, ce semble-l-il, pour de- raisonner même, si je m v sentais portée, ci voir être en paix sur les décisions d'un tel d'être fort fidèle à suivre attrait de uieu, homme : mais ce n'est pas tout; elles ont Plusieurs mois après, il me parut me e-

(14) Au tome IV de noire édition des œuvres corn- vrenx. Mme de l.embrrl, qui êïail de son pays

plètes, nous avons r- produit de ceite correspon- pour qui il venait a bau.i-i >r, n*"*^*"'";™

5a..cere q«e eoniiennent les autres éditions de à cause de sa sainteté. Cela s. • r, m .. •» >

Bossuet. Ces frag nents sont intitulés : Réponse aux de mes temps d n cei titude sur mon ormon, jeun

difficultés de Mme delà Maisonfort. (Voy-z col. 395,) en dis quelque chose : ,1 appr ouw 'nr« M

Ils ne co> tiennent que les u°> V, VI et Vil de la pre- sels q« 'on ma» ail *»"*»«« iï„îlio«

mière lettre irèa-convenable8 ; ce qui me lui munie alors. '(15) Les notes que n us reproduisons ici sous le (16) Vous reconnais i h ce Ç^IM. Tiô

lei.e, sont des explications q.:e Mme de la Maison- a qui vous «, av.ea couse, e l ; l" ' ( „ ,;,>,. f<>. ta données à Fenelon pour lui beiUtrr Pinlelli- (17) e |..g. -' '1^ .'

en.ee des réponses de Bossât à ses questions. aérait de qui je voulais pai 1er, ctlin appui I

* C'é.ail le bon M. Boudox, arctiiJîaçre d*E- ncir qu en ae tttt déjà.

OU ViU.s INEDITES DE B0SS1 II.

,,tM . nu moins par la manière dont

s le conseil suivant : savoir, de »rc n- dans l'oraison l'occupation des acs su 's ; arliculiers ; mais que, si l'un el l'autre rn'éehanpaien , je pouvais demeurer en pfl \ en la présence do Dieu , ri u |ue j y eussede l'aurait, et que celle upalion ne me rendit ni plus né-

.«-ii t • pour me corriger, ni moins humble,

ni ios docile, ni moins défiante de mes

lumières, ni moins prête à être privée des consolations.

Comme j'ai l'esprit prodigieusement fertile en réflexions, et que je suis porlée par timidité, aussi bien (pie par activité , à multiplier les actes à l'infini, cette décision de demeurer en la présence de Dieu, quand le reste m'échapperait, m'embarrassait : car lors môme que j'étais recueillie, je ne laissais pas d'avoir des actes dans l'esprit; je n'étais même pas dans l'impuissance de faire des raisonnements : ainsi les actes et les sujets ne m'échappaient point.

Trois mois après, on me dit qu'on avait voulu m'en l'aire essayer, mais qu'on n'avait pas eu intention que je m'en embarrassasse; on me dit de ne plus chercher celle sorte d'occupation, de me contenter de la simple présence de Dieu , si Dieu lui-même ne m'attirait a quelque chose de distinct, soit acte ou occuj alion de quelque sujet; de revenir à celte présence de Dieu dès que je m'apercevrais de la distraction.

On m'a toujours depuis tenu le même langage, m'assurant qu'il n'y avait rien à craindre, quand on n'avait pas voulu se mettre soi-même dans celte sorte d'oraison, et que les directeurs, par industrie, n'y avaient pas voulu introduire. On m'a reproché cent fois mon indécision, el j'avoue que je ne conçois I as comment je puis avoir tant de doutes sur ce qui m'est décidé par un homme en qui j'ai d'ailleurs une pleine confiance, et pour qui je sens une parfaite vénération.

Il m'a conseillé plusieurs fois de m'exciter par la lecture au recueillement dans les temps de sécheresse, si j'éprouvais que cela me réussît; mais lui ayant dit que, dès que j'avais commencé à. faire un acte, je les mulli| liais à l'infini, ce qui me desséchait le cœur, il me disait alors de n'en point faire, que quand le mouvement de la grâce m'y porterait; et une autre fois, lui ayant dit epie je ne les multipliais plus trop, et ne m'en trouvais pas mal, il me dit que, lorsque je ne sentirais plus rien dans mon fond, et que je serais dans le dessèchement, je m'excitasse par quelque pelit acte d'amour de Dieu, ou autre fort court. Apparemment qu'à l'heure qu'il es', il me dirait de n'en plus faire ; car j'en suis présentement revenue à les multipliera l'excès, et depuis plus de quatre ans qu'on m'a déterminée à celle sortn <]'( raison , je n'ai .pas encore comme d'une bonne manière à suivre celte

îe.

