LETTRES A MADAME DE LA MAISONFO
L. — Demande. — Dans un des endroits que j'ai cités ci-dessus, le saint dit : Ne nous bougeons ni peu ni prou, voire mémequand nous serons tombés en quelque faute, ou qu'il nous fauilra pratiquer les vertus ; car le doux Jésus nous donnera les sentiments nécessair s, mieux que nous ne nous les saurions procurer.
Réponse. — Sans avoir vu ce passage, jo crois, sur la foi des autres que j'ai vus, avoir expliqué ci-dessus ce qu'il en faut croire. Il ne faut ni pratiquer les venus, ni se corriger de ses fautes , avec ces inquiétudes, ces chagrins, ces découragements, ces élonneuaents, comme si c'était une chose fort merveilleuse que nous soyons tombés dans quelque faute, ou que la vertu nous soit difficile. Du reste, si on poussait ces expressions a la rigueur de la lettre, elles seraient insoutenables. Il faut donc entendre qu'on ne doit se remuer ni peu ni prou par son propre esprit, par cette mobilité et activité inquiète et empressée que l'amour-propre inspire.
Ll. — Demande. — Dans le chapitre 7 du XIe livre De l'amour de Dieu, qui a pour titre : Que la charité comprend toutes les vertus, il rapporte cet endroit de saint Paul : La charité est patiente, douce , etc. (/ Cor. xm, 4 seq.), et que saint Thomas dit qu'elle accomplit les œuvres de toutes les vertus; et vous avez dit vous-même que, dans la vie. et l'oraison la plus parfaite, tous les actes sont unis dans la seule charité , parce qu'elle commande l'exercice de toutes les vertus. Si elle les commande, elle y incline donc le cœur.
Réponse. — Une des manières dont la charité commande les actes et y incline, c'est de s'exciter elle-même à les produire. La charité l'ait plus encore, car elle se commande ù elle-même de produire un acte d'amour, en disant : Mon âme, bénis le Sei- {;- eur [Psal. en, 2); mon Dieu, ma force, je vous aimerai* je vous confesserai , je vous louerai. (Psal. xvn, i t. ) C'est l'action ordinaire et naturelle de l'âme hors des temps où, comme ravie par des impulsions extraordinaires, elle est entièrement sous la main de Dieu.
LU. — Demande. — Ne peut-on pas dire que les âmes passives attendent, pour ne point faire les actes avec empressement et recherche d'elles-mêmes, une certaine disposition ou attrait, qui vient de l'habitude de leur oraison, mais non une inspiration miraculeuse?
Réponse. — L'empressement est mauvais, ou au moins imparfait en tout état. Ainsi éviter l'empressement n'est pas une propriété ou un caractère de l'état passif. Cette attente ne parait pas nécessaire pour éviter l'empressement ou la recherche de soi-même; il suliit, sans celle attente passive, de produire les actes comme commandés de Dieu, et sur lesquels sa volonté est déclarée, en esprit de soumission et d'obéissance, et ave/ une ferme foi que c'est Dieu qui opère eu nous tout le bien. Demeurer dans 1 l'attente
d'une disposition extraordinaire, c'< il tei
Dieu. Voua ne ironie/, [j.i > ("lie em
en produisant l'acte qn'un v': ir vous
commanderait : à plus forte raison ne l'eston pas quand on regarde celui |u'on comme expressémi nt comman lé de Dieu.
