LETTRES \ MADAME DE KA MAISONFORT
mettre un obstacle on certaines âmes, et, en général, il est certain que l'amour prévient tontes 'es formules.
XXV. — Demande. — J'ai fait cette convention-ci avec Dieu, que, par le simple retour de mon cœiir vers lui, je préten renouveler lous les actes de foi, d'espérance, d'amour, de contrition, de sacrifice, d'abandon, de demande, d'action de grâces, et antres qui peuvent lui être agréables; et souvent,, en taisant ce simple retour, j'ai expressément celte intention. Cela peut-il, Monseigneur, être compté pour quelque chose?
Réponse.— Si cette intention est actuelle, on fait tous les actes qu'on a intention de taire. Si non-seulement elle ne l'était pas, mais encore qu'on répugnât à la rendre telle, ou qu'on ne le fit jamais, ce serait une illusion manifeste de dire qu'on a colle intention.
XXVI. — Demande. — Je crois que souvent, dans le cours de la vie, on fait des actes sans qu'on s'en aperçoive.
Réponse. — Il est impossible qu'on fasse souvent des actes sans qu'il arrive aussi très-souvent qu'on s'en aperçoive; et alors, sans s'y arrêter comme à un appui, on en doit suivre et on en suit la douce impression.
XXVII. — Demande. — Je vous ai déjà dit, Monseigneur, que la crainte me fait multiplier les actes et me jette dans l'agitation.
Réponse. — Il faut apprendre h séparer les actes du cœur d'avec l'agitation et la crainte, et cette séparation se fait par l'exercice du parfait et sincère amour.
XXVlil. — Demande. — Je sais qu'il est difficile de dire précisément le temps où les actes commandés sont d'obligation.
Réponse. — Ces temps convenables ne sont pas ies mêmes pour tout le momie, et cela dépend des circonstances particulières; mais si l'on en conclut que ces actes ne sont pas d'obligation, parce qu'on n'en peut marquer les temps précis, on en dira autant de la foi et de l'amour même, et même du simple retour. Il faut toujours conserver la disposition et la volonté de les faire; alors on peut s'assurer que Dieu les fera faire quand il faut, quoique non pas toujours de la mèn?, manière.
XXIX. — Demande. — Un mot, s'il vous plaît, Monseigneur, sur ces doux efforts que vous dites que la foi et l'amour inspirent.
Réponse. — Ces doux efforts ne sont autre chose que ceux que fait le libre arbitre pour exercer son acte, lorsqu'un chaste amour le p-.ssède. David faisait de ces doux efforts, quand il disait : Mon (Une, benis le Seigneur, etc. (Psal. en, 22.)
XXX. — Demande. — J'ai, ce me semble, bien compris ce que vous m'avex dit sur la contrition, et je n'aurais rien à objecter, si, après être convenu de ce que m'avait dit
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dit de ne plus faire rerta .ri* qui
fais dans I emenl même, ma
ceux i| :c> je VOUS marquais qilC J'- I I
avanl la confession.
Réponse. — Il faut exclure en lool t 'mps les efforts inquiets et d'agitation, autant que l'on peut. Quand je vous allai :
vous faites avant la confession, sup-
posant a ec vous que ceux-là vous sont plus faciles.
XXXI. — Demande. — Je ne me conli pas de ce prosternement devant Dien en esprit de foi, et de repenlance de l'ai offensé, comme parle saint Franc s Sales : je cherche encore ordinairement d'autres assurances aue ma contrition est telle qu'elle doit être.
Réponse.— I.e prosternemr ni en es d'humilité et de repenlance est très-suffisant; mais, quelque sincère que soil < disposition, ce n'est pas en elle, mais en Dieu seul , qui la donne , qu'il faut chercher son assurance. Cessez donc de vous agiter, et reposez-vous en Dieu.
XXXII. — Demande. — Je sens d'ordinaire un certain désir Je me confesser, dans le dessein, après avoir été avec dans le sacrement, de commencer a mener une vio nouvelle.
Réponse. — Tout cela est bon; mais il ne faut pas mettre son appui dans ces dispositions : il le faut mettre, comme on vient de dire, en Dieu, qui les donne
XXXIII. — Demande. — D'autres fois quo je suis dans le trouble, je me confesse je no .sais comment.
Réponse. — Il ne faut pas s'embarrasser de ce trouble, mais f.ure ce qu'on peut, et s'abandonner à Dieu, sans tant de retours sur soi-même.
XXXIV. — Demande — Quoique vous m'ayez mandé. Monseigneur, qu'une do conformité à la volonté de Dieu est le remède aux troubles, et mm pas le discours, c'est pourtant alors que je me jette dans l'activité.
Réponse. — Je vous le dis encore, el n'est pas mon intention de vous oblige; actes discursifs,
XXXV. — Demande. — Quand je rou dit (34), Monseigneur, que je ne suis assez livrée à la grâce, c'est qu'on m'a i citlée que je devais suivre certains inouï ments qui me portenl à faire ou à dii laines choses inuoceules qui me mo raient beaucoup, comme certaines simp lés, certaines manières de parler, en un mot, dc^ riens mais dont la s voyance rae in une espèce de peur; cequi m'a fait vous dire que je ne su s
a la grôce comme il faudrait. Au reste, Monseigneur, en me conseillant de me livrer à ces petits sacrifices, on m' s ru les bornes qu'ils doivent avoir, comme ne rien faire contre l'< ition, a plus forte raison contre la chante, le secret; de ne ■>
(54) Voy. ci-(te$<us, col. 28.
(JfcLYIUIS INEDITES DE DOSSUET.
vie certains instincts qui pourri enl allei i >see trop forles, el qui
ir lient à me f ire cr tire insensée : que Dieu ma faiblesse pour rien exiger blabledemoi; et qu'enfin l'obéissance m< Urail à rouvert de tbut ce qui irait au delà de cerlaiues simplicités qui ne peuvent jamais aller à l'éclat, ni me rendre inutile à <io ma rocation.
On m'a «iii de plus, lorsque je ne discerne pas bien .si c'est une simple pensée de l'esprit, ou un mouvement de grèce qui mo porte h < es petits sacrifices, de décider dans le doute en ma faveur, et do supposer que tout ce qui me vient avec inquiétude et par réflexion, vient de mon scrupule, et point de l'esprit de Dieu. Ainsi, dans la pratique, je trouve que Dieu me demande peu de ces sacrifices; mais j'en prévois beaucoup, je les crains; il me semble que dans l'occasion je serais infidèle, et c'est, encore une fois, [ui m'a fait dire que je ne suis pas assez livrée à Dieu.
Réponse. — Tout cet article précédent esi très-bon en ce sens. Ne soyez point enfant en sentiments, mais soyez enfant en malice, c'est-à-dire, en bannissant toute disposition igné, ou même trop humaine, par une sainte simplicité (33).
Ne craignez rien, humiliez-vous sous la puissante main de Dieu. Cessez pourtant plutôt ces sacrifices, que de vous laisserjeter d.ins l'inquiétude et le scrupule.
XXXVI. — Dr. m an de. — Outre une con- VPfltion dont j'ai parlé, j'ai encore fait celleci avec Dieu; que mon intention est de le prier pour toutes les personnes et pour toutes les choses pour lesquelles j'ai et pourrai avoir dans la suite quelque engagement de le faire. Je l'ai prié de faire, du bien qu'il m'a fait et me fera pratiquer, l'application qui lui sera la plus agréable, ne voulant obtenir , satisfaire et même mériter, que pour les lins qui lui seront les plus giorieuses.
Réponse. — Celte convention est bonne, et il n'est point nécessaire qu'elle soit réduite en formule. |ll suffit] qu'elle soit dans le fond du cœur, où Dieu seul la voie, et nous la lasse voir ou clairement ou confusément, quand il lui plaira.
Prenez garde seulement (pie cette convention ne soit une imitation recherchée de
Mme de Chantai.
XXXVII.— Demande. — Je sais bien qu'on ne peut mériter que pour soi-même; mais je m'entends bien par cette expression.
Réponse. — La sainte société des enTanls de Dieu, et l'unité des membres de Jésus- Christ, font que tout ce qui se fait dans l'un profite à l'autre.
XXX VIII. — Demande. — On m'a dit
que ma convention suffit pour toutes les (trières qu'on me demande; qu'elle renferme tout ; qu'il ne faut pas me distraire de mon oraison pour recommander à Dieu les personnes pour lesquelles je tue souviens d'avoir promis de prier, ou pour qui mes constitutions me recommandent de le faire.
Réponse. — Cela est vrai , pourvu qu'on ait cette intention bien simplement dans le cœur.
XXXIX. — Demande. — En conséquence de ma convention , par laquelle j'ai abandonné à Dieu tout le bien que sa grâce me fera faire, je n'ose promettre de faire certaines bonnes œuvres qu'on me demande pour les intentions qu'on souhaite.
Réponse. — Promettez simplement ce qu'on vous demande ; Dieu sait bien comment il vous le fera appliquer et exécuter.
XL. — Demande. — J'ai été surprise, Monseigneur, que vous ayez paru désapprouver un article de mes premières demandes, où je mettais au rang des réflexions qu'il faut retrancher, celles qui interrompaient la vue de Dieu dans la quiétude ; puisque je n'ai prétendu dire autre chose par là, sinon qu'il ne faut point interrompre
(35) Je vais t'ansTire ici de suite ce qu'il m'a dans d'autres lelii es sur ces petits saçri-
Dans une lettre du 15 juin 1(J96 :
Ne vous arrêtez point à ces petits sacrifices qui vous tiennent par un instinct particulier qui vous Mi divin. Mettez à là place les humbles petitesses des observances religieuses, qui sont certainement de Vordre de pieu. Pour ces sacrifices distincts partientiers, pour bonnes raisons, laissez-les là, si ce n'« t oac vous sentissiez un certain remords vif et profond, tl eue, ne qui revint souvent; fuiles-les alois avec ■ i pour peu qu'il y ait de doute, dans ï ardre de l'obéissance, c'est-à-dire par l'ordre des supérieurs on confesseurs.
A-.uie lettre au 24 septembre 1699 :
Lom d'improuver P attention à certains mouvements de la grâce, et la fidélité à les suivre, entendez bien, ma fille, que je n'ai voulu oter de ces impulsions seciètes el particulières que l'anxiélé el le trouble.
Depuis : s lettres, disant à ce prélat que
!.i décision dont je m'émis le mieux trouvée, par rapport à ces sacrifices distincts, était celle-ci :
Pont cannes raisons, laissez-les là; il me répondit : Je vous le répète encore. Et lui objectant ce qu'il m'avait mandé dans le dernier article que je viens oe citer, qu'il ne désapprouvait que l'inquiétude, et point la fidélité à ces sacrifices, et que mon trouble à cet éyard n'était qu'un trouble d'âinour-propre, il me réponuil : N'importe d'où il vienne.
A quelque temps de là, lui disant q.ielques petites vues que j'avais sur la pauvreté, il me répondit :
En général, il est bon de faire ces petites choses, parce qu'on obtient par là la grâce d'eu faire de plus grandes; mais dès que cela vienl avec trouble, il est mieux de laisser cela.
Ce sont, ajouta-t-il, des suites de ces petits sacrifices dont vous m'avez parlé: vous n'avez qu'à suivre les règles que je vous ui données. Ordinairement la paix accompagne ces sortes de vues, quand elles viennent de la grâce; el l'on peut présumer, quand elles sont accompagnées de trouble, que Dieu ne demande pas qu'on les suive. Enfin la paix est préférable à ces petits sacrifices, qui se peuvent faire ou laisser.
Depuis ce temps-la, j'ai été asse<c * n paix sur ces sortes de sacrifices.