J'ai naturellement l'esprit plus réfléchis-

; qu'une autre, l'imagination vive, en

un mol, une prodigieuse activité ; la cons-

cience timide, même portée au scrupule, el un amour-propre qui veut toujours se complaire dans son ouvrage, et s'assurer de faire quelque chose.

Réponse. — C'esl à des Ames de cette sorle (pie l'oraison passive fait de grands biens, témoin la vénérable Mère de Chantai. Il faut faire, mais non pas s'assurer qu'on fait.

IV. — demande. — Dans les temps où Dieu me fait sentir sa présence, je ne doute pas que cetle voie ne me soit bonne, excepté dans les commencements, où je crois que je n'étais pas assurée, lors même que je n'étais pas reçue. Ilie. Présentement, souvent même dans les temps de sécheresse, je crois <pie rien ne m'est meilleur que ce qu'on m'a conseillé ; mais, comme je vous l'ai dit, Monseigneur, l'incertitude revient de temps en temps.

Je ne suis pas attirée bien exlraordinairement ; je n'ai point eu, pour entrer dans celle sorte d'oraison, ce signal dont vous avez parlé, je| veux dire l'impuissanco de pouvoir faire autrement; je sens bien seulement que les discours ne me sont point nécessaires pour me convaincre, puisque, par la miséricorde de Dieu, je suis convaincue des plus grandes vérités, et qu'ils ne le sont point aussi pour m'unir à Dieu.

Réponse. — J'ai rapporté ce signal de l'impuissance comme celui que demandent tous les spirituels après le bienheureux Jean de la Croix; mais, du reste, je suis pour moi bien persuadé qu'en se livrant à la seule foi, qui, de sa nature, n'est pas discursive ni raisonnante, on peut faire cesser le discours , sans être dans l'impuissance d'en faire. Je ne veux pas assurer qu'on soit alo s dans l'état d'oraison passive, ainsi que l'appelle ce bienheureux; mais, quoi qu'il en soit, cet état est bon et conforme à la doctrine de saint Paul, qui ne demande pas le discours, mais la seule foi, pour la conviction des choses qui ne paraissent pas. Quand donc je trouverai un Chrétien qui, sans être dans celle 'impuissance de discours, ou sans songer qu'il y est, priera sans discours, je n'aurai lien à lui dire, sinon qu'il croie et qu'il vive en paix.

V. — Demande. — Il me paraît que ce qui est le plus conforme à ma disposition est un simple retour de mon cœur vers Dieu.

Réponse. — Je n'ai rien non plus à dire contre ce simple retour du cœur à Dieu, pourvu qu'on l'enlende bien ; ce que nous verrons dans la suite.

VI. — Demande. — Je trouve que ce simple retour me convient, non-seulement pour l'oraison, mais dans le cours de la journée, pour revenir à Dieu, et que les oraisons jaculatoires ne me conviendraient pas si bien.

Réponse. — Il faut d'abord supposer que ce simple retour à Dieu contient un acte de foi fort simple et fort nu avec tonte son obscurité et toute sa certitude, el qu'il cou-

i.fi LETTKES A MADAME DE LA MAISONFOR I .

tient aussi un acte d'amour d'une Dareille au ciel où Jésus-ClirisI tournait

simplicité. .... , "u ''" lui-môme indépendamment d

Les oraisons jaculalo.rcs sont des affec- lieu, quoiqu'il v ail une manière adn

tions expresses, qui pourraient sortir de ce ble de le regarder < n sou iniéi ieur i omme

fond de fol et d'amour; mais I âme qui a ce celui qui y l'orme la | rière

fond peut se passer de ces affections, et jus- l\. - Demande. Celle attention à I

que-là je suis d accord avec vous. est quelquefois accompa . ■,„•

VII —Demande. —Je trouve aussi que sensible, el d'une diiîicullé aux acles

la simple attente du recueillement, pour tincts et à prier vocalement Je

ainsi dire, m'y prépare mieux que ne fe- souvent celle difficulté aux prières vo<

raient les efforts. .) entends par cette attente dans des temps de séchi On m'a an

une certaine Iranquillilé où j« lâche dé me de me contenter des prières pr<

mettre, et une attention à Dieu qui est Réponse. — Je crois que, par les pri

quelquefois bien sèche et presque imper- prescrites, vous entendez l'Office et les au-

ceptible. 1res d'observance, il v faut aussi ajoi

Képonse. — La difficulté commence, lors- celles que le confesseur donne pour p. nique, après avoir dit l'état- où vous êtes du- tence ; mais i! n'est pas nécessaire de rant le cours de la journée, vous réduisez charger de beaucoup de prières de celle toute votre action à une simple attente du sorte.