Par ces attentes, on veut avoir un témoignage qu'on est mu de Dieu par quelque choso d'extraordinaire, comme si OH était d'un rang particulier, et que le oo iman ment donné à tous les fidèles ne nous suffît pas. C'est dore remettre l'amour>pro| le trône, (iue de rechercher cette si ngu ari ••, et de vouloir qu'il y ait pour nous des nupulsions particulières, sans lesquelles on nu veut rien faire. II ne sert de rien de répondre que l'inspiration qu'on attend n'esl pas miraculeuse; il suffit qu'elle doive être extraordinaire et particulière à un certain eiat. Car si l'on ne demandait d'autre inspiration (pie celle qui est commune à tous les Chrétiens, il ne faudrait point distinguer !'
sit'de l'actif; tout chrétien serait passil ; tous les jusies le seraient, puisqu'ils n'agissent jamais, pas même pour confesser le nom de Jésus, ou pour former la moin pensée, que par une motion, impulsion, inspiration prévenauiedu Saint-Esprit. Ainsi il faut autre chose pourconslituer l'état qu'où nomme passif; et l'inspiration qu'on y a, quoiqu'on ne veuille pas l'appeler miraculeuse, est du moins bien constamment et- Iraordinairc : et j'en reviendrai toujours à dire que l'attendre pour agir, c'est tenter Dieu, et tomber dans tous les inconvénients qu'on a marqués.
Llii. — Demande. — Je conclurais queces âmes ne manquent pas, dans l'occasion, d'être inclinées à produire les «êtes nécessaires.
Réponse. — Quand vous concluez que lo> âmes passives ne manquent pas, dans l'oraison, d'être inclinées ù produire les actes nécessaires , je l'avoue , pourvu qu'elle! soient bien déterminées à fane de leur côté doucement et simplement tout ce qui est en elles avec le secours de la grâce commun'' .i tous les [Mêles ; mais non pas m elles s'attendent, comme vous les représentez, ;; particulières instigations: ce qui, loin >l citer la grâce, l'éloigné plutôt eu vous faisant tenter Dieu.
Remarquez donc avec Attention que tout Chrétien qui lait bien en tout et partout, i mu do Dieu, en sorte que Dieu commence tout, opère tout, achève to.it en lui; je dis fmt ce qu'il fait de bien : et en même lemp* l'homme, ainsi mu de la grAce, commet* . continue, achève tout ce qu'il fait de bonnes œuvres; il est excité et îi s'excite lui-même, il est poussé ei il se pousse lui-même, il i mu de Dieu et il se meut lui-même ; el < 'est en tout cela que consiste te que saiut Augustin appelle l'effort du libre arbitre. D - Cel état, qui est l'état commun du Chrétien, il n'est pas permis, pour agir, d'attendre qu a Dieu agisse en nous et nous pousse ; mais il faut autant agir, autant BOUS exciter, aota ' nous imuivoir, que si nous devions agir si uls<
GEUVItESI.NEDIiES DÉ BOSSU ET.
«vei néanmoins ttne ferme iV » ï que c'esl Dieu • lui commence, achève et commue en nous umtes nos bonnes œuvres. Qu'y a-1 il donc e ; lus, dites-vous, dans l'état passif? Il y ;i ij«« plus que la manière d'à pr naturelle est ièrement changée; c'est-à-dire qu'au lieu que, dans la vol mun •. on mei toutes
ses facultés et loin ses efforts en usage, dans les ii omenlsde l'étal passif, on est entraîné par une force majeure, et que la manière igir naturelle est entièrement absorbée; ce qui rail qu'il n'y a plus ni d scours, ni propre industrie, ni proj reeicitalion, ni propre effort.
1 IV. — Pi:mam)e. — Je voudrais bien savoir, les actes distincts étant si nécessaires, comment un pécheur que Dieu convertirait miraculeusement à la mort, et qui n'aurait une le temps de produire un acte d'amour de Dieu, pourrait satisfaire 5 cette obligation, i»u si elle ne serait point pour lui.
