‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 384 sur 458 · XXVII.— Demande. — M. l'évêque de · texte numérisé non relu

XXVII.— Demande. — M. l'évêque de

Belley (24) parait goûter ces idées d'abandon et de désintéressement qui vont un peu loin.

si.ei, t. IV, col. 898.

[-!'.) lean-Pi rre Canna, ami île salai François de Sites, qui le sac a évéqoe «le Belley en 1009. Il se démil de Bon évèché cm 1689, H se retire, n la (i i de .-a vie. à l'hôpital '«'> Incurables de Pai en il mourut le 29 avril 1659, âgé de soixanteans.

OEUVRES hNEDITI S DE BOSSUET.

Il cite avec éloge ce que saint François de

Sales dît dan ilro du i\" livre De

('amour de Dieu, que le cœur indifférent

rail l'enfer au paradis, s'il savail

n-l.i il v eût un peu plus du bon D eu qu'i m celui-ci, etc. M. «le mte que le saint ne s'est pas conlenlé de mettre dans le imité de l'amour de ■t celle proposition ; qu'il a encore dit, daus - s Entretiens, que les saints qui son l au ciel ont uue telle union avec la volonté Dieu, que, s'il y avait un peu plus île son h ii, plaisir en enfer, ils quitteraient le paradis | oui- y aller.

Ki ponse.— Je ne sais pas ce qu'a dit M. de Bel le j; mais je crois savoir que saint Fran- . ■ Sales ne parle jamais d'indifférence ■.ans le choix du paradis el de l'enfer. Il dit bien que si, par impossible, il y avait plus du plaisir de Dieu dans l'enfer, le juste le préférerait; ce qui est certain : mais comme . ;la n'est pas, el ne peut être, c'est précisément pour cela qu'il n'y a point d'indiffé* lenue, ne pouvant jamais y eu avoir entre le possible et l'impossible, entre ce que Dieu ve.it effectivement, et ce que, nonseulemenl il ne veut pas, mais encore qu'il ne peut pas vouloir.

XXVM.— Demande.- M. de Belley dit encore, que, quand saint Philippe de] Néri assistait certaines personnes à la mort, il leur disait : Abandonnez vous à Dieu sans réserve, soil a salut ou à damnation ; i! n'y a rien à craindre en s'abandonnant ainsi, puisqu'il est impossible à Dieu d'envoyer aux ténèbres extérieures une âme soumise à >a volonté, puisqu'elles ne sont destinées qu'aux rebelles à sa lumière el à son amour;

Ki'.i'ONSE. — Je ne saurais approuver celte alternative, ni que l'nomme puisse consentira sa damnation ; c'est une chose qui n'a d'exemple ni dans l'Ecriture ni dans aucun saint. J'entends bien qu'on abandonne son *-a!ut à Dieu, parce qu'on ne peut remettre en meilleures mains ce qu'on désire le plus, et ce <pie lui-même nous commande de rer.

XXIX. — Demande. — Je ne me souviens pas bien si, dans ce que je viens de citer de saini Philippe de Néri, il n'y a pas beaucoup du raisonnement de M. de Belley, qui dit encore, dans le même endroit, que sainte Catherine de Sienne consentit d'êlrc en enfer pour l'éternité, pouivu que ce fût sans perdre la grâce; et il ajoute que plusieurs autres saints et saintes ont eu la même pensée, qui semble, dit- il, fondée sur ce souhait île Moïse (Lxod. xxxn, 32)> d'être eiracé du livre de vie, pourvu que Dieu pardonnât à son peuple, el sur celui de saint Paul IRom., ix, 3), d'êlre anathème pour ses frères.

Réponse. — Le souhait ou consentement de sainte Catherine de Sienne est le même que celui de Moïse ou de saint Paul, qui procède toujours par l'impossible, et ainsi ne présuppose aucun souhait réel ni aucune indifférence dans le fond; car on ne peut dire uue Moïse ni suinl Pa;d aient sacrifié à

Dieu une chose indifférente : nu contraire, tout le mérite de celte actionne peut être que de lui avoir sacrifié ce qu'on désire le plus, el eneoro de le lui avoir sacrifié sous une condition impossible de soi. Or en cela il n'y a rien moins qu'indifférence, puisque l'impossible ne peul pas même être l'objet de la volonté, et qu'il ne peut y avoir d'indifférence entre le possible cl "l'impossible, c'est-à-dire , entre ce qu'on sait que Dieu veut, et ce qu'on sait qu'il veul si peu, qu'il ne peut pas même le vouloir, ainsi qu'il a été dit.

XXX. — Demande. — Dans un livre du P. Sainl-Jure, qu'on lisait il y a quelque temps au réfectoire, il dit que \a charité pure n'est touchée ni des menaces ni des promesses, mais des seuls intérêts de Dieu; qu'une personne qui aime Dieu purement ne le sert point pour la récompensé considérée par rapport à son intérêt, mais seulement pour l'amour de Dieu; que si elle devait être anéantie à sa mort, elle ne l'aimerait pas moins ; que celui qui aime ainsi n'observe point les commandements par la crainte des châtiments éternels, et ne craint point l'enfer pour sa considération propre, mais pour celle de Dieu.

t Réponse. — Ces expressions doivent Atre entendues avec un grain de sel, c'est-à-dire, en expliquant que la charité ou l'amour pur n'est pas touché des promesses en tant qu'elles tournent à notre avantage, mais en tant qu'elles opèrent la gloire de Dieu, et l'accomplissement parfait de sa volonté, comme il est ici remarqué. Il y iaut encore ajouter (pie la gloire de Dieu est la fin naturelle de ces désirs, de sorte que le désir du salut naturellement de soi est un acle de pur amour. Saint Jean nous dit bien que la par [aile charité chasse la crainte (Joan. i\, 18) ; mais il ne dit pas de mêm;; qu'elle chasse l'espérance, ni le désir qui en est le fruit naturel.

XXXI. — Demande. — De tout cela no peut-on pas conclure que, quoique le bonheur éternel ne puisse être réellement séparé de l'amour de Dieu que dans nos motifs, on peul néanmoins séparer ces deux choses ; qu'on peut aimer Dieu purement pour lui-même, quand même cet amour ne devrait jamais nous rendre heureux, et que, si Dieu devait nous anéantir à la mort, ou nous faire souffrir un supplice éternel, sans perdre son amour, on ne l'en servirait pas moins ; que ce qu'on veut à l'égard du salut, est l'accomplissement de la volonté de Dieu et la perpétuité de son .amour; qu'enfin on peut ne vouloir point son salut comme son propre bonheur, et à cet égard y être comme indifférent; mais qu'on le veut comme une chose que Dieu veut, et en tant que le salut est la perpétuité de l'amour divin? Et c'est proprement ce que dit le P. Sainl-Jure dans l'endroit que j'ai cité; car, api es avoir parlé du désintéressement des âmes attirées au pur amour, il conclut par dire qu'elles désirent leur salut plus que les autres personnes, mais non pour leur propre intérêt.

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