recueillement; de sorte que, de journée X. —Demande. — Un homme que je n'ai

à journée, il ne vous reste aucun lieu vu que deux ou trois fois en ma vie (19 m'a

pour les actes expressément commandés de dil que, quand on im pouvait qu'avecdilfi-

Dit'U. culte ilire les prières marquées pour ga 21 er

Le recueillement qui revient à la simple les indulgences, parce qu'on se senlail at-

présence de Dieu, ne contient ni espérance, lire au recueillement, il n'y avait qu'à s'aba-

ni désir, ni action de grâces, ni demande; tenir de «es prièn .

et. ainsi tous ces actes sont supprimés; ce Réponse. —Je le crois ainsi; mais dans

qui ne compatit pas avec l'Evangile. le cas pré ont, où il s'agil de difficulté et

La simple attente est très-distincte de non d'impossibilité, je crois plus humble, et

l'excitation qu'on se fait à soi-même. Or, de par là plus sûr, de dire les prières prescri-

croire qu'on en vienne en celte vie à un tes dans un Jubilé. On a s. pi jours, el on

éiat où l'on n'ait jamais besoin de celte exci- peut partager ces prièresdans tout ce le ■

talion, David nous est un bon témoin du La difficulté peut faire en ce casparlie

contraire, puisqu'il en revient si souv»nl à la pénitence; mais, après tout, il ne faut

dire : E evez vais, ma langue (Psal. xv, 9); pas gêner ces âmes sans nécessité.

mon âme, bénis le Seigneur. [Psal. en, 1); XL — Demande. — Il me semble qu'en-

mon âme, loue le Seigneur. (Psal. cxlv, 3 ] tre les personnes qui sont dans celle oraison

J'ai dit : J observerai mes voies, pour ne simple, les unes n'oni nulle difficulté aux

point pécher par la parole, etc. [Psal. prières vocales, les autres eu ont beau-

xxxviii, :>..) coup, et quelques autres y onl une i -

Jl y a de doux efforts que la foi et l'amour d'impossibilité. Il est rappoité que la .Mère

inspirent et rendent fort naturels. Marie de l'Incarnation, qui a établi les Car-

Les spirituels nous enseignent que, s'il mélites en France, ne pouvait dire un i"

y a quelques âmes qui soient tellement de suite.

mues de Dieu, qu'elles n'aient aucun besoin Réponse. — Je crois ces dispositions ii i s*

de faire effort, ce sont des âmes uniques et réelles dans les âmes. Il est écrit, dans la

privilégiées, comme serait la sainte Vierge, Vie du P. Balthasar Alvarez, qu'il fallut de-

on quelque autre qui en ait approché (18). mander pour saint Ignace de Loyola la dis-

Vfll. — Demande. — • J'aurais peine à pense de dire le bréviaire, à cause de l'ab-

dire précisément ce que c'est que mon orai- sorbemenl où il en était d'abord, delà n'eirt-

son, sinon que c'est un simple souvenir de pèche pas que l'on ne doive de temps en

Dieu/ou attention à Dieu, sans rien de dis- temps tenter la prière mu-i>'.c, la commencer

tinct, sans me le représenter en nul endroit, du moins, si I on ne poul l'a • >ir la

et sans môme le chercher au dedans de moi. volonté de la faire, si l'o 1 n'en a pas l'eifet.

Réponse. — Tout cela se peut pour le alin d'adorer Dieu de toul ce qu'on est, 1 <

temps de l'oraison ; mais Dieu prescrit d'au- à-dire de Pexléiieur el de Pin érieur,

très exercices pour le cours de la vie. En- gêne toutefois, avec uue sainte liberté; car

core faut-il prendre garde de ne point ex- elle est inséparable de l'amour.