Réponse. — Vous demandez comment un homme que Dieu convertirait miraculeusement à la mort satisferait à l'obligation (Je l'aire distinctement tous les actes. Il est aisé nevous répondre; car, qu'on dise tout ce qu'on voudra, Dieu ne sauvera jamais ni ne convertira parfaitement aucun homme, qu'il ne croie en lui, qu'il n'y espère, qu'il ne l'aime. Ces actes sont toujours trois en nombre, comme ces trois vertus, foi, espérance, charité, selon saint Paul, sont et seront toujours trois choses; mais comme ces trois vertus sont infuses dans tout Chrétien pour agir ensemble, leurs actes sont ia ils aussi pour être unis, et se font, pour ainsi dire, en un moment, il en est de même des autres actes qui dépendent de ceux-là, et Dieu les fait faire distinctement a tous ceux qu'il convertit. Tout pécheur qui se convertit croit aux promesses, espère en la miséricorde, la désire, la demande, la reçoit, aime Dieu qui la lui fait, et désire de fui être uni éternellement. Il agit plus ou moins, suivant qu'il plait à Dieu de le presser; mais il agit toujours, et Dieu voit en lui très-distinctement ce que lui-même souvent n'y démêle pas.
LV. — Demande. — Dans ce grand acte d'abandon que la .Mère de Chantai renouvelai' tous les ans, elle dit qu'elle se réserve le seul soin de retourner son esprit ve,rs
Dlell.
Réponse. — La Mère de Chantai ne renouvelait pas seulement tous les ans, mais tous les jours, ce grand acte qu'elle avait «•cril et signé de son sang, où elle exprimait • us les autres. Tout était compris dans son intention, et elle avait une intention trèsexpresse d'y comprendre tout ce à quoi elle se croyait obligée comme chrétienne, comme re , comme amie, comme supérieure, ••..mme religieuse; et quand, dans son acte •1 abandon, elle se réserve le seul soin de retourner sou esprit vers Dieu, c'est comme le disait qu'elle se réserve le principal, lac !a iel!e recon:. ait qu'on n'est pas toujours passif, el tjue Dieu retire souvent son opé-
ration; ce qui oblige à user de ses facultés ei des efforts de son libre arbitre.
Quand el'e dit qu'elle se réserve de donner ce coup, pour ainsi parler, elle ne vent pas dire quelle fera cela toute seule. A Dieu ne plaise 1 ce serait Être pélagien, el nier la nécessité de la grâce prévenante ; mais elle veut dire qu'alors elle agira à la manière ordinaire avec effort, et qu'elle mettra tout en œuvre pour se rappeler soi-même h Dieu, sans attendre qu'il l'y rappelle par celle sorte de motion et d'impulsion qui est propre à l'état passif. Ainsi , dans le fond , l'homme est toujours également mu en tout état, mais non pas toujours de la même manière, et c'est ce qui fait la distinction de l'étal actif d'avec le passif; mais c'est ce qui fait aussi que l'un et l'autre font également de grands saints, parce que le mérite de la sainteté ne dépend pas de la manière dont on est tiré à Dieu, mais de l'union qu'on a avec lui, laquelle peut être égale dans tous les étals et manières d'oraison.
C'esl ce que saint François de Sales, sainto Thérèse et tous les spirituels enseignent expressément et unanimement. J'en ai cité les endroits dans les conférences, et c'esl une vérité constante.
LVI. — Demande. — Le simple retour n'est-il pas fort bon lorsqu'on est lente?
Réponse. — Le simple retour, quand on est tenté, est fort bon et souvent meilleur que d'all'ronter, pour ainsi dire, la tentation ; ce qui souvent ne ferait qu'échauffer davan-
tage
imagination.
LV1I. — Demande. — Saint François de Sales dit que ce n'est point en disputant contre la tentation qu'on s'en délivre le mieux.
Réponse. — Celle expression de ne point disputer avec la tentation, est aussi précise que belle ; et il n'y a ordinairement q.u'à la tenir pour vaincue, sans môme la combat- Ire directement, et se retourner tout court à Dieu, comme dans une chose résolue où il n'y a pas à hésiter.
LVIII. — Demande. — ïl paraît, par un endroit de saint François de Sales , que j'ai cilé ci-devant, qu'après ses fautes, un relour humble et simple vers Dieu sérail très-convenable à certaines âmes.
Réponse. — Ce relour est aussi très-bon, après les fautes, pour les âmes déjà exercées dans la vertu et dans la sainle familiarité avec Dieu, qu'il entend, pour ainsi parler, à demi mot, soit qu'elles soient actives ou passives.
LIX. — Demande. — Je ne crois pas que vous désapprouviez ces expressions, laisser tomber les réflexions, s'oublier, aller à Dieu sans retour sur soi-même.
Réponse. — Ceux qui se sont servis de ces termes dans ces derniers temps ont parlé trop généralement contre les réflexions; el en cela, comme en beaucoup d'autres propositions de leurs livres, ils sont tombés dans l'erreur qui fait confondre la chose avec l'abus qu'on en fait; c'est-à-dire ia rejeter à cause qu'on en abuse.
LETTKKS A MADAME DE LA MAISONFOftT.
LX. — Demande — Il me semhle que ceux qui se sont servis de ces expressions entendent le retranchement des réflexions empressées de l'amour-propre. Je ne comprends pas qu'on puisse supposer que la vio se passe sans faire des réflexions, quoique je comprenne hien que les âmes simples en font moins que les autres. Ce que je conçois donc sur cela, est qu'il faut retrancher les réflexions d'amour-propre , et pour certaines âmes, celles qui interrompraient la vuede Dieu dans les temps d'oraison simple, et entin toutes celles qui ne viennent point d'impression de grâce.
Réponse. — C'est une grande erreur d'exclure la reconnaissance et l'action de grâces, qui ne peut être sans qu'on réfléchisse sur les dons qu'on a reçus; ce qui est conforme à cette parole de'sainl Paul : Nous avons reçu un esprit qui est de Dieu, afin, de connaître les dons qu'il nous a donnés. (ICor. Il, 12.)
Il est vrai que, quand l'âme se simplifie tous les jours , les réflexions se simplifient aussi : on en a moins besoin quand on en a pris l'habitude do porter directement son cœur à Dieu. Mais quand vous mettez parmi les réflexions qu'il faut exclure celles qui ne viennent point d'impression de grâce! ou, par l'impression de grâce, vous entendez celle qui vient de la grâce ordinaire; et, en ce cas, il n'y en a point qui n'en vienne, et penser autrement, ce serait l'erreur des pélagiens; ou vous entendez, par l'impression de la grâce, une grâce et une impression extraordinaire ; et s'attendre à celle-là, c'est ce qui s'appelle tenter Dieu, et se jeter dans tous les inconvénients qu'on a marqués.
Toute la doctrine contenue dans ces réponses se réduit à ces chefs.
1° 11 faut croire, comme une vérité révélée de Dieu, qu'on doit expressément et distinctement pratiquer tontes les vertus, et en particulier ces trois, la foi, l'espérance et la charité, parce que Dieu les a commandées , et leur exercice.
2° il faut croire avec la môme certitude, qu'il a pareillement commandé les actes qu'elles inspirent, qui sont la demande et l'action de grâces, comme des actes où consistant la perfection de l'âme en cette vie, et la vraie adoration qu'elle doit à Dieu.
3" Pour s'exciter à faire ces actes, il suffit de connaître que Dieu les a commandés, et il n'est pas permis de demeurer pour cela dans l'attente d'une impulsion et opération extraordinaire; ce qui serait tenter Dieu, et ne se pas contenter de son commandement exprès.
A0 11 faut croire pourtant qu'on ne pratique aucun acte de vertu sans une grâce qui nous prévienne, qui nous soutienne et qui nous fasse agir.
5' Cette grâce n'est pas celle qui met
(27) Les QEtivres de Bossuet ne renferment que. h-, n. G, 15, 16, 20 et 21 de celle secon-le lelire. — Voy. les Œuvré» de Bossuet, t. IV, col. 402.
les hommes dans l'étal passif, puisqu'elle est commune s U ils, qui pourtant
no sont pas tous passifs.
<>* L'état qu'on nomma passif consista dans la suspension du discours, dos réflexions et d qu'on nomma da propre effort et de propre industrie , non pour exclure la grâce, puisque ce serait l*< rreor de Pelage, mais pour exclure lai i I i al manière d'agir ordinain .
7° C'est une erreur de croire que i passif soit perpétuel, si ce n'est peut-être dans la sainte vierge ou dans quelque âme d'élite qui approche en quelque façon d'une perfection si éminente.
8° De là il s'ensuit que l'état passjf ne regarde que certains moments, et entre autres ceux de l'oraison actuelle, et non tout le cours de la vie.
9° C'est pareillement une erreur de croire qu'il y ait un acte qui contienne tellement tous les autres qui sont expressément commandés de Dieu, qu'il exempte de les produire distinctement dans les temps convenables. Ainsi on doit toujours être dans cette disposition.
10° Il se peut donc faire qu'on soit en certains moments dans l'impuissance de faire de certains actes commandés de Dieu ; mais cela ne peut pas s'étendre à un long temps.
lt° L'obligation de faire ces actes est doucj», aussi hien quo la pratique, parce que c'est l'amour qui l'impose, l'amour qui commande cet exercice, l'amour qui l'inspire et le dirige.
12° Il ne faut point gôner, sur la pratiquo des actes, les âmes qu'on voit sincèrement disposées à les faire. Au contraire, on doit
r es
présumer qu'elles font dans le temps ce qu'i faut, surtout quand on les voit persévère dans la vertu ; car, au lieu de gêner les fin de bonne volonté, il faut, au contraire. leur dilater le cœur, soit qu'elles soient dans voies communes, ou dans les voies extra >rdinaires; ce qui en soi est indifférent, al tout consiste à être dans l'ordre de Dieu.
LETTRE II
Le prélat continue de répondre à > difficultés (27).
A Lisy, ce 5 avril L696.
Quoique je sois en visite, el ass Dieu me presse, ma tille, de vous :
Rend.ez-vous bien attentive à mes où j'espère que Dieu von- fera trouver tout ce qui vous es! nécessaire.
Dieu vous donne la véritable el parlatte simplicité ; qu'il tempère votre activité ; qu il vous donne une vraie action, et dans t vraie action, un vrai et parfait repos. Dieu est là. Je suis à vous en son saint amour
j — Demande. — Quand j ai dit, Monsei-
(28) Jo ne. sais «le quelle date étaient RICA secondos demandes, elles revinrent répointue» avec '» loureqiii précède, datée de o avril DM'-
OEUVRES INEDITES DE UJSSIET.
gueur, que la simple attente de recueille-! lit et une certaine douce attention a Dieu me s ut mieoi au recueillement, que
ne feraient certains efforts, ie n'ai prétendu parler que pour le temps de l'oraison (29). Réponse. — Jonc sais ce que veut dire cette douce attention distinguée du recueillement. Quant ou distingue dos choses si unies, ou plutôt si unes, je présume qu'on n'entend pasbien ce que l'on dit, et qu'oïl
. relie à s'éblouir soi-même.
Ilyade certains efforts qui répugnent à un certain genre d'oraison parfaite. Il y a ne un certain état d'oraison où Ton est purement passif en certains moments sans aucune action, sans aucun effort; mais cela est momentané, el seulement pour certains I • qui ne peuvent être longs.
II. — Demande. — Je me sers du simple retour pour commencer mon oraison, <>t pour y revenir, lorsque je m'aperçois delà distraction.
Réponse. — Cet acte de simple retour, ri nfermant au moins un acte de foi et un acte d'amour, contient au fond deux actes distincts, mais qui s'unissent dans !a même fin ; car l'acte de foi et l'acte d'amour sont toujours très-distingués, encore que ia distinction n'en soit pas toujours connue.
lil. — Demande. — Je fuis plus encore, je multiplie, pour ainsi dire, ce retour, et j'interromps mon oraison pour le recommencer, ce qu'on n'approuve pas ; car je le fais pour m'assurer el pour me contenter.
Réponse. — On a raison de n'approuver pis ce qui vient du principe de se contenter et de s'assurer en aulre chose qu'en Dieu.
IV. — Demande. — Saint Françoisde Sales, dans le chapitre où il parle de la* statue (30), dit, en parlant d'une présence de Dieu bien sèche et hien nue, que c'est attendre si Dieu voudra nous parler, ou nous faire parler à lui, ou demeurer où il lui plaît que nous soyons, parce qu'il lui plaît que nous y soyons. Je crois donc, Monseigneur, que, lorsque vous avez dit que le recueillement qui revient à la simple présence de Dieu, ne contenant ni espérance, ni désir, ni demande, ni action de grâces; que ces actes y étant supprimés, cela ne compatit pas avec l'Evangile. Vous avez prétendu dire que cela n'y compatirait pas, si l'on ne voulait jamais faire autre chose ; mais que, dans l'oraison, cette simple présence de Dieu peut être pratiquée.
Réponse. —C'est en effet ce que j'ai voulu
(-29) Le prélat va trouver que je m'expliquais mal; i'-n conviens; m:iis ce (pie j'entendais? c'est qu'an simple rei< ur à Dieu, une douce aliention à fcj présence souvent peu sensible, nie disposaient à un recueillement plus marqué; au lieu qu'il arrivait, ce qui m'arrive encore, lorsque , ne me contentant pas de ce recueillement délicat el presque imperceptible, je faisais certains étions, que loin de me procurer par là un recueillement plus sensi- Lle.je me desséchais le cœur.
<U) Traité de l'Amour de, Dieu, liv. vi, cliap. 11, £pUr.,iu. h, ép. 51,55.
il est bien certain que M. de Meaux ne dc- BOait a c s âmes que des excitations fou sim-
dire, pourvu qu'on 'n'exclue jamais l'ai d'espérance et le désir même au temps de l'oraison. Dieu peut, en certains moments,
suspendre ces actes ; ils peuvent, en certains moments, ne pas revenir ; mais il n'y eu a nui où on doivo les exclure, parce que naturellement ils sont unis à la foi el à l'amour. Ainsi ces manières île saint François de Sales d'être en la présence de Dieu, peuvent se pratiquer, mais au sens que je viens de dire, par abstraction et non pas par exclusion.
V. — Demande. — Je n'ai jamais compris que la comparaison de la statue dût s'étendre à un autre temps que celui de l'oraison.
Réponse. —Tant mieux; et encore fautil ajouter qu'il est rare qu'elle convienne à tout ce temps.
VI. — Demande. — Suffit-il, .Monseigneur, d'être disposée à faire des actes d'espérance, de demande, etc., quand Dieu y excitera, comme il paraît par cet endroit de saint François de Sales:// n'est pas besoin que vous fassiez d'actes, s'ils ne vous viennent au cœur; fermons-nous en la simple vue du tout de Dieu, et de notre néant; accroissons-nous dans les effets de cette sainte volonté, sans nous remuer pour produire des actes de l'entendement et de la volonté?
Réponse. — Je tiendrais une oraison fort suspecte, où des actes si précieux ne viendraient jamais.
Ils viennent de deux manières, ou par une espèce de saint emportement dont on n'est pas maître, ou par une douce inclination ou impulsion qui veut être aidée par un simple et doux effort du libre arbitre coopérant. On peut et on doit aussi les exciter, quand Dieu laisse l'âme à elle-même; et il faut entendre sainement cette exclusion des actes de l'entendement et de la volonté dont parle le saint; car, h la rigueur, c est chose impossible; il m'y a d'actes qu'on puisse exclure sans crainte, que les inquiets et turbulents qui tourmentent l'unie.
Vil. — Demande. — Quand Dieu retire son opération, n'est-ce pas s'exciter que de ramener son esprit à Dieu?
Réponse. — Sans doute, c'est une manière de s'exciter, que de ramener doucement son esprit à Dieu. Quand Dieu retire son opération, je crois que c'est le cas de se recueillir comme les autres fidèles, mais avec douceur, et surtout satis anxiélé ni inquiétude, car c'est la ruine de l'oraison (31).