XVII. — Demande. — Je ne suis point assez livrée à la grâce
Réponse. — Ce mot peut avoir un bon et un mauvais sens. Le bon esl de se livrer à l'esprit contre la chair; le mauvais est de croire être livré k la grâce, quand on est dans la pure attente (21), sans vouloir agir de son côté ou s'exciter soi-même à agir.
XVIII. — Demande. — Le nouveau directeur dont j'ai parlé, à qui je me confesse quelquefois, trouve que je suis plus mauvaise que je ne l'étais autrefois; mais il n'en conclut point que je sois dans l'illusion.
Réponse. — Humiliez-vous sous son jugement ; c'est beaucoup qu'il vous rassure contre l'illusion. Vivez dans l'obéissance, et gardez-vous bien de vous juger vous-même, en bien ni en mal, d'un jugement qui tende à un changement de conduite; car, pour le jugement qui consiste à présumer contre soi-même, on ne s'y trompe guère, el, en tout cas, la tromperie est heureuse.
XIX. — Demande. — H y a dans saint François de Sales un endroit consolant : c'est celui où il dit que Dieu met souvent dans cette oraison simple des âmes imparfaites. Sans cela, ce que j'éprouve de misères augmenterait les craintes que j'ai quelquefois; car ma vie ne répond point à mon oraison ni à mes sentiments.
Réponse. —Cet endroit de saint François de Sales est en effet consolant pour les âmes attirées à une oraison Tort simple et fort pure ; mais, quoique cette doctrine soit trèsvéritable, il faut pourtant à la fin que l'oraison fasse son effet, puisqu'elle est donnée pour cela, et que Dieu n'agit point en vain, ni n'envoie point des attraits toujours stériles. Il faul pourtant marcher sans crainte, et sans s'appuyer sur sa propre fidélité, mais en dilatant son cœur du côté de Dieu en foi et en amour.