dure du temps spécial de l'oraison l'espé- XII. — Demande. — Les iem| s de séche-

rance, la demande et l'action de grâces. Je resse sont fréquents die/, moi; mais je

suis de l'avis de ceux qui n'obligent point supporte mieux que l*.n piietude el le

a chercher Dieu uniquement en nous-mê- trouble,

mes, puisqu'on le peut également regarder Réponse, — Il faut se laisser troubler

(18r) Si M. de M. aux eût bien pris ma pensée, et dans laquelle je lâchais de me meure étail mi que je me fusse mieux expliquée, il ne m'aurait pas pa cet acte de bimple retour, que le |»rélai con dit loin ceci ; car, outre que je ne parlais que pour v eut en- un doux effort, Pa< le v plus Nfc . « i roule temps de l'oiaison, comme cela se verra dans tenir uéinedeux acles disii cts. la suite (pag. 57 et suiv.), c» uc iranquillilé douce (il») Cela 1 M. Boudou, donl j'ai déji parti.

quand Di«*u le veut . parée que ce trouble »-Nt quelquefois le trouble «le l'eau par l'ange, qui procède la g lérison. C'est quelquefois une participation du trouble de la sainte âme de Notre-Seigneur, qu'il faut rejuer dans l'Evangile en diverses occa-

XIII. — Dlmvndk. — Il me paraît que le mieux, alors, sérail de lâcher de se calmer m la présence de Dieu; el les réfleiions et It- s discours (supposé qu'on en puisse faire, ce >]iu ne serait peut-être pas impossible) ne i emédieraient pas à ces inquiétudes et à ces troubles.

Réponse. — Le discours n'accroît pas de teU troubles; une douce conformité à Ja volonté de Dieu en est le seul remède, et l'exemple de Jésus-Christ nous y conduit.

XIV. — Demande. — C'est dans ces temps de trouble que je me jette dans la multiplicité des actes, pour m assurer, sans y pouvoir parvenir.

Réponse. — Il ne faut chercher d'assurance qu'en la seule bonté de Dieu, et entièrement hors de soi-même, surtout celles qui expérimentent, comme vous, que ces assurances qu'on cherche ailleurs n'ont point l'effet qu'on en prétend. Sans multiplier les actes par un travail inutile, i! y en a de fort simples qu'on peut pratiquer (20).

XV. — Demande. — Une lettre de Mme de Chantai aux supérieures de son ordre, où elle parle de certaines âmes attirées à une oraison si simple, qu'il leur paraît qu'elles ne font rien, qui veulent toujours agir par Ja crainte de perdre le temps, et qui ont un grand besoin qu'on les encourage à suivre l'attrait de Dieu, m'a fort consolée. J'ai cru trouver mon portrait dans cette lettre, excepté que Mme de Chantai dit que, pour l'ordinaire, on voit reluire une grande pureté et une grande régularité dans ces âmes.

Réponse. — Vous avez raison d'être consolée de cette lettre. Nous parlerons tout à l'heure de la pureté el régularité que Dieu demande à ces âmes.

XVI. — Demande. — Ce qui devrait le plus faire douter ceux qui me conduisent, el moi-même, de mon oraison, c'est le peu de progrès que je fais dans la vertu. Il me parait, el à bien des gens, qu'au lieu d'avancer je recule. Non-seulement on ne voit guère de progrès en moi pour la correction de certains défauts extérieurs, mais je trouve nus dispositions intérieures plus imparfaites qu'elles n'étaient.

Réponse. — La grande et la seule preuve je la bonne oraison est le changement de la vie. Le dessein de l'oraison n'est pas de nous iaire bien passer quelques heures avec Dieu, mais que toute la vie s'en ressente et eu devienne meilleure. Mais la difficulté est de bien taire cet examen de la vie, parce que Dieu cache souvent le progrès des

àa

âmes, non-seulement a elles mènes, mais a leurs directeurs, s'ils ne sont extrêmement attentifs : il le cache même quelquefois sous une forme contraire. Je crois, pour moi, que la grande épreuve doit être à l'égard de la charité fraternelle. Si l'extérieur est bien réglé sur cela, on doit croire (pie l'oraison fait son effet; qu'elle porte son fruit, et par conséquent qu'elle est bonne, quelque mauvaise disposition qu'on sente au dedans, pane que la véritable disposition est celle qui paraît par les œuvres, selon cette parole de Notre-Seigneur : Vous les connaîtrez par leurs œuvres et par leurs fruits. (Matth. vu, 16.) Ainsi un confesseur attentif, et qui puisera ses lumières dans la [trière, sentira à la longue si la charité et l'obéissance prévalent, surtout s'il est soigneux à observer certaines occasions délicates et surprenantes, où il est malaisé que l'âme n'agisse selon son fond, et qu'elle se démente elle-même